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Full text of "Bulletin de l'Institut archéologique liégeois"

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THE  J.  PAUL  GEITY  MUSEUM  LIBRARY 


BILLETIN 

ItK 

L'INSTITUT   ARCHÉOLOGIQUE    LIÉGEOIS 


BULLETIN 


DE 


WTMT  mwsmm 


LIEGEOIS 


TOME    XXX IV 


1904 


l.Mi'KiMKUiK  LiF.dKoisi:,   IIknki  l'ONClCr.KT 

IvIE   DKS   Cf, MUSSES,    'r2,    LlixiK 


66  fô. 


(ittll  U.lmt.9,  uokaKY 


EAPPORT 


SUR  LES  TRAVAUX  DE  L  INSTITIT  ARCHK(  »L()(ilQrK 
LIÉGEOIS  PKXDAXT  L'ANNÉE  lyo*?. 


Messieurs, 

L'oxoreiee  qui  vient  do  s'éooulor  et  dont  je  vais  avoir 
riionuenr  de  vous  retracer,  eu  ce  rapport,  les  principaux 
événements,  a  affirmé,  une  fois  de  plus,  la  ])rospéri1(' 
sans  cesse  croissante  de  l'Institut. 

Poursuivant  sans  relâclie  raccomplissement  de  sa 
mission  scientifi([uc,  notre  Société,  vieille  bieutôt  de 
cim|uaute-quatre  ans,  a  toujours  eu  à  c(X'ur,  «'oimue  lui 
ordouuc  du  reste  l'article  I  de  ses  statuts  ()r«;ani(iues, 
de  <(  i-echerclier,  rassembler  et  conserver  les  o'uvres 
d'art  et  les  monuments  archéologiques  de  la  ])roviuc(»  et 
des  ancicumes  déi)endances  du  pays  de  Liège  ». 

Cette  ligne  de  conduite  l' Institut  l'a  toujours  s('ru])u- 
leusement  obsei-véc,  il  l'a  non  moins  fidèlement  suivie^ 
en  1900. 


Tous  ceux  qui  ont  assisté  à  nos  réunions  mensuelles 
ont  pu  se  rendre  compte  du  succès  de  ces  séances  :  et 
ce  succès  n'a  fait  que  croître,  comme  en  témoigne  l'obli- 
gation dans  laquelle  s'est  trouvé,  à  un  certain  moment, 
le  Bureau  d'augmenter  son  mobilier  devenu  insuffisant 
à  raison  du  grand  noud)re  de  membres  ])résents  à 
chacune  de  nos  assemblées. 


—  ir  — 

Ce  succès,  il  faut  le  reeouuaitre,  est  du  uux  intércs- 
siiutes  communications  (lui  ont  fait  l'attrait  de  nos 
séances  ordinaires  ;  je  crois  donc  être  l'interprète  de 
vous  tous  en  exprimant  de  vils  et  sincères  remercîments 
aux  obligeants  conférenciers  qui  ont  bien  voulu  nous 
apporter  le  concours  de  leur  parole. 

M.  le  professeur  Ducliesne  a  ouvert  la  série  de  nos 
causeries  de  l'année  en  nous  entretenant  de  la  Xeuiralité 
liég-eoise,  sujet  tout  d'actualité  à  une  époque  où  les 
questions  économiques  et  internationales  préoccupent 
tant  les  hommes  d'Etat. 

Après  un  rapide  aperçu  liistorique  de  la  neutralité 
liég-eoise,  le  conférencier  nous  a  défini  cette  dernière, 
l)our  nous  montrer  enfin  comment,  toute  illusoire  qu'elle 
l'ut,  elle  contribua  néanmoins  à  sauvegarder  l'intégrité 
et  l'autonomie  du  territoire  de  notre  ancienne  princi- 
pauté. 

En  février,  notre  savant  collègue,  M.  .Tules  Ilelbig, 
nous  a  fait  une  remarquable  communication  sur  la  pein- 
ture à  Liège  au  AT//""'  siècle.  La  compétence  tonte 
spéciale  de  M.  Helbig  en  semblable  matière  me  dispense 
d'insister  sur  l'intérêt  exceptionnel  de  sa  communica- 
tion au  cours  de  laquelle  il  s'est  attaché  à  étudier  les 
caractères  de  l'école  de  peinture  liégeoise  et  à  décrire 
l'œnvi'e  considérable  de  l'un  de  ses  plus  célèbres  repré- 
sentants,  Gérard    Douffet. 

A  la  séance  suivante,  M.  Julien  Delaite  nous  a  exposé 
le  résultat  des  longues  et  patientes  recherches  qu'il  a 
faites  dans  le  but  de  sauver  de  l'oubli  une  personnalité 
très  caractéristique,  celle  de  Gérard  Tollet,  boiirg-mestre 
(le  Liég-e  (1425-1494). 

Notre  collègue,  en  rétablissant  la  biographie  du  person- 
nage, nous  a  fait  connaître  également  un  c(u-tain  nombre 
de  documents  très  curieux  intéressant  l'histoire  liégeoise 
du  xv*^  siècle. 


—  m  — 

A  la  séance  de  niai,  M.  Joscj)]!  ni'assinne,  en  une 
causci'it'  très  instructive,  nous  a  présenté  une  étude 
d'cnsenible  sur  la  Bibliolhèqiie  de  rUniuersilé  de  Liège. 
11  nous  en  a  décrit  les  principales  salles  et  nous  en  a 
si<;-nalé  les  plus  récentes  accpiisitions  ;  il  nous  a  initiés 
enfin  aux  différents  modes  de  classification  des  livres, 
nous  permettant  ainsi  de  juger  des  soins  multiples  que 
réclame  une  bibliothèque  ratiounellement  et  métliodi- 
({uement  organisée. 

M.  Jos.  Demarteau,  que  nous  avons  tous  été  heureux 
de  retrouver  parmi  nous,  a  bien  voulu,  à  la  i-éunion 
suivante,  nous  honorer  d'une  communication  l'elative  au 
séjour  de  u  Snint  Lambert  à  Stauelot  ». 

S'aidant  de  la  relation  d'un  chroni(jueur  anonyme  du 
VII i^  siècle,  le  conférencier  nous  a  raconté  l'un  des  épi- 
sodes les  plus  édifiants  de  la  vie  de  résignation  do  saint 
Lambert,  alors  que  celui-ci,  victime  de  la  liaine  d'Ebroin 
et  privé  de  son  trône  épiscopal  de  Maestricht,  dut  trouver 
un  refuge  momentané  à  l'abbaj^e  de  Stavelot. 

Pour  la  séance  de  juillet,  M.  le  baron  de  Selys  Fanson 
nous  réservait  la  primeur  d'un  exposé  relatif  à  l'organi- 
tion  de  VExposition  de  iart  ancien  an  pays  de  Liège 
en  if)o5  et  à  l'aménagement  tant  extérieur  qu'intérieur 
du  futur  Palais  de  l'Art  ancien. 

L'Institut  a  compris  l'intérêt  tout  particulier  de  cette 
communication  en  faisant  insérer  dans  son  Bulletin  le 
texte  intégral  du  discours  de  notre  distingué  collègiuî  qui, 
à  ce  moment  déjà,  en  sa  qualité  de  Commissaire  du  Gou- 
vernement pour  les  arts  rétrospectifs,  se  trouvait  être 
l'âme  de  cette  importante  entreprise. 

A  la  séance  de  rentrée  d'octobre,  l'Institut  vous  a  rendu 
compte,  par  l'organe  de  son  secrétaire,  des  fouilles  et  des 
recherches  qu'il  a  fait  exécuter  dans  le  courant  de  l'année 
et  vous  a  soumis  les  antiquités  les  plus  curieuses  dont 
le  Musée  s'est  enrichi  à  la  suite  de  ces  fouilles. 


IV     — 


Enrin.  en  novembre,  M.  :\lax  Loliesl  a  bien  voiihi  nous 
faire  une  eonférenee  sur  VArdeniie  géolo^riqiie.  Malj>ré 
l'aridité  de  semblable  sujet  essentiellement  scientifique, 
notre  confrère  a  traité  celui-ci  sous  une  forme  originale  ; 
il  a  su  ea])tiver  notre  attention  tant  par  la  clarté  de  son 
exposé  que  par  la  variété  des  détails  dans  lesquels  il  est 
entré  pour  rattacher  son  sujet  à  celui  qu'avait  précé- 
demment développé  M.  .T.  E.  Demarteau  en  nous  entre- 
tenant de  la  Roiuanisiition  de  l'Avdenne. 

Ce  rapide  aperçu  vous  permettra.  Messieurs,  d'appré- 
cier le  grand  intérêt  et  l'attrait  spécial  que  n'ont  cessé 
de  présenter  nos  conférences  mensuelles,  depuis  le  jour 
où  elles  ont  été  instituées. 


Piiblicnliona.  —  Quant  à  nos  publications  de  l'année, 
elles  ne  sont  ])as  iuféri(Mires,  je  pense,  à  celles  (pii  les  ont 
])récédées. 

Le  tome  XXXIII,  ])ai"  la  variété  mènuî  des  notices  qu'il 
contient,  fait  dignement  suite  au  tome  XXXII. 

Dans  son  élude  sur  Jindolphe  de  IIahsbonr(>-  et  la  Prin- 
cipuutc  de  Liège,  M^'''  Sclioolmeesters  a  très  heureusement 
mis  en  relief  les  i-api)orts  suivis  que  nos  ])rinces-évèques 
eurent  au  xiii''  siècle  aA'Cc  le  puissant  empereur  d'Alle- 
magne, (jui,  elle/  nous,  sut  se  montrer  en  toute  circon- 
stance le  défenseui'  des  droits  acquis  et  des  i)rivilèges 
anciens. 

M.  Ruhl  en  jetant  un  (Joiip  d\i'd  sur  les  anciens  ou- 
vraies  fortifiés  des  villes  de  la  Belgifjne,  a  i)assé  en  revue 
les  rares  débris  d'arcliitectui'c  militaire  ([ui  subsistent 
encore  siu-  notre  vieux  sol  belge.  A  ])ropos  de  la  ])ort(' 
d'.\ nicico'ui'  à  Liège,  il  a  eu  l'heureuse  idée  de  faii'e 
rt'pi(»(hiirc  une  vue  inédite  de  eet  ancien  édifice  aujour- 
d'hui disparu. 


Il  l'aiit  ,  <r;iii1rc  ]>;ii'(,  s;i\()ir  ^rc  ;i  M.  1).  lîroiiwci's 
d'avoii-  pul)li('  (iiichjucs  Documcnls  relatifs  à  lu  inntriculc 
(lu  duché  de  Limboiirg  en  i~o5  ;  ces  doeunioiits,  non 
seulement  intéressent  plusieurs  petites  eommniies  du  pays 
<le  Lie^'e,  ils  sont  en  outre,  de  la  plus  i^rande  inij)()i-tanee 
pour  l'étude  de  l'histoire  linaneière  et  écononiicpie  du 
duché  de  Lini bourg. 

Le  «  Rapport  sur  les  recherches  et  les  fouilles  exécutées 
en  i<)o3  )),  constitue  le  l)ilan  de  nos  explorations  archéo- 
logiques pendant  l'exercice  écoulé  et  met  en  lumière  les 
pièces  principales  qu'ont  produites  nos  fouilles. 

En  un  mémoire  plein  d'érudition,  notre  savant  collègue, 
M.  le  baron  J.  de  Chestret  de  Hanelie,  nous  a  retracé 
l'histoire  des  seig'neuries  dWnthisnes  et  de  Vien  ;  il  a 
l'éuni,  à  cet  effet,  de  précieux  matériaux,  grâce  auxipiels 
on  peut  se  faire  une  idée  exacte  de  ce  qu'était  le  village 
d'Anthisnes  avant  la  révolution  française. 

De  son  côté,  M.  Jos.  Brassinne  a  fait  o'uvre  utile  et 
intéressante  en  publiant  et  en  commentant  un  manuscrit 
du  xvii*^  siècle,  dont  l'auteur,  au  moyen  de  déductions 
statistiques,  a  cherché  à  déterminer  le  chiffre  de  «  la 
population  de  Liège  en  iG5o  ». 

;M.  God.  Kurth,  dont  la  nouvelle  collaboration  a  été 
particulièrement  agréable  à  l'Institut,  nous  a  donné  un 
excellent  et  savant  petit  mémoire  sur  «  le  peintre  Jean  », 
mémoire  dans  lequel  il  a  tâché  de  rétablii*,  par  la  criticpic 
des  textes,  l'œuvre  de  cet  artiste  auquel  l'église  Saint- 
Jacques  dût  jadis  d'admirables  fresques  aujourd'hui 
disparues. 

Le  texte  de  l'intéressante  communication  de  M.  le 
baron  R.  de  Sélys  Fanson  sur  VExj)Osition  de  Fart  ancien 
au  Pays  de  Liège  en  i9o5  et  dont  j'ai  déjà  eu  l'honneur 
de  vous  entretenir  à  propos  de  nos  conférences  men- 
suelles, ainsi  qu'une  note  sur  une  découverte  archéolo- 
gique récemment  faite  à  Hollogne-aux-Pierres,  clôturent 
le  tome  XXXIII. 


VI    — 


Celui-L'i.  indcpiMulainmciit  <U's  travaux  dont  je  viens  de 
faire  rénuniération  contient  encore  le  Rapport  du  Secré- 
taire sur  l'exercice  igoa,  les  Statuts  et  la  Liste  des  mem- 
bres, enfin  la  Table  analytique  des  matières  que  nous 
devons,  comme  l'année^  dernière,  au  bienveillant  et  géné- 
reux concours  de  M.  l'abbé  ^^an  Wintershoven. 

En  tout,  l'Institut  a  publié  un  volume  de  plus  de 
3oo  pages  orné  de  plusieurs  vignettes  et  de  six  planches 
hors  texte,  dont  trois  en  photocollograpliie. 


* 
*    * 


Excursions  archéolog-i(}UCS.  —  L'an  dernier,  l'Institut, 
comme  vous  devez  vous  en  souvenir.  Messieurs,  a  inau- 
guré une  série  d'excursions  archéologiques  ;  ce  fut  une 
innovation  heureuse  à  tous  égards  et  dont  la  nécessité 
s'imposait  de})uis  longtenii)s  déjà. 

Si  des  raisons  majeures  n'ont  permis  d'organiser  qu'une 
seule  excursion  dans  le  courant  de  igoS,  celle  du  6  juillet 
aux  environs  de  Montzen  n'en  a  pas  moins  laissé  un 
souvenir  des  i)lus  agréables  à  tous  ceux  qui  y  ont  pris 
part. 

Xos  amateurs  photographes  ont  surtout  tiré  profit  de  la 
visite  détaillée  que  nous  avons  faite  des  anciens  manoirs 
de  Graff,  Ihoicli.  Belderbiisch  et  Schimper. 

Ce  que  nous  n'avons  i)u  faire  l'an  dernier,  nous  le  l'éali- 
serons  en  1904  ;  à  ce  sujet,  je  puis,  sans  être  indiscret, 
vous  dire  déjà  que  le  Bureau  a  plusieurs  projets  en 
perspective,  i)rojets  (|ui  rallieront,  il  l'espère,  l'assenti- 
ment unanime  de  nos  membres. 


Maison  Porquin.  —  En  ce  <|ui  concerne  la  Maison 
Porquin,  foi-ee  m'est  de  constater,  non  sans  amers  regrets, 
<pie,  malgré  toutes  nos  démarches  et  malgré  le  puissant 


—    VIT    — 

;il)])iii  (|ii('  nous  avait  accorda  la  Commission  i-oyalc  des 
Momimcuts,  la  cause  que  nous  avons  défendue  avec  tant 
d'ardeur  et  avec  nn  légitime  espoir  de  réussite,  est  défi- 
nitivement ])erdiie  i)our  nous. 

Le  Conseil  communal,  eu  séance  du  20  novembre  dvr- 
nier,  u  voté,  par  21  voix  contre  7,  la  démolition  de  la 
Maison  Porquiu.  In  arrêté  ministériel  récent  vient  enfin 
de  valider  définitivenuuit  cette  sentence,  alors  cependant 
que  le  rapporteur  du  budget  du  Ministère  de  ragriciilturc 
et  des  beaux-arts  prévoyait  déjà  l'allocation  d'un  sul)side 
pour  la  restauration  de  cet  intéressant  monument  ! 

Il  ne  m'appartient  pas,  Messieurs,  de  juger,  en  ce 
rapport,  l'arrêt  qui  a  été  rendu  ;  l'Institut,  s'il  est  vaincu, 
a  la  satisfaction  d'avoir  rempli  loj-alement  son  devoir  et 
de  n'avoir  pas  failli  à  la  mission  qui  lui  a  été  dévolue 
par  le  premier  article  de  ses  statuts  organiques  visant 
«  la  conservation  des  monuments  historiques  de  la  pro- 
vince et  des  anciennes  dépendances  du  pays  de  Liège  ». 

Personnellement,  j'entreverrai  longtemps  encore  la 
silhouette  gracieuse  qu'aurait  présentée,  au  milieu  du 
nouveau  square  des  teri-ains  de  Bavière,  l'antique  Maison 
Porquin,  à  laquelle  ou  aurait  aisément  })u  trouver,  a2)rès 
sa  restauration,  (piehjue  utile  affectation. 

* 
*    * 

Une  auti'e  question  qui  intéresse  spécialement  l'Institut, 
celle  du  transfert  de  nos  collections  à  la  Maison  Curtius, 
est  enfin  à  la  veille  de  recevoir  une  solution  définitive 
qui  pourra,  il  faut  l'espérer,  nous  donner  complète  satis- 
faction. 

Cette  question,  vous  le  savez  tous,  ne  numque  pas  de 
l)résenter  de  sérieuses  difficultés  ;  elle  nous  entraînera 
peut-être  même  dans  des  négociations  très  délicates .  . . 
L'Institut,  en  effet,  quel  que  soit  le  régime  qu'il  aura  à 
adopter,    doit    exiger    qu'on    lui    garantisse    son    entière 


AllI     — 


aiiiDiKuuic    et    sa    plciiu'    iiKlrpeiulance   afin   (lu'il   [Miissc, 
par  là  uièine,  conserver  intacte  sa  liberté  d'action. 

Toutes  les  craintes  qui  ont  pu  naître  à  la  première 
heure  concernant  la  situation  future  de  notre  Société 
envers  la  Ville,  semblent  devoir  disparaître  devant  les 
assurances  si  bienveillantes  (jui  ont  été  données  récem- 
ment à  deux  d'entre  nous,  MM.  J.  E.  '  Demarteau  et 
Kd.  Braliy-Prost,  par  M.  le  Bourgmestre  et  M.  l'Eclievin 
des  Beaux-Arts. 

En  attendant  (]ue  nous  i)uissions,  en  suite  de  pour- 
parlers officiels,  être  fixés  d'une  façon  précise  sur  les 
intentions  réelles  de  la  Ville  do  Liège,  émettons  le  vœu 
de  voir  api)roprier  à  bref  délai,  la  Maison  Curtius,  en 
vue  de  sa  nouvelle  destination. 

11  serait  impardonnable  qu'à  l'occasion  de  l'Exposition 
Internationale  et  Universelle  de  Liège  en  1905,  nous 
n'ayons  pas  (juitté  les  locaux  que  nous  occupons  aujour- 
d'hui et  où  nous  sommes  à  l'étroit  depuis  plusieurs 
années  déjà. 

Tuiscpi'il  a  été  entendu,  d'autre  part,  que  l'Institut 
fêterait  en  1905  son  cinquantenaire,  dont  la  célébration 
a  été  spécialement  retardée  pour  la  faire  coïncider  avec 
les  fêtes  de  notre  Worlds  I-'air  et  l'inauguration  du  nou- 
veau Musée  communal  d'Art  Ancien,  c'est  à  Curtius 
évidemment  que  devra  avoir  lieu  cette  solennité  ! 

Insistons  donc  à  nouveau  i)our  qu'on  mette  incessam- 
ment la  main  à  l'cx'uvre  et  souhaitons  que  M.  l'échevin 
Micha,  (jui  de])uis  douze  ans  poursuit  avec  un  zèle  des 
l)lus  louables  la  réalisation  de  ce  ])r()jet,  puisse  enfin 
décider  la  Ville  à  agir  sans  plus  tarder. 


* 


.le  ne  })uis,  d'autre  pari,  i)asser  ici   sous  silence  le  rôle 
prépondérant  que  l'Institut,  en  la  personne  d'un  grand 


—    IX    — 

gniiut  nombre  de  ses  iiieiiibres,  sera  ai)pelé  à  jouer  diins 
rorguuisiitiou  de  la  future  Exponilioii  de  l'Art  Ancien  un 
Pays  de  Liège  en  kjoC). 

Sur  les  r4<'~>  membres  (|ui  (•()ini)()sent  la  Commission  de 
patrona>i;-e  de  TExposilioii ,  :^^  api)artieinieiit  à  noire 
Société  et  eelle-ei,  dans  la  seetion  de  l'art  civil  seule, 
fournit  le  ])résident,  le  secrétaire  général  et  le  trésorier 
de  la  section,  six  })iésidents  de  classe  et  sei)t  secrétaii-es 
de  classe. 

Enfin,  le  Commissaire  spécial  du  (Jouvernement  ])our 
les  arts  rétrospectifs  n'est  autre  (|ue  ISI.  le  baron  R.  de 
Selys  Fanson,  l'un  de  nos  membres  effectifs  les  plus 
estimés,  au<{uel  nous  trouvons  adjoint  comme  seci'étaire, 
notre  président  actuel,  M.  Braliy-Prost. 

L'Institut  peut  donc  être  fier,  à  juste  titre,  de  la  i)ai't 
considérable  qui  lui  a  été  réservée  dans  la  composition 
du  Comité.  Ce  sera  pour  nous  tous  un  stimulant  (|ui  nous 
engagera  à  coopérer  avec  ardeur  à  la  réussite  et  au  succès 
de   l'Exposition  de   l'Art  Ancien   au  Pays  de  Liège. 

En  sa  qualité  de  Société  fédérée,  l'Institut  a  participé 
au  XVII^'  Congrès  de  la  Fédération  liistorique  et  archéo- 
logique de  Belgique,  tenu  à  Dinant  au  mois  d'août  derniei*. 

Notre  Société  s'y  était  fait  représenter  par  cinq  de 
ses  membres  :  MM.  J.-E.  Demarteau,  Fréson,  Pâques, 
F'raipont  et  Baron  R.  de  Selj'S  Fanson. 

L'Institut  a,  d'autre  i^art,  pris  i^art  à  VExposition  de 
dinanderies  organisée  l'an  dernier  à  Dinant;  nous  y  avons 
exposé  quelques-unes  des  pièces  de  «  dinanderies  »  les  plus 
intéressantes  de  nos  collections. 

Fouilles.  —  Je  suis  heureux  de  pouvoir  constater  cette 
fois   (pie   l'Institut,    repi'cnant    en  cela  d'anciennes  tradi- 


lions,  a  su  consacrer  aux  Touilles  une  certaine  part  de 
ses  ressources. 

Dans  le  courant  de  l'année  dernière,  des  Touilles  rej-u- 
lières  ont  été  pratiquées  tant  en  Hcsbaye  que  dans  le 
Condroz. 

A  Latinne,  au  lieu  dit  h  Les  grandes  Pièces  »,  M.  Davin- 
Kigot  a  déblayé  partiellement  les  substruetions  d'une 
grande  ville  belgo-roniaine  ;  ces  fouilles  n'ont  niallieu- 
reusement  révélé  que  quelques  menus  objets  sans  grand 
intérêt. 

Notre  confrère  a  également  terminé  l'exploration  du 
cimetière  franc  de  Latinne,  ce  qui  nous  permettra  de 
l)ubli(>r  prochainement  une  notice  sur  cette  petite  nécro- 
jîole. 

Dans  le  Condroz,  M.  Firmin  Ilénaux  a  fouillé  les  sub- 
struetions de  deux  importantes  villas  belgo- romaines, 
sises  l'une  à  Oequier,  l'autre  à  Vervoz  (Clavier). 

Si  la  i)remière  n'a  rien  produit,  la  seconde,  au  contraire, 
a  enrichi  notre  Musée  d'un  grand  nombre  de  pièces  inté- 
ressantes, ])armi  lescpielles  je  me  bornei-ai  à  signaler  ici 
dix-sept  petites  billes  en  terre  cuite  marquées  de  chiffres 
romains  et  uniques  en  leur  genre  en  Belgique, 

En  vue  des  travaux  de  cette  année,  l'Institut  a  enfin  fait 
])r;iti<iuer  des  sondages  (ui  différents  ])oints  de;  la  province, 
notamment  aux  aboi-ds  des  tiimulus  des  Avins,  de  Kamelot 
et  de  Biisin. 

* 
*     * 

Finances.  —  Nos  ('om])tes  de  l'année  iç)o3,  dont  voici, 
d'après  notre  zélé  trésorier,  M.  Pà(|ues,  le  détail,  se 
soldent  i)ar  un  déficit  de  fr.  25o,38;  iu)tre  bilan  jorécédent 
accusait  un  mali  de  fr.  255,i5. 


XI    — 


.  EXERCICE   1903 


Recettes 


Subside  de  l'Etat  .     .     . 

»  de  la  Province. 

»  de  la  Ville    . 

Cotisations  des  membres 
Intérêts  chez  le  ban(|uier 


Total 

DÉPENSES. 


fr.    i.ooo  00 
»        5oo  oo 


» 


Déficit  do  1902 fr 

Frais  de  publication  ou  d'envoi  de  la 

table  générale  des  matières,  etc. 

(réserves) 

Solde  du  prix  de  la  Table. 

Fouilles » 

Achats  d'antiquités » 

Bibliothèque  (Achats,  entretien).     .  » 

Bulletin  de  1908  et  son  envoi     .     .  » 

Frais  de  bureau » 

Concierge  et  pompiers » 

Entretien  des  locaux,  chauffage.     .  » 

»           des  collections     .     .     .     .  » 

Assurances » 

Commission  de  banque » 

Total.  ~" 


fr 


RÉCAPITULATION 


DOO    00 


»       1.400    00 

))  5i  80 

fr.    3.456  80 


255  i5 


700  00 

23o  00 

145  20 

286  80 

1.669  20 

95  23 
145  00 

82  75 

43    23 

96  00 
7  10 

8.707  18 


Dépenses  . 
liecettes    . 


.    fr.    3.707  18 
,     ))     3.456  80 


Déficit. 


fr 


200    Oî 


La  situation  financière  de  l'Institut  ne  s'est  donc  guère 
améliorée  ;  si  nos  ressources  se  sont  accrues  des  cotisa- 


—    XII    — 


tiens  d'un  certain  nonil)!'»-  de  nouveaux  membres,  nous 
avons  par  contre,  en  suite  même  de  cet  accroissement 
de  nos  abonnés,  dû  augmenter  le  tirage  de  notre  Bulletin 
et  le  porter  de  35o  à  400  exemplaires. 

Il  est  donc  résulté  pour  nous  un  surcroit  de  dépenses 
plutôt  qu'un  avantage  pécunier  quelconque. 

Aussi  le  remaniement  de  nos  budgets  annuels  s'impose- 
t-il,  à  mon  avis,  d'une  façon  impérieuse.  En  prévision  des 
dépenses  extraordinaires  auxquelles  nous  pouvons  être 
amenés  à  devoir  l'aire  face  dans  nn  avenir  très  rapproché, 
nous  avons  le  devoir  de  chercher,  sans  plus  tarder,  à  nous 
créer  des  ressources  nouvelles. 

C'est  à  la  générosité  des  pouvoirs  publics  que  nous 
devrons  faire  appel. 

.l'aurai  sous  peu  l'honneur  de  vous  soumettre,  à  ce 
sujet,  conjointement  avec  notre  trésorier,  des  proposi- 
tions détaillées. 

En  attendant,  je  me  fais  l'interprète  de  vous  tous, 
Messieurs,  pour  remercier  sincèrement  le  (rouverncunent, 
la  Province  et  la  Ville  de  Liège,  des  subsides  qu'ils  ont 
bien  voulu  nous  octroyer  jusqu'à  ce  jour. 


Musée.  —  Indépendamment  des  nombreux  objets  que 
lui  ont  procurés  nos  fouilles,  notre  Musée  a  vu  ses  collec- 
tions s'accroître  considérablement  l'an  dernier  surtout 
par  des  dons  et  des  dépôts. 

.Te  m'empresse  de  présenter  les  plus  vifs  remerciements 
de  l'Institut  à  tous  ceux  qui  ont  contribué  au  dévelop- 
pement de  nos  collections. 

Vous  pourrez  juger  par  la  liste  ci-apiès  que  m'a  commu- 
niquée notre  tout  dévoué  conservateur,  M.  le  l)'"  Alexandre, 
de  l'importance  des  accroissements  du   ^Fusée. 


—  xTir  — 
DOXS. 

Epoque  préliisloii(jiie. 

Série  de  silex  taillés  néolithi(iucs  :  i  micléus,  i  j^rattoir,  i  frag- 
ment de  liache  polie,  22  lames  et  éclats  de  dégagement,  trouvés  à 

Bonsin,  près  Oc(|nier. 

Don  de  M.  Firniin  Ik-nanx. 

Fragment  de  hache  polie,  grattoir  et  nucléus  trouvés  dans  le  bois 
de  Kinlvempois,  commune  d'Angiour. 

Fragment  de  hache  polie,  u  grattoirs,  11  lames  et  fragments  de 
lames  i)rovenant  de  «  Zalon  »,  commune  de  Trooz. 

7  fragments  de  poteries  néolithi(]ucs,  iS  lames  et  éclats  de  taille, 
recueillis  à  Eysden  (Limbourg  belge). 

Hache  taillée  provenant  de  l'atelier  néolitliique  de  Rullen. 

Don  de  M.  M.  De  Puydt. 

Série  de  silex  taillés  néolithit^ues  :  :•  nucléus,  7  lames  et  éclats  de 

dégagement,  provenant  de  Tohogne,  canton  de  Durbny,  au  lieu  dit  : 

«  Sur  les  CoiDiminaiix  ». 

Don  de  M.  Pierre  Destinez. 

Série  de  silex  taillés  :  120  lames,  dont  38  retouchées  et  ayant  servi 
de  couteaux,  4i  grattoirs,  7  lauies  grattoirs,  3  nucléus,  3  percuteurs, 
5  poinçons,  G  fragments  de  liaclies  i)olies,  2  ])ointes  de  flèches  dites 
à  tranchant  transversal,  i  pointe  de  flèche  en  amande  (extrémité 
brisée),  2  couteaux  courbes.  Provenance  :  Sart  Tilmant  (Angleun. 

24  lames  et  fragments  de  lames,  i  petit  nucléus,  2  grattoirs  et 
I  éclat  de  hache  polie,  recueillis  à  Ami>sin. 

57  lames  et  éclats  de  dégagement,  2  grattoirs  trouvés  à  «  Zalou  », 
commune  de  Trooz 

27  lames  et  fragments  de  lames,  i  nucléus  et  i  grattoir  prove- 
nant d'F'mbourg  (près  du  fort). 

2i)  lames  et  éclats,  2  nucléus,  (j  grattoirs,  2  tranchets  et  i  frag- 
ment de  hache  polie,  trouvés  à  La  Roclictte,  commune  de  Cliaud- 
fontaine. 

I  poinçon,  i  nucléus,  i  éclat  de  hache  polie,  7  lames  et  fragments 

de  lames,  trouvés  à  la  ferme  de  la  Besle,  près  du  couvent  de  Chè- 

vremont. 

Don  de  M.  .Jean  Servais. 

Hache  polie  en  silex,  tranchant  brisé  :  longueur  :  omo;).'}.  Prove- 
nance :  Freeren  (arrondissement  de  Tongres). 

Fragment  de  hache  polie  en  silex  :  longueur  :  011107. 

Petite  lame  retouchée,  en  silex  brun  translucide  ;  long.  :  o'"o22. 


—    XIV    — 

Marteau  en  silex,  formé  du  corps  d'une  hache  polie  en  silex  (beau 
spécijneni  mesurant  :  o"'o7i>  X  o"'o44-  Provenance  ;  Wihogne. 

Don  de  M.  Léopold  Debrassinne. 
Fragment  de  hache  i)olie,  provenant  de   la  campagne   du   Sart 
CAmpsin). 

Fragment  paraissant  avoir  servi  de  lissoir  (long.  :    o'"io7)  même 
provenance. 

Don  de  M   Sépulchre-Frésart,  industriel  à  Ilerstal. 
Silex  taillé  (nucléus)  trouvé  dans  les  terres  à  briques  du  Thier- 
à-Liége,  près  de  la  nouvelle  chapelle. 

Don  de  M.  M.  De  Puydt. 
4   fragments    de   poteries    ncolithicpies    provenant    de    fonds    de 
cabanes  découverts  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Jeneffe  en 
Hesbaye  (canton  de  Waremme). 

Don  de  MM.  K.  Davin-Rigot  et  M.  De  Puydt. 
Séries  d'objets  néolithicpies  provenant  de  fonds  de  cabanes  explo- 
rés, en  i<jo3,  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Les  Waleffes. 

Dépôt  de  MM.  I*:.  Davin-Rigot  et  De  Puydt. 
Séries  d'objets  neolithiipies  trouvés  dans  des  fonds  de  cabanes 
découverts  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Bassenge. 

Don  de  MM.  Jean  Fraikin  et  Fraikin-Alsembach, 
propriétaires,  à  Bassenge. 
Antic^uités  prehistori(pies  provenant  des  fouilles  i)rati<piees  sur 
l'emplacement  de  fonds  de  cabanes  à  Bassenge  par  MM.  De  Puydt 

et  Fr.  lluvbrigts. 

Dépôt  de  M.  M.  De  Puydt. 

Série  d'instruments  et  de  silex  taillés  recueillis  sur  le  plateau, 
lieu  dit  :  «  Gros  Bois  »,  au  dessus  des  carrières  de  Moha. 

Dépôt  de  M.  M.  De  Puydt. 
Ciseau  en  silex,  à  talon  arrondi,  de  ©""oG  de  longueur,  poli  inten- 
tionnellement sur  les  deux  faces  et  sur  le  côté. 

Fouilles  de  Yervoz  (Commission  des  fouilles). 

Epoque  bclgo-romainc  et  franqiie. 

Rondelle  en  terre  cuite  d'hypocauste  portant  l'empreinte  d'une 
l)atte  de  chat  ou  de  loutre  et  petit  bronze  de  Constantin  II,  trouvés 
à  remi)lacement  du  puits  régulateur,  commune  d'Awans. 

Dé])ôt  de  la  Ville  de  Liège. 
2  Ijoites  en  terre  cuite  et  dél)ris  de  i)làtras  colorié  provenant  de 
rii.\  l)ocaustc  découvert  à  Tongrcs  en  juin  if)o3. 

Don  de  MM.  E.  Piuiues  et  J  -F.  Demarteau. 


—   XV   — 

Tt'ssoiis  (le  i)ottirie.s  (liver.ses,  clous,  lerrailles,  fraj^nient  de  vase 

en    bronze,     morceau    d'ardoise,     tuiles     avec     iuar<iU(s    NKII  et 

...  Ili|X('lIIi. 

\ilia  de  Laliniie  iCoiuniisslon  des  l'ouillesi. 

Fragment  de  meul(!  provenant  de  substructioiis  helgoromainos, 

à  Latinne. 

Don  de  M.  Davin-Kij;!)!. 

Fragment  de  statue  de  liou  en  calcaire  de  Lougwv  ;  j;i'iire  sur 
socle  (o'"4o  X  o">2u);  débris  de  rosace. 

Série  de  tessons  de  poteries  en  tout  y:enre  et  de  sigles  :  A'rriLL\', 
CATVS..  ,  CINT,  [CJIXTUGNATVS,  II). .M,  ORCIO.F,  VINDUS, 
petits  vases  en  terre  fine,  débris  de  vases  en  verre,  moven  bron/e 
fruste,  ustensiles  en  fer,  17  l)i!les  en  terre  cuite  avec  marques  : 
I,  I,  I,  XIII,  XVII,  XX,  XXX,  XXXVIl,  XXXVIII,  XXWI,  I.X, 
LXV,  LXVI,  LXXX.  LXXXIIII,  LXXXXV,  LXXXXVl,  fra-nients 
de  tuiles,  ossements  divers,  etc. 

Fouilles  de  Yervoz  (Commission  des  fouilles). 

Mobilier  de  tombe  franque  :  ])oteries,  armes,  etc. 

Cimetière  franc  de  Latinne  (Commission  des  fouilles). 

Moyen-iig-e. 

2  grès  trouvés  dans  le  parc  du  château  de  Petit-Recliain  lai-ron- 

dissement  de  Verviers). 

Don  de  M""'  Hannotte  Dcwez. 

5  ])oteries  de  i)rovenances  diverses  (province  de  Liège). 

Don  de  M.  Sépulchrc-Frésart,  industriel,  à  llerstal. 

Temj)fi  modernes. 

Deux  petites  bouteilles  ou  fioles  en  verre  ti"ouvces  à  Visé. 

Don  <le  M.  .Tos.  Hcuvie-A\iin»otte. 
Cachet  ou  sceau  en  bronze  de  la  commune  de  Hois  (xviir  siècle). 

Don  de  M.  M.  De  Puvdt. 
Ancien  verre  liégeois  à  pied  en  forme  de  flûte  de  o"'4o  de  hautt'ur, 
a^ant  a])i)artenu  au  dernier  ab)»é  du  monastère  de  St-Laurent 

Don  de  M.  le  notaire  l'iuiues. 
Panneau  en  carreaux  de  Delft  n])résentanl  le  crucifiement  et  jtro- 
venant  de  l'ancienne  halle  aux  viandes,  rue  de  la  Boucherie. 

Don  de  la  Ville  de  Liège. 

Phutographies  et  (loctiii)eiits  divers. 

Sites  et  groupes  (u4  l>hotograi)hiesi  pris  à  l'excursion  du  G  juillet 
1903  aux  environs  de  Montzen. 

Don  de  MM.  Philippart,  P.  Jaspar  et  P.  Combien. 


—  ^cvl  — 

Achtits. 

Hache  eu  Ijroiize  à  douille  làge  du  lu-onze)  (environs  de  Tongres). 

Collection  de  ^o  i)oterie.s  belj^o-ronîaines  de  types  divers  :  petite 
soucoupe  avec  bord  orné  de  feuilles  de  lotus  en  relief,  9  cruches 
(epichysis),  poteries  en  terre  dite  saniienne,  urnes,  i)lateaux,  etc. 
Provenance  :  Tongres  et  environs. 

Petite  cuiller  romaine  en  argent,  de  forme  caractéristique,  décou" 
verte  à  (Unvier. 

Menus  objets  en  bronze  (époque  belgo-romaine)  :  fibules,  agrafe 
de  manteau    Provenance  :  Tongres. 

:>  urnes  franques  avec  dessins  à  la  roulette.  Provenance:  Coninx- 
lieim. 

Portrait  sur  cuivre  de  Jean  Louis  Thys,  en  religion  Célestin, 
dernier  i)rince-abbé  de  Stavelot  et  Malmédy,  né  à  Fairon  (comté  de 
Logne),  élu  le  4  janvier  1787,  mort  en  exil  à  Ilanau  (liesse)  le 
!*''■  novembre  i7<)6.  Dimensions  :  o^i.'j  X  o"i;>o. 

Portrait  (gravure)  de  Charles  Nicolas  Alexandre,  comte  d'Oultre- 
mont,  i»rince-évêque  de  Liège. 

Deux  cartes  de  la  ])rincii)auté  de  Liège  et  ])lan  de  la  ville  i)ar 
Lemaire, 


Bibliothèque.  —  Xotre  bibliothèque,  de  son  côté,  s'est 
eiirieliie  d'tin  très  grand  nombre  d'ouvrages  arcliéolo- 
giqncs  et  liistoriques  qui  lui  sont  parvenus  soit  à  la  suite 
do  dons  ou  d'échanges,  soit  par  des  envois  des  dépar- 
tements ministériels. 

En  voici  la  longue  éuumération  d'après  le  relevé  de 
notre   nouveau   et   zélé  bibliothécaire,    M.    D.    Brouwers. 

Dons  d'auteurs. 

IIei.HK;  i.Iulesi.  —  Lu  peinture  nu  Pny.s  de  Liège  et  sur  les  bords  de 
lu  Meuse.  —  Xonvelle  édition.  Liège,  Imprimerie  Liégeoise,  1908, 
1  vol.  in-80  de  Xn'-.")09  pj). 

Don  de  la  Ville  de  Liège. 
IlLlJERT  (Josephj.  —  Quel  est  Inrchiteete  qui  a  con^u  le  projet  de 
l'église  de  Sninte-Wnudru  n  Mous  /  Communication  faite  au  congrès 
archéologique  et  historique  de  Bruges.  —  Bruges,  L.  De  Plaucke, 
1903,  in-80. 

Don  de  l'auteur. 


—    XVII    — 


Kriz  (!)'■  Martin  .  —  licHrui-c  zitr  Kciinlnis  ilcr  Onnihirzril  in 
Muhren.  —  Sleinit/,  Kjo^i,  in-8". 

Don  <!(•  ranteur. 

MicilA  (All'i'eil).  —  Le  s>ntneiir  lici^coi.s  Cilles  Dcnuirlatu  < /-l>u- 
l'jjiii-  —  I..i»'K<-'.  -^"o    Bénai'd,  i<)o.3,  in  S'. 

J'IUENNK  ill.).  —  (.'/ir-()nii/(ic  riiiirc  des  Iroiihles  de  Fluiidi-e  en  i'l-<)- 
i:i8<).  —  (iand,  A.  Sil'l'er  et  .1  N'nylsteke.  \\)o-2,  in-S".  iSoeii-lc  d'/iistoire 
e(  d'iirelH'oloiiie  de  (i.nid.  l'uhlication  oxlraordinaire,  n°  i.i 

—  i'ne  ii()lénii<iue  /iislori(/ue  en  A  llenuii^ne.  —  in-S".  (l'"xti'ait  de  la 
Renne  /li.s/oj-itfiie,  I.  LXI\',   i.S;)7.i 

—  I.'nncienne  (■Iir(ini(ine  de  Flandre  et  lu  </ir()ii(i<>f;iidiin  rei^nni  /'rnn- 
cornni.  —  Bruxelles,  Haye/,  iS()S,  in-S".  (Extrait  des  liuUelins  de  lu 
Commission   royale  d'hisl.   île   Bels^ique,  5e  série,  t.  VI II). 

—  Les  eoulnmes  mnrclmndes  de  Sniiit-Dmer.  —  Paris.  K.  IJoiiillon, 
i<)00,  in-Ho.  (Extrait  du  .]/oyen-;'ii;-e,  kjoo.) 

—  Le  jiriinlège  de  Louis  de  Mule  pour  lu  ville  de  Bru}>es  du  mois  de 
juin  iSSo.  —  Bruxelles,  Hayez,  i(jo3,  iu-8".  (Extrait  des  liullelins  de 
l'Aeudémie  royule  de  Belgiijue,  i^oo). 

—  Le  Hure  de  Vubbé  (Guillaume  de  liyekel  i  i-j^()-i-j--j).  —  Gand. 
II.  Engelcke,  iSijG.  in-8". 

—  Le  soulèuement  de  lu  Flundre  muritime  de  i3-j3-i3-j<^.  Documents 
inédits.  —  Bruxelles,  P.  Imlieglits,  kjoo,  iu-8". 

—  Note  sur  un  jiussui^e  de  Vun  Vellhem  relulif  ù  lu  buluille  de  Cour- 
Irui.  —  in-8o.  (Extrait  des  Bulletins  de  lu  Commission  royule  dliis- 
toire  de  Belirique,  ô^  série,  t.  IX.) 

—  L.u  Iiunse  /lumunde  de  Londres.  —  in-8'.  (Extrait  des  Bulletins 
de  l  Aeudémie  royule  de  Beli-iiiue.  3e  série,  t.  XXXVII,  1899.) 

Don  de  lauteur. 

Abonnements. 

Revue  de  lArl  ehrétieu,  i.  XllI,  livr.  4,  5,  G  ;  t.  XIV,  livr.  i,  -j,  3,  4, 
5,  G. 

I^'uneien  puys  de  Looz,  (>''  année,  n"^  «),  10,  11,  12  (igos-iyoS). 

Echanges. 

s  I.  —   BELGIQUE. 

Anvers.  —  Anvlhs.  —  Académie  d'archéologie  de  Belgique.  —  Bul- 
letin, i!io3,  nos  I  à  3.  _  Annales,  5e  série,  t.  IV,  .3e  livraison. 

Brabant.  —  Brixei-LES.  —  Académie  royale  des  sciences  de  Bel- 
gique. —  Annuaire  Gf),  i<)o3.  —  Bulletin  de  la  classe  des  lettres  et  des 
sciences  morales  et  politiques  et  de  la  cla.'ise  des  Beau.\-Arts,  i<)o3, 
nos  I  à  12. 


—    XVIII     — 

II)  _  Compte-rendu  des  Néuncc.s  de  lu  Coin  mission  royale  d'histoire. 
Bnlletin.  t.  LXXII,  11°=  r,  2,  3,  (ioo3j. 

II).  —  liio^rophic  milionnle,  t    XVII  (iî)o3),  Hvr.  II. 

II).  —  Bulletin  des  Commissions  royales  d'art  et  d'archéologie , 
41'  unnée  (1902),  ii'^'S  i  à  12. 

II).  —  Annales  de  la  Société  d'archéolog'ie,  t.  XVI,  3,  4  ot  XVII  (1  à  4). 

II).  —  Annuaire  de  la  Société  d'archéologie,  t.  XIV  (i9o3). 

II).  —  Renne  belge  de  numismatique,  oif  année,  igoS,  nos  i  à  4 

II).  —  Bulletin  de  la  Société  royale  belge  de  géographie,  t.  XXVII, 
no-  I  à  (). 

Il)   —  Analecta  Bollandiana,  t.  XXII  (i9o3),  n«s  i  à  4- 

Xi\  i:i,m:s.  —  Annales  de  la  Société  archéologique  de  l'arrondisse- 
ment de  Xtuelles,  t.  VII  (iQoS). 

Ii()r\  AIN.  —  Annuaire  de  l'Unioersité  catholique,  i9o3,  (J;^  année. 

11).  —  -l  nalectes  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  de  la  Belgique, 
t.  XXX,  livr.  I  et  2  fnjoS),  2e  section,  (>''  i'asc.  (iyo3i. 

Flandre  orientale.  —  Gand.  —  Société  d'histoire  et  d'archéologie 
de  Gand.  —  Bulletin,  ii^  année,  n^s  i  à  G.  —  Annales,  i  V,  fasc.  2.  — 
Inventaire  archéologique  de  Gand,  fase.  29,  3o,  32. 

Saint-X'H'OLAs.  —  Annales  du  Cercle  archéologique  du  Pays  de 
Waes,  t    XXI,  fasc.  2,  t.  XXII,  fasc.  i.' 

Hainaut.  —  Mons.  —  Annales  du  Cercle  archéologique,  t.  XXXII 

(•903)- 

II).  —  Mémoires  et  ])ublications  de  la  Société  des  sciences,  des  arts 
et  des  lettres  du  Hainaut. 

ToLHN.Vl.  — Bulletin  de  la  Société  historique  et  littéraire,  2e  série  : 
Annales,  nouv.  série,  t.  YII  fnjo3j. 

CilAKi,i:iU)i.  —  Société  paléontologique  et  archéologique.  —  Docu- 
ments et  rajtports,  t.  XXVI  (1902-1903). 

I'\(;nn;N.  —  Annales  du  Cercle  archéologique,  t.  VI  fi9o3). 

Liège.  —  LiéGK.  —  Société  d'art  et  d'histoire  du  diocèse  de  Liège.  — 
Bulletin.  —  Leodium. 

II).  —  Société  des  Bibliojihiles  liégeois. 

II).  —  Wai,i,()Nia.  —  lo''  année,  n^s  i  à  12. 

IIUY.  —  Cercle  hutois  des  sciences  et  beau.x-arls,  t.  XIV,  :_''  livr. 
(1908). 

Vkrvieus.  —  Société  verviétoise  d'archéologie  et  d'histoire.  Bulletin, 
t.  I  \',  livr.  I  et  2  (1902). 

Limbourg.  —  II.\ssi;r/r.  —  Société  chorale  et  littéraire  des  Mélo- 
philcs.  —  Bulletin  de  la  section  scientifique  et  littéraire. 


—    XIX    — 

ToNcilvl'.s.  —  liiillcliii  (le  lu  Société  .sciciilifi(jiic  cl  lillcriiiic  ilu  I.itii- 
bourp,\  t.  XX  (1902),  t.  XXI  (190.'!). 

Luxembourg.  —  AuiiOX.  —  Inslilul  archéologique  du  Luxembourg-, 
Annales.  (.  XXVIII  (i0o3). 

Namur.  —  Xamur.  —  Annales  de  la  Sociélé  archéologique. 

.MahkdsoUS.  —  Reinie  hénédicline  de  Mareilsous,  t.  XX,  lasc.  i,  2,  3,  4- 

J<2.  -  FRANCK. 

AlîBE\  ll.l.i;.  —  Société  (l Emulation.  —  Mémoires  in  4",  t.  I\'  (HJ02)  : 
Géographie  historiqiw  du  dép.  de  la  Somme. 

Amiens.  —  Société  des  anliquaii-es  de  Picardie.  —  liulletin,  T<)or, 
1104,  1902,  nos  i_  o^  ;}  4^  i;)o3,  n"  i.  —  Mémoires  in  S",  4*^  série,  t.  IV 
(KjoS). 

Auras.  —  Commission  dépai-lemcntale  des  monuments  Jiisloriqnes 
du  Pas-de-Calais.  —  liulletin,  t.  III,  no  l.  —  Mémoires,  i.  II,  110  4 

AUXERRE  —  liulletin  de  la  Société  des  sciences  historiques  et  natu- 
relles de  l'Yonne,  f .  LVI  (1902). 

AvESXES.  —  Mémoires  de  la  Société  arcliéologiquc  de  l'arrondisse- 
ment d'A  nesnes. 

Bordeaux.  —  Société  archéologique,  t.  XXIII,  fasc.  nos  i,  2,  3,  4. 
t.  XXIV,  fasc.  no  i. 

BOURCES.  —  Société  historique,  littéraire,  artistique  et  scientifique 
du  Cher. 

Ciiai-ON'SUR-Saône.  —  Mémoires  de  la  Société  d'archéologie  de 
Chalon-sur-Saône. 

DuxKERQUE.  —  Société  dunkerquoise  pour  l'encouragement  des 
sciences,  des  lettres  et  des  arts,  t.  XXXVII  (i<)o3). 

Marseieee.  —  Répertoire  des  traOau.x  de  la  Société  de  statistique, 
t.  XLY,  !«  et  2<'  partie. 

MONTAUHAX.  —  Bulletin  archéologique  et  historique  de  la  Société 
archéologique  de  Tarn-et- Garonne, 

Nancy.  —  Mémoires  de  la  Société  d'archéologie  Ion-aine  et  du  Musée 
historique  lorrain,  t.  LU  (1902). 

Id.  —  Mémoires  de  l'Académie  de  Stanislas,  i.  XX  (19031. 

OreÉANS.  —  Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais.  — 
Bulletin,  fasc.  nos  i-o  et  177.  —  Mémoires  In-R",  t.  XXVIII  (1H98). 

Paris.  —  Cong'rès  archéologiques  de  France. 

II).  —  Société  de  l'Histoire  de  France.  — Annuaire,  t.  XXXIX  (i<)02). 

RociIECllorARn.  —  Bulletin  de  la  Société  des  Amis  des  sciences  et  des 
arts,  t.  XII,  n«s  3,  4,  5,  6  ;  t  XIII,  n"  i  (i9o3). 


Romans.  —  litdlctia  d'histoire  ccclé.siustirjiic  cl  durclicologie  reli- 
iiicti.se  des  diocèses  de  Valence,  Digne,  Gap,  Grenoble  et  Viviers.  — 
T.  XXI  (i()Oi-i<jo3). 

Saixt-Dik.  —  Société philomaliqnc  vosgienne.  —  Bnllelin,  t.  XX VIII 

(I<J02-IÇ)03). 

SArNT-O.MKU.  —  Société  des  antiquaires  de  la  Morinie.  —  Bulletin 
historique,  l'asc.  ii'"  uo^,  i>o5,  2o(). 

Toil.orsK.  —  Société  académique  l'ranco-hispano  portugaise. 

Il)  —  Société  archéologique  du  Midi  de  la  France.  —  Bulletin,  nou- 
velle série,  ii»»  29  (1902),  3o  (i<jo3i. 

II).  —  i'ninersité.  —  Rapport  annuel,  1901-1902  —  Annuaire,  1902- 
190;;.  —  Bulletin,  fasc.  n°  i5. 

ALLKMA(JXE. 

Al,\-l,A-("llAl>i;i.i.K.  —  Zcitschrift  des  Aachcner  Geschichtsnercins. 

BEUr.lN.  —  Zeitschril't  fïir  Ethnologie,  l.  XXXV,  n"»  i  à  5. 

lîoNN.  —  Jahrbiicher  des  Vereins  von  Alterthamsfreunden  im 
lihcinlande,  vol.  110  (i<;o3). 

DkksDi:  —  Seues  Archiu  fur  .Siichsische  Geschirhte  und  Alterthums- 
kunde,  t.  XXIV  (i9o3i. 

II).  —  Jahresbericht  des  Kôniglich  Sachs.  Allertliuins-  Vereins, 
1902-1903. 

Drssicl.DORi".  —  Diisseldorfer  Geschichtsoerein.  —  Beitriigc  zuv 
Geschichte des  Xiedejiheins.  Jahrbuch. 

Hanovre.  —  Zcitschrift  des  historischen  Vereins  fiir  Xiedersachsen, 
1903,  fa.sc.  I,  2,  3. 

IIi:iIn:i.l{i;R(i.  —  IIistoriscIi])hilosophischer  Verein  zu  Ileidelberg. 
—  Xene  Ilcidelberger  Jahrbiicher,  t.  XII  (i903,i,  fasc.  i. 

Ikna.  —  Zcitschrift  des  Vereins  fiir  Thiiringschc  Geschichte  und 
.Mtertitumskunde,  t.  XXI,  fasc.  i  et  2. 

KlEi,.  --  Mittheilungen  des  Anthropologischen  Vereins  in  Schleswig 
Ilolstein. 

1d.  —  Zcitschrift  der  Gesellschaft  fiir  Schleswig  Ilolstein  Lauen- 
burgische  Geschichte. 

Ivo.\h;.shi:rg.  —  Schriften  der  physikalischokonomisclien  Gesell- 
schaft, 43'"  année  (1902). 

LlNDAr.  —  Schriften  des  Vereins  fiir  Geschichte  des  Bodensees  und 
sciner  Uingebung. 

Mr:i/..  —  Gesellschafl  fur  lothringische  Geschichte  und  .{Iterthnnis- 
kunde. 


—  \-xi  — 

Munich.  —  AUbuycrische  Monulsc/iri/'t,  4*  Huiicc,  lasc.  i  à  "î. 

Nl'UKMUKKG.  —  Anzeif^LT  des  Gerniiinischcn  Aiilionuliiiiiscitiiis, 
Kjoti,  n"^  I  à  4- 

POSKN.  — Zeitscbvifl  <h>v  Jiislorisc/wn  (jcscllsc/aifl  fiir  die  l'i-ouiiiz 
Posen,  i"/  aimée,  ii"  2. 

II).  —  Historische  MontilsbUillev  f'iir  <Iir  l'roniiiz  J'osi-ii,  '.W  iniiu'O, 
«os  7  à  12. 

Ratisbonnk.  —  Vevliundlniigen  des  Hislorischen  ]'ereins  non  Ober- 
pfalz  iind  Regensburg,  t.  \A\  (KJO12). 

SciiWEllIN.  —  Jahvbïœhei-  and  Jahvesbevirlde  des  Vereins  ftiv  Meck- 
lembnrgische  Geschiehte  iind  Altevlluimshnnde,  08*  année,  iiio'i. 

Strasbouiuï.  —  Bnlletin  de  la  Société  pour  la  consei-oalion  des  niojin- 
nients  historiques  d'Alsace,  2e  série,  t.  XXI,  fasc.  i. 

Stuttgart.  —  WUrtembevgische  Vierleljalu-slwflc  fur  Lundes- 
geschiclde,  t.  XII  (t<;o3),  nos  i  à  4 

ArTRICIIE-IIOXGRIE. 

lîUD.VPF.ST.  —  Archtpologiai  èrlesilo  (indicateui"  archeologiqnej  ,1 
M.  Tud  Akadéinia  avch.  bizotlsùganak  es  az  Orsz  régészili  Send>. 
târsnlatnak  knzldnye  szerkeszli  Ilempel  Jôzsef.  Budapest.  Kiadju  a 
magyar  Tndomanyos  Akadémia.  — T.  XXIII  (lijo!}),  fasc.  1  à  4. 

II).  —  Rapport  sur  les  Iranaiix  deVAcailémie  Hongroise  des  sciences 
en  igoi. 

VlKXNE.  —  Milllieiliingen  der  Anlhropologisrlicn  (iesellscliuft.  — 
T.  XXIII,  n»^  I  à  ;"). 

DANEMARK. 

CoPKNnA(iri:. —  Mémoires  de  la  Société  foyale  tles  antitjnaires  du 
\ord,  i<)02. 

II).  —  Xordiske  Forlidsminder,  fasc.  5  et  G. 

SUÈDE  ET  XOU\\ÉGE. 

Stockholm.  —  Kongl.  Vilterhets  Historié  och  A  nliiii>ilels  Akade- 
miens  manadsbhul.  —  Anliqrarisk  Tidskrij't  fijr  Snerige. 

Ul'SAl.A.  —  Skrifter  utgifna  af  kongl.  liumanistika   Velensknps. 

IIOLL.VNDE. 

La  ITavk.  —  Maandblad  van  Iiel  genealogiscli-heraldiek  genootscliap 
a  De  Xederlandsche  Leeuw  ». 


—    XXII    — 

La  IIayi;.  —  Algemccn  Xfderliiiul.sc/i  Fumilicbhid,  lijdschrift  voor 
(Jcsclnedeiiis.  Gesluchl-,  Wapcn-,  Zesiclkiinde,  enz. 

laaa  WAUDKN  —  Friesch  Genoolscluip  nun  Geschiadenis.  Oudheid 
en  Tiudkunde.  —  Verslng  der  Ilundelingen.  fasc.  11°  74  (1902). 

II).  —  Id.  —  De  i>rije  Fiies. 

Licvni-:.  -  Mantsc/mppiJ  der  Xederhindsche  lellerkunde.  —  Ilaiide- 
liiigen  en  Mededeelingen,  ]<)02-i;)()3.  —  Leuensbevicht  der  ufgestovven 
medeleden,  t<j02-i<jo3 

Mai^spriciit.  —  Pabliciilions  de  ht  Sociale  histuviqne  et  archéolo- 
gique dans  le  dnché  de  Limbourg. 

l' rUKCUT.  —  M'erken  uitgegeuen  door  het  historisch  genoolschap. 
—  Annules. 

11).  —  Id.  —  liijdriigen-Mededcelingen. 

(iRAXD  DUCHÉ  DK  LUXEMBOURG. 

LrXKMlioiRC.  —  Inslilnt  grand-dncnl,  seclion  historique,  t.  LI  (  tqoi- 
i()f)3j  et  t.  LH,  1er  fasc.  (i()o3). 

Il)  —  Ons  Ilemecht,  Organ  des  Yereins  fiïr  Luxcmburger  Ge- 
.scJiichte,  IJlteratur  und  Kunst,  if)o3,  9e  année,  no^  i  à  12. 

ESPAGNE. 

Baucki.oxi:.  — Revis  ta  de  la  Associacion  artistico-arqueologica  Bar- 
celonesa,  voL  III,  fasc.  no  84;  vol.  lY,  l'a.sc.  35  à  3(). 

.\L\l)i!ll).  —  lienisla  de  archinos,  bibliolhecas  y  museos,  organv 
iificinl  del  cnerpo  fncuUatioo  del  ramo. 

PORTUGAL. 

LisiîOXXK.  —  0  archeologo  portuguès  ;  colleceao  illustrada  de  ma- 
tcriaes  e  noticias  publicada  pelo  Muscu  ethnographico  portuguès.  — 
T.  VIII,  nns  I  à  4. 

ITALIE. 

Messixk.  —  Rinista  di  storia  antica  e  scienzie  affini,  t.  VII  (i9o3), 
fasf.  T  à  4- 

BRÉSIL. 

Rio  i)i;  ,I.\xi;ii{().  —  Archinos  do  museu  nacional  do  Rio  de  Janeiro. 

RKPUP.LK^UE  ARGENTINE. 

MoxTKViUEO.  —  Anales  del  niuseo  nacional  de  Montevideo. 


—    XXIIT    — 

KTATS-INIS. 

Mir,\\'Al'lvi:i;  —  Wi.stonsin  nnluntl  /lislory  Sociciy.  —  lltillclin, 
uouv.  série,  t.  Il  (lyo.'J),  fuse.  4- 

WASiliNdroN,  —  Animal  Report  of  IJu-  honni  of  Jifi^cnls  of  IJie 
Sniithsoniiui  Inslilulion.  11)00. 

Membres  de  In  Société.  —  L'Instilut  a  cii  à  (lépl()r(3r,  pon- 
dant l'exercice  écoule,  la  perle  de  deux  de  ses  nicniliics 
honoraires,  MM.  Grandjean  et  chanoine  Reusens,  (ït  de 
deux  de  ses  membres  associés,  MM.  Jos,  Fayn  et  cheva- 
lier Léon  de  Thier. 

M.  Mathieu- Lambert  Grandjean,  docteur  en  philo.so- 
phie  et  lettres  et  bibliothécaire  honoi-aire  de  l'Univci-sité 
de  Liège,  est  décédé  en  cette  ville  le  17  juin  1903,  à  l'âge 
de  quatre-vingt  neuf  ans  ;  il  était  membr<;  honoraire  de 
l'Institut  depuis  le  3o  janvier  1891  et  jouissait  à  juste 
titre  de  notre  entière  considération. 

M.  le  chanoine  Reusens  que  la  mort  nous  a  ravi  h^ 
24  décembre  dernier,  était  professeui*  de  diplomatirjue, 
de  paléographie  et  d'archéologie  chrélienne  à  l'Universilé 
de  Louvain  et  membre  honoraire  de  notre  Société  depuis 
le  26  mai  1882. 

C'était  un  savant  de  grand  mérite,  très  estimé  dans  le 
monde  scientifique  et  dont  les  ouvrages  faisaient  autoi  ité, 
tels  notamment  ses  Eléments  iVavcliéolooie  chrétienne 
et  ses  Eléments  de  paléographie. 

Quant  à  MM.  .los.  Fayn  et  chevalier  Léon  de  Thiei",  ils 
étaient  deux  personnalités  très  connues  et  très  estimées 
en  notre  ville,  occupant  une  place  en  vue  l'un  dans  l'in- 
dusti-ic,  l'autre  dans  le  journalisme. 

Le  premier  était  entré  dans  nos  i-angs  le  28  avi'il  1898, 
le  second  le  28  novembre  if^9o. 

Malgré  ces  qnati-e  deuils  auxtiuels  vous  vous  èlcs  tous 
associés,  l'Institut  comptait  encore  au  3i  décenibre  der- 


nier  1G7  mciubres,  dont  oo  inciubres  uri'cctifs,  10  membres 
honoraires,  47  membres  correspondants  et  80  membres 
associés. 

Dans  le  courant  de  l'année  igoS,  ^ï.  Louis  de  P.iiggenoms 
a  été  élu  membre  effectif,  tandis  que  MM.  L.  Devillers, 
DiK'hesne,  Hansny,  IJronwers,  Ilanlet  et  TMiilippart  ont 
été  nommés  membres  correspondants. 

L'Institut,  d'autre  part,  a  vu  s'accroître  considérable- 
ment le  nombre  de  ses  membres  associés  ;  nous  avons 
eu  le  plaisir  de  voir  entrer  successivement  dans  nos  rangs 
MM.  .].  Plomdeur,  C.  Leroux,  Th.  Delame,  A.  Buisson- 
net,  .1.  Delaite,  L.  Jacques,  baron  M.  de  Sélys-Long- 
chani})?,  L.  Piedbœuf-Lovens,  E.  Polain,  chevalier  Jules 
de  Laminne,  baron  Tiaoul  de  Macar  de  Laminne,  Misch 
et  Thron,  J.  Thisquen,  J.  Scuvie-Wilmotte,  H.  Bogaert, 
A.  Bernard,  Ad.  Orban,  L.  Hardy,  O.  Bihet,  C.  Pavard, 
A.   Sacré  et  comte  Louis  de  jNIeeus. 

Kn  séance  du  20  décembre  dernier,  j\L  Julien  Fi-aipont 
a  été  élu  vice -président  pour  l'année  1904  ;  on  même 
temps,  MM.  Uenaid,  T)'"  Alexandre,  Pâques,  Bi-assinne 
et  Servais  ont  été  réélus  respectivement  secrétaire, 
conservateur,  trésorier,  bibliothécaire  et  conservateur- 
adjoint. 

M.  Pi'assinne  n'ayant,  pour  des  motifs  mnjeui-s  et 
malgré  nos  sollicitations,  pu  accepter  le  l'enouvellement 
de  son  mandat,  nous  avons  dû,  avec  le  plus  vif  regret, 
pourvoir  à  son  remplacement  ;  l'élection  à  laquelle  il  a 
été  procédé,  en  janvier  dernier,  a  appelé  aux  fonctions 
de  bibliothécaire,  INI.  D.  lîrouwers,  conservateur-adjoint 
des  Ai'chives  de  l'Etat  à  Liéae. 


Liège,  27  mars  i9<)4. 


Le  Secrétaire, 
L  .     R  E  X  A  K  D  . 


L'ARDENNE  BELGOROMAINE 


Etidk  D'IIisi'oiin';  kt  d'Aiu'iikoi.ocjik 


DE  A^~AKDBr 
'KNAXnHVUl 


En  drrodaiit  un  Ijois  L'Ardenne. 
on  dôterra,  en  1839,  entro 
Diiren  et  ]Moiitj()i(' ,  un 
autel  romain  doni  la  dc- 
dicaco  v()ti\e  se  traduit 
ainsi  : 

Titus  Juliiis  Aeqiialis 
a  accompli  avec  une  juste 
satisfaction  son  vœu  à  la 
déesse  Ardenne  ('). 

Ce  Julius  Ae(]ualis, 
ayant  eonrn  sans  doule 
quelque  mystérieux  dan- 
o'or  dans  la  tl-avei'sée  de 
la  grande  forêt,  voua  un  autel  au  génie  des  lieux  (|u'liono- 
raient  les  Romains,  et  il  érigea,  aux  eonfins  de  l' Ardenne, 
ee  petit  monument  ])résenté  i)ar  lui  à  la  vénéi-alion  des 
])assants. 


H)  Deae  Ardbinnae  (Ardninnae)  T(itus)  Julius  Aequaîis  \iwtum\ 
s(ùlvit)  l(ubens)  m(erito). — Jabrbiicher  des  Vereins  von  AUerlhums- 
freunden  im  Hheinlande,  t.  XXIX-XXX.  Bonn,  iStio.  pp.  O'i  et  suiv., 


—  (i  — 

On  ])('nst'  aujoiinriiiii  rcnouvolcr  cet  aiirien  hommage 
en  enlrei)renaiil  de  restitiuM-  mie  i)ai-lie  de  son  liisloire 
ù  une  eontrée  (inalTeelionne  toujours  le  voyageur  :  peut- 
être  ainsi  quehjue  juste  désir  se  trouvera-t-il  rempli. 

Puisque,  suivant  la  maxime  elassi<pie,  e'est  i)ar  la 
divinité  (juc  l'on  eommenee,  lionorons-la  de  quelques 
mentions  (jui  agrandissent  ses  titres  :  elles  intéressent 
le  sujet. 


article  du  iirolesseiir  liRAlN. —  BuA^HiAcn,  Corjtus  inscripliomun 
r/ieiuinarnin  (C.  I.R.).  •^i^i)- — Dksh.w ,  In.scrijdioncs  liitiinv  selectie,^()[)-. 

Nous  citerons  les  inscriptions  autant  (jue  i)Ossil)le  d'après  le 
Cnrjius  inscri/)tionum  lalinai-iini,  et  nous  <levons  à  Tobligeance  de 
M.  A.  von  Donias/.ewski  l'avantage  de  jjouvoir  citer  les  inscrij)- 
tions  belges  d'après  le  vol.  xni  du  Corpus,  qui  n'a  pas  encore  i)aru. 
Nous  adressons  également  nos  remerciments  à  M.  .T. -P.  M'alt/ing, 
])our  ses  indications  sur  ce  classement  delinitif.  A  défaut  du  (^nrj)iis, 
nous  avons  eu  recoui"s  à  la  dernière  publication. 

Si  nous  reproduisons  en  note  des  inscriptions  et  des  textes  latins, 
le  lecteur  lunnaniste  comprendra  notre  intention  :  lui  rapi)eler  les 
documents  à  l'appui,  écrits  dans  cette  langue  à  laquelle  il  faut 
recourir  pour  expliquer  le  sujet;  i)résenter  aussi  certain  sj)icileg-iiim 
auquel  notre  histoire  nationale  donne  une  importance  particulière, 
toujours  renouvelée. 

Ajoutons,  dans  cette  note  servant  de  i)réface,  qu'en  suite  de 
l'avance  prise  à  l'Est  par  les  travaux  allemands,  nous  réservons 
dans  le  i)lan  de  cette  étude  une  i)lace  ])lus  grande  à  l'Ardenne 
occidentale,  la  nôtre,  moins  connue. 

I<'xactement,  cette  étude  vise  l'histoire  de  la  i)artie  orientale  de 
la  Belgique  établie  par  Auguste,  soit,  i)lus  tard,  de  la  Basse- 
(Jermunie  et  de  la  Belgique-Première.  Ces  délimitations  jjolitiques 
comprennent  précisément  la  région  ai'dennaise,  le  Haut-Pays  sis 
à  l'Orient  de  la  Belgique  contenii)oraine.  Ce  nom  d'Ardenne  sera 
toujours  populaire,  et  il  n'est  pas  un  touriste  qui  pour  en  api)rendre 
l'ancienne  histoire,  n'écoute  volontiers  même  des  explications  fon- 
dées sur  des  textes  latins.  Partout  il  aime  à  entendre  la  réponse 
à  la  question  :  d'où  vient  que  cette  médaille  romaine,  à  l'effigie 
impériale,  a  été  trouvée  en  pleine  forêt ':" 


Qiu;  ce  soi!  bien  an  j^t'iiic  de  la  l'orcl  (|iig  s'est  adressé 
le  \(j'ii  du  (h'dieaiil  ,  cela  u'csl  poiiil  doiileux  :  d(Mix 
ai-bres  syiiil)()li(|ues,  seuli)lés  siii-  les  deux  côtés  de  l'autel, 
le  signilient  elairenieiit.  l"]t  ce  iTesl  ])as  la  seule  l'ois  que 
se  retrouve,  ])ar  des  monuiiieiits  Notit's,  le  nom  consacré 
de  rAi'denne  ;  certaines  inscriptions  provenant  des  envi- 
l'oiis  de  Rome  le  pi'ouvcut. 

Nous  citerons  celle-ci  (')  qui  sur  un  autel  sert  de  dédi- 
cace à  Ardninnu,  à  (Mars)  ('anudus,  .Jupiter,  Mercure  et 
à  Hercule;  le  monument  est-  ('rigé  par  j\I.  (^uartinius 
Sabinus,  citoyen  rémois,  soldat  de  la  VIT''  cohorte  i)réto- 
rienne. 

Il  y  eut  à  Uome  des  soldats  belges  servant  dans  les 
troupes  d'élite,  les  prétoriens  et  les  gardes  du  corps, 
corporis  ou  corpore  custodes;  et,  suivant  une  habitude 
commune,  gardant  l'amour  du  sol  natal,  ils  ont  voué  des 
monuments  aux  dieux  de  la  patrie,  de  leur  patrie,  en 
confondant  à  la  suite  d'une  énumération  commune,  et  ])ar 
une  adresse  d'expi'cssion ,  leui's  dieux  indigètes,  leurs 
divinités  nationales,  avec  les  dieux  de  la  patrie  romaine 
qu'honoraient  les  légions. 

D'anciennes  relations  ont  décrit  les  figures  qui  ornaient 
l'autel,  dont  une  Diane  chasseresse  portant  l'arc  et  le  car- 
quois, un  Mars  Camulus,  armé  de  la  liaste  et  du  bouclier. 

Ainsi,  par  assimilation,  si  l'on  tient  compte  à  la  fois  du 
vocable  et  de  la  figure,  le  nom  de  la  forêt  qualifie  la  déesse 
de  la  chasse  et  de  la  lumière  nocturne,  c'est  la  Diana 
Ardiiinna  (-). 

(1)  Ardiiinn(a)e,  Camulo,  Joui,  Mercurio,  Iferculi,  M.  Qiiurlinius 
M.  f.  ciuis  Sabinus  Remus  miles  coh.  VU  pr.  Antoninianae  p(iae) 
v(itulicis)  V.  s.  I.  m.  —  Corpus  Iiiscriptionuni  Latinarum,  (C.  I.  L.) 
t.  YII,  n"  4*i-  —  Dkssau,  Insc.  lat.  sel.,  ^G33.  —  Sur  Mars  Camulus, 
voy.  l'inscription  d'Arlon  :  ....  Marti  Camulo,  L.  Lellius  Serins 
V.  s.  l.  m.  Dessau,  Ibid.,  4ô5o  et  note. 

(")  Cf.  Wn.THElM,  Luxemburgum  romanum,  éilit.  Neyen,  Luxem- 
bourg, 1842,  p.  4<>-  —  Dessau,  4<^'5- 


—  8  — 

hc  rei'tciir  (jui  se  suiixicnl,  i)iir  cxcm])!!-,  de  rcs])fit  de 
la  moiitai^iu'  «les  légendes  allemandes,  troiiNCfa  nahirelle 
l'invocation  i\u  <;énie  régnant  dans  les  profondeurs  «le  la 
lorèt  ardennaise.  Xons  feions  ce  lapproelienient  sigiiil'i- 
eatif  :  le  massif  forestier  des  \"osges  (jni  s'étend  à  l'Est  de 
l'ancien  territoin^  des  Renies  ou  la  Clianipague  d'aujonr- 
d'imi,  au  Su<l  de  rArdenne,  a  ('té  l'objet  d'une  même 
transformation  idéale.  Non  scideuieni  on  a  trouxé  sur  le 
Donon  en  1732,  une  inserijjtion  en  l'honneur  de  Merciiriiis 
]'o^csus,  mais  deux  inseri])tions  ont  été  signalées  d'Alsaee- 
TiOi-raine  comme  étant  dédiées  à  Vogetiiis  silncslris,  au 
dieu  de  la  forêt  des  \'osges  ('). 

Le  génie  de  l'Ardenne  ne  fut  introduit  qnc  sui'  le  tard 
dans  le  culte  belgo-ronniin  :  .Iules  César  d'antre  ])art, 
nous  donne  une  définition  matérielle  de  l'Ardenne,  et  il  le 
l'ait  par  deux  fois  C-j. 

C'est,  dit-il,  la  plus  grande  forêt  de  la  Gaule,  elle  s'étend 
sur  un  immense  territoire  allant  des  bords  <lu  Rbin  an 
l)ays  des  Rèmes,  ou  jusque  chez  les  Xerviens. 

Marais  peu  i)ratieables,  vallées  cachées,  fourrés,  des 
sentiers  qui  se  ])erdent  sons  le  couvert  des  bois,  voilà 
la    vue    (|ue    le    con(|nérant,    l'âme    tran«|uille,    ])i"end    du 


I})  Korrespoiuleiizblatl  iler  Wesideutschen  Zeitschvifl,  1891,  p.  28. 

(•)  De  liello  (j'iillico,  YI,  i  :  in  silnam  Ardiiennam  qiiae  ingenti 
magnilndine  per  médias  fines  Treviroram  a  piimine  lîheno  ad  initinni 
Renwriim  pertinet.  —  Ibid.,  VI,  5  :  pev  Ardnennam  silvam  quae  est 
totins  (julliae  inaxima  atque  ab  ripis  Jilieni  finibnsque  Treveroruni 
ad  Nervios  pertinet  (millibusqne  amplius  qningentis  in  longiludinem 
patet).  Recension  de  Dixter,  Leipzig,  i8G4- 

La  seconde  i)hrase  n'est,  au  fond,  qu'une  répétition  <le  la  pre- 
niièi'e  ;  et  <lans  la  partie  mise  entre  p.arenthèses,  les  chiffres  nous 
sont  sans  doute  i)arvenus  tronqués  par  la  tradition  manuscrite. 
Qningentis  (D)  donne  une  trop  grande  mesure,  quinquaginla  (L)  une 
mesure  trop  courte;  D'Anvh.i.k  «-onjecture  CL  ou  cent  cinciuante 
milles,  ce  qui  conduit  du  Rliin  aux  sources  de  la  Sambre. 


payi^,  si   \)vu   abordable,    (rAinl)ioi-ix   cl    d'I  lubil  ioiiiar  ''). 

Le  simple!  géogrtiphc  ]'()ii)i)()iiius  Mêla  ne  parle  pas 
autrenionl;  de  cette  partie  de  la  Gaule,  «  une  teiTc  cpii 
s'élève  en  se  couvrant  de  forêts  sans  fin  »  (-).  C'est  notre; 
llaiil-Pays.  Là  régnait  pendant  une  saison  —  sinon  deux 
—  cet  hiver  galliqne  pi-overbial  elie/  des  Koniains  t'i'ileux 
eoiunie  l'était  Pétrone  '■'''. 

(^uant  à  cette  appellation  crArdenne,  on  n'a  [)as  laissé 
de  feludier,  et  on  la  retronxc  aujourd'hui  en  diverses 
régions  égalenienl  niontueuses  et  boisées.  Le  nom  aurait 
donc  eu  un  sens  généricpu'  et  il  s'est,  de  part  et  d'autre, 
localisé  'A'. 

Nos  fagnes  (m  ou  le  IIolw  ]\'n,  à  près  de  700  mètres 
d'altitude,  dominent  l'Ardenne  belge,  le  grand-duché  de 
Luxembourg  et  IKiiel,  où  surgit   la  Ilohe  Achl  ;  vers  le 


•1  «  V^allia  abdila,  locii.s  siliwfifris  nul  J)hIiis  imjjedila...  silnae 
iiicevlis  occiiltisque  itineribus.  »  Ibid. 

(-)  «  Terra  amaena  lnci.s  iniinanibiis  ».  De  Silii  Orbis,  m,  u. 

(3)  «  Gallica  Jiietn.s  ».  PlClT!.,  Sat.  xix. 

("•l  Kii  Angleterre  comme  en  France,  c'est  Hampton-in-Arden  dans 
les  forêts  du  canton  de  Coventry  ;  une  autre  i'orèt  sai>i)elle  Dean  ; 
un  acte  siynale  la  iorét  dArdens  donnée  à  l'église  de  St-Bovet  eu 
}ilarcy.  et  une  abbaye  dArden  se  rencontre  au  milieu  des  bois  dans 
le  diocèse  de  Bayeux. 

De  jtlus,  en  différentes  régions  de  la  France,  se  retrouve  k-  nom 
d'Ardenne  ai)pliqué  à  des  localités  (^ui  se  sont  étendues  sur  d'an- 
ciens bois  défi'ichés. 

Le  nom  provient  d'un  très  ancien  radical,  ard,  qu'on  retrouve 
dans  le  latin  ardinis  et  le  grec  ôoiioç,  droit,  élevé.  La  plus  ancienne 
forme  latine  parait  être  arduinna  ;  et  les  Romains  eoniiirenaient  le 
mot,  comme  les  Celtes.  —  Wu.thkim,  op.  cit.,  p.  2  :  «  Celticum  vêtus 
vocabulum  Arduenna.  »  Le  mot  est  également  repris  dans  le  lexique 
celtique  de  HoM)ER. 

Après  ylrr?//enna,termeclassi(iuo,on  rencontre  les  formes  ^Ir/^/c/in.-?, 
Ardinna,  Ardoinna,  Arduennensis,  Ardoennensis,  llardinineiisis, 

(=)  Ven,  faiinia,  fagne,  fange  ou  marsvis, 


—     10    — 

Xord,  les  bois  s'étendent  dans  la  vallée  de  la  Vesdre,  qui 
appartient  par  continuation  à  l'Eifel  volcanique,  témoin 
les  eaux  tliernialcs  de  Chaudfontaine;  aux  i)ortes  de  Liège 
même,  le  bois  de  Kinkempois  s'élève  sur  terrain  ardennais. 

Ainsi,  le  Rbin  à  droite,  au  Sud  la  Moselle,  MoselUi 
ou  i)etite  Meuse  ;  à  l'Ouest  la  Mosu,  la  Meuse  même, 
qui  provient  également  des  Vosges  ;  au  Nord,  les  bois 
de  la  Ber\vinne,  de  la  Vesdre  ou  du  pays  de  Juliers, 
telles  sont  les  vastes  limites  de  ces  contrées  accidentées 
dont  se  composait  l'ancienne  Ardenne. 

(Juand,  en  vue  d'une  limite  reeonnaissable  aujour- 
d'iuii,  nous  disons  la  ]\reuse,  nous  laissons  encore  à 
l'autre  bord  les  bois  de  la  Sambre  et  la  Marlagne,  (jui 
proviennent  du  démembrement  de  la  lorét. 

Les  terrains  de  l' Ardenne  géologique  s'étendent  au 
Sud  du  bassin  liouiller  et  constituent,  de  l'Ouest  à  l'Est, 
le  sol  d'une  i)artie  des  provinces  de  Liège,  du  Nanuirois 
et  du  Luxembourg,  de  l'Eifel,  du  llunsruck  et  du  Tauuus  ; 
ce  plissement  de  la  croûte  terrestre  se  dirige  vers  l'Eu- 
rope orientale.  Du  point  de  vue  des  sciences  naturelles, 
l'Ardenne  est  constituée  par  des  anciennes  Alpes  dont 
les  sommets  se  sont  peu  à  peu  effrités  ;  et,  réduits  à  une 
hauteur  de  4*>o  à  700  mètres,  ils  montrent  à  la  surface 
les  couches  inférieures.  Le  massif  ardennais  lui-même 
est  une  ruine  géologique. 

L'Ardenne  apparente  s'étendait  sur  des  pays  apparte- 
nant aujourd'hui  à  des  nationalités  différentes  ;  elle  com- 
posait l'ensemble  que  comprit  l'auteur  des  Commentaires 
et  qu'il  décrit  en  topographe  militaire.  C'est  le  pays 
qu'engloba  à  l'Est  la  première  et  grande  province  Belgique 
sous  Auguste,  dont  il  faut  voir  l'histoire  et  le  partage. 

Sans  doute,  cette  plus  grande  Ardenne  a  perdu  en 
étendue  sur  ses  confins,  au  Nord,  au  Sud  et  à  l'Ouest, 
le  i)ays  s'étant  transfoi-mé.  Mais,  cpiaud  César  se  lançait 
vers  le  Nord  à  la  ])()ursuit(!  d'Aml)i()rix,  il  revoyait  des 
plaines  de  bruyèi-es,   des  fanges,  des  nuirais  et  des   bois 


—  II  — 


coiuiuceii  coiiiiaissait  aussi  son  liciifcnaiif  Labirniis  rampé 
an  Sud  devant  les  Trévircs.  Anjonrd'lnii,  malgré  tons  les 
cliangcnicnls,  et  qnoiqno  dans  niic  zone  pins  i-cstrcinte,  les 
carac'tèi-cs   de   rArdcnnc    d'alors   sont    encore    roeonnais- 
sables.    Dans    notre    pays  belge,   do  l'ilertogenwald    aux 
forêts  de  St-Mieliel,  de  Fi-cjr  et  de  St-IIubert  —  domaine 
(lu  cerf  —  de  celles  d'Anlicr  et  de  Lucliy,  de  Ilerbeumont 
on  de  ('hiiiy  jusqu'aux  dei-niei's  méandi-(;s  de  la  Semois,  le 
voyageur,  quel  (pi'il  soit,  sait  bien  (pTil  li'averse  l'Ai-deniie 
classique,  et  que  tons  les  bois  qui  ont  pris  le  nom  particu- 
lier dos  communes,  ai)])artiennent  an  même  massif  foi-os- 
tier.  Ils  se  touchaient  jadis  on  n'étaient  séparés  que  ])ar  des 
clairières  et  des  ])ritu]-ages  naturels  sillonnés  de  i-ivières 
torrentueuses  sortant  de   mai-ais  (|ue   d'anciennes  cartes 
nous  présentent  sous  la  l'orme  d'un  étang.  Los  forêts  de 
vieux  chênes  qui  s'élèvent  an  dessus  d'un  tapis  de  myrti- 
liers,  dénoncent  bien  l'antique  Ardenne,  comme  encore  ces 
hauts  plateaux  dénudés   de   Limerlé,   Bastogne,    Morhet, 
Libramont,  couverts  naguère  do  grands  genêts  où  l'homme 
disparaît  à  la  vue,  et  d'où  l'horizon,  malgré  les  sapinières 
modernes,  reste  immense...  Tandis  que  le  touriste  s'épi'cnd 
de  paysages  qui  ne  veulent  point  do  petits  cadres,  l'archéo- 
logue chei-che  une  formule  :  pentes  abruptes  de  rOni-the, 
do  l'Amblève  et  do  la  Lesse;  fagiies  et  hautes  bruyères; 
forêts  profondes,  voilà  sûrement,  encore  que  l'iiomme  ait 
été  partout  où  le  pied  peut  se  poser,  ce  qui  subsiste?  de 
l'Ardenne  vierge,    telle  à  peu  près  que   la  nature  avait 
voulu  nous  la  donner,  et  ce  domaine  reste  des  plus  consi- 
dérables :  plus  de  trois  cent  vingt-cinq  mille  hectares  de 
bois  dans  la  partie  belge  (■). 

(1)  Exactement  et  suivant  le  recensement  fïénéral  de  i895  i)ublié 
par  le  Ministère  de  ragriculture,  la  contenance  des  bois  est  de  : 
1°  pour  la  province  de  Liéf^e,  60,728  hectares; 
2"  ])our  la  province  de  Luxeml)()ui-^-,  i(ii>,(;i;4  li.  ; 
30  pour  la  province  de  Namur,  i()4,i4<j  h. 


—    12    — 

A  rette  vaste  rr^inii  luitiifcllc  iloiit  lc>  limilcs  sont  ucrt's- 
sairt'inont  iin])récises,  mais  qui  a  son  caractri'c  piopi-c, 
rempire  romain  donna  dos  formes  après  sa  vietxjiic  sui- 
des peuplades  rarouclics  et  longtemps  rebelles.  Konie  ne 
])ouvait  laisser  subsister  nul  mystère  dans  ce  massif  mon- 
tagneux placé  entre  les  eanii)s  ])ermanen(s  du  Kliin  et  les 
riches  i)laines  de  la  (Jaule-JBelgiciue  qu'elle  administrait. 
Elle  le  conquit,  et  le  j^arda  soigneusement  surveillé.  Obte- 
nir la  sécurité  et  la  facilité  des  communications,  tel  fut  \c 
but  de  cette  prise  de  possession.  Kn  même  temi)s  la  ci\  i- 
lisalion  s'y  implanta.  Montrer  comment  et  dans  (piclle 
mesure,  c'est  aider  à  la  connaissance  de  noire  ])i'emière 
histoire  nationale,  c'est  aussi  réfuter  une  opinion  que 
semblent  partager  certains  de  nos  xoisins  {\u  Midi  ou  de 
l'Kst,  qu'ils  croi(M)t  soit  (pie  l'Aidenne  est  restée  déserte 
comme  le  Morvan ''',  soit  que  loin  de  certaine  Romanie 
rhénane,  il  n'y  eût  guère  ici  de  ])lace  (pie  ])our  la  hutte  du 
chasseur  ou  pécheur. 
La  Conquête.  (Quitter  Rome  la  grande  ville,  ses  plaisirs  et  les  combi- 
naisons de  la  politi(jue,  poui-  venir  à  la  cimjuième  année 
de  la  guerre  des  Gaules,  se  retrouver  en  présence  d'une 
immense  forêt  sans  ressources  et  couvrant  l'ennemi,  c'était 
se  donner  la  tàtdu^  la  plus  ingrate,  et  tout  à  vaincre  à  la 
fois  :  Jules  César  l'entrepi-it. 

Xiil  Romain  jnieux  que  lui  ne  connut  l'Ardenne  ])rimi- 
tive  qui  semblait  n'avoir  pas  de  limites.  11  la  reconnut,  la 
prenant  ])ar  le  Sud  quand,  avec  quatre  légions  sans  bagage, 
soit  plus  de  20,000  honunes  et  Soo  (dievaux,  il   ])énétra  sur 


(')  Ainsi  l>i.(»(  11,  dans  son  excellent  ouvrage  sur  la  Gaule  (t.  I, 
/fis t.  (Il'  France,  eolleetion  Lavisse,  p.  o;6);  de  même,  d'autre  part, 
<).  IIiKsciiKF.ij),  Rhciiiffi-enze,  \).  i5  ;  et  sur  la  carte,  .T.  AsBAcii  [Ztir 
descliiclilc  iind  Knltiir  dcv  roiiii.srlic/i  R/icinliiivlc,  Herlin,  Ti)02) 
(•loij;ne  du  Rliin  r.Vniciiue,  nous  la  laissant  à  l'état  de  terre 
inconnue. 


—   lo   — 

le  Ici  riloirc  (les  Ti'cNiiTs  jiis(|ir;iii  cd'iir  de  l;i  runtrcc.  [1 
en  lit  ;iiil;iiit  an  Nord,  cl  de  l'IOsl  à  l'Oiicsl,  (|ii:iiid  il  alla 
par  deux  t'ois  s'assurci' des  ri\cs  du   IJliiu,  (|nil  t  i-a\  ci-sa  (''. 

Ces  gniiids  inouveiiienls  d'enseiiible  se  l'irenl  a\ ce  une 
l'ueilité  apinirciite  due  autant  à  la  hardiesse  d'un  ehel" 
habile  (juà  l'enihiranee  des  lé^ionnaircîs  et  an  Iraxail  des 
ouvriers  militaires  oun  raiit,  la  inartdn'  la  hache  à  la  main. 
On  sait  (jue  ees  a  l'ebvri's  »  étaient  dirigés  par  des  officiers 
ex])érinu'ntés  '  '  dont  César  (U'erit  rix'uvi'c  sm*  h'  Rhin,  h^ 
fameux  pont,  nuiis  (jui  sont  rarement  njenlionnés,  car 
Ron)e,  i)lus  voh)nliers  (jue  de  ses  outils,  aime  à  i)arh'r  de 
ses  armes. 

Nous  ne  tenterons  jias  de  résumer,  fut-ee  en  i)artie,  les 
Commentuires,  (jue  tout  Belge  lettré  peut  d'ailleurs  relire. 
Bornons-nous  à  ({uelques  remarques  intéressant  le  earae- 
tère  et  la  connaissance  du  i)ays. 

On  peut  déeerner  le  nom  de  Campagnes  d'Arilcnnc  aux 
deux  expéditions  de  l'an  de  Rome  700  et  701  ;  elles  sont 
dirigées  eontre  les  Trévires  et  les  Ebnrons,  e'est  à  leur 
propos  que  par  deux  fois  César  définit  l'Ardenne. 

L'expédition  la  plus  profitable  fut  eelle  qu'entreprit 
eontre  les  Trévires  Labiénus,  le  meilleur  lieutenant  de 
César,  qui  avait  toutes  les  qualités  de  son  chef,  moins  l'im- 
péi'iale  volonté.  Les  généraux  romains  rusaient,  mais  non 
en    paroles   :     trom})ant    l'ennemi    i)ar    ses    manœuvres, 


(')  Des  écrivains  militaires  ont  ]>lacé  la  première  traversée  à 
Cologne  ;  ou  à  Urmilz,  entre  Xeuwied  et  Coblence,  ou  bien  à  Bonn, 
ce  qui  est  plus  probable.  Quant  à  la  deuxième,  suivant  Coliausen, 
elle  s'opéra  non  loin  de  Coblence,  entre  Kesselheim  et  Vallendar; 
d'après  l'auteur  de  la  Vie  de  Jules  César  (Napoléon  III),  ce  fut  un 
peu  au  Sud  de  Bonn,  suivant  l'itinéraire  Ziilpich,  Eupen,  le  gué  de 
Visé,  Tongres  (Adiiatiica  Tiing-rorum). 

(")  Les  Praefecti  fahrnrum.  —  T"ne  «iliidc  cpigi"!q)lii(iue  sur  le 
Praefectiis  fabrum  a  été  commencée  par  A.  llr.oi  m  dans  le  Musée 
belge,  uos  0  et  3,  i<jo3. 


-  i4  - 

Labiénus  infligea  à  celui-ci  deux  sanglantes  défaites,  et 
quand  on  eut  rapporté  au  camp  la  tête  d'Indutioniar,  il  sut 
réorganiser  le  peuple  trévire  au  profit  de  Rome. 

La  guerre  contre  les  Elnirons  reste  autrement  drama- 
tiipie.  Ils  avaient  tué  Sabinus  et  Cotta  et  fait  perdre  à 
K(une  une  légion  et  demie,  désastre  qui  ne  fut  dépassé  en 
Occident  que  par  celui  de  Yarus.  Arguant  de  leur  mauvaise 
foi,  César  appelle  toutes  ses  légions  et  s'emploie  à  exter- 
miner la  peuplade  :  il  s'y  prend  à  trois  rejn-ises  ('),  eon- 
v(»(|U('  au  ])illage  tous  les  peuples  voisins  et  préside  au 
massacre,  à  l'incendie  ;  il  insulte  même  à  ses  victimes 
jusque  dans  ses  Mémoires  (-'). 

Là  se  trouve  un  curieux  tableau  de  mœurs  tracé  sous 
linlluence  directe  d'un  rai)port  militaii-e,  celui  du  comman- 
dant (le  cavalerie  Basilus,  qui  avait  surpris  Ambiorix  dans 
sa  (len)eure.  Le  clief  éburon  s'y  croyait  en  sûreté,  quand 
apparurent  les  cavaliers  romains  avant  toute  annonce  de 
leur  ari'ivée.  Mais,  dit  César,  le  même  concours  de  cir- 
constances, qui  avait  causé  la  surprise,  voulut  aussi 
qu'Ambiorix  piàt  écliapper  à  la  mort,  alors  qu'on  lui  enle- 
vait ses  chevaux,  ses  cliarriots,  tout  son  équipement.  C'est 
que  sa  demeure  était  en  plein  bois,  comme  d'ordinaire 
l'habitation  des  (Jaulois,  qui  pour  se  mettre  à  l'abri  des 
chaleurs  de  l'été,  recherchaient  le  couvert  des  forêts  et 
le  voisinage  des  cours  d'eau.  Les  proches  et  compagnons 
d'Ambiorix  purent  quelques  instants  défendre  l'étroit  pas- 
sage contre  les  cavaliers,  et  sur  ce  temps  quelqu'un  des  siens 
mit  Ambiorix  sur  un  cheval  :  il  disparut  dans  la  forêt. 
On  sait  que  souvent  enti'evu,  il  échappa  à  la  pourchasse 
grâce  aux  fourrés  et  à  la  protection  des  nuits.  César  perdit 


(>)  De  li.  C,  livres  V,  VI  et  YIII.  (Ilurrus)  cli.  24  et  25. 
(-)  De  li.    (î.,    \ ,  (),    ^'^,  T)  :  a  Ciniliis  ii^nohilis  alfjiic  Jiiiniilis  ».  — 
i<  Slirjis  Jioiniiitnii  scelerulmnm  ». 


—    13    — 

ses  traces  vers  les  déserts  de  IMOscaiit,  (M  on  nr  le  i-cvit 
l)lus  jamais. 

(^uaiil  à  l'aiiti-r  l'oi  ('l)iii'()ii  (Jativolcus,  accable  par  là;;»' 
et  désespéi'aiit  de  pouxoir  soutenir  encore  les  i'atii;iies 
d'une  poursuite,  il  s'empoisonna  à  l'aide  d'un  breuvage 
cojuposé  avec  des  sues  de  l'il'  ('*,  (|u'()ii  savait  rendu  mortel. 

Ainsi  Rome  avait  vaincu,  mais  en  se  vengeant  elle  avait 
anéanti  sa  eonciuête. 

Grand  dommage  (|u'en  une  pai'cille  histoire,  il  t'aille  se 
contenter  de  données  générales  :  imi)ossible  de  satisfaire 
aux  justes  exigences  de  la  topographie  actuelle. 

Le  camp  de  Labiénus  était-il  i)l'i^^'  sur  les  bords  de 
rOurthe,  ou  sur  ceux  de  la  Semois  [-)  comme  inclinent  à  le 
croire  des  archéologues  luxembourgeois?  Un  collaborateur 
à  la  Vie  de  Jules  César  {^)  a  relevé  sur  place,  vers  le  cours 
supérieur  de  l'Ourthe,  près  de  Lavacherie,  des  travaux 
i-omains  encore  bien  tracés  :  à  quelque  trente  années  de 
distance,  nous  n'avons  déjà  plus  su  les  retrouver,  tant  est 
grand  le  développement  de  la  culture  et  des  nouvelles 
plantations.  On  voit  bien  là  d'un  côté  de  la  rivière  comme 
de  l'autre,  d'admirables  positions  militaires  {*)  et  on  y  a 
découvert  des  tombes  :  tout  i-este  mystérieux  autrement. 
Oui-the  ou  Semois,  ce  que  l'on  sait,  c'est  que  pendant  la 
campagne  de  César  en  Eburonie,  son  lieutenant,  pour 
contenir  les  Trévires,  campait  au  cœur  de  l'Ardenne. 


(')  De  B.  G.,  VI,  5  :  «  taxa  se  e.\uiiiinai>it  ».  Lii'  d'Espagne  uotain- 
meiit,  comme  oehii  qui  provenait  de  l'Orient,  avait,  dans  lanti([uité, 
la  réi>utation  d'être  un  «  toxifjue  ». 

(-)  De  B.  G.,  VI,  2  :  «  Ernt  inler  Labicnnm  atqiie  hostein  (Ii//icili 
transita  fliimen  ripisque  praeriipiis  ». 

(3)  Le  commandant  du  génie  dk  LoQrEVSSiE. 

(^]  Au  lieu-dit  Le  .Jardin  i)rès  Lavaclierie,  et  de  l'autre  côté  de 
l'Ourthe,  vis-à-vis. 


—  i6  — 

Encore  ([uc  lOii  pcnclic  ixxir  Tongres  ('),  les  péripéties 
du  combat  livré  à  Sabinns  et  Cotta  «'expliquant  bien  par 
l'étude  du  terrain,  Texeniple  le  plus  caractéristique  de 
l'incertitude  où  nous  gommes  est  Fourni  par  la  dilficulté 
didentilier  Adiiiiiiicn  :  on  a  supposé  la  place  en  quatorze 
loealités  différentes... 

Pareil  défaut  de  connaissance  en  la  matière  provient  de 
plusieurs  causes,  (ju'on  n'éliminera  point.  Opérant,  cela  va 
sans  dire,  dans  un  pays  dont  il  ne  ])Ouvait  présumer  l'im- 
poitance  ultérieure,  César  dans  ses  Commentaires  ne  voit 
sur  le  terrain  que  les  éléments  ordinaires  de  la  stratégie  ; 
il  emploie,  justement,  mais  uniquement,  les  termes  delà 
géographie  ujilitaire,  et  ce  ne  sont  clie/;  nous  que  mon- 
tîignes  ou  jdaines,  bois  ou  marais,  et  le  l'Cste  des  accidents 
i()})ograi)liiques.  César  ne  cite  le  nom  que  des  places  prin- 
cipales de  la  Gaule,  21  oppida.  Quant  aux  dénombrements 
et  aux  mesures  de  distances  qu'il  donne,  le  caractère  des 
chiffres  romains  est  tel  (jue  la  tradition  manuscrite  a  pu 
aisément  les  transformer. 

D'autre  part,  au  regret  des  chercheurs,  Dion  Cassius  ne 
fait  que  répéter  en  grec  l'auteur  latin  qu'il  prend  poui- 
garant;  enfin,  les  livres  cvi  et  cvii  de  Tite-Live  sont 
])erdus.  Malgré  tout,  nous  l'estent,  comme  monument  de 
notre  histoire  nationale,  les  Commentaires  ;  la  vérité  est, 
d'une  façon  générale,  établie;  et  l'on  voit  se  faire  l'histoire 
classique,  à  la  mode  romaine,  par  provinces. 

Certains  traits  i)ourtant  ressortent  du  récit,  qui  donnent 
1)1  us  ou  moins  à  connaître  l'état  ancien  du  pays. 

Les  Eburons  se  construisaient  des  demeui-es  (-),  assem- 
blées en  boui'gades,  comme  les  Gaulois.  Ambiorix  possé- 


0)  Vie  (le  Jules  César,  TI,  ]).  227. 

(-)  De  H.  (j.,  \I,  T)  :  «  Omîtes   vici  ulque    omnia  aedificia   incende- 
hatiluv  ». 


-  i:  - 

(lail  <lt's  cliaiinls  :  il  \  a\ai(  (Imic  do  |»islcs,  des  \oic.s 
liai  lU'cIlcs  cil  A  l'dciiiic,  (|iic  CDU  lia  i>sa  iciil  le--  iiidi^ciics. 
Le  l'ait  iiH-iiic  du  piliaj^c  dciiolc  la  riclics-.c  iiiah'ricllt'  du 
pays  :  ('t'sai'  iiixilc  a  la  razzia  tous  les  peuples  xoisins. 
et  il  <liri_i;('  trois  e\])e<lit  ions  pour  dc'lniii'e  on  prendre 
tout,  ('"est  afin  trenlcNcr  du  hetaii,  ol)iet  constant  de  la 
coiiNoitisc  des  Germai  lis,  (pic  me  me  les  Sicamltrcs  d'C  )nt  ic- 
Kliiii,  aceoni]ilisseiit  leur  rai<l  en  pays  éhnron. 

D'ailleurs,  les  Romains  (pii  dès  Ioii<;teiiii)s  connaissaient 
la  (Jaulc.  irarrixcnl  pas,  en  I)ei^i(juc,  dans  un  pa_\s  aussi 
neiir  (pi'on  le  ])ourrait  bien  snpi)oser.  ("ésar,  tout  en  né<>-o- 
eiant  en  arrière  en  vue  de  se  procurer  de  noiixcllcs  res- 
soui'ces  poui'  la  <;uerre,  traite  en  a\aiit  du  Iront:  il  a  des 
espions,  au  besoin  il  lait  des  traîtres  jiar  l'orce;  il  a  (\c^ 
interprètes  dans  la  personne  de  marcliands,  d'ai Trancdiis, 
de  fugitifs;  on  parlemente,  les  ])ai'olcs  d'A  mbiorix,  niènic 
en  pleine  mêlée,  sont  e()mi)rises  et  recueillies.  Trait  carac- 
téristiqne,  lors  du  siège,  ])ar  les  Kburoiis  et  leurs  allies, 
du  camp  de  (^.  Cicèron  —  (pie  l'on  ])laee  à  ( 'liai-Icroi  — 
César,  ])our  eommuni(]uer  en  sûreté  a\(»c  son  lieutenant 
enfermé,  éerit  son  message  en  gi'ec. 

Si,  eomnie  le  Nord  de  la  Gaule  ('',  le  pays  était  riche  en 
bétail,  il  ne  l'était  pas  moins  en  elievaux.  îa^s  ])âturages 
naturels  qui  s'étendaient  dans  les  vallées  de  rArdenne 
entretenaient  en  abondance  des  chevaux  résistants,  (]ue  ces 
régions  produisent  encore  aujourd'hui  (-).  Seulement, 
avant  les  croisements  cliercliés  et  l'amèlioi-ation  des  terres, 
sur  le  sol  maigi'e  et  dur  de  l'Ardenne  i)rimitive,  la  race 
était  de  plus  petite  taille,  comme  d'ailleurs  celle  du  bétail. 
Xaguère  on  retrouvait  encore  des  échantillons  de  la  bète 
indigène,  de  ces  i)etits  chevaux  qu'on  laissait  dans  la  part  ic 


(')  Stuabox,  IV,  1).  I0.3  (éd.  Di.iot). 
(■-)  Vie  de  Jules  César.  II,  ]».  120. 


—  iS  — 

oj-and-diuMle  dr  rArdcniic,  ])aitr('  et  courir  au  (mimu-  de 
riiivi'i'cn  ])lciiie  liberté,  'l'cls  ces  animaux  que  les  Suèbcs 
avaient  amenés  sur  le  Rhin  et  (|ue  décrit  César  (M  :  «nés 
dans  le  pays,  mais,  tout  chétils  et  difformes  qu'ils  sont, 
dressés  à  supporter  les  plus  grandes  fatigues.  »  Ce  n'était 
])as  les  chevaux  de  prix  des  Gaulois  du  Midi, 

La  cavalerie  et  les  bètes  de  somme  ou  de  trait  —  che- 
vaux, mulets,  voire  même  les  ânes,  que  d'une  manière 
générale  les  Komains  appelaient  jument  a  —  avaient-elles 
les  i)ieds  ferrés?  Les  écrivains  du  premier  siècle  n'en 
disent  rien.  Mais  l'archéologie  démontre  l'emploi,  sous 
l'Empire,  du  fer  à  cheval,  nécessaire  en  pays  humides. 
Ils  sont  généralement  de  petite  dimension.  En  maintes 
localités  ardennaises,  des  plus  différentes,  on  retrouve  des 
fers  belgo-romains.  Nous  en  connaissons  qui  proviennent 
des  plaines  voisines  de  St-Hubert,  de  Lincé  près  de 
Si)i-imont  (-);  à  Eprave,  sur  la  Lomme,  a  dû  exister,  en 
l'endroit  dit  Sous-la- Ville,  un  atelier  de  maréchalerie,  car 
les  fers  mis  au  jour  sont  des  plus  nombreux;  le  village 
belgo-romain  de  Dalheim  (Grand-Duché)  en  a  fourni  tout 
un  monceau,  et  plusieurs  d'entre  eux  constituent  une 
semelle  complète,  couvrant  la  plante  du  sabot.  Le  nombre 
et  la  diversité  des  localités  allemandes,  surtout  de  celles 
des  bords  du  Rhin  où  ont  été  rencontrés  près  des  an- 
ciennes routes  des  fers  à  chevaux,  est  tel  qu'on  ne  peut  plus 
avoir  aucun  doute  à  ce  sujet.  Sur  le  plateau  de  la  Saalburg, 
où  les  fouilles  n'ont  donné  que  des  restes  romains,  on  a 
trouvé  nombre  de  fers;   la  marque  de  tuile  de  la  xxii^ 


(1)  De  B.  G.,  IV,  2.  ((  Apnd  eos  nala,  prava  alqiie  ileforniia,  haec 
cotidiana  exercitatione  tiiinuiii  ut  sint  laboris  efficiunl». 

{-)  Découverts  en  grand  nonjbre,  près  d'un  chemin  romain  dallé 
de  pierres  dites  d'avoine,  et  (jui  venant  du  Condroz  et  du  gué  de  La 
(Jomhe,  allait  de  Lineé  au  Hornay  ;  puis,  derrière  Damry,  gardant 
toujours  les  hauteurs,  se  dirigeait  vers  les  fagnes. 


—   i!)  — 

légion  caïuix'c  s'.r,-  If  Uliin  porte  an  «•cul  l'c  un  Ici' a  clirv  al  ; 
la  iiicinc  iiiar(|ii('  se  rclroiuc  ^éiiiiiicc  sur  imc  iiMMlailIc  on 
jeton  (le  coiii'sc  du  l»as-JCni])ii'('    '  . 

Les  Celtes  du  Xord  de  la  (ianle  riii-enl,  ei'oil-oii,  les 
])reiiiiers  à  eni[)loyei'  le  fer  :  leurs  «die\au\en  étaient-ils 
])our\ns  à  l'arrivée  <le  César?  (,|ii(ti  (pTil  en  soit,  c'est 
un  des  traits  cni'icnx  à  relovei-  dans  le  cours  des  deux 
campagnes,  que  l'emploi  eoustant  de  la  eaval(M-ie,  maigre 
les  bois,  (pi'elle  i'ouille  en  ordre  dis])ersé  (-).  Césai",  afin  de 
reeonuaître  rArdenne,  ])i'end  a\ee  lui,  nous  l'avons  dit. 
800  clievaux;  c'est  en  deux  combats  de  eaxalerie  (pu- 
Labiéuus  disperse  les  Trévires,  si  Tiers  de  leui-s  troupes  à 
clieval.  Les  escadrons  de  l'armée  romaine,  les  ailes,  sont 
fournis  dans  les  provinces  où  celle-là  se  trouxait/,  par  les 
peuplades  environnantes  ;  ou  en  amenait  même  de  loin, 
comme  cette  cavalerie  es])agnole  qui  combattit  nos  l>elges. 
Finalement,  on  le  sait,  Ambiorix  disparait  accompagné  <le 
quelques  cavaliers.  L'emploi  du  cheval  est  constant;  les 
obstacles  natui-els  de  l'Ardenne  fui'ent  toujours  surmontés, 
parce  qu'on  emi)loya  une  cavalerie  i)ropre  à  servir  dans  la 
région . 

Rappeler  les  (q)érations  d'une  guerre  en  Ar<lenne,  c'est 
révéler  aussi  certains  traits  du  earactèi'C  de  la  contrée. 

Indutiomar  se  préparant  à  la  guerre,  caelie  dans  la  forêt 
femmes,  enfants,  vieillards,  tous  ceux  qui  ne  pouvaient 
porter  les  armes.  Ambiorix  fugitif  fait  savoir  à  tous  les 
siens  qu'ils  ont  à  pourvoir  eux-mêmes  à  leur  sùi'cté,  et  les 
Eburons  disparaissent  dans  les  bois. 

L'Ardenne  constituait  un  vaste  refuge  naturel. 

S'il  protégeait  les  vaincus,  il  couvrait  la  résistance  et 


(')  H.   ScHAArnAUSEX,  Hatten  die  Ruiner  Hiifeisen  fiir  Pferdc  uiul 
Maiilthiere?  Bonn.  Jahrb.  1887,  H.,  83,  p.  28. 

(-)  De  B.  Ci.,  VI,  7  :  «  in  omnes partes  diiùso  eqnilufu  ». 


—  lio  — 

I  allii((nc.  Cela  lit  cliiui^cr  la  larli(]ur  de  la  ;4uci'rc  coiilrc 
les  l^hiiroiis.  (V'-sar  se  lr()u\a,  avec  sa  j^raïuU' ajinùc,  avoir 
alTairc  à  imc  iiiccssaiitc  <;ii(''i-illa  sur  kujucUc  il  ii'a\  ait  ])as 
(•<)in])(é.  Par  petits  drlachcniciits,  ses  soldats  ('laicnt  (Mile- 
vcs  :  la   [x'iu'l  rai  ion    par  <;i'os   l)atailloiis  était   iin])ossil)l('. 

II  t'ait  cet  a\i'(i  (^  (pi'il  \alait  mieux  ('Xi)ost'r  la  \  ic  des  (Gau- 
lois auxiliaires  (jue  eelle  des  lé^iouuaires  l' i  »  et  c'est  alors 
(piil  invite  les  jxMipludes  d'alentour  à  venir  Touiller  les 
bois,  brûlei"  et  i)iller. 

Les  eacdu'ttes  de  TAi-denne,  ce  sont  les  profondeurs 
niènies  de  la  l'orèt,  les  bois  tonnant  des  iles  en  plein 
niai'ais,  eoinme  cela  se  voit  eneore  aujourd'hui  dans  les 
fagnes;  les  «grands  ])laleaux,  eou\erts  de  rou<>ères  et  de 
«genêts,  insondables  ù  la  vue... 

Le  touriste  d'aujourd'hui  sait  (pu:  dans  la  vallée  de  la 
Seniois  subsiste  eneore  par  tradition  le  Trou  de  l'homme 
siiiwu<>e  ;  dans  le  i)ays  que  traverse  la  vallée  de  l'Aniblève, 
combien  d'abris  pareils  à  la  Cachette  de  La  Gleize  ? 
Le  Tfoii  des  Xiitons,  si  ])ro]"ond,  n'est  pas  iion  i)lus  autre 
chose,  et  dans  la  vallée  de  la  Lesse,  de  la  Tjomnie,  les  abris 
sous  roche,  les  grottes  mystérieuses  ne  se  comptent  pas. 
Sur  le  territoire  liégeois  n'a-t-on  pas  retrouvé  des  poteries 
belgo-romaines  dans  une  des  cavernes  d'Engis,  des  mon- 
naies dans  le  Trou-Manteau  ? 

Mais,  les  cachettes  par  excellence,  ce  sont  ces  vastes 
camps  de  refuge,  ])réparés  par  des  âges  antérieurs,  an 
confinent  de  deux  cours  d'eau,  protégés  vers  l'accès  par  un 
rempart  de  i^ierres  brutes,  masqués  autant  qne  défendus 
])ar  les  bois  et  les  roches.  Ils  sont  là  sur  des  hanteurs, 
sans  que  l'œil  les  y  suppose  et  il  faut  connaître  les  lienx 
poui-  les  tourner  et  s'y  rendre  :  tel  le  camp  de  Yielsalm, 
au-dessus  des  Ardoisières,  ou  le  refuge  étonnant  ])rati([ué 


Ci  De  IL  a.,  VI.,  {\\. 


—  iil  — 


sur  11110  crrte  étroite  et  licrissrc  de  l)l()('s  rcnvci'sés,  au 
niilicu  (les  graiuls  bois  de  S"-(  )(!(«;  coiniiiciil  les  iiidig-èncs 
eusscul-ils  ignoré  l'utilité  des  ('aiii))s  de  .Modjivc  entre 
l'Eciu-Bonne  et  le  Hoyoïix,  ou  (h;  celui  d'IIastédou? 

Ce  rôl(^  d'uiie  Ardeiine  protectrici;  se  jxu-dit  assez  tôt. 
Le  grand  uiassif  iiioiitagneiix  et  l)oisé  l'ut  mis  sous  la 
surveillance  delà  police  i)oliti(|iie  ou  militaire,  (ît  Koine 
était  clairvoyante. 

Un  exemple  le  montre.  Sous  'l'ibèi'c,  l'an  i>i  de  notre 
ère,  le  Trévire  lomanisé  Jiilius  Florus,  désespéré  de 
l'échec  d'une  tentative  de  soulèvement,  se  jela  dans  la 
forêt.  Après  y  avoir  erré  quelque  temps,  il  dut  se  tuer, 
voyant  toutes  les  issues  coupées  autour  de  lui. 

Il  n'_\-  avait  dc'jà  i>liis  de  mystère. 

La  conquête  de  César  avait  eu  pour  effet  d'exterminer     Ethnographie. 
on  de  disperser  affaiblis,  les  gros  contingents  de  la  guerre 
de  rindépendance  qu'il  avait  énumérés  avec  com])laisance 
sur  le  dire  des  Rémois  ou  Renies  (')  :  notamment,  (juarante 
mille  Condruses,  Eburons,  Cérèses  et  Pémanes. 

Peut-on  comprendre  parmi  les  éléments  soumis  à  la  nou- 
velle culture,  et  dans  le  dénombrement  des  peuplades 
occupant  l'Entie-Meuse  et  Rhin,  les  restes  d'une  popula- 
tion éburonne?  En  déi)it  de  racharnement  d'une  poursuite 
reprise  par  trois  fois,  tous  ne  périrent  point.  Ne  dit-on 
l)as  qu'après  la  battue,  il  revient  toujours  du  gibier  au 
bois?  11  dut  en  revenir  de  ces  Eburons,  réfugiés  à  l'étran- 
ger ou  dans  les  marais,  dans  les  dernières  cachettes  de  la 
forêt  sur  les  bords  de  laquelle  ils  vivaient.  Les  termes 
employés  par  César  témoignent  que  lui-même  ne  crut  pas 
les  avoir  tous  atteints  ('-).  Ce  que  le  proconsul  avait  voulu, 

(1)  De  B.  G.,  II,  2. 

(■-)  De  B.  G.,  VI,  43  :  «  nt  si  qui  etiain  in  priesenliu  se  occnllassent, 
iaïuen  lus  reriiin  inopia  pereiuidum  videretiir  ».  —  VIII,  24  :  «  itt  odio 
suorntn  Ambiorix,  si  q nos  fortnna  reliqnos  f'ecisset,  nnllnni  redilnm 
propter  tantas  calamitates  liaberet  in  cinitatem.  » 


—    21> 


extirper  In  race  el  cii  nbolir  le  nom  même  ('',  ne  se  trouva 
réalisé  qu'en  ce  dernier  point,  respecté  à  l'égal  d'une 
clause  de  quelque  testament  politique.  La  peuplade,  victo- 
rieuse de  deux  légats  militaires,  avait  causé  la  perte  d'une 
légion  et  demie  :  son  nom  ne  reparaît  plus  dans  l'ethno- 
grapliie  officielle. 

Quant  aux  Sunuques,  voisins  à  l'Est  et  alliés  des  Ebu- 
rons,  des  inscriptions  et  monuments  découverts  (')  montrent 
qu'ils  habitaient  les  environs  de  JiiUaciim,  le  pays  de 
Juliers.  Ils  étaient,  à  l'Ouest,  voisins  des  Ubiens. 

Une  autre  peuplade,  voisine  des  Xerviens  sur  la 
Sambre  (^\  avait  subi  tous  les  effets  de  la  guerre.  Descen- 
dants d'une  arrière-garde  de  G.ooo  liommes  que  les 
Cimbres  avaient  laissés  avec  leurs  bagages  et  leurs 
familles,  les  Aduatiques  (■*),  s'étaient  multipliés.  Entre- 
prenants et  batailleurs,  ils  dominaient  la  population 
d'alentour  qui  leur  paj'ait  tribut.  Leur  place  forte,  cet 
oppidum  Adiiatncorum  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 
Adiiatnca  Tongroru m,  ^'élexait  sur  les  bords  de  la  Meuse, 
probablement  au  confluent  de  la  Sambre,  là  où  est  Namur, 
d'antres  disent  sur  le  Tliier-des-Falizes  près  Hu3^(?).  César 
emporta  cette  forteresse  et,  après  un  acte  de  trahison,  fit 
vendre  à  l'encan  53.ooo  Aduatiques.  Encore  n'était-ce  pas 
là  toute  la  tribu,  car  le  nom  reparaît  dans  la  suite.  La 
peuplade  ne  fut  pas  exterminée  ;  libre  on  esclave,  elle  fait 
partie  du  premier  fonds  de  la  population  générale  ;  et 
d'ailleurs,  l'histoire  de  l'esclavage  finit  par  celle  de 
l'affranchissement. 


('j  De  B.  G.,  yi,  ^4  :  «  ut  slirps  ac  nomen  cluitatis  tollatiir.  » 

("')  Près  d'Aix,  Zali)icli  (Hoveii  et  Embken),  Neuss  et  Cologne;  ils 
])orteiit  des  inscriptions  en  l'iionneur  de  la  déesse  nationale 
SiiniicsuUs.  —  Hoi.DEil,  Altkeltischev  Spvachschatz,  s.  y.  Sun. 

(3)  Uio  CASsns,  3<j,  4,  I  :  «  'ArovaTOvxol  Ti^tjoiây^coQol  re  àvroïç 
(Negovîoiç)  ôvTeç...  » 

(••j  IIoi.nKK,  op.  cit.,  s.  V.  Ad-oatuci. 


—    2.i    — 

On  peut  s'accorder  i''),  car  autrement  ils  ne  se  retrouve- 
raient pas,  pour  compter  les  débris  des  Eburons  et  des 
Aduatiques  avec  les  Ton<>res  ;  ceux-ci  étaient  des  Ger- 
mains ('-)  acceptés  par  Rome,  occupant-  ulilcmcnt  l'Ebu- 
ronic,  pouvant  rcndri^  i)ar  les  aruuis  les  mêmes  services 
que  les  Bataves  au  Nord.  Ils  habitèrent  les  abords  sei)ten- 
trionaux  de  l'Ardenne  comme  à  l'Ouest  le  long  de  la  Meuse, 
de  Maestricht  à  Nanuii-  en  amont,  et  on  les  retrouve  notam- 
ment à  l'état  spoi'adi([uc  dans  nombre  de  localités,  ce 
qu'indiquent  encore  les  noms  de  Tongerloo,  Tongres- 
Notre-Dame,  Tongres- Saint-Martin,  Tongrine. 

Très  considérable,  le  territoire  des  Condruses  s'étendait 
beaucou])  i)lus  au  Nord  qu'au  moyen-âge  et  qn'aujoui'd'hui, 
jusque  sur  les  bords  de  la  Roer  (^).  De  même  que  le  nom 
romain  des  habitants  s'est  conservé  en  wallon,  Condriisîs 
ou  Condrosis,  le  Condroz  romanisé  se  retrouve  au  Sud  de 
la  Meuse,  dans  l'angle  formé  par  ce  fleuve  et  le  cours  de 
l'Ourthe.  C'était  dans  l'antiquité  le  Pagiis  Condriistis, 
forme  adjectivale  qui  eut  des  variantes  au  moyen-âge  (■•). 
Trait  significatif,  du  temps  de  l'ancien  évêclié  de  Liège, 
le  territoire  du  Condroz  ne  faisait  d'abord  qu'un  avec  celui 
de  l'arcliidiaconé  des  Ardennes. 

Les  Condriisi  ou  Condruses  étaient  les  clients  auto- 
nomes des  Trévires,et  ils  avaient  eux-mêmes  leurs  voisins 
pour  alliés  :  c'étaient  les  Poe-mani,  de  nom  germain,  et 
dont  on  refait  peut-être  l'histoii-e  quand  on  parle  de  la 
Famenne  ;  les  Caerosi  qu'on  localise  entre  le  cours  supé- 
rieur du  ruisseau  de  Priim  et  la  Kyll  (Eifel).   On  veut 

(')  E.  Desjardins,  Géographie  de  In  Gaule  romaine,  t.  II,  ijp.  ^33 
et  suiv. 

(■-)  Tacite,  Germanie,  II  :  «  Germaniae  oocabuliim  recens  et  miper 
additiim,  quoniam  qui  prinii  Rhenum  transgressi  Gallos  expulerint 
ac  nunc  Tungri,  tune  Germani  vocati  sint.  » 

P)    HOLDER,  op.  cit.,  S.  V, 

(•*)  Pagus  Condrusius,  Condrustus,  Condrustensis  ;  Condrucium. 


—    24    — 

retrouver  le  nom  de  eeiix-ei  conserve  plus  lard  dans  le 
piis>'us  Cciroiisciis,  aux  cm  irons  de  ri'iini  '',  cuire  lîouillon, 
Kerpeii  et  Priim. 

On  a  supposé  aussi,  à  cause  sans  doute  d'uu  détail  de 
leur  tenue  militaire,  ([ue  h'  nom  des  Seg-ni  était  <;éné- 
riquc  (r)  et  désigiuiit  eu  uuune  teni|)s  C'érèses  et  PcMuanes, 
Ces  peui)hides  se  placent  au  centre  du  i)ays,  k^s  Sè<>nes 
purtieulièrenient  sur  le  cours  supérieur  de  FOurtlie. 
Immédiatement  voisins  des  Trévircs  étaient  les  Bnctasii, 
dont  un  viens,  Beda  (Bitburg),  est  relevé  sur  la  route  de 
Trêves  à  Cologne. 

Les  Trcoeri  ou  Trévires  au  Sud  constituaient  le  grand 
peuple  de  TArdenne  (^',  de  i)ar  ses  ressources  militaii'es  et 
l'étendue  de  son  territoire,  (pii  allait  jus<|u'à  la  Bavière 
rhénane  d'aujourd'liui.  Tous  les  petits  peuples  que  nous 
venons  d'énuraérer  étaient  leurs  clients  autonomes.  Guer- 
royant d'abord,  puis  révoltés,  réduits  à  la  sujétion,  les 
Trévires  se  relevèrent,  profitant  des  traités;  et  sans 
que  leur  earaetère  national  s'effaçât  complètement  sous 
l'empreinte  romaine,  ils  bénéficièrent  de  la  nouvelle  civi- 
lisation d'une  manière  toute  particnlière.  L'ère  (jue  nous 
pourrons  qualifier  de  Trévirienne,  occupe  finalement  toute 
notre  histoire  belgo-romaine  au  iv*"  siècle,  avant  les  inva- 
sions définitives. 

Qu'il  s'agisse  du  fonds  néolithicpie,  des  invasions  ano- 
nymes ou  déjà  historiques,  nous  n'avons  pas,  nuilgré 
l'intérêt  du  sujet  ('),  à  scruter  ici  ces  origines  lointaines, 
qu'en  vue  d'une  i)roto-hist()ire ,  recherche  l'archéologie 
honiinale. 

(1)  Hoi.DER,  op.  cit.,  s.  v.,  (l';ii)rès  Zeuss. 

{■)  MuHl.EXHOFF,  AllertJtiintskiinde,  t.  II,  p.  i<)7. 

(^)V.  la  notice,  d'un  t-aractère  j^éneral,  qui  précède  les  inscriptions 
tréviriennes  reprises  au  vol.  XIII  du  C.  I.  L. 

{*)  V.  La  Belgique  préhistorique  et  jiroto-historique,  ])ar  Jui.IEX 
Fr.4u>oxt.  Bruxelles.  Ilayez,  1901. 


—    '20     — 

Celtes  ou  (Jcnnaius?  L;i  (question  a  jailis  ])i'(>V()ijiié  uu 
Ion»;-  débat  ciif  rc  nos  afadéiniciensl^j  :  ruii  rcconnaiiisait  (leî=i 
Celtes  en  nos  iineienncs  i)eui)lades  du  teni])s  de  la  conquête 
romaine,  l'antre  retrouvait  plus  de  traec^s  non  eiïaeécs  de 
gernianisnic,  surtout  dans  le  Nord  et  l'Ouest  du  pays;  un 
troisième,  sans  mettre  d'accord  les  ])récédents,  plaidait  la- 
cause  de  l'identité  originelle  des  races.  Finalement  les 
contradicteurs,  l'atigués,  se  bornèrent  à  renvoyer  la  dispute 
aux  auteurs  allemands,  i'ante  d'arguments  sensibles. 

Les  textes  de  César  aux([uels  chaque  âge  apporte  son 
commentaire,  forment  le  fond  du  débat  ;  comment  les 
passer  sous  silence?  C'est  la  bil)le  du  temps,  admise  ou 
critiquée... 

Le  con([uérant  ra[)porte  ([u'il  fut  un  temps  où  les  Celtes 
alors  i)lus  puissants,  i)()rtèrent  la  guerre  en  Germanie  et 
y  fondèrent  des  établissements  (-).  x\utre  traversée  en  sens 
contraire  :  les  Belges,  issus  pour  la  plupart  des  Germains, 
ont  passé  le  Rhin  dans  l'antiquité  i)our  s'établir  en  pays 
plus  fertik%  aux  dépens  des  Gaulois  (^).  Troisième  asser- 
tion :  Condruses,  Eburons,  Cérèses,  Pémanes,  sont  appelés 
du  nom  commun  de  Germains  (^). 

Ces  déclarations  se  fondent  sur  le  dire  de  deux  nobles 
Rémois,  renseignant  César  à  l'avance,  Iccius  et  x\ndecom- 
barius,  ({ue  voici  d'une  manière  assez  inattendue,  rangés 
au  nombre  de  nos  auteurs  nationaux. 


(')  Bulletlnde l'Académie  royale  de  Belgique,  i85o,  t.  XVII,  2,  p.  i5t  : 
De  l'origine  de  la  langue  et  de  la  civilisation  des  peuples  (Celtes  ?)  qui 
habitaient  la  Belgique  actuelle  à  l'arrivée  de  César,  par  Roui>r,z. 

Ibid.,  iS52,  t.  ]<),  i>,  ]).  417.  Réfutation  i)ai*  Schaves  (Germains?; 

Ibid.,  iSr)7  et  i858,  tt.  26.'^  et  27,  5,  j).  4i,  Rapports  et  Lettres  du 
général  Renard  sur  Videniilé  de  race  des  Gaulois  et  des  Germains. 

Cf.  TouRXEiR,  Musée  belge,  YI,  i<)02,  fasc.  1. 

(2)  ne  B.  G.,  II,  4. 

(^)  Ibid. 

(■*!  Ibid.,  JI,  2  :  «  UU"  nomine  Germuni  appellantur  ...  ad  XL  ntillia.  « 


-    2G    — 

On  iiit'iniic  leur  tciiioii^iiii^c,  en  i-cconnaissant  (juc  les 
renseigneincnts  rouniis  ])ar  les  Réinois  eussent  été  bien 
superflus,  si  le  eonquéraut  avait  trouvé  devant  lui  des 
peuplades  ayant  gardé  les  mœurs  delà  Germanie.  Défait, 
le  récit  môme  de  la  conquête  laisse  bien  entrevoir  les 
modifications  survenues. 

Les  Sègnes  et  les  Condrnses,  comptés  au  nombre  des 
Germains,  demandent  à  César  de  ne  pas  les  ranger  au 
nombi'c  de  ses  ennemis,  de  ne  pas  croire  que  les  Germains 
cis-rliénans  fisseut  cause  commune  (').  Le  conquérant, 
en  effet,  distingue  la  cause  des  Condruses  de  celle  des 
autres. 

Les  l'burons  —  présentés  comme  (iermains  —  font 
valoir  pour  excuser  leur  pi'ise  d'aiines,  qu'ils  étaient  liés 
])ar  une  décision  générale  de  la  Gaule,  qu'étant  Gaulois, 
ils  r.'avaient  pu  opposer  un  refus  à  des  (Jaulois,  alors 
surtout  qu'il  s'agissait  du  salut  conîmnn  ('-). 

Les  Celtisants  aujourd'hui,  tout  en  reconnaissant  un 
nom  germani(pie  dans  la  dénomimition  de  l'oemani  ou 
Pémanes,  donnent  une  étymologie  celtique  an  nom  même 
d'Eburon  (^)  ;  de  même  les  Gondruscs,  les  Sègnes,  portent 
un  nom  celtique  ('). 

Les  recherches  intéressant  hîs  Trévii-es  font  constater 
de  curieux  contrastes,  'l'oujours  occupés  à  guerroyer,  ils 
étaient,  suivant  César,  voisins  des  Germains  leurs  enne- 
mis, auxquels  les  faisait  ressembler  la  sauvagerie  de  leurs 

Cy  lie  B.  G.,  VI,  5  :  «  ne  .se  in  liosliiini  luniiero  nene  omnititn 
Germunoriim  qui  essent  cilrn  lilwnuin  atiiNiim  esse  unani  diiccret.  » 

(')  De  B.  G.,  VI,  G  :  «  e.s-.se  Gulliw  commune  consilium,  non  facile 
Gullos  Giillis  ne-fiire  /loltiisse.  » 

(^)  IIOLDKK,  oj).  cit.  —  Le  nom  û' Elynro  est  d'ailleurs  c-onimun  en 
fJaule  :  Klireihuiiun  {El)nrodunnmJ,  Elyrodnnnm,  Ehurobriga,  Ilebro- 
ituiu^nx  ou  FA)ur()tnii!j^ns. 

Cl  Jbid.  —  Le  nom  des  Caerosi  est  rai)])roclié  de  celui  des  Cnern- 
cates,  peuplade  celte, 


iiKiMii's;  et  '^l'ncitc  ;  "  Ils  cIici'cImmiI  ,  dil-il,  ù  se  fiiii'c  valoii' 
eu  se  i)r<)clainaiit  issus  des  (jieruuiius  (').  »  Le  uoui  fut 
usurpé  pur  d'autres  (')  :  il  rappelait  sur  place  l'idée 
d'iiounnes  de  ^luîi-re  euti'és  ou  victorieux  dans  de  nouvelles 
demeures. 

Tour  se  vanter  d'une  origine  germanique,  les  Tréviros 
avaient  donc  à  réfuter  une  opinion  contraire;  ils  montraient 
imi)licitement  ])ar  là  que  leur  langue  n'était  i)as  germa- 
nique, quel  (juc  lût  le  mélange  subi  du  côté  du  Rhin. 
Aujourd'hui,  à  Trêves  môme,  ville  où  l'antiquité  belgo- 
romaine  est  au  mieux  étudiée,  on  reconnaît  que  l'onomas- 
ti({ue  ou  nonîencîlature  tréviriennc  est  celtique  C);  et,  sur 
la  loi  d'un  ((''uioiguage  non  récusable  ('),  une  langue  com- 
posée d'éléments  celti([ues  y  était  encore  parlée  au 
IV''  siècle  de  notre  ère.  Aussi  a-t-on  pu  dire,  même  avant 
les  nouvelles  études  du  temps  présent,  que  ce  que  l'on 
connaissait  des  peuples  susmentionnés,  les  rapprochait 
bien  i)lus  des  Gaulois  que  des  Gei-mains  (^). 

Aujourd'hui,  l'étude  de  la  phonétique  et  de  la  toponymie 
a  projeté  sur  la  question  géogi-aphique  un  peu  i)lus  de 
lumière. 

Malgré  h^  Rhin  —  dont  le  passage  est  resté  classique  C^) 
—  les  souvenirs  de  l'ancienne  population  celtique  (')  ont 
subsisté  :  les  noms  propres  des  chefs  s'expliquent  par  le 


(')  De  mor.  Germ.,  XXXIII. 

(2)  IbUL,  II. 

(3j  F.  Hettnkr,  Ziir  Kiilfiir  non  Cevnuinicn  iiiul  GaUica  Belgica, 
p.  (J(Westd.  Zeitschrift,  U). 

[})  S.  .Ikrôju:,  Com.  in  Epiât,  ad  Galatos,  c.  3. 

("')  Roulez,  op.  cit.,  p.  iS.j.  —  II.  Mii.i.er  et  Zeiss  n'adinettent  pas 
l'origine  gerinani<iue. 

C'i  Tacite,  De  mov.  Gcmi.,  XXVIII  :  «  Qnanltiluni  enim  amnis 
obstabat.quominus  nlqnaaine t-ens  ei>aluerat,occnjtare(  j)ermularett]ne 
sedes  promiscua.s.  » 

C)  Cf.  d'xVrbois  de  Jubainvim.k,  Les  Celles,  i<)o4,  i>p.  88  et  suiv. 


—    28    — 

rapproi'lK'iiicnt  du  V()i'al)iilaii\'  cultique,  de  iiicnn'  (juc  le 
nom  des  peuplades  des  guerres  de  rindépendance.  Si  l'clc- 
ment  celtique  avait  été  supprimé,  tant  de  ses  vocables 
n'auraient  pas  traversé  les  générations  subséquentes  :  oi-, 
les  noms  mêmes  des  cours  d'eau,  des  ruisse'.ets,  ont  gardé 
une  forme  cju'on  reconnaît.  Même  la  période  belgo-rouiaiue 
donne  des  noms  mixtes,  celto-romains  ('). 

Sans  doute,  sui-  un  territoire  frontière,  des  terres  expo- 
sées, les  éléments  ethuiques  sont  vite  confoudus,  et  le 
métissage  devient  facilement  une  loi  naturelle;  peut-être 
s'était- il  créé  avant  César,  un  cercaiii  milieu  celto-ger- 
main  dans  l'Est  de  la  Belgica  que  Rome  reconnut,  en  la 
dénommant  ainsi  en  face  de  la  Gerinaiiiu. 

Les  reclierclies,  d'ailleurs,  sur  les  plus  anciennes  races 
qui  se  succèdent  dans  nos  contrées  dès  l'âge,  du  fer,  pré- 
sentent un  intérêt  plutôt  lointaiu.  Avec  César  l'histoire  se 
documente,  mais  elle  est  aussi  dès  lors  discutée.  Qnoi 
qu'il  en  soit,  à  la  fin  d'une  lougue  période  gauloise,  après 
la  conquête  romaine,  antérieure  à  notre  ère,  toutes  les 
peuplades  belges  se  fusionnent  dans  l'unité  de  la  vie 
])rovinciale,  et  il  n'y  a  plus  dans  toute  la  Gaule  Belgique 
qu'uiu^  seule  population,  des  Belgo-romains.  La  période 
germanique  ne  devait  s'ouvrir  qu'après  plusieurs  siècles. 

Rome  administre  les  Belges  d'une  manière  égale  et  ils 
se  transforment  dans  les  limites  qu'elle  leur  a  assignées. 
Elle  tra(;a  celles-ci  largement,  rp]mpire  naissant  procédant 
à  de  grands  partages  que  l'administration  ultérieure  dut 
fractionner.  La  Belgique  qu'il  établit  ainsi  allait  du  E,liin 
à  l'Océan,  et  de  la  Marne  à  l'emboucliure  de  l'Escaut,  de  la 
Meuse  et  du  I\liii),o.s'  iniinensiini  lîlieni.  Le  tracé  d'Auguste 
subsista  longtemps,  mais  a])rès  le  i*^''  siècle  il  fut  modifié, 
et  notamment  la  Belgi({ue,  en  fait  de  massif  montagneux, 
ne  conserva  plus  que  l'Ardenne. 

'•)  C.  G.  Roi,AXi),  Toponymie  iinmnroisp,  dans  les  Annalea  de  la 
Société  archéologique  de  Xuimir,  t.  XXXIII,  i)j).  41  *i^  suiv. 


-  -9  - 

Un  antre  (•liaii^'ciuriit  s'opéra  <laiis  la  (  Jei'iiiaiiie  eis- 
rliéiuuie.  lianienées  de  l'intérieur,  les  h'^ions  gardaient 
la  barrière  dn  Rhin,  i'aisant  iront  à  la  <;rande  (iernianie, 
assurées  (|ue  la  paix  rèj^nei'aii  <lerrière  elle,  pnx  h  Icr^'o 
tlita,  comme  dit  Taeite.  Elles  étaient  là  eaiitonnc'es,  de 
Vetera  on  Xa-ntim  jus(]^u'à  ^layiMiec^,  dans  des  eonl'ins  mili- 
taires commandés  par  des  lé;;ats  d'ordre  consulaire.  Pour 
éviter  sans  doute  tout  cou  il  il  entre  ceux-ci  et  le  lej^at 
prétorien  de  l'intérieur,  d'ordi-e  civil,  (pii  de  Reims  admi- 
nistrait la  I>el<;i([ue.  on  eri«;'ea  en  i)roviuces  sé])arées  le 
pays  cis-rhénau  ainsi  parta;;é  en  (jcrnuinic-Supéricure 
et  Germanie-Inférieure;  l'une  comme  l'autre,  d'aboi'd  à 
l'état  de  nuirches  ])eu  ])rol'ondes,  ])rireut  une  nouvelle 
importance  et  en  même  temps  une  plus  grande  extension. 

Il  est  difficile  aujourd'hui  de  fixer  la  frontière  latérale 
qui  les  séparait  de  la  Belgique  :  elle  est  probablement 
indiquée  par  les  Vosges  au  Sud,  la  démarcation  actuelle 
des  circonscriptions  administratives  de  Trêves  et  de 
Coblenz,  la  frontière  belge  et  Aix-la-Chapelle.  Sur  la  route 
de  Trêves  à  Cologne,  Belgica,  et  Belg-iiuim  sur  celle  de 
Trêves  à  Bingen,  portent  des  noms  significatifs  (jui 
semblent  annoncer  des  stations  frontières  (').  Belgicu  est 
au  Sud-Est  de  Tolbiaciim  ou  Ziilpich,  Belg-innin  est  indi- 
qué sur  la  carte  dite  de  Peutinger,  et  situé  entre  Xuuio- 
inag'iis  (Neumagen)  et  Dmnnifisiis  (Kirehberg)  :  c'était 
un  viens  ou  bourgade,  organisé  en  commune  et  on  y  ii 
trouvé  un  autel  votif  (-)  dédié  par  les  Belginates  à  Epona, 
la  déesse  jirotectrice  des  ânes  et  des  chevaux,  mo^-ens  de 
transport. 

Un  jurisconsulte  romain,  (jui   fut    préteur   et    pi'oconsul 


(1)  F.  HettnkIv,  Ztir  Kiiltiir  non  (iertitiinicn  uiid  (inlliu  /Jeli>icii. 
(Westd.  Zeitschr.,  t.  II,  i883,  pp.  li-oi. 

{•)  V.  He'I'I'XKU,  Die  rônu'sclieii  Slciiidcii/nintlcr  des  Pruvinciul 
muséums  zti  Trier,  no  i()5. 


ôo  — 


on  Syrie,  Javolrims  Priscus,  est  donné  ')  comme  ayant 
dirigé  des  opéi-ations  intéressant  la  délimitation  de  la 
province  de  Haute- Germanie  qu'il  administra  en  qualité 
de  légat  considaire  en  l'an  90. 

Nous  connaissons  aujourd'hui  la  ligne  de  séparation  des 
deux  Germanies,  près  Andernacli,  où  fut  plus  tard  la 
limite  des  deux  archevôcliés  de  Trêves  et  de  Cologne  ;  là, 
vis-à-vis  de  Hininingen  coule  un  petit  ruisseau  au  lieu  dit 
Les  frontières,  Ad  fines,  et  le  ruisseau  porte  actuellement 
le  nom  hétérogène  de  Vinxtbach  (Fines-bach). 

Précisément  dans  ces  parages,  a  été  retrouvée  une  ins- 
cription romaine  (-)  en  l'honneur  de  la  divinité  des  fron- 
tières, ou  génie  du  lieu,  ainsi  qu'à  Jupiter,  par  des  soldats 
de  la  trentième  légion,  heureux  sans  doute  de  revoir  le 
front  de  leurs  quai-tiers  après  quelque  aventure  militaire. 

Cependant  la  frontière  latérale  de  la  Germanie-inférieure 
(Cologne)  s'écarta  du  Rhin  pour  englober  une  partie  tou- 
jours plus  grande  de  la  Belgica  (^i  et  le  fait  indique  plutôt 
avec  l'insécurité  croissante,  la  nécessité  d'un  agrandisse- 
ment de  la  zone  militaire. 

Cette  extension,  déjà  considérable  sous  Dioclétien,  à  la 
fin  (lu  iii^  siècle,  est  complète  au  iv*"  siècle  ;  elle  va  du  Rhin 
à  l'Escaut.  Alors  on  constate,  suivant  la  Notice  des  pro- 
vinces et  des  dignités,  ce  partage  : 

A  l'Ouest  de  la  Ilaiite-Germanie  (Mayeuce),  une  pro- 


(')  AsuAcii,  Znr  Gesc/iichte  und  KiiUnr  der  rumischen  Rheinlande, 
Berlin  i<)Oi>,  p.  46.  —  Cf.  Likhknam,  Forschungen,  etc.,  p.  2i3. 

(-')  Finibiis  et  Geiiio  loci  et  I.  ().  M.  inilit(es)  leg-,  XXX  V.  V.  M. 
Miissiiteniiis  Secundu.s  et  T.  Aiivelins  Dosao  v.  s.  I.  m.  —  La  pierre  est 
actuellement  au  Musée  de  Bruxelles.  V.  le  catalogue  dressé  par 
F.  ClMONT,  «0  i5. 

(3)  C'est  ce  qui  ressort  avec  raison  de  trois  petites  cartes  esquis- 
sées ])lutôt  que  fixées  par  K.  Desjardins  dans  sa  Géogrnithie  de  la 
Gaule,  t.  III  f(rai)rès  l'toléniée,  la  Liste  dite  de  Vérone,  la  Notice  des 
j)rovincesj. 


—    OL 


vince  BcJgiiiuc-Prcmicrc,  avec  Tivvcs  j)our  in(''tio])()l('  ot 
I)oiir  cités  Metz,  Toiil  et  Verdun. 

A  riOst  d'une  Deuxième  Iiel<>-i(jiic  (Reims),  une  ])r()viiic«' 
de  IhiHse-Geniumie  avec  Cologne  pour  métropole, pour  cité 
Ton  grès. 

Le  Haut-Pays,  l'Ardenne,  était  ainsi  séparé  inégalement, 
de  l'Est  à  l'Ouest  :  au  Sud,  la  Cioltas  Treveroriini  (Arlon, 
Luxembourg,  l'Eifel,  le  pays  mosellan)  ;  au  Nord,  ap])arte- 
nant  à  la  Basse-Germanie,  la  Cioitas  Tung-roriim  ou  la 
Tongrie,  le  pays  des  Condruses  et  la  Famenne  (ini<;uH 
Condriistis,  pag-iis  Falminiensis),  en  outre  la  plus  grande 
partie  du  Luxembourg  wallon,  y  compris  Bastogne. 

Cette  délimitation  transversale  de  la  Belgicpic-rremière 
(Trêves)  et  de  la  Basse-Gernuinie  (Tongres-Cologne),  se 
retrouve  indiquée  par  celle  qui  sépara  l'évêché  de  Tongres- 
Liége  d'avec  l'arcliidiocèse  de  Trêves. 

A  souligner  sur  une  carte  les  localités  extrêmes  où  finis- 
sait la  juridiction  de  l'une  et  l'autre  Eglise  ('),  on   voit  la 


(')  Du  coté  Trévirien:  Muno,  Sainte  Cécile,  Ilerbeuinont,  Morteliaii. 
Cugnon,  Auby,  Bertrix,  llossart,  Touniay,  Tronquoy,  Massai,  Loii- 
glier,  Ebly,Namoussart,  Légliso,  Beliéine,  Vlcssart,  Anlier,  Ileinstet, 
Schokville,  Nothomb,  Parette... 

De  Liège:  Bouillon,  Dolian,  Les  Hayons,  Noirefontaine,  Bellevaux, 
Fays-les-Yeneui-s,  Oi'fagne,  Jehonville,  Ocliamps,  Ncuvillers,  Saint- 
Pierre,  Sainte-Marie,  Vaux-les-Rosières,  Bercheux,  Jusserat,  Volai- 
ville,  Witry,  Fauvillers,  Wissembach,  Warnacli,  Radelaiige,  Marte- 
lange... 

C.-G.  RoLAXn,  Topon.  nam.  (An.  Soc.  arc/i.  \aniur,  t.  XXIID. 
p.  4G. 

L'examen  des  anciennes  cartes  de  la  i)rincipauté  de  I>iége,  nous 
fait  voir  un  territoire  enti-einèlé  d'enclaves,  appartenant  au  I-uxem- 
bourg  ou  relevant  de  Liège, naais  de  création  relativement  moderne. 

Au  xvni"  siècle,  Hontheim,  suffragant  de  Trêves,  recherchant  les 
anciennes  limites  de  son  Eglise  fProdromns  historine  treriretisis, 
t.  I,  p.  4), indique  une  ligne  ])artant  de  Churleinont  (îivet)  et  se  diri- 
geant par  Rochefort,  Lai'oche,  Saint-Vitii,  Kerpen,  vers   l'enibou- 


—   62   — 

lijj,iic  (jni  coiiN  rc  le  pax'.-.  des  Trcxii'es  ])artir  de  Slciiay,  lou- 
gcr  la  Meuse,  traverser  la  Cliier.s,  passer  la  Scmois  vers 
Jlerbeumout ,  englober  le  territoire  de  Xenfcliâteau  et 
redescendre  du  côté  d'Anlier  pour  se  diriger  vers  la  Sûre. 
A  ropi)osite,  toute  une  suite  de  localités  fi-ontières  en 
demi-cercle,  de  Bouillon  ])ar  Xeuvillers,  Sainte-Marie, 
Rosières,  à  Fauvillers  et  Martelange,  annonçaient  l'Eglise 
de  Liège,  dont  relevaient  Saint-Hubert,  Bastogne  jus(|ue 
Eselnveiler  à  l'Est,  et  Stavelot. 

De  la  Sûre,  qui  mar(|uait  la  séparation  jusiprà  Boui'sclieid, 
la  ligne  i'rontière  se  continuait  dans  la  direction  de  Weiler, 
Xeubui'g,  Priim,  Gerolstein,  les  sources  de  l'Alir,  pour 
arriver  Ad  fines,  vis-à-vis  de  llonningen  sur  le  Rhin. 

Alors  que  prévalait  cette  distribution  du  territoire  (M 
dès  le  iv<=  siècle,  au  temps  de  Constantin,  les  noms  de  la 
])lupart  des  petites  peuplades  ardennaises  avaient  depuis 
longlem])s  disparu  de  la  langue  officielle  pour  rentrer  dans 
la  catégorie  des  termes  d'une  géographie  vulgaire  qui  avait 
été  toujours  s'éteiguant.  Le  nom  des  Tongres  avait  au  con- 
traire fait  fortune,  de  même  que  l'importance  de  la  cité  de 
Trêves  avait  grandi.  Ainsi  tout  s'était  simplifié. 
Administration.  La  ])artie  montagueuse  du  pays  subit  naturellement 
l'effet  des  institutions  et  des  événements  que  connurent  la 
Basse-Germanie  et  la  Trévirie. 

Ainsi  en  fut-il  des  troubles  du  i*^""  siècle,  causés  i)ar  les 
opérations  minutieuses  d'un  cadastre  fiscal  qui  dut  étonner 
la  Gaule  et  ne  laissa  pas  d'entraîner  la  pratique  du  i)éculat 
et  de  l'usure;  les  com[)étit ions  à  l'Empire  qui  venaient 
sollicitei-  les  légions  gai-dant  le  Rhin  et  le  pays,  l'idée  déjà 
de  l'indépendance  gauloise,    soulevèrent  tour  à   tour  les 


cliunj  (11-   lAhr.  (Test   avec   Cliiveriiis  (Gevin.  tuiliq.,  II,  i4i,  éteiuh-e 
vers  le  Nord   le   territoire  trévirien,  (jne  les  données  statistitiues  de 
liincienne  Eglise  de  Liéf;e  font  reculer  au  contraire  vers  le  Sud. 
i,')  V.  lii,(.iu:KU  s,  Belifium  romunnm,  lib.  XX,  c.  V,  ii»  S. 


]>(Mii)l;ul('s  (lu  Noi'il- l']>l  (le  la  i;(liii(|iic.  cl  l'on  rctroiixc 
dans  les  i'aiii;'s  des  comhal  (aiits,  coimiK'  au  lciiii)s  d'Imlii- 
tioiuar,  les  Ti-c'-x  ires,  les  Liii_<;(tiis,  les  NcrNicns  et  les 
Toiigrcs.  Arriva  1111  nouveau  légat  delà  I>assc-(  Jcnnanic, 
qui  prit  'l'rèvcs  ;  ot  la  N'illc.  i)('r<laii(  ses  i)ri  vilrgcs,  retomba 
au  rang  de  cité  sujette.  I^a  i)aix  romaine  n'était  pas  un 
vain  mot,  cl  il  l'allul  s'y  l'angcr.  «  Huit  cents  ans  de  con- 
duite oui  rorme  liome,  disait  ("crialis  en  un  discours 
typi(iuu,  et  notre  cite  xoiis  est  on\('i-te.  \'ous  proTitc/.  de 
ses  avantages,  suppoiie/  des  maux  ine\  ital)les  comme  on 
accepte  ceux  de  la  nature  '').  » 

Le  premier  siècle  constitue  la  ])ériode  décisive  de  la 
romanisation.  Jules  César  avait  introduit  l'usage  de  la 
langue  latine,  et  celle-ci  en  (piatre  siècdes,  allait  à  son 
tour  coïKjuerir  la  Ciaule.  I^e  temps,  l'accession  des  grands 
à  l'exercice  de  l'autorité,  l'école,  et  surtout  l'axantagc 
d'une  civilisation  auti'cment  avancée,  toutes  ces  causes 
expli(]uent  comment,  axcc  une  puissance  <pie  ne  connait 
l)lus  rKuro})e  aujourd'hui,  «  l'impérieuse  cité,  dont  ])arlc 
St-Augustin  ('-',  sut  im})oser  aux  vaincus  sa  langue  avec  sa 
domination.»  Qu'il  s'agisse  du  latin  oITiciid  ou  du  latin 
populaire  introduit  ])ar  les  soldats  ou  les  immigrants,  et 
dont  la  langue  l'omane  traduit  le  caractci'e,  le  poète  Ausone 
(pii  entend  sur  la  ^Foselle  les  collocpies  des  indigènes, 
commercia  linguac,  ])oui-ra  linalenient  dire  {\\\  ])ays,  ipiil 
rivalise  sous  le  rapport  de  la  langue  avec  le  Liiiiuni  : 
Acmiila  te  Lutin'  décorât  faciuuUa  lingiup  {^). 

D'ailleurs  les  (Jaulois  du  Nord,  les  Belges,  a[)précièrciit 
vite  les  avantages  des  niœnrs  romaines,  des  eonnaissanees, 
du  luxe  et  des  plaisirs  nouveaux  pour  eux.  T/adininistra- 

(1)  Tache,  Ilist.,  IV,  :4. 

C-'J  De  civitate  Dei,  XIX,  c.  7  :  "  Data  est  njiera  ut  imperiosa  riritas 
Roi7ia  non  solumjugiim  sed  etiam  linguam  snani  doniitis  gcntilius  per 
pacem  societatis  iniponeret.  » 

|3)  Mosella,  v.  2(j3,  :i85. 


-34- 

tiou  iutrodiiitf  ne  faisait  (Tailk-iu-s  la  guciTC  ni  aux 
croyances,  ni  aux  usages  particuliers,  et  elle  alTrancliissait 
les  personnes  tout  en  laissant,  en  général,  subsister  les 
Ktats  anciens. 

Continuant  rexéention  des  volontés  de  César,  l'Empiie, 
qui  s'affermissait,  employa  ses  plus  grands  personnages  à 
l'oi-ganisation  des  Gaules.  Auguste,  de  Xarbonne,  y  mit  la 
main;  et,  en  envoyant  résider  à  Lyon  des  légats  des  trois 
Gaules,  on  créa  de  grands  commandements  proeonsulaires, 
exerçant  un  imperiiim  majiis  sur  les  légats  particuliers  de 
ces  provinces.  En  tête  vient  Agrippa,  le  fondateur  des 
plaees  de  Cologne  et  de  Mayence;  après  Yinicius,  c'est 
Tibère,  Dinisus,  Tibère  encore,  le  malheureux  Varus,  enfin 
Germanieus.  Rome  hésite  alors  devant  la  conquête  de  la 
stéi'ile  et  sauvage  Germanie,  et  en  l'an  17  après  J.-C,  au 
commencement  du  règne  de  Tibère  et  lors  du  rappel 
de  Gernumicus,  l'administration  revient  aux  légats  ordi- 
naires de  provinces,  gouvernant  sous  les  ordres  de  l'empe- 
reur qu'ils  représentent. 

Les  légats  ({ni  président  à  la  garde  de  la  Germanie 
eis-rhénane  sont  d'ordre  consulaire,  aj^ant  été  consuls 
désignés,  consuls  en  charge  même  plusieurs  fois,  après 
avoir  rempli  d'abord  les  hautes  fonctions  de  j^réteur  urbain 
ou  pérégrin.  Comme  tels,  ils  commandent  les  armées, 
administrent,  jouent  un  rôle  prépondérant  dont  les  effets 
sont  ressentis  non  seulement  dans  les  quartiers  militaires, 
mais  à  l'intérieur  du  pays  belge  et  dans  le  Vorland  ger- 
main. Ils  avaient  d'ailleurs  acquis  l'expérience  du  gouver- 
nement  dans  les  i)rovinces  importantes  de  l'empire,  de 
l'Afrique  à  la  Bretagne  :  décoré  des  insignes  du  triomphe, 
L.  Apronius  continua  ses  exploits  de  Pannonie  par  des 
victoires  sur  les  Germains  et  les  Frisons  ;  A.  Gabinius 
Secundus  repousse  les  Chauques,  méritant  le  surnom  de 
Caucl)ius,  et  Vestri(àus  Spurina  défait  les  Germains.  On 
vit  deux  frères,  Proculus  et  Kufus  Scribonius,  que  leur 


amitié  rcciproc^uc  illustra,  adininislrcr  i-iimiltancinciil  l'iiii 
la  lîassc,  rautrc  la  llautc-Cùn-iiianic  ;  citrs  vu  Grc'cc  ])ar 
Néi'oii,  ils  rurciit  ()l)li<;és  de  se  (louner  la  mort.  Plusieurs 
légats  de  Germanie  prétendent  ti  renii)ire,  Vitellius  est 
proclamé  à  Cologne,  Un  triomphateur,  A.  Caeeina  Severns, 
en  vrai  soldat  digne  de  son  surnom ,  déposa  au  Sénat 
une  proposition  intei'disant  aux  administrateurs  romains 
d'emmener  dans  les  provinces  leur  femme  a\'ec  eux  ;  et 
Corbulon,  pour  ne  pas  laisser  ses  troupes  dans  l'oisiveté, 
leur  fait  creuser  un  canal  allant  de  la  Meuse  au  Rhin,  la 
fossH  Çorbulonis ,  ({u'acheva  son  successeur,  Pompeius 
Paulinus  ;  il.  Tarquinius  ('atulus  eut  à  l'clever  de  ses 
ruines  le  Pi'étoire  de  Cologne,  autrement  dit  la  Résidence 
du  légat  de  la  Province  ('). 

Plus  modestes  en  général  sont  les  fonctions  civiles  d'un 
gouverneur  de  la  Belg'ica,  bien  qu'il  fût  investi  d'une  juri- 
diction étendue  sur  les  provinciaux,  comme  l'indicpie  son 
titre  de  legatns  Aiigusti  pro  praetore.  Résidant  à  Keims, 
il  remplit  en  pleine  paix  son  mandat  de  ministre  de  la 
justice  impériale  et  d'administrateur. 

La  politique  romaine  restait  fixe,  mais  les  administra- 
teurs changeaient;  et  môme  ils  restaient  généralement  peu 
de  temps  dans  le  même  poste.  Soumis  au  commandement 
personnel  de  l'empereur,  ils  étaient  envoyés  d'une  pro- 
vince dans  l'autre,  et  une  lieutenance  en  nos  contrées 
encore  assez  pauvres  et  plus  froides,  n'était  pas  des  plus 
recherchées.  On  préférait  l'Orient,  et  pour  cause. 

Il  va  de  soi  qu'on  ne  peut  juger  l'administration  romaine 
suivant  l'idée  qu'on  se  fait  du  caractère  de  remi)ereur 
régnant  :  à  cause  de  l'action  des  légats  et  des  procurateurs, 
elle  est  parfois  meilleure,  parfois  pire.  11  en  est  de  nom- 
breux exemples. 

(')  BUA>n5ACH,  C.  I.  11.  (Koln)  33i  :  Dis  conservatoribiis  Q.  Tar- 
quinius Catulus  leg.  Aug.cujus  cura  praetoriuni  in  ruinant  collapsum 
ad  nouant  facient  restitutnm. 


—   -M]  - 

Qu'il  lui  (le  lOnlrc  consiihiii'c  ou  de  l'ordi'c  prétorien,  le 
léj;al  ;ii)|)arlieiil  (oujoiirs  ;ï  celle  nobililus  ([ui  siiil  la  eai'- 
rière  l'égulière  des  eliargcs  piihlicjues;  sous  rKin])ire  on  du 
t('nii)s  du  Séiial  ,  ce  ciirsiis  honovum  resta  ])our  les 
|{(>u)aiiis    la    meilleure    des    éeoles    publiques. 

La  pei'soniudilé  des  légats  a  retenu  souvent  l'attention 
des  pi'ineipaux  historiens,  Taeite  et  Suétone,  Dion  et 
riutarque,  cpii  en  ({uelques  traits  notent  leur  action  ;  mais 
c'est  surtout  gràc(;  anx  inscriptions,  relevées  généralement 
à  rétrang(n-,  c'est  en  suite  de  rhal)itnde  nationale  dn  titii- 
liis,  (]ue  l'on  connaît  aujourd'hui,  pour  la  plupart  des  pays, 
les  noms  d'un  grand  nombi'e  de  gouverneurs,  (^uant  à  la 
15elgi(pie,  une  quinzaine  de  gouvernenrs  romains  sont 
connus  l'i;  on  en  peut  citer  davantage  pour  la  Germanie- 
Infc-rieui-e  (Cologne  ,  soit  trente-six. 

IJechereher  les  laits  intéressant  l'administration,  c'est 
aussi  rétablir  l'histoire  même  de  notre  pays  sous  les 
Romains;  et  ce  n'est  pas  s'écarter  des  limites  du  sujet  que 
de   piendre  note   d(î  la  liste  (-),   encore    incomplète,    des 


(')  Lt's  travaux  déjà  aucien.s  de  De  Bast,  ont  été  repris  par 
RoiI.KZ  (hiiis  son  .Mémoire  aiir  les  muffislrats  l'oniains  de  la  Belgique 
inséré  dans  les  Soiineaiix  Mémoires  de  l'Académie  royale  des  Sciences 
et  Belles  Lettres  de  Bruxelles,  i844,  55  pages. 

Lu:r.i:NA.M,  dans  ses  Forscliungen  zur  Verwallungsgeschichte  des 
romischen  Kaiserreichs,  Leipzig,  Teiibner,  t888,  l  vol.,  a  traité  cette 
matière  sur  un  nouveau  plan  pour  toutes  les  provinces  de  l'empire. 
V.  en  ce  tiui  .•oncerne  hi  Belgica,  p.  71;  la  Germanie-Inférieure,  p.  85 
et  suiv. 

(■-)  Aki.us  (iUAcn.ls,  qualifié  par  Tacite  :  Belgicae  legatus. 

VAi.Kims  AsiATici  s  dont  Taeite  dit  qu'il  se  déclara  en  faveur  de 
Vitellius;  celui-ci  devenu  empereur,  lui  accorda  sa  fille.  (Hist. ,I,5[).) 

Un  LK(iAT  dont  le  nom  s'est  i)erdu,  mais  dont  le  titre  se  retrouve 
sur  une  pierre  inscrite,  de  provenance  romaine  :  .  .  leg  pro  pr(aetore) 
]iroi)inc(iae)  Belgic(ae). 

!..  LieiNu  s  SruA,  (jui  fut  lanii  de  Ti-ajan,  son  compatriote.  Très 


-  37  - 

légats  (|ui  l'iircnt  en  leur  t('ini)s  dos  «^ouvcnKMirs  belges 
cxcrraiit  des  jxmvoirs  bien  aiit iH'iiieiit  étendus  que  eeux 
(les  «^oiivcrneui's  ])r()\in('iaiix  (raujotii'd'hiii.  Ceux-là  a];par- 

riche,  il  fit  don  an  pL'uplo  romiiiii  d'ime  paleslrc  ou  salle  d'exercic-e. 
A  sa  mort,  l'empereur  l'iioiiora  (iiiiic  staliu-  avec  un  titnltis  eomiilet 

(C.  I.  L.,  VI.  i444) 

Q.  Gmtius  p.  F.  A  l'H.it  s  Aciucoi.A,  deux  fois  consul,  dont  il  est 
parlé  plus  liant. 

Ci-.\i'i)ius  Satirninis,  sous  Hadrien.  C'était  un  jurisconsulte. 

C.\r.in  RNii  s  Procui.is,  légat  ou  commandant  de  la  Leyio  1 
Minervia,  cantonnée  en  Giirmanie.  Proconsul  en  .Vcliaïe,  léjjjat  de  la 
Belgica.  L'année  de  son  consulat  est  Inconnue. 

A.  Juxius  Pastor  li.  C.VKSENNiLS  Sosi'ics,  iCi-iGj.  Trois  inscrip- 
tions, qui  le  concernent,  montrent  (pi'il  saivit  réj^ulièrement  la  car- 
rière des  honneurs  et  (pi'il  obtint  le  commandement  de  la  Legio  XX 
Primigcnia,  dont  le  quartier  général  ét;iit  dans  la  (Jermanie- 
Supérieure,  légat  de  Belgique. 

JUNIUS  Faustinus  PosTii.MiAXUS,  encore  un  magistrat  de  carrière, 
successivement  légat  dans  trois  jirovinces  et  consul. 

Diuius  Sr.VKRUS.It'i.iAXi  .s, un  Milanais,  élevé  à  Rome  chez  Domitia 
Lucilla,  la  mère  d'un  empereur;  il  devint  notamment  légat  de  la 
XXII*"  légion  de  la  (iermanie  Supérieure  ;  et  légat  de  Belgiciue,  il 
combattit  victorieusement  les  Cliau(|ues  ou  Caiichi.  Ses  services  lui 
valurent  le  consulat,  i)uis  inii)li(iué  dans  une  conspiration,  il  sut 
échappera  la  mort.  Après  l'assassinat  de  Pertinax  en  i<)3,  la  Garde 
le  ]»rociama  empereur.  Manquant  des  qualités  nécessaires,  de  vues 
et  «l'action,  il  se  vit  abandonne  de  tous  à  l'approche  de  Septime 
Sévère,  et  mis  à  mort   (Ilist.  Aiig.,  Auréliiis  Met..  Dion  C). 

Q.  Sabl'chs  C.  F.  Major  CAKcrr.iAxrs,  à  la  fin  du  ii' siècle,  .\otam- 
ment  curateur<lela  ViaSalariae.  et  de  la  Subsistance,  .Vlimenlornm, 
directeur  <le  la  caisse  militaire,  légat  de  Belgique,  consul  en  i8o. 

L.  Marius  Maximi's  I'kri'ETLLS  Airkmams,  en  kj;.  Une  suite 
d'inscri()tions  contribuent  à  sa  biographie,  (la  fut  le  meilleur  géné- 
ral de  Septime  Sévère.  Investi  d'un  commandement  important,  diix, 
il  lutta  contre  Pescennius  Niger.  On  s'accorde  à  voir  en  lui  l'his- 
torien connu. 

Petronu  s  Poi.iAXLS,  légat  de  la  Xllie  légion  Germina,  cantonnée 
en  Bretagne,  puis  légat  de  Belgique  et  de  Rhétie  sous  Gordien. 

(-)n  cite  après  celte  liste  les  missions  incertaines  d'un  Priscus, 
d'un  P.  Septicils  Varus. 


—  38  — 

tioniicnt  à  la  inTiotlc  »lii  Haut- i-",ni])ir('  (>t  exercent  à  l'Ouest 
(le  la  liasse  on  IIaute-(  ieriiianu'  un  poiiNoii'  coiii'éi'é  l'égii- 
lièrenient  en  vertu  même  des  consiitutions  impériales. 
C'est  le  temps  de  la  prospérité  première,  de  la  Belgica 
d'avant  lu  multiplication  des  provincc^s,  et  quand  les  légats 
disparaissent,  sévit  l'anarchie  militaire  (|ui  détache  la 
Gaule  de  rKm])ii'c  de  l'an  253  à  273. 

Le  droit  romain  était  arrivé  tout  i'ormé,  à  l'état  de 
code  commun,  grâce  aux  édits  des  préteui's  pérégrins. 
Ceux-là  sont  complétés  par  les  édits  des  légats  ou  gouver- 
neurs particuliers,  conrormément  à  la  Loi  de  la  province, 
la  charte  (j[ui  institue  celle-ci.  Rien  de  leurs  articles  n'est 
arrivé  jusqu'à  nous.  On  sait  que  le  gouverneur  appliquait 
le  droit  romain,  res})cctant  les  cités  libres  et  fédérées 
avec  Rome,  et  (ju'il  tenait  compte  des  coutumes  locales 
non  contraires  à  l'ordre  public;  mais  celles-ci  dispa- 
raissent, évincées  par  des  princi[)cs  supérieurs.  Allant 
d'aboi'd  au  devant  des  justiciables,  le  légat  tenait  ses 
séances,  assisté  d'un  conseil  de  notables,  provinciaux  asso- 
ciés à  la  justice  romaine.  Les  fonctions  ])ubliques,  d'autre 
part,  impliquaient  certaine  compétence  et  juridiction  ; 
ainsi,  il  ]-evenait  à  la  charge  de  décurion  ou  membre  de  la 
curie  n)unici])ale,  aux  édiles,  d'exercer  certains  droits  de 
décision  ;  de  même,  les  questeurs  provinciaux  réglemen- 
taient les  marchés,  la  voirie  ou  les  jeux  publics,  et  nul 
doute,  vu  les  contestations  ordinaires,  que  la  compétence 
des  ])rocurateurs  financiers  ne  fût  lapins  étendue,  et  celle 
qui  s'exerçât  le  ])lus  fré(piemment. 

C'est  bien  le  fisc  qui  eut  le  plus  de  part  à  la  transfor- 
mation économique  du  i)ays 

8i  la  rapidité  est  un  des  traits  caractéristiques  dos  con- 
quêtes de  César,  Rome  mit  un  siècle  à  l'organisation  finan- 
cière de  ses  nouveaux  territoires.  (yCUx-ci  étaient  eu  ])rin- 
cipe  sa  jjrojn-iété,  mais  elle  laissait  généralement  aux  vaincus 
la  possession  héréditaire  de  leurs  biens,  soumis  à  un  impôt 


-   30   - 

foncier  dont  clail  (lispciisc  le  iiropriclaii'c  (juirilairc.  Dès 
le  second  siècle,  le  eadaslre  de  hi  (jaiile  clail  complet, 
suivant  mensuration,  ])lans  cl  colations;  i)our  h;  tenir  au 
courant,  un  i)rocurateur  spécial,  censor  ou  censitor , 
procurafor  nd  census  nccipiciidos  ('),  assisté  par  des  censi- 
teurs  oéiiéi-alenient  })ris  dans  l'armée,  le  revisa  tous  les 
(juinze  aus. 

Tout  était  repris  aux  livres  censaux,  ces  libri  censinilca, 
premiers  modèles  des  polypti(|ues  de  nos  abbayes.  11  fallait 
soi-même  déclarer  sincèrement,  avec  le  nombre  de  jugèi-es 
(20  ares)  et  le  nom  des  tenants  et  aboutissants,  la  nature  et 
l'usage  du  sol,  terre  arable,  prairie,  pâture,  bois,  le  tout 
valant  tant.  On  payait  l'impôt  en  espèces  (-). 

A  coté  de  la  contribution  foncière,  il  y  avait  l'impôt 
])crs(>nnel  ou  de  capitation,  les  prestations  en  natui-e  en 
tant  que  de  besoin,  et  les  impôts  indirects  {oeciigalia) 
sur  les  successions,  les  ventes,  l'affranchissement,  enfin 
une  sorte  de  douane  intérieure,  un  octroi,  frappant  de 
droits  la  circulation  par  zones  des  choses  vénales,  le 
portoriiim  (portare). 

L'Empire,  au  lieu  d'affermer  en  général  les  impôts,  eut 
recours  de  plus  en  plus  à  ses  fonctionnaires,  sauf  pour  les 
impôts  indirects  perçus  par  de  petites  compagnies  de 
publicains,  des  affranchis  généralement,  qui  s'y  enrichis- 
saient, 

n)  Hknzex,  Insc.  n»  (5512  :  Titus  Clodius  Piipianiis  eleclus  attero 
jiidicio  ad  c(ensus)  accept{aiidos)  per  proiunciuiii  ]'elgicaiu.  — V.  I*u- 
l)ianus  était  de  Tordre  sénatorial. 

IliU).,  6()48  :  Titus  Vesulaniits  Cvescens  rpusor  Geriu.  infer  ,  che- 
valier. 

("-)  Le  premier  budget  de  la  Gaule  fut  de  quarante  millions  de 
sesterces,  i)iécettes  d'argent  valant  12  '/.  as  ou  21  centimes.  ICi  tkoi'K, 
G,  17.  —  Il  est  à  ci'oire  que  ce  n'était  pas  la  Belgiciue,  alors  la 
moins  rielie  des  trois  Gaules,  (jui  payait  la  forte  somme. 

V.  M.\RQUARDT,  Organisation  financière  romaine,  ])p.  2G7-G8, 
270-71  ;  BI.OCH,  op.  cit.,  pj).  i;')o,  27;)  et  suivantes. 


-  4o  - 

Tnc  fois  de  plus  est  coiistiiléc  l'union  :ulniinistr;ili\  c  do 
la  }icli>icii  avec  les  deux  (iernianies  ou  pays  eis-i'li('inins  : 
le  proeurateui-  finaneier  pour  e(;s  provinees  résidait  à 
Trêves,  où  était  d'ailleurs  l'atelier  monétaire,  dirigé  par 
lin  procnnitor  moneiac. 

L'abus  luujuit  avec  rorganisution  môme,  témoin  les 
exaetions  (iu'on  signale  déjà  sous  Auguste.  Cependant, 
étant  donnée  la  modicité  du  budget  des  dépenses  d'un  Etat 
ancien,  et  à  prendre  tel  qu'il  fut  le  système  de  l'impôt,  on 
ne  peut  dire  que  celui-ci  ait  fait  obstacle  au  déveloi)])cment 
de  la  ricliesse  publique.  11  n'est  pas  même  interdit  de 
croire  qu'il  la  favorisa,  dussent  de  leur  temps  les  particu- 
liers en  pàtir  :  il  fallait  satisfaire  le  fisc,  dés  lors  la  loi  du 
travail  était  inéluctable,  et  tout  étant  à  l'avance  coté,  tout 
fut  aussi  mis  en  valeur.  Le  raisonnement  est  appuyé  i)ar 
le  résultat  des  fouilles,  qui  même  en  Ardenne  témoigne  de 
l'aisance  régnant  en  pays  belgo-romain.  Jusqu'à  la  lin  du 
111°  siècle,  la  prospérité  générale  ne  fit  que  grandir. 
La  Forét  A  quel  régime  l'Ardenne  pi'oprement   dite   fut-elle  sou- 

domaine  fiscal,  mise?  I^:il('  subit  le  même  sort  que  le  partage  de  son  sol. 
On  laissa  suivant  la  coutume  aux  anciens  liabitants  bnirs 
biens  pro])i-(!s,  leur  domaine  utile.  Mais  les  massifs  de  la 
grande  forêt,  c(;s  siilliis  (jui  n'étaient  en  la  i)ossession  i)ar- 
ticulièr(;  de  personne,  restèrent,  dans  une  i)rovince  dé])(Mi- 
dant  non  du  sénat,  mais  de  l'empereur,  c'est-à-dire  du  fisc 
impérial,  la  i)i'opi'iété  du  fisc  impérial  môme.  Une  forêt  dont 
l'étendue  excède  et  déborde  les  nécessités  de  la  vie  des 
riverains,  dont  nul  iu'])ourrait  prétendre  confisquer  l'usage 
ou  l'accès,  est  naturellement  comme  les  mines  cachées  ou  les 
eaux  vagabondes,  la  propriété  de  l'Etat  souverain  qui  dis- 
pose à  son  gré  de  cette  partie  deVager publiciis,  du  domaine 
])ublie.  Cela  est  conforme  aux  princijx'S  du  droit. 

Le  fisc  impérial  eut  à  exploiter  la  forêt  comme  il  faisait 

ailleurs,   en  Italie  môme   par  exemple,    où  telle  forêt  de 

'   résineux  était  concédée  à  une  Société  patronnée  par  des 


-  4i  - 

chevaliers  (^ui  en  (iraient  de  la  poix  0).  Xoti'o  Ardinmc  fut 
2)arf()is  appelée  Carbonnria,  du  (diarbon  (jue  donnaient  des 
parties  de  bois  mises  en  coupe  réglée  ;  des  concessions  de 
ce  genre  étaient  accordées  par  le  fisc,  comme  celles  de 
toute  antre  exploitation,  bois  de  chai-pente,  pâture  ou 
moulins.  S'agit-il  d'ouvrir  une  carrière;  en  vue  d'extraire 
du  minerai,  un  particulier  obtenait  une  concession,  et  tout 
était  si  bien  réglé  qu'on  en  peut  citer  une  encore  toute 
étiquetée  :  exploitation  cVEinilieii  ouverte  le  y  mars  (-).  C'est 
inscrit  sur  la  roclie  même,  à  l'entrée  d'une  poche  de  mine- 
rai de  cuivre,  à  AVallcrfangen,  près  Sarrelouis.  Le  temps 
des  petites  concessions  était  généralement  limité  par  les 
intervalles  mêmes  du  recensement. 

C'est  sur  le  domaine  public  que  Ton  transporte  des 
immigrants,  (]ue  les  légionnaires  ou  les  troupes  provin- 
ciales font  des  briques  ou  des  tuiles,  tirent  des  pierres, 
construisent  des  routes  ou  des  fortins,  et  l'Ardennc,  forêt 
fiscale,  devenait  en  suite  d'un  intérêt  de  tout  premier 
ordre,  un  territoii'o  public  dont  l'usage  était  concédé  et 
les  passages  surveillés. 

D'anciens  grands  domaines  ont  giirdé  dans  les  premières 
chartes  fran(|ues  un  nom  qui  rappelle  leur  origine  même, 
fisci,  biens  du  fisc,  tenus  du  fiscus,  et  les  colons  y 
implantés  sont  des  popiili  fiscales,  la  poi)ulati()n  fiscale  (^). 

fi)  ClCVMOy,  Bj-iiliis.^  •2-2  l\  s'ayit  de  la  Silca  Sila  dans  le  Bnittiiim, 
louée  par  les  ceiiseurs  à  des  fermiers  (pii  eiiiployaient  des  esclaves. 

(-)  Incepta  officina  Aemiliani  nonis  mari.  BramBAcii  ,  C.  I.  R., 
11°  ^dS;  reproduction  dans  les  Momunents  lajiidaires  du  Musée  de 
Trènes,  ])ar  Y.  IlETTNrK,  p.  S. 

(■'j  V.DucAXGE,  s.  v.  —  Peut-être  un  jour  la  i)liilologie  arrivera-t-elle 
à  grouper  un  certain  nombre  de  noms  de  lieux  qui  témoignent  de 
leur  origine  <lomaniale.  Citons,  i)ar  e.xemjjle,  Fescliaiix  (Fisealium, 
Fesealsi;  i)lusieurs  Fize;  peut-être  Fexhe  ou  Feclie  ;  Grand-Fissant 
(hameau  de  Saint-Hilaire,  Nord)  au  xie  siècle  et  en  iiSo  Fi.sciacus, 
Fiscau  en  iifia;  peut-être  tous  les  Fichcmux  du  Condroz,  teri'cs 
communales  sans  emploi,  ont-ils  la  même  origine. 


-  4--^  - 

En  pleine  Ardeiiiu'  nous  retrouvons,  i)rès  de  Bièvre,  un 
de  ces  fisci,  biens  d'origine  domaniale,  mentionné  dans 
une  eliarte  de  Stavelot  du  viii*'  siècle,  et  ce  domaine  jadis 
tenu  du  fisc  a  pour  nom  le  Petit-Château,  ou  Cliàtelet, 
le  Piilatiolus  qui  devint  Paliseul  ('). 

En  l'an  894  h'  l'^i  Charles  fait  restituer  à  Franeon, 
évoque  de  Liège  (-),  une  partie  du  fisc  d'Arches  (Charle- 
ville). 

Confirmant  la  donation  faite  par  Zwentibold  à  l'Eglise 
de  Liège  de  la  villa  de  Theux  avec  ses  dépendances,  le 
roi  Louis,  en  908,  mentionne  ce  /isc  qui  porta  le  nom  de 
ïheux  (3). 

De  même,  le  roi  Charles  fait  abandon,  en  915,  de  la 
forêt  qui  était  autrefois  une  dépendance  de  la  villa  de 
Theux,  et  qu'avait  réservée  le  roi  Zwentibold  en  donnant 
le  fisciis  ou  domaine  lui-même  (^).  Et  l'énumeration  des 
dépendances  légales  de  la  villa,  serfs,  ehanii)s,  prés,  bois, 
eaux,  dérivations,  moulins,  pêcheries  et  le  reste,  montre 
l'importance  qu'avaient  ces  grands  domaines  ou  /f.sci  (''). 

Ainsi  les  souverains  franes,  exerçant  les  droits  absolus 
du  maiti'e,  du  dotniniciitiis,  ont  remplacé  les  empereurs 
romains  et  leur  administration  financière.  Ils  disent 
«  notre  forêt  d'Ardenne  »  C')  et  saint  Remacle  demande  à 

(')  «  In  ptigo  Aniennii  iiiferjucens  de  uiio  lutere  fisci  ipsiiis  qui 
oocatur  Pnlutiohis  atqiic  lieveris.  »  fCliarles  de  Stav  -Malin.,  de  l'an 
770-77;),  1.  I.  |).  ()()  ;  i)ii/>lir.  (le  .1.  Hai.kin  et  de  C.  V.  Roland). 

(■-)  «  ..  (le  fi.sco  A  redits  in  jmgo  Parlnnensi  silo.  »  Ciirl.  de  S.  Lani- 
hevt,  t.  I.  V.,  p.  7. 

(3)  «  fisrnni  nomine  Teelis  a  vege  S.  fralre  noslro  concessuni  in  />ago 
ac  in  coniilalu  Liwensi  jxjsilnm.  »  Ihid.,  IX,  p.  ii>. 

(•*)  «  Fovesteni...  quani  dalo  jisco  Z.  reliiuieral  :  »  Ihid.,  X,  p.  14. 

(-')  Ibid.,  ]).  ().  —  De  même  on  voit  dans  la  (;in'oni(ine  de  St-Hubert 
dite  Canlatorinni,  (jne  la  femme  de  I*ei)in  se  rend  en  son  fisc  d'Am- 
Ix'i'lonx,  \  Inil.). 

C'j  Mon.  Gku.m.,  J)i/d.,  p.  122,  '>5,  an.  V>\H  :  «  in  /'oresla  nnstra  niinru- 
panle  Ardninna,  in  lacis  oaslae  soliliidinis.  » 


-  43  - 

Si^^cbei't  un  Icfriloirc  ixmr  claUlir  ses  deux  nionastèros 
dans  cette  «  Ardeiiiie,  diL-il,  dont  il  disjjose  ^')  ».  Ljcs  i-ois 
l'raïu's  ou  les  empereurs  détiiclient  de  leur  domaine  ardcn- 
naisde  très  «grandes  portions  qu'ils  distribuent  aux  Eglises, 
Malniedy,  Stavclot,  Andage  (Saint-Hubert),  Tlieux;  l'eni- 
])laeeuient  même  du  Liège  l'utur  était  pi-obableiuent  sur  ee 
territoire  de  l'ancien  lise  impérial,  (rai)i'ès  ce  nom  d'une 
première  bourgade  leiidiqiie  ou  publique,  le  viens  leudicus, 
siue  piibliciis.  Etait-ce  pour  b^s  obtenir  plus  facilement 
d'une  part,  de  l'auti'e  pour  les  mieux  l'aii'e  tolérer  des 
grands,  naturellement  jaloux,  toujours  est-il  (jue  lors  do 
ces  donations,  le  caractère  désertique  du  domaine  est  par- 
ticulièrement rappelé,  et  les  termes  sont  parfois  redon- 
dants au  point  que  l'objt^t  même  s(;mble  n'être  plus  rien, 
pei'du  (|u'il  est  iii  erenio  UHstae  solitndinis...  Cela  dépasse 
les  inoyens  de  la  traduction. 

A  reprendre  dans  leur  ensemble  les  faits  et  les  induc- 
tions qui  s'en  suivent,  on  en  vient  donc  à  rétablir  assez 
l)ien  une  des  clauses  d'ordre  administratif  qui  se  trouvaient 
sans  doute  énumérées  dans  la  Itw  prouincine  ou  loi  consti- 
tuant la  province  l^elgique  :  la  forêt  ])ro])rement  dite, 
y .[i-(hicnna  sUoh  restait  tei'i'itoire  pul)lic  et  relevait 
directement  de  l'administration  financière  impériale.  On 
sait  qu'elle  resta  plus  tard  le  domaine  de  la  couronne 
franque;  aujourd'hui,  en  vertu  de  la  nature  des  choses, 
riIertogeuMald  et  Ereijr,  ces  anciennes  parties  do  la 
haute  Ardonne,  restent  propriétés  nationales,  et  nos  rois 
belges  en  constituant  leur  domaine  d'Ardenno,  ne  l'ont 
(pie  rétablir  partiellement  le  pays  en  son  ancien  état. 

Comme  de  l'un  ou  l'autre  port  on  se  dirige  sur  les  flots   Villes  frontières. 
d'une  mer  incertaine  vers  les  i-ivages   désirés,  ce  fut  de 
([uolques  localités   principales   cpio  s'opéra  dès  l'abord  la 
pénétration    en    Ardenne  de    la,    civilisation    romaine.    11 
inq)orte  do  les  reconnaître. 

t'j  «  qiuie  est  ueslrae  ditionis,  »  AA.  SS.,  inta  lieinncli. 


-  44  - 

Les  Ubiens,  drjà  lavorables  ;i  César,  furent  en  l'an  38 
avant  J.-C,  établis  sur  la  rive  gauelie  du  Ubin,  comme 
défenseurs,  non  oomme  prisonniers  (').  Leur  oppidum 
devint,  sur  l'initiative  d'Agrippinc,  fille  de  Gernianicus, 
une  colonie  intérieure  romaine,  la  Colonia  Ao-rlppinensis, 
la  ville  de  Cologne  d'aujourd'hui.  Ainsi  qu'à  Lyon  on  y 
établit  un  autel  de  Eoine  et  d'Auguste,  destiné  à  servir  de 
centre  aux  jours  d'assemblée  des  peuples  soumis  à  Rome 
et  acceptant  son  culte  officiel.  Ce  fut  VAra  Ubioviun  que 
nous  aurons  à  rappeler  à  propos  de  la  cité  de  Tongres. 
Après  le  désastre  de  Varus  et  le  rappel  de  Gernianicus, 
des  quatre  légions  de  la  Germanie  deux  furent  envoyées  à 
Xanten,  les  deux  autres  de  Cologne  allèrent  l'une  à 
Novaesiiim  ou  Neuss,  l'autre  à  Bonna.  La  Colonia  Ag-rip- 
pinensis,  gratifiée  de  la  concession  du  droit  italique,  et 
gardant  son  importance  directrice,  resta  le  siège  officiel 
du  légat  consulaire.  Par  le  fait  du  recul  de  Rome  en 
Germanie,  l'action  politique  de  l'Autel  des  Ubiens  s'exerça 
plutôt  en  arrière  du  front,  à  l'Ouest,  dans  la  Gernuuiie- 
Inférieure  et  vers  la  Belgique,  qui  en  piofita  et  vit  s'accé- 
lérer les  progrès  de  la  civilisation  nouvelle. 

De  Xanten,  en  puissant  par  Xeuss  et  Cologne  jusqu'à 
Maj'-ence,  tout  le  long  du  Rhin,  il  se  créa  un  nouveau 
quartier  latin,  (pi'on  i)eut  dans  nos  contrées  (pialifier  ainsi 
par  excellence,  malgré  les  changements  survenus  depuis. 

Là  campait  une  armée  tellement  nombreuse  d'abord,  que 
Rome  nen  avait  jamais  rassemblé  de  pareille.  Or,  ces 
légions,  en  Occidinit,  étaient  généralement  composées  de 
Latins  et  le  pays  subit  la  loi  de  l'élément  militaire  ;  on  y 
connut  tout  le  vocabulaire  des  camps  et  du  commandement; 
la  corresiiondance  officieHe  et  la  communication  des  Actes 
de  l'empire  arrivaient  sûrement;  le  vêtement,  c'était  la 
lori(pie,le  manteau  militaire  ou  la  toge  civile;  on  y  adoi)ta 

(»)  TACni':,  De  nwr.  Gerni.,  XXVIII. 


-  p  - 

régulièrcmnit  les  trois  noms,  c'est-à-dire  l'état-civil 
roiiKiin  ;  tout  se  plia  au  iiiêiiu'  formalisnic,  car  jusque  sur 
les  inonuineiits  l'igurés  s'étale  la  niytlioloj;ic  elassicpie  et 
la  formule  importée  des  iiiscrii»tions  avec  les  ornements 
traditionnels.  '') 

Les  coutumes  des  cami)s  s'étendirent  à  leurs  faul)()urg's, 
aux  bai'aquements,  cmiabne  leg'ionis,  où  lo<>eaient  les 
femmes  et  les  enfants  des  soldats,  dt^s  vétérans  et  des 
cantinicrs,  avec  des  marchands.  On  comi)rend  aisément 
l'inflaence  d'un  pareil  milieu,  où  régna  en  tout  point  la 
discipline  romaine,  grâce  au  séjour  sécnlaire  de  légions 
sédentaires.  Chaque  camp  n'était  au  fond  (pi'une  vaste 
colonie  militaire,  d'un  type  nouveau,  toujours  en  activité 
de  service. 

Vingt-cin(|  lieues  environ  séi)arent  Liège  de  Cologne  ; 
du  Rhin  au  gué  de  Visé  ou  au  pont  de  Maestricht,  toute 
une  légion  pouvait  arriver  en  quatre  étapes,  une  a/a  ou 
escadron  de  cavalerie,  en  deux  jours.  Déjà  Sabinus, 
assiégé  en  Eburonie  par  Ambiorix,  disait  que  «  le  liliin 
n'était  pas  loin...  » 

De  bonnes  routes  abrégèrent  encore  les  distances,  met- 
tant Cologne  en  communication  directe  avec  Neuss  et 
Bonn,  avec  Tongres  et  l'Ardenne,  et  nous  ne  pouvons 
manquer  de  retrouver  l'effet  qu'eut  sur  le  Xord  de  notre 
pays  une  civilisation  particulièrement  latine. 

Tandis  que  les  Ubiens  deviennent  des  dues  Ag'rippi- 
nenses,  des  citoyens  Agrii^piniens,  leur  nationalité  disi)a- 
raissant,  au  contraire  dans  le  Sud  de  l'Ardenne,  l'élément 
national  subsiste  tout  en  acce])tant  les  avantages  de  la 
culture  nouvelle.  'J^rèves,  siège  administratif  d'un  procura- 
teur d'ordre  civil,  reste  au  fond  la  ville  des  Trévires, 
mi-romaine,  mi-barbare  dans  h^  sens  latin  du  mot.  La 
civilisation  romaine  pénètre  juscpi'au  c(XMir  de  notre  pays 

(')  IIettner,  op.  cil.,  \)p.  3-5. 


4 


6 


montagneux  en  rayonnant  de  'rrèvos,  cette  cite  impériale 
dont  le  développement  et  la  eliute  doivent  naturellement 
mar(pier  la  tin  de  noti'e  étude. 

Au  Sud-Ouest  était  Durocortoriim  qui  devint  la  ville 
de  Reims.  Les  Kèmes,  habitant  les  plaines  nues  de  la 
Champagne  d'aujourd'hui,  ne  songèrent  jamais  ni  à  résis- 
ter, ni  à  se  rebeller;  aussi  leni-  oppidum  devint  il  prompte- 
nient  une  cité  fédérée  avec  Rome;  jouissant  comme  telle  de 
privilèges  particuliers,  la  ville  resta  un  centre  belgo-romain 
d'autant  plus  important  qu'elle  fut  aussi  la  capitale  de  la 
Belgique- Deuxiènu'  lors  de  la  création  de  cette  province. 


Les   Rémois  d'aujourd'hui   connaissent  encore  la  situa- 
tion (le  leur  ancien  Forum  ;  il  y  a  le  faubourg  Cérès,  et  non 


—  47   — 

loin  (le  la  nie  <lii  'rciiipic  un  icinplc  de  Maiv-,  (|ni  a 
disparu  —  s'élrve  un  arc  de  hioujplie,  grand  ni(uiiinu'nl 
bclgo-roniaiu  à  trois  baies,  de  3.')  mètres  de  long  sur  iS'^^'yo 
de  largeur  ;  et  combien  de  petits  moiunnents  tcmoigncnl 
de  la  richesse  de  la  cité  romanisée  !  Rai)i>('lons  ceux  du 
JMusée  lapidaire  et  citons,  à  rnôtel-de-\'ille,  la  statue 
coi'nue  de  ("ernunnos  (M,  le  dieu  gaulois  de  Ta  bouda  née  cpi"  il 
distribue,  et  sa  ligure  est  synil)oli(|uement  accostée  de 
l'Apollon  et  du  Mercure  romain.  On  ne  i)eut  non  plus  ou- 
blier de  signaler  le  l'icbe  sarcophage  du  consul  rémois 
Jovinus,  vain(jueui'  des  Hai'bares  en  366.  (Quarante  ans  plus 
tard,  Reims  tomba  au  ])ou\()ir  des  Windales,  et  en  ^'m 
Attila  et  les  lluns  détruisirent  la  ville  et  massacrèrent  les 
habitants. 

Outre  les  collections  particulières,  il  i'aul  nnuilionner 
celles  du  Musée  archéologi(jue  de  la  ville  (|ui  comprennent 
plus  de  6,000  objets,  dont  non)bre  de  vases  i)arlnnts  (-', 
méritant  de  retenir  l'attention  de  l'archéologue;  et  le  sol 
de  la  banlieue  est  assez  i"iehe  en  objets  cachés  pour  ((n'en 
creusant  les  tombes  d'un  nouveau  cimetière,  on  ait  [)réci- 
sénient  mis  à  découvert  un  cimetière  gallo-romain. 

Or,  le  territoire  des  anciens  Rèmes  était  très  considé- 
rable, et  les  grandes  plaines  crayeuses  ne  pouvant  suffire 
à  l'entretien  d'un  peuple,  celui-ci  s'étendait  sui'  la  plus 
grande  partie  des  déi)artements  de  la  Mariu'  et  des 
Ardennes  d'aujourd'hui,  sur  une  portion  de  ceux  de  l'Aisne 
et  de  la  Mense;  il  occupait  même  une  partie  de  notre 

(')  Voir  la  fig.  de  la  page  4*>- 

f'-)  Par  exemple,  sur  au  vase  à  l)oire  :  Dnliuts,  ù  noire  santé  !  ou 
sur  UH  verre,  cette  fiu  de  peutaniètre  :  a  me  dulcis  iimica  bibe, 
bois  en  moi,  chère  amie... 

A  propos  d'inserii)tious,  disous  <in'()U  a  relevé  à  Reims,  sur  des 
cachets  ou  des  batouuets,  les  nouis  de  dix-huit  oculistes,  mcdecius 
ou  chirurgieus,  ayaut  ])rati(iué  chez  les  Rèuies  aux  UKct  i\>^  siècles. 
—  V.  le  Catalogne  du  Musée  arc/iéologiijue,  p.  :ii(J. 


-48- 


Les  routes 
et  la  carte. 


j)r()vincc  de  Luxcin bourg  ('j.  Les  Kènies  avaient  ainsi  gagné 
vers  le  Nord-Est,  les  terres  plus  fertiles  du  Luxembourg 
wallon. 

Les  portes  do  l'Ardenne  étaient  ici  ouvertes,  la  pénétra- 
tion s'opéra  inmiédiatement. 

Ainsi,  sur  les  confins  de  la  grande  forêt,  de  trois  villes 
devenues  romaines,  partent  les  émissaires  de  tout  ordre 
qui  changent  la  face  des  choses,  et  président  à  l'occupa- 
tion de  la  cam])agne,  des  hauteurs  et  des  bois. 

L'histoire  de  l'Ardenne  commence  de  s'éclairer  par  les 
bords. 


> 


A  quel  degré  la  culture  romaine  parvint-eHe  chez  nous, 
c'est  ce  que  la  valeur  du  malériel  nrclK'ologique  surtout 
peut  faire  apxn-éciei-. 


('}  NAl'OIi;()N  III,   Vie  de  Jules  Césiir,  II,  p.  -jV,. 

<-)  Fragment  conservé  de  la  Ijorne  routière  <Ie  Tougres. 


—   4Î)  — 

S(''pu](ur('s,  xilhi'^,  stations,  tort  ilicat  ions,  siibsti'iictioiis 
(livci'scs,  autels,  oITicincs,  incniis  ()l)jets  de  toute  sorte, 
ont  lait  jadis  l'objet  de  decouvei'tes  successives  dans 
plus  de  deux  cents  localités  de  notre  i)ays  nionta(;neux  ; 
celles-ci  ont  été  i'e]>rises  sur  la  caiie  ai'chéolooiqne  ('j. 
Mais,  depuis,  que  de  trouvailles  encoi-e  !  Tandis  (pie  le 
même  travail  était  continué  dans  la  pai'tie  aujourd'hui  alle- 
mande, chez  nous  aussi  vingt  années  de  recherches  ont 
agrandi,  doiiblé,  le  résultat  des  explorations  ;  c'est  an  point 
(ju'en  suite  de  l'étude  des  routes  et  vieux  chemins,  grâce 
aux  inscriptions,  aux  découvertes  cherchées  ou  fortuites 
d'objets  intéressants,  griice  encore  aux  riches  collections 
des  musées  comme  aux  publications  qui  les  coninuMitent, 
notre  histoire  belgo-romaine  a  pris  un  corps  et  peut  être 
expliquée  en  détail. 

A  nos  frontières,  non  loin  de  Sourbrodt,  des  gardes 
forestiers  découvrirent  un  tronçon  de  route  romaine  en 
pleine  fagne.  Si  l'on  peut  considérer  comme  ayant  appar- 
tenu à  un  ancien  Chemin  des  Fontaines  les  dalles  du 
soi-disant  Chemin  des  Roiualns  indicpié  sur  un  poteau 
])rès  la  Sauvenière,  en  revanche  le  touriste  peut  revoir  les 
restes  encastrés  d'une  vraie  route  romaine,  à  la  Neuville 
})rès  des  marais  de  Francorchamps  :  voilà  doiu'  là  une 
ancienne  voie  enq)ierrée.  Ft  c'est,  pai*  contre,  de  l'an  i;)oi 
seulement,  (|ue  date  l'établissement  du  chemin  belge  d'une 
demies  lieue  traversant  la  fange  du  Ilockay  ])our  aller 
rencontrer  un  chemin  du  Ilohe-Veu  allemand. 

Dui-ant  l'èi'e  ronmine,  mais  sans  que  l'on  connaisse  bien 
les  tenants  et  aboutissants,  un  afflux  de  chemins  coujjaient 
et  recou])aient  le  haut  plateau  déserti(jue  :  une  \ oie,  dite 
Vin  Munsuerisca  (-',   passant   sous   Flsenl)orn,    venait    du 

(1)  P:ir  Van  Drssia,,  en  1S77,  modifiée  en  iSS'j  i)()ur  le  Liixeniboiii'f; 
Ijelge  par. T.  R.  Suîknai.ku. 

(-)  Cette  appellation  latine  ])rovienl  du  texte  dun  diplôme 
de  Childeric.  limitant  en  GG7  une  donation  faite  à  l'abbaye  de 
Malmedy-Stavelot  :  u  de  sicco  cainpo  per  uiam  mansiieriscam  iibi 
Warcina  (la  Warclie)  transversal.  » 


Ilohe-Ven,  cl  se  dirigcdiL  in)ii  loin  dv  noh  Iroutiércs 
aotuelli's,  prohablcnicnt  vers  Eupcii,  i)<)iir  aller  se  i)erdrc 
dans  l'Hertoj^einvaldt.  L'antique  t'iieniiu  de  la  Veequée 
coupait  à  llockay  un  diverticule  allant  de  Stavelot  vers 
Pei)inster  et  Vervicrs,  et  la  Veequée,  quittant  la  Man- 
suerisea,  i)assait  au-dessus  de  Stouniont  et  se  continuait 
dans  la  Poi-allée  O. 

Sans  doute,  à  i)asser  de  vallée  en  vallée  par  la  Moselle, 
la  Kyll,  la  Warclie,  le  '^^"ayai,  la  Vesdre,  on  suivrait  une 
des  voies  natuixdles  qui,  de  Trêves  même,  conduirait  près 
des  hautes  ra<^nes,  à  'Plieux,  Pepinster  jusqu'à  Dolliain 
et  de  là  à  la  Meuse,  en  suivant  la  Vesdre.  Mais  il  eût  été 
long-  de  suivre  ces  méandres  capi'ieieux  dans  un  pays  où 
les  rivières  commencent  par  couler  d'abord  dans  un  sens 
contraire  à  celui  de  leurs  confluents;  aussi  les  routes 
ti'avcrsent-elles  les  eaux,  et  celles-là  sont  nombreuses  ;  les 
Romains  en  ont  établi  dans  tous  les  sens  ('),  et  rencontrant 
le  plateau  désertique  des  hautes  fagnes,  ils  l'ont  non  pas 
tourné,  mais  traversé  de  part  en  part.  Trouvaient-ils  une 


(1)  II.  SciHKUMANS,  Les  Ihintes  fugues,  i88(i,  i)laiK-lie  V  ;  Via 
Mansueiisca,  j).  (iS  ;   la    Veequée,  j).  ()G  ;  le  Puné  du  diable,  ]>.  m. 

(-1  Vax  Desski,,  7'(>j)OgT;ij)Jiie  des  noies  roiuuines  de  la  Btdgique. 
Bruxelles,  1877. 

V.  (i.\i('iu:z,  Topographie  des  voies  romaines,  clans  les  Annales  de 
lAcad.  d'arcJi.  de  lielg.,  XXVIII,  3e  série,  t.  VIII,  1882. 

Von  Vkitii,  Die  Romerstrassen  Coeln-Reinis  und  lieims-Trier, 
Bonn.  Jahvb.,  Ilel't  LXXVI,  pp.  i-3o.  Bonn,  i883. 

.1.  AsHAcil.  Znr  GcschiclUe  und  Kullur  der  rômisclien  Rlieinlande. 
Berlin,  Weidmann,  i<j02. 

Ces  travaux  sont  accompagnés  de  cartes  Spéciales. 

Les  principales  questions  posées  à  loccasion  de  l'établissement 
des  voies  romaines,  sont  tout  au  moins  indiquées  déjà  dans  le 
Mémoire  archéologique  sur  les  anciennes  chaussées  romaines  de  la 
Belgique  de  l'iuj^énieur  Vander  Rit,  et  le  rapport  de  G.  Roulez, 
inséré  au  Bulletin  de  l  Académie  royale  de  Belgique,  t.  XVI,  li^  ])., 
p    4'^o,  l8:jO. 


fondi'icrc,  di's  Iroiic^  d'.ii'hrf^  scies  cl  app.ircillc-,  en  sons 
«ipposc  pour  soutenir  des  dalles  encastrées,  l'orniaient  le 
tablier  de  ce  ])()id  sur  marais,  et  nialj^re  tons  les  ohsiacles 
le  colTre  de  la  voie  se  eonlinnait  ainsi  jns(praii  hnt 
assi<^iié. 

Des  oITiciers  de  nos  voisins  de  TKsI,  enrienx  de  savoir 
eomnient  les  lîonuiins  passaient  (die/,  nons,  là  on  iu)ns 
mêmes  n'allons  <;nère,  ont  ('tiidié  le  ti'acé  et  la  conpc  de 
ces  chemins  (donnants,  anx(|n(ds  le  paysan  de  ('(xpiairaj^'iie 
donne  le  nom  de  Chemin  dn  diable  ])arce  (jn'il  ne  com- 
})rend  rien  à  cette  installation  en  pareil  endroit,  ('ertaine 
tradition  a  été  conservée  (jn'ils  condnisaient  à  Rome... 

Le  l'ait  est  (|u'an  bout  de  ce  lon;^-  et  rol)ns(e  i)av('',  on  ne 
})()ni'rait  nian(|uer  de  voir  le  S.  F.  Q.  U.,  la  signât nrc  dn 
])enple  l'omain. 

A  telle  place  de  ces  voies  ensevelies  dans  la  tourbe 
on  couvertes  i)ar  le  recroissement  dn  taillis,  on  a  trouvé 
des  monnaies,  tel  Injon  perdu,  des  l'ers  ù  (dieval  ou  à 
mulet  en  très  grand  nombre,  des  morceaux  de  fer  ])ro- 
venant  du  charroi,  car  la  voie  était  à  telle  enseigne 
carrossable,  (^n'on  y  a  i)n  r(de\'er  doubles  ornières. 

Venant  de  Marche,  de  la  Fanienne  et  des  contrées 
ardennaises,  t(nite  une  suite  de  diverticules  entrecoupés 
s'étendait  vers  le  paj^s  de  Bastogne,  où  passait  une  voi(^ 
qui  coupait  l'Ardenne  centrale. 

On  peut  constater  la  direction  vers  les  plus  grandes 
voies  romaines,  consulaires  ou  prétoriennes,  de  tous  ces 
diverticules  intérieurs,  diversement  groupés. 

La  certitude  existant  qu'entre  deux  établissements 
h(dgo-romains,  villas,  stations,  castels  ou  officines,  il  y  a 
eu  certainement  quel(|ue  mo3'en  de  communication  usu(dle, 
il  conviendrait,  snr  le  sol  dont  les  accidents  n'ont  (pie 
peu  changé,  de  reconnaître  le  tracé  de  ce  (pu'  dans  les 
campagnes  on  appelle  encore  les  ((  vieux  cliemins  ».  Ils  se 
perdent,  on  les  r(dronve.   il  faut    (dier(dun'  où  ils  se  rami- 


—     32    — 


fient.,  (jur  de  constatations  ;i  mettre  bout  à  bout,  mais 
aussi  combien  y  gagnerait  la  topograpliie  ! 

Il  est  plus  sûr  de  revenir  à  la  voie  maîtresse  de  l'Ar- 
deiine.  celle-là  qui  obliquement  pénétrait  au  cœur  de  la 
contrée  et  la  partageait  en  deux,  La  simi)le  indication  du 
tracé  Ci  en  lait  comprendre  rimi)ortance  ;  point  de  départ 
et  d'arrivée,  Reims,  Cologne  ;  et  près  de  Bastogne  elle 
traversait  cette  région  qu'on  appelait,  vers  i83o,  la 
«  Sibérie  Belgique  ». 

C'est  en  remontant  vers  le  Nord,  le  long  de  nos  fron- 
tières actuelles,  qu'elle  attirait  à  elle  les  diverticules  des 
liantes  fagnes. 

Cette  route,  au  Sud  de  la  courbe  de  la  Semois  ù  Cliiny, 
près  d'Izel,  se  bifurquait  et  parallèlement  à  la  Semois  et 


i')  Vox  Vicnii,  clans  le  travail  indiqua  i)liis  haut. 

De  Reims  dlts  la  Belgique  :  Mou/on,  Florenville,  Izol  (Manduan- 
lunii,  CliiiiN ,  Siixy,  Assenois,  Morhet,  Mande  (Ste-Marie,  St-Etienne), 
Chanii)S,  I^ongchainps,  Tavijj;ny,  Rteiubacli,  Liniorlé;  Grand-Duché: 
Oherhesslingeii  ou  Haut  Bellain  ;  Prusse:  Steinemann,  Xeubriick, 
St  Vitli,  Auicl  (sources  de  lAmblèvei,  Rulliuyen  (sources  de  la 
Wurchoi,  Roclierad  lau  Sud  du  Ilolie  Von  ou  hautes  fagnes),  Drei- 
liorn,  Jiurvenic-h,  Tolbiucuiii  'Ziilpich),  Klleren ,  Cologne.  —  Cf. 
G.  .JoTTKANi),  i)oiM'  la  ])artie  du  tracé  de  la  Meuse  à  Hastogne,  à 
l)r()])os  de  Manduanliiin  (Moyini-Izeli,  dans  le  Compte-rendu  du 
Coiig-rès  iirc/i.  d'Arlou  de  iS'()(j,  il,  j)]).  i3(>  et  suivantes  ;  V.  aussi  sur 
Mtinduiinlum,  les  Annales  de  l'Institut  arcJi.  d'Arlnn,  3(),  i',)Oi.  Le 
tracé  <le  la  route  Reims-Cologne  serait  celui-ci  :  Reims,  Mose 
là  la  Meuse,  Mou/oni  :  Carignan  (Epnissus)  ;  Moyen  Izel  (Meduan- 
tunij  ;  Straimont  (stratae  mons)  ;  Longlier  (Long-lare,  villa  franque)  ; 
SleMarie-Chevigny  (Ec/uiniacum  ou  relaisj  ;  ligne  <le  faite  des 
bassins  do  la  Meuse  et  de  la  Moselle  :  liestonacuni  (Bastogne)  ; 
liourcy;  Limerlé;  St-Vith  (Andesina);  Steinermann  et  Thommen 
(ad  tumbasj:  Amel  (Amblava)  ;  Menerica  (Merzenichj  ;  Tolbiacum 
iZiilpichj,  Cologne. 

S'il  y  a  là,  au  milieu  du  i>arcours,  quelque  divergence  en  matière 
d'identification,  la  direction  générale  est  sensiblement  la  même. 


à  la  KiilU-,  .^c  dii-i^ciiit  ver.s  Arlou  (M,  C'rtail  la  j-oiitc 
iiKMiie  (le  Trùvc's,  et  su  i)ônétriiti()ii  dans  notre  laixcmboiii-y 
iiicridioiial  niai'(|ii(' assez.  Fit  iiiera  ii-e  primordial  des  Kènies 
eomme  (die  iiidi(|ue  aussi  leurs  relations  a\'ee  celte  ])ai'tie 
de  l'Ardenne  (Qu'ils  aidèrent  à  roman iser.  Tia  <;ran(le  voie 
mettait,  par  Orolaiinuiu  ou  Arlon,  Reims  en  communica- 
tion avec  Trêves  suivant  un  tracé  (jui  n'a  (|ue  ])eu  (diang-é(-). 

D'autre  i)art,  la  grand'route  de  Lyon  au  Kliin  passait 
vers  le  Nord  au-dessus  de  la  vallée  de  la  Moselle  :  elle 
valut  à  la  ville  de  Trêves,  ainsi  qu'à  toute  la  contrée,  un 
surcroît  de  transit  et  une  prospérité  dont  bénéficia  TAr- 
<lenne  du  Sud. 

Celle-ci  l'ut  ouverte  par  une  autre  percée  encore,  conti- 
nuée directement  de  Trêves  jusqu'à  Cologne,  et  elle  valut 
à  une  partie  de  l'Eifel,  à  l'Ardenne  centrale  aujourd'hui 
allemande,  l'établissement  de  bourgades  liistoricpies  en 
l)lus  grand  nombi-e  qu'ailleurs:  Beda  ou  Bitbourg,  Ansava- 
Budeslieim,  ii^''o/-/g-/«m-.Titnckeratli,  Marcomogn.'i,  vicu^ 
Siipenorum,  Tolbiacjuii. 

Dans  la  partie  aujoui-d'liui  Ixdge,  une  voie  verticale 
également  relia  Tongres  à  Arlon  :  c'est  celle-là  <jui,  avant 
d'emprunter  le  passage  d'Ombret  sur  la  Meuse,  traversait 
le  Condroz,  où  elle  s'appelle  la  Verte  Chaussée  t^),  recon- 
naissable  au  renflement  continu  du  sol  et  à  la  nature  du 
gazon.  On  ne  pouvait  manquer  de  reti-ouver  directement 
l'eliées  les  deux  villes  les  plus  anciennes  du  ])ays,  Adiuiiiica 
TuRo-roriim  et  Orolaunum. 


<\i  Izel,  Pin,  .lamoigiie,  Bellcfoiitaiiie,  Elallc,  Vaiiee,  Stockcin, 
Ai'Ioii.  —  Le  tracé  est  indiciué  jiar  la  i)liii>arl  des  cart()gi'a]ili('S 
internatioiiaii.v. 

i-j  V.  plus  loin,  Grand-Di ciu':. 

P)  Cf.  V.  Gacchicz,  ouv.  cité,  XIII,  p  218.  —  En  i)ays  lié<,'eois,  la 
route  passait  ])ar  Odeur,  Kemexhe,  Monialle,  Noville,  Horion.  Saint- 
Georges.  Jeliay,  Flône,  Umbret,  Ontrelouxhe,  Strée  lez-IIuy,  Rame- 
lot,  Torwagne,  Clavier. 


—   n4  — 

Tout  le  niasjsif  roreslicr  ('lait  lraver^«é  par  des  diverli- 
cuU's  et  eiu'adré  par  de  grandes  voies  l'eliaiit  les  eités 
])rineipales  (jiii  y  répandirent  la  eivilisation.  Mais,  tandis 
qn'aueune  voie  ne  suivait  la  Meuse,  toutes,  visiblement, 
aboutissaient  au  Rhin,  bordé  lui-même  de  routes  militaires. 
Tîeims,  Trêves,  Mayenee,  Bonn,  Cologne,  Tongres,  étaient 
en  relations  eonstantes  :  la  preuve  nous  en  est  notamment 
fournie  par  une  inscription  retrouvée  en  Afrique.  Il  y  est 
parlé  d'un  Maître  des  véhicules  pour  la  Belgi  ne  et  les 
deux  GeriuRiiies  (').  Il  y  avait  donc  un  senl  et  même  Maître 
des  Postes  pour  tout  l'enscnuble  du  pays  dont  nous  venons 
de  reelierelier  l'itinéraire  officiel. 

(iuant  aux  véhicules,  les  Romains  adoptèrent  ceux  des 
Gaulois,  le  petorritum  des  Celtes,  découvert  et  servant  au 
transport  des  personnes  de  la  classe  inférieure  ;  et  la 
rlieda,  sorte  de  charà-bancs  à  quatre  roues,  couvert  et 
plus  commode.  On  nsait  aussi  du  cisium,  petit  cabriolet 
rai)ide  à  deux  places  et  tiré  par  deux  ou  trois  chevaux. 
Il  est  mentionné  par  Ausone  (~)  et  il  figure  sur  le  monument 
d'Igel. 

On  sait  que  des  entreprises  privées  utilisaient  aussi  les 
routes,  que  celles-ci  étaient  surveillées  et  les  i)assages 
gardés. 

Tacite,  il  est  vrai,  })arle  qu(dque  part '^j  de  désorts 
belges,  d'espaces  sans  chemins,  mais  il  s'agit  là  de  bois 
isolés  comme  il  en  est  encore,  et  vers  le  milieu  du  ii*^  siècle 
le  réseau  des  chemins  était  loin  d'être  complet  ;  de  plus, 
l'écrivain  habitait  une  ville  où,  d'une  borne  milliaire  dorée, 
])ar(aicnt  ({uinze  ou  seize  voies  consulaires. 

Ausone  aussi,  qui  commence  son  voyage  de  la  Moselle 
par  la  traversée  du  Ifunsruek,  passe,  dit-il,  i)ar  des  bois 

(')  ...  iinicffecliisj  {ix'JticiiJlovniii  jier  Bfeli^iciiiiiJ  et  diins   (Seniinitins. 
—   WesldeiilscJie  Zeilsc/iri/'l,  iSS'j,  Korrespnndeiizblutt,  \^.ij\. 
{■)  Ej>.,  YIII,  (i. 
['■^)  Ilist  ,  IV,  ;<);  u  aviu  lielgariiin.  » 


—    3b     — 

sans  cliL'uiiiis  (■(  où  il  ne  voit  anciiii  xcstigc  de  civilisiition 
Iminainc  (').  Cela  n'cin])èclie  [)as  le  ])()ètc  d'arriver  très 
coiiiniodéiuciit  à  Trêves  pour  offrir  à  riuiqu'i-eiir  les  vcxmix 
{\u  Sénat  l'oniain  à  l'oeeasion  du  nouxcl  au  ;  eu  effet,  il 
suivait  une  très  bonne  et  large  voie,  e(  uu'iue  ou  la  l'eli-oiixc 
sur  la  carte  dite  de  Peutinger  (-). 

Des  constatations  ]'ei)orté(^s  sur  la  eai'(e,  il  résulte  (juc 
la  population  belgo-roniaine  la  ])lus  dense  était  au  Noi'd 
et  an  Sud  de  la  grande  voie  militaire  qui  partait  de 
Cologne,  passait  par  îe  Pons  Mosae  ou  Maestrieht,  et 
traversait  du  Nord-Est  au  Sud-Ouest  tout  le  centre  de 
la  Belgique  actuelle  (llesbaye,  Brabant,  llainaut)  jus({ue 
Bavay. 

Ainsi,  le  trafic  entre  Tongres  et  Cologne  se  fit  au  îsord 
du  pays  montueux  :  la  voie  qui  empruntait  davantage  les 
l)laines,  attira  la  population  vers  Juliers  ou  Julinciun, 
Cor/oya//»/7j-Fauquem()nt,  le  Passage  de  Meuse,  et  Tongres, 
ce  qui  retarda  la  romanisation  du  pays  aujourd'hui  lié- 
geois. 

Au  Sud  de  la  Meuse,  la  partie  la  i)lus  peu})lée-  était  le 
C(uulroz.  Vient  ensuite  le  Fonds  de  Famenne,  puis  l'Ar- 
denne  proprement  dite  aujourd'hui,  occupée  spécialement 
sur  la  ligne  Marche  W,  Nassogne,  Bastogne;  le  nombre  des 
établissements  relativement  rares  dans  les  parties  ingrates, 
se  relève  dans  les  plaines  luxembourgeoises  situées  au 
Xord  et  au  Sud  d'Arlon.  La  densité  du  peuplement  belgo- 
romain  correspond  à  la  qualité  des  terres  occupées. 

Les  taches  vides  sont  aux  hautes  fagnes,  sur  le  terri- 
toire qui  s'étend  au  Xord  de  Houffalize  et  La  Iloclu;  vers 
Francorchamps ,  comme  aussi  au  Xord  et  à  l' Fst  de 
Bouillon.  On  les  retrouve  encore  aujourd'hui  ;  l'isolement 
a  écarté  de  ces  contrées  même  les  l'ccherches,  nuxis  sans 
doute   là   aussi    les    fouilles    accidentelles   ou   continuées, 

(')  Mosella,  Y,  5-G. 

(-)  IbiiL.  édit.  de  IIosuts.  Mai'bury,  iS;)^,  p.  2j  eu  note. 

{^)  Nous  rei)roduisous  le  Vase  de  Marclie  (eollect.  Frésai't). 


-    5G    - 

cnricliiroiiL-qllcb  Ja  slalisliquc  connue.  En  tous  cas,  le 
territoire  en  entiei*  lut  accessible,  et,  la  où  il  ne  fut  i)as 
ha])i(('',  ex])l()ité  suivant  sa  nature. 

Vers  les  grandes  voies,  des  diverticules  étaient  dirigés, 
perpendiculaires  ou  obliques,  et  des  sentiers  se  ramifiaient, 
7'eliant  les  sièges  d'exploitation  rurale  ou  autres.  Ceux-ci, 
dans  l'Ardcnne  occidentale,  n'étaient  généralement  que  des 
établissements  personnels,  devenus  pour  nous  anonymes, 
et  dont  la  i)résence  n'est  plus  indiquée  que  i)ar  le  sous-sol. 
Le  nombre  de-;  endroits  habités  pendant  la  longue 
période  iKdgo-iomainc  dans  l'Entre-Meuse  et  Rliin,  est  tel 
(pi'à  inemière  vue  la  carte  de  l'Ardenne  d'alors  ne  différe- 
rait guèic  d'une  de  nos  cartes  ordinaires;  jnais  cette  carte 
même  ne  doit  pas  faire  illusion.  Non  loin  de  quelque 
établissement  important  —  une  villa  capable  de  se  suffire 
à  elle-même  en  pleine  campagne  —  il  y  en  avait  de  petits, 
telle  installation  était  rudimentaire  ;  on  relève  des  tessons, 
on  sigimle  un  puits,  nn  cimetière,  voire  même  une  simple 
tombe...  lia  tonte-puissance  du  temps  a  détruit,  effacé 
même  le  souvenir  de  tant  de  choses  !  Aujourd'hui,  le  nom 
d'une  do  nos  communes  remplace  un  sim])le  lieu -dit  où 
s'est  faite  la  trouvaille  ;  là  où  il  y  avait  un  seul  point 
occupé,  s'étend  quelque  gros  village.  Celui-ci,  par  conti'e, 
a  ntilisé  des  restes  anciens,  cause  première  d'une  attrac- 
tion iuitur(?lle.  Mais,  tout  l'indique,  la  po])ulation  était, 
dans  l'anticpiité,  i)lus  rare,  l'économie  rurale  ne  disposant 
])as  (h'S  moyens  qu'elle  a  aujourd'hui  à  sa  disposition. 
Les  Tongres.  Aux  ])cuples  vaincus,  ou  admis  dans  les  frontières  de 
renq)ire,  Ivome  im])osait  généralement  le  tril)ut,  le  service 
militaire  toujours  (').  Les  (Jaules,  coiunn»  d'ailleurs  toutes 

(')  Bl.ocii,  oiiv.  cité,  p.  (;.').  —  Cf.  .T.  E  G.  Roli,E/,  Du  coiiting-ent 
fourni  par  les  peuples  de  lu  Belgique  aux  arnijes  de  l'empire  romain, 
dans  les  Mémoires  de  l'Acudémie  royale  de  Jjelgitjue,  1.  XXVII,  iS')3, 
i>")  pp.  Ce  i»remier  travail,  «lejà  ancien,  jn-csente  tout  au  moins 
un  i)i'ogranune  de  reclierclies,  eifectuées  anjourd'liui,  y  race  à 
]"êi)igrapliie.  Voy.  Ciciiouiis.dans  Paltv-Wissowa,  s.  v.  idaet  colwrs. 


-     D-     — 

les  pr()\inetNS  iini)L'riiik'«,  l'ouniiic-iit  un  n()uil)i-(-  d'iiuxi- 
liaires  considéi\il)k'.  Ces  corps  portent  généraleiuent  le 
nom  de  la  peuplade  d'origine.  I^a  durée  de  service  était 
longue,  mais  le  recrutement  était  lent.  Encore  (primposéc 
globalement,  la  c()nserii)tion  n'allait  pas  sans  avantages 
pour  les  pauvres,  qui  devenaient  à  la  l'in,  citoyens  et  petits 
propriétaires.  Les  diplômes  militaires  en  l'ont  loi,  la 
collation  du  droit  de  cité  était  collective,  légitimait  les 
unions  contractées  et  en  même  temps  les  enfants;  on  })eut 
dire  ainsi  que  l'armée  contril)ua  à  la  i-omanisation  de 
nos  provinces  tout  autant  que  l'administration  civile. 

Les  inscriptions  et  les  textes  permettent  de  dénombrer 
la  plupart  des  corps  levés  en  Belgique  et  les  deux  (ier- 
jnanies;  les  effectifs  belges  se  montaient  à  environ  dix 
mille  hommes.  Les  Tongres,  notamment,  fournissaient 
une  aile  ou  escadron  avec  deux  cohortes  ;  les  Ubiens,  une 
cohorte,  soit  environ  5oo  hommes.  Les  Trévires,  malgré 
l'importance  de  leur  nation,  ne  fournirent  plus,  à  certaine 
époque,  qu'une  aile  de  cavalerie.  Leurs  effectifs  auront 
été  dissous  après  la  révolte  de  Civilis,  en  l'an  70:  A'espa- 
sien  licencia  les  corps  les  plus  compromis,  Eataves  et 
Trévires,  et  déplaça  les  autres  en  leur  faisant  perdre 
momentanément  leui-  caractère  local  ou  sédentaire.  La 
grande  foi'tune  de  Trêves,  au  dernier  siècle,  fit  changer 
sans  doute  la  constitution  militaire  de  la  province.  D'autre 
part,  on  trouve,  avec  deux  cohortes  de  Germains,  une 
cohorte  de  Belges,  ainsi  dite  en  général,  levée  dans 
l'ensemble  de  la  nation  et  composée,  croyons-nous,  de 
soldats  dépouillés  avec  intention,  de  toute  importance 
ethnique,  de  ceux  dont  Konie  répudiait  le  nom  qu'elle  ne 
voulait  pas  laisser  subsister,  soit  en  suite  de  vieilles 
rancunes,  soit  à  cause  de  leur  peu  d'importance  numé- 
rique. Là  on  retrouverait  sans  doute  les  descendants  de 
nos  petites  peuplades  de  l'Ardenne  du  Nord,  ou  à  jxmi  i)rès 
exterminées,  ou  bien  aussi  éliminées  par  le  nom  des 
Tongres. 


D'uiK'  Cohorte.  Prciuicrc  de  Belles,  on  a  de  béliers 
inscriptions  votives  dont  denx  proviennent  de  Narona 
en  Dalmatie.  Il  paraît  clair  que  si  le  corps  avait  le  n"  i, 
un  corps  de  même  origine  a  dû  i:)orter  le  n"  2.  Mais  son 
existence,  que  nous  sacliions,  n'est  pas  autrement  établie. 

D'autre  part,  dans  les  mêmes  régions  lointaines,  le 
camp  romain  d'Also-Ilosva  était  défendu  notamment  par 
des  soldats  Tongres,  et  l'on  retrouve  la  mention  de  leurs 
coi"i)s  sur  des  monunnnits  de  provenances  diverses,  dans 
de  nombreuses  inscriptions  (')  d'autant  plus  intéressantes 
qu'elles  renouvellent  l'histoire  de  la  i)rovince  Belgique 
comme  de  la  Basse-Germanie. 

En  ce  qui  concerne  l'ancien  sol  éburon,  cette  histoire  se 
l)oursuit  sous  le  couvei't  du  nom  des  Tongres,  peuplade 
germanique  H  immigrée,  qui  se  substitue  du  consentement 
de  Rome,  aux  fidèles  d'Ambiorix.  Ils  prirent  comme  siège 
l^rincipal  Adiiatiica,  l'ancien  camp  des  lieutenants  de 
César,  Adnniiica  TiingToriiin. 

La  civilisation  des  Tongres  est  dès  lors  purement 
romaine;  tout  le  montre  :  et  leur  ville,  encore  entourée 
vers  le  Nord  de  murs  romains  comme  aussi  de  travaux 
analogues  à  ceux  du  Limes  ('');  et  le  sol,  riche  inine  d'an- 
tiques, et  finalement  leurs  annales  militaires  mêmes. 

Soldats  de  Home  comme  les  Bataves,  les  Tongres  durent 
à  leurs  services  une  notoriété  particulière  ;  leur  influence 
s'accrut  dans  le  Sud  de  la  Basse-Germanie  au  point  qu'ils 
accaparèrent  le  patronage    exercé  par   les    l'révires   sur 

('j  C.I.L.,  III.  i23(ii;  i4.>i4;  i5ii3;  XIII,7o33,  et  VI,  32(5i>'!,  liync-S. 
—  Parmi  les  troupes  auxiliaires  non  spécil'iées,  il  se  rencontre 
encore  nombre  de  soldats  de  nalionalité  tongroise,  Tanger  ou 
dois  Tuiiifcr. 

{-)  Zkuss.  Die  Dcnlsrhen.  p.  ii^. 

(^j  Dans  le  1er  fascicule  du  tome  XIX  du  IhiUelin  tle  lu  Société 
scienlipqiie  et  lillérnirc  <hi  Liiulioiirg-  de  lOoi,  se  trouve  une  carte 
arcliéolof;i(pu'  de  Tonj^res  et  (jes  environs,  dressée  par  Fr.  IIuv- 
nniciiTS. 


—  59  — 

les  aiu'ii'unos  ix'iiphnlcs  de  l'A  rilciinc  :  les  CondriisosC) 
combattent  dans  les  rangs  de  leurs  cohortes,  comme 
encore  tel  autre />a^>"H.s  ou  canton  (-),  et  les  Kliètes  (-'i. 

Cependant,  au  contraire  des  Bataves  du  Nord,  c'est 
dans  les  provinces  étrangères  (qu'ils  servent  liouic.  On 
retrouve  leur  cavalerie,  Vula  prima  Tangroriini  Froii- 
1ii}i!ina  en  Dacie  ('),  sur  les  bords  du  Danube  et  de  la 
'JMieiss;  une  ala  Tiingroriim  sert  en  Bretagne (■'),  où  on  les 
voit  élever  et  garder  le  mur  d'Hadi'ien  comme  celui  d'An- 
tonin  ('^),  protégeant  le  pays  contre  les  incursions  des 
montagnards  de  la  Calédonie.  Leurs  cohortes  première 
et  deuxième  sont  cantonnées  dans  les  castra  statiua  (jui 
défendent  la  barrière  romaine  allant  d'une  mer  à  l'autre. 
Les  postes  ou  stations,  17  pour  le  Valliim  d'Hadrien, 
10  pour  celui  d'Antonin,  étaient  placés  derrière  fossé  et 
rejet,  en  avant  du  mur  garni  de  tours.  Leurs  soldats 
avaient  auparavant  servi  à  l'armée  de  Germanie  ("). 

Les  Tongres,  en  Bretagne  encore,  constituent  des  corps 
mixtes  de  cavalerie  et  de  fantassins,  à  l'effectif  de  mille 
hommes  '^). 

Xon  seulement  ils  servent  dans  la  cavalerie  ou  l'inl'an- 
terie  auxiliaire,  mais  ils  entrent  dans  les  corps  spéciaux, 
dans  la  garde  prétorienne  à  Rome,  ou  parmi  les  cavaliers 
particuliers,  gardes  de  l'empereur  ;  au  iv^  siècle,  ils  appa- 
raissent sous  un  nom  marquant  par  sa  désinence  le  groupe- 


(ij  c.  I.  L.,  VII,  iif'io-.a. 

("-)  Ibitl.,  1072. 
(3;  Ibid.,  10G8. 

(  'j  «  /  Tniig.  Front,  exercilns  D.icici  «,  V.  40.  Xolic    Dign   occ. 
(^)  C.  I.  L.,  VII,  n°*  941.  '<^90- 

(6)  c.  I.  L.,  VII,  Vulliim  Ifndriniii,  p.  <)î)  ;   Valliiiu  PU,  p.  i<)i- 
(";  TACriE,  ///.s/.,  II,  14,  lii- 

(*j  Tniigrorum  milliarLi  eqnitata  chùnin  lalinoviuu.  —  H    Tungro- 
rum  Gordinna  milliarin  ecjnitala  civinni'hitlnornm.  C.  I.  L  ,  N  II. 


-  G')  - 

nient  »''tendu,  Tiingricaiii  milites  i')  ;  il  y  a  des  Tiingricani 
jiiniores,  des  recrues,  et  des  vétérans,  Tiingricani  se- 
niorcH  (-);  ceux-ei  sont  dans  les  rangs  des  légions  palatines 
ou  du  palais. 

Le  nom  des  soldats  Tongres  est  tracé  sur  un  grand 
nombre  de  monuments  votils  on  funéraires  ;  leurs  qualifi- 
cations ont  un  caractère  i)crsonnel,  la  reclierclie  en  est 
d'autant  plus  intéressante. 

L'existence  d'un  Ainiciiis  Ingénu  us,  infirmier  spéciale- 
ment attaché  à  la  cohorle  1"^  des  Tougres  est  constatée 
sur  un  monument  funéraire  '■']  retrouvé  à  l'étranger  comme 
les  suivants,  dans  la  Grande  Bretagne.  Ses  compngnons 
d'armes  lui  donnent  le  titre  de  medicus,  qu'on  ne  peut 
traduire  i)ar  médecin  dans  le  sens  moderne  du  mot  :  c'était 
un  simi)le  iufii-micr,  un  soldat  gratifié  parfois  de  la 
double  solde  l'),  non  combattant,  soignant  empiriquement 
les  blessés  tombés  sur  le  eluinip  du  combat,  ou  les  malades 
amenés  au  valelndinnrinin,  à  l'infirmeiùe  du  camp.  D'autre 
part,  nombre  de  trousses  chirurgicales  se  rencontrent  dans 
nos  musées  :  qucl([ues  fins  ustensiles  pour  curer,  percer  ou 
recoudre,  avec  une  petite  t:iblette  de  pierre  très  lisse  pour 
étendre  et  malaxer  les  onguents. 

Telles  inscrii)tions  nous  font  connaître  deux  premiers 
soldats,  gratifiés  l'un  d'une  double  solde,  duplienrius , 
l'autre  d'une  solde  et  demie,  sesqniplarinsi''  -,  nous  ne  disons 


Cj  Am.  Marc,  :>(»,  G,  ii>. 

(■-)  Xolic.  Dign.  occ,  ô,  5,  14S. 

(•')  C.  I.  Ïj.,  \u.  (!<)I  :  I).  M.  Anii'rio  Insfeiuio  inedlc.  ord.  coll.  I 
Tung.  Vi.\(itj  lui(iios)  xxv.  —  De  Ilousesteads  ou  Borcoviciiim,  le 
<Se  poste  (lu  niilliini,  (Voyi  provienueut  un  ^rand  nombre  dinseriplions 
intéressant  la  i^c  cohorle  des  Tongres.  (C.  I.  Ij.,  à  i)arlir  du  n"  Ooi  ) 

(■')  «  Medicus  dtijiliciiriii.<t  ».  C.  I.  L.,  vu,  ii44 

('')  C.  I  L.,  io()().  Ilcrriili  M;)!,'-tisnii(()J  snrruni.  Vnl(criiis)  Xig-riiuis 
diiplifcariiisj  idtip  Tung-roriun. —MnimH'iUs.  —  /  ().  Af.  Âtireliiis  Vitel- 
li.'iniis  sesfjnijtliirius  ftrn  se  et  sorovc  sua  n,  s.  1.  —  C.  I.  L.,  III,  7J)i. 


-   Gi   — 

pas  ration,  les  soldats  étant  payés  en  argent.  C'étaient  là 
des  avantages  fort  appréciés, et  que  ceux-là  avaient  obtenus 
par  leur  courage. 

Certains  renseignements  sont  d'un  caractèrt;  plus  dra- 
matique. Dans  V Histoire  Aii^nslc,  on  cite  un  Tongre, 
Tansiiis,  de  la  garde  prétorienne,  assassin  de  l'enipereui' 
Perlinax  (').  Un  monument  l'unéraire  nous  présente  en 
M.  Ulpiiis  Félix  (-),  un  gladiateur  Tongre,  un  Mirniillo, 
c'est  à  dire  un  de  ceux  là  qui  ])ortaient  sui-  la  crête  du 
casque  un  poisson  l)rillant  ;  il  l'iguraiL  la  proie,  son  adver- 
saire le  pécheur,  et  celui-ci,  armé  d'un  filet,  cliercliait  à 
envelopper  l'iiomme-poisson  pour  l'égorger. 

L'inscription  porte  que  ce  Tongre  de  nation  était  mort 
à  l'âge  de  45  ans  et  qu'il  avait  alors  la  qualité  de  gladiateur 
vétéran  ou  émérite.  11  avait  éclKq)pé  au  filet. 

Une  question  générale  s'y  mêlant,  nous  ne  pouvons 
manquer  ici  d'en  venir  aux  noms  latinisés  ou  latins,  que 
comme  les  autres,  portent  les  soldats  tongres  mentionnés 
dans  leurs  propres  inscriptions. 

Tel  n'est  désigné  que  par  son  nom  barbaïc  aucpiel  il 
ajoute  simplement  la  désinence  latine  :  ainsi  de  Gamidia- 
nus,  trésorier,  vouant  en  Bretagne  (Bincliester),  un  petit 
monument  à  une  déité  de  son  paj^s,  à  Hariinella  ';'i. 

Tel  autre  porte  deux  noms  barbares  aussi,  le  sien  et 
celui  de  sou  père,  latinisés  seulement  par  la  désinence. 
11   s'agit  du  Tongre  Freioverus,  dont  le  nom  indi(pie   la 


I  ')  .Tli.iis  Caimtolinus,  in  Perlin  ,  XI  :  «  Cnm  Tansius  quidam,  iiiiits 
c  Tiingris,  in  iram  et  tiinoreni  inililes  loqnendo  addnxissct,  Iiaatani 
in  pectus  Pcrtinacis  objecit.  » 

('-)  Dis  Manibus  M.  ['lj)i(ij  Ftdicis  iMirniillonis  vcterani  vixil  an. 
XXXV  natione  Tanger  i'ipia  Synlyc/tc  liberla  conjugi  sno  dulcissimo 
bfnemercnti  et  Justns  filins  fecerttnt   —  C.  I.  L.  VI.  10177. 

(•')  C.  I.  L.,  VII,  Tof)5.  Deae  [farimellae  sarrnni.  Gamidianns  arc  aritis) 
V.  s.  l.  m. 


62 


(qualité  lU'  libre  et  de  t^oldat,  qui  e-er\ait  sur  le  Tiliin  coniine 
cavalier  et  était  fils  de  Veransalus,  uu  nom  de  môiue  genre; 
il  est  présenté  comme  citoyen  Tongve  (''. 

Une  inscription  déterrée  en  i83i  entre  Xanten  {Veteva 
castra)  et  Clèves,  nous  fait  assister  à  l'introdaction  du 
nouvel  état-civil  dans  une  famille  indigène.  Elle  est  gravée 
sur  le  monument  funéraire  d'un  jeune  cavalier  de  27  ans, 
servant  de  planton,  d'estafette  au  général,  de  ceux  qii'on 
appelait  statorcs  parce  qu'ils  se  tenaient  à  proximité, 
attendant  des  ordres  ou  tenant  le  cheval  d'armes.  Il  est 
régulièrement  pourvu  du  i)rénom,  du  nom  gentilice  et  du 
surnom,  tandis  que  sur  la  même  pierre  son  père  garde 
son  nom  unique  et  barbare  d'Adar  '"-\  qu'on  pourrait 
rapprocher  d'.4 rdiienna. 

Lors  de  la  naturalisation,  on  prenait  les  trois  noms 
romains,  généralement  le  prénom  et  le  nom  de  famille 
(en  iiis)  de  celui  à  qui  on  devait  directement  la  faveur  de 
la  cité,  ou  bien  qui  était  intervenu  pour  la  procurer;  l'an- 
cien nom  devenait  d'ordinaire  le  surnom  ou  cognonien. 

De  là,  dans  les  2)rovinces,  tant  de  noms  de  famille  qui 
ne  sont  autres  que  ceux  de  la  gens  même  de  l'empereur 
régnant,  les  .Tulins,  Claudius,  Flavius,  Aelins  et  autres. 
Les  petites  gens  prenaient  souvent  un  nom  gentilice  de 
leur  choix,  ou  bien  encore  pour  s'en  faire  un,  ajoutaient 
à  leur  nom  barbare  la  désinence  ius.  Certaines  inscriptions 
ne  portent  que  deux  noms  ;  et  encore,  l'emploi  du  gentilice 
et  du  surnom  paraît  interverti  on  négligé  :  c'est  le  cas 
l)our  une  suite  de  noms  de  soldats  belges  (^) — ces  noms 

{^)  Freionerns  Veraiisati  f.  eûtes  Tting-(er)  eq(iies)  ex  euh.  I  Astuv(um) 
an(noriiin)  XL  sllpfendiovum)  XXII  li(ic)  s(Uns)  e(st).  —  BRA^niACH, 
C.  I.  II.,  n"  iu:]i. 

{-)  C  Inlio  Adari  ffilio)  Primo  Trenern  cq(nUi)  Alae  Xovic(ae) 
statori  an.  XX  Vil  stij,.   VII...  Ibid.,  ii"  1S7. 

(^)  Colinr.t  I  lidiiiir.iin  .Sejiliiuia  Ahwandriana.  Ibid.,  nr>  io3o. 


—  63    - 

sont  assez  rares  eaiiloniK's  à  Maycnee  cl  éle\;iiit  un 
inoniniienl  —  aiijourdMuii  dégradé  —  en  l'honnenr  dn  gi-nic 
de  la  maison  impériale.  11  arrivait  anssi  que  des  provin- 
ciaux, simples  péi'égrins,  prissent  d'eux-mêmes  des  noms 
lat'us  ;  nécessité,  ignoi-anee  ou  abus,  les  irrc'gulai-ilés  ne 
purent  mancpier  de  se  ])i'()dnii'e  aux  iVontières  de  l'eni- 
piro,  surtout  vers  la  fin.  Toujours  est-il  (]ue,  très  tôt, 
l'état-civil  du  pays  l'ut  elumgé  et  1(^  nouvel  ordre  de  choses 
subsista  jusqu'aux  modifications  subies  i)ar  la  langue  et 
le  culte,  après  les  invasions  fran([nes. 

Eu  vertu  d'une  loi ,  l'empereur  conférait  à  l'occasion  , 
avec  certains  avantages,  la  nationalité  romaine  à  tous  les 
vétérans  d'un  corps  de  lrou])es.  On  connaît  un  très  grand 
nombre  de  ces  diplômes  de  congé  honorable,  sur  feuilles 
de  bi'onze.  A  Flémalle  près  de  Tjiége,  il  a  été  retiré 
des  eaux  de  la  Meuse  un  diplôme  de  ce  genre  ('),  lacéié  et 
perdu  sans  doute  au  passage  du  fleuve  en  vue  de  la  route 
d'Ombret,  par  des  pillards  de  Germanie  qui  l'avaient  volé 
à  quelque  vétéran  tongre.  Le  document  est  encore  un  de 
ces  exemplaires  certifiés  authentiques  qu'on  remettait  à 
chaque  congédié,  indicpiant  le  corps,  le  chef  du  coi'])s,  le 


(1)  C.  I.  L.,  III,  ]).  i()li'.).  Siii.i)k'in.  ;{,  n"  XXIX  et  XIII,  ;5(;o(;.  La 
])ièce  est  déposée  dans  les  eoUeclions  du  iimsc'e  arcliéologiinie  lié- 
geois Elle  dit  sur  l'une  et  l'autre  iaee  : 

\fnip.  Caesar,  (Uni  Xe^rnne  f,  \ernii  Tniinnus  [Atigiislii.s  Ccr- 
iuan]iciis,  pontife. r  ina.xiniiis  ,  \  lril>iiiiici{i]  potestnl(e)  cn(n)s(iil)  II 
[eqiiilibns  et pedilib]iis  qui  niilittint  in  nlis  \lrilHis  et  coItortil>\n.s  sex 
quae  appellantnr  \Aiig-(nstaJ  Prncnleian]a  c(inium)  R(omanornin)  et 
I  Tnngrorum  \et  I  IIisj)anornni  Ast]nrnni  :  \et  I  Ilispanornni  et  ... 
et  r\  Fida  Vardnllnrnm  cfininin)  R(nmanornm)  \et\  ..  et  II  Lingonum 
et  II  Nei'ino\rum  et  s n ni]  in  Britannia  .•iuh  T.  Avidio  \Qnietn,  iten)\ 
dimissis  Iwnesta  /)i/.s.s/o;ie  a....\ej)ote)  qui  qnina  et  vicena  /)liira\ne 
^ti^pendia  mernerunt  quorum  ;io/)i/|  ;j."j|  aubscripta  .lunt,  ip.fis  liberi,^ 
posterisque  corum  c\initate]ni  dédit  et  connubium  cum  u.\\oribus 
qua]s  tune  habnis.'^ent  cum  \est  cinita.^t  eis  data]  ant  .s/V/d/ |r.7p///)<'.s 
es.sent,  cum  //.s'  qua.'i  pontes  du.xissent  dumta.xat  singuli  singula.s-]. 


-  G4  - 

nom  de  robtenteur  et  des  siens,  et  dont  l'original  était 
conservé  sur  le  mont  Capitolin,  au  Tabnlariiim  même, 
ou  fixé  à  quelque  monument  public  du  lieu  Ci. 

Le  diplôme  octroyait  aux  vétérans,  avec  le  congé  hono- 
rable, le  droit  de  cité  romaine,  et  ce  droit  était  étendu  à 
leur  femme  et  à  leurs  enfants  ;  le  coiiniibiiini  ou  mariage 
légal  conféré  à  chacun  et  chacune  au  moment  même, 
n'avait  pas  un  effet  rétroactif,  bien  qu'il  s'agit  d'une  union 
antérieure  :  le  concubinat  reconnu  était  civilement  trans- 
formé. Tel  est  un  des  actes  réguliers  de  l'état-civil  romain 
introduit  dans  nos  provinces,  et  l'on  comprend  que 
celles-ci,  par  des  mesures  de  l'espèce,  prises  eu  grand, 
aient  été  rapidement  peuplées  de  néo-i'omains. 

Ils  devenaient  possesseurs  de  lots  de  terres  prises  sur 
le  domaine  public,  qu'ils  oci'upaient  avec  femme  et  enfants 
naturalisés.  D'autres,  après  un  long  terme  passé  sous  les 
armes,  demeuraient  dans  le  pays  aux  mêmes  conditions. 

Parmi  les  troupes  de  i)ied  et  les  corps  de  cavalerie  cités 
dans  le  texte  de  notre  diplôme,  on  retrouve  les  Tongrcs, 
mentionnés,  ainsi  qu'on  voit,  dans  des  diplômes,  comme 
ils  le  sont  dans  les  textes  et  les  inscriptions. 

Le  siège  principal  des  Tongres  était  VAdnaliica  Tiin- 
gvoriim,  appelée  Tiingri  dès  le  temps  où,  à  la  dénomina- 
tion spéciale  des  cités,  se  substitua  le  nom  même  de  la 
nation. 

Rappelons  d'abord  une  inscription  du  Limbourg  (Gors- 
op-Leeu\v),  dont  la  lecture  a  demandé  de  l'habileté;  elle 
présente  la  ville  de  Tongres  comme  pourvue  (à  la  fin  du 
II®  siècle  ou  dès  le  m*")  d'une  administration  municipale, 


(')  Un  (liploiiK;  militaire  de  l'an  (ij  porte  eclte  iiientiou  : 

I'  .■Kisrrijilinii  cl  rcroifiiilniii  o.\  tuhiiltj  ncnen  quac  fi.xn  es/  liomne 

in   Cnj)ilnli()  posl  nedcm    Jimis   Optiini   ii\  b.-tfti  (J.    Marei  Repris  ».  — 

C.  I.  L.,  III,  2,  p.  Hi(], 


—  G5   - 

piiisc^u'iin  Cuiua  Gruccilciiis  Similis  l'j,  est  donné  coinnic 
édile  de  ki  cité. 

Lîi  portée  de  e(!tte  insei-iplion  es(  coiToboice  par  mie 
autre  ("-)  où  un  T.  Aurélins  Flaviuus  est  désigne  eoinnie 
huleiiia,  ou  decurio  de  la  eité  de  'i\)n<;i-es,  à  l'époque  qui 
suivit  la  mort  de  Caraealla  (218).  Il  s'agit  doue  là  d'iiu 
membre  de  la  Ciirin  ou  C'onseil  de  la  cité,  eomuu^  il  le  fut 
de  deux  autres  villes  étraugères  ;  c'était  un  soldat  de 
fortune,  un  centurion  primipilaire  enrichi  par  d<^.s  primes 
militaires  et  encore  en  activité  de  service,  cpialifié  de 
})atrou  de  la  corporation  des  artisans;  il  avait  sans  donte 
des  connaissances  techniques  particulières. 

Ce  n'est  pas  trop  s'avancer  que  de  sui)poser  dans 
Tong-res,  ville  organisée  municipalement,  l'existence  d'un 
flamen  Augiisii,  présidant  au  culte  des  empereurs,  puis(jue 
suivant  la  connexité  ordinaire  des  charges,  l'Eglise  en 
s'organisant,  y  établit  au  iv''  siège,  un  siège  épiscopal. 

Le  sol  de  la  ville  même  a  fourni  à  l'épigraphie  diverses 
inscriptions  '^),  dont  deux  d'ordre  civil  ;  l'une  (^)  votive,  à 
la  Fortune,  est  incomplète  :  l'autre  i '),  funéraire,  cite  des 
noms  intéressants,  une  Velmada,  éjjouse  de  Xcpns,  un 
Gang'iisso,  son  père. 


(')  C.  Graecileiiis  Siini\l\i[.s]  aeJilfis)  cfinilnti.sj  'lYiiiigroriiiii)  sibi 
[f']i'[cit]el  Qtiinlo  liber\to]  Amhix  et  Qiiintu\s\.  .—  C.  I.  L.  XIII,  Tx.,;).  — 
Cf.  Z.wiir.MKiSTKR,  Boniier  Julirb.,  t  LXXXI,  p.  8j  Liiiscriptioii  est 
antérieure  à  Dioclétien. 

(-)  T(ito)  Aurelin  T(Hi)  /'(ilio)  Pu}tir(iu  tribu)  Fltinino,  ju-inii- 
pilari  et  ])riiicij)i  ordiiiis...  et  buleutiie  civitntiii\m\...  'J'iiiiifrnrii\i]i]... 
])atroii[o]  collegi(i)  fiibr(unt)...  —  .).  P.  WAi.rziNC,  Musée  lielffe,  t.  V, 
if)Oi,  ])p.  G2  et  suiv.,  dans  son  i'"'  supplément,  ]>.  i ,  à  VFAude  Iiistoii(jiie 
sur  les  corporations  professionnelles  des  Romains. 

(■')  C.  I.  L.,  t.  XIII  (en  i)rc])arati()n),  Aduatuca,  nos  :l")()i-3r)(j8. 

'■')  Fortunae  A]>rionius  Junius,  v.  l.  s.  —  Ibid..  35<)r. 

f^)  I).  M.  Nejios  Silviui  fil.  sibi  et  Velmudac  Gangussonis  fil.  u.vori 
obilae  v.  f.  —  Ibiil  ,  35(j5. 


—  6G  — 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  diseuter  iei  la  question 
de  savoii"  où  plueer  cette  source  remarquable  dont  parle 
Pline  dans  son  Histoire  naturelle  '')  :  est-ce  la  fontaine 
dite  de  Pline  à  Tongres,  ou  celle  de  Spa  ?  Le  mot  employé, 
ciuitns,  peut  également  signifier  la  cité  de  Tongres  ou 
l'Etat  des  Tongres,  lequel,  finalement,  s'est  étendu  dans 
les  Ardennes  jusqu'aux  limites  des  Trévires. 

Déjà  AducitiicH  avait  fourni  à  l'épigrapliie  le  texte 
d'un  monument  votif  où  un  centurion  de  la  iii'^  légion 
oifre  à  la  Déesse  locale  Viliansa  son  bouclier  et  sa  lance  (-); 
une  nouvelle  découverte  vient  de  faire  connaître  un  monu- 
ment, YOtif  encore,  élevé  à  Volcanus  l^)  par  les  citoyens 
lomains  de  la  centurie  de  A'aleutinus  de  la  troupe  des 
Gésates,  une  milice  locale  de  la  Germanie,  infanterie  légère, 
armée  de  javelots  ali)ins,  et  cantonnée  ici  du  ii''  au  m® 
siècle  ;  le  socle  a  dû  être  trouvé  à  l'origine  sur  l'emplace- 
ment même  de  la  statio,  du  poste. 

lia  statistique  d'Ammien  Marcellin  (SSS-Sgo)  décrivant 
les  provinces  de  la  Gaule,  vient  en  aide  aux  reclierclies, 
et  les  termes  méritent  d'être  rappelés  où  il  parle  de  la 
])rovince  de  Basse -Germanie  pourvue  de  deux  cités 
>j;randes  et  riches,  Colog-ne  et  Tongres  l^j. 

L'histoire  de  l'une  des  deux  cités  éclaire  celle  de  l'autre; 


(Ij  Pl,iNK,  S.  IL,  \\i,  ii>  ;  «  Tnngri  ciinlas  Gulliae  fonlem  Iiabet 
iiisi<fnein.  » 

r-;  M/iansae  Q.  Cafliis  Libo  Xepos  centnrio  leg.  III  Cyrcnaicne 
sculiini  et  Innci'iini  d.  d.  —  C.  I.  L.  XUI,  item,  11°  3,j<)U. 

(3)  'iV\olk\niio  sfacriiinj]  fines  RoiiifiiniJ  cent.  [  J^;<|/('/j///(|/|  n(nineri) 
(Itie.siitDrfiuiiJ  bfiisentj  j)(osueritiilJ  ;  C.  I.  L.,  ii»  'i');)!},  où  a  été  re])rise  la 
lecture  proix^sée  par  M.  .1.  P.  Wai/izinc;,  Bnllelin  de  l'Acad.  roy.  de 
liidifiijiie,  -.    Kjoi;  Musée  belge,  t.  VI,  p,  ()(j. 

Cj  M  Secuiida  Gevinnnia,  Agrippuia  et  Tungris  miinita  cioitalibiis 
amplis  et  copiosis.  »  1.  XV,  xi,  7.  —  IIvcuxis,  Gromatici,  ]>.  123  ; 
<f  in  Gernianiu  in  Tnnzris.  w 


-  ^7  - 

et  Tongi'cs  dut  non  sa  foiKlatioii,   mais  sou   iiiiporlauce  à 
Cologne,  ville  roiuaiue. 

Celle-ei  ('),  sur  le  Rliiu,  se  présentait  sous  la  l'orme  d'au 
carré  d'un  kilomètre^  de  eoté  envii'ou,  ai)i)uyé  au  fleuve  et 
relié  par  un  ])ont  de  bois  au  Castelliiin  de  la  i-ixc  di-oife, 
Diuilio,  aujourd'hui  Deutz.  C'était  comme  une;  autre  Romu 
qnadrata,  entourée  d'une  enceinte  de  murs  et  bastions,  et 
cet  ensendjle  d'environ  (piatre-vingt  dix  hectares  de  sur- 
face avait  englobé  l'ancien  camp,  dont  les  traces  dispa- 
rurent; mais  les  vétérans  restèrent,  en  même  tejups  (pie 
la  population  ubienne,  bientôt  gratifiée  du  droit  itali([ue. 
Tout  avait  été  approprié  suivant  les  md'urs  romaines, 
car  venant  de  Hermiihleim,  le  long  du  Diiffesbaeh,  un 
aqueduc  y  amenait  les  eaux  fraîches  de  l'Ardcnne. 

De  ce  centre  nouveau  partait  l'impulsion  gouvernemen- 
tale, civile  ou  militaire,  du  légat  consulaire,  i)uissant 
Statthalter  romain;  là  se  tenait  aussi  l'assemblée  provin- 
ciale provoquée  par  la  célébration  du  culte  de  Rome  et  du 
(!ésar  Auguste,  près  de  V Ava  Ubioviim,  l'xVutel  des  Ubiens. 
Celui-ci  créa  un  organisme  administratif  nouveau,  un 
Landtag,  en  la  session  annuelle  des  délégués  des  Etats  (-;; 
ils  réglaient,  au  jour  de  l'hommage,  les  affaires  du  culte, 
temi:)le,  autel,  et  i)rétre  officiant  ;  votaient  l'adresse  de 
remercîments,  l'érection  de  tel  monument  honorificjue,  au 
besoin  même  on  en  appelait  à  l'empereur.  Rome  renoneant 
à  créer  une  province  de  Germanie  avec  l'Elbe  pour  fi'on- 
tière,  l'importance  de  l'Autel  Ubien  se  fit  surtout  sentir 
dans  la  cis-Rhénanie,  au  Xord  et  à  l'Ouest,  et  l'Autel 
subsista  jusqu'à  l'entrée  des  Francs, 

Les  Tongres  avec  leur  ville,  comme  les  Gugernes 
(Xanten),  les  Bataves,  les  Ubiens  et  le  Vorland  traus- 
rhénau ,    firent   partie    d'une    province^    administrée    i)ar 


(1)  J.  AsBACil,  op.  cit.,  j).  27,  Das  rùmische  Kuln. 

("-)  GuiRAUD,  Assemblées  provinciales,  Paris  18S7,  j).  2120. 


—  G8  — 

(\)l()«^nc  iiH'lropolc  et  asseye  vaste  pour  ciller,  un  teJiips  de 
sa  i)liis  grande  extension,  da  Rhin  à  la  Meuse,  aux  embou- 
chures mêmes  de  l'Eseaut  sur  la  mer  du  Nord,  jusqu'aux 
limites  des  Ti-évires  finalement.  C'était  la  Germanie- 
Intéi-ieure. 

Deux  légions  avaient  eami)é  près  de  VAra  jusqu'en 
l'an  4'^î  i^iie  nottille,  comme  à  Aneône  ou  Misène,  s'y 
tenait  à  l'ancre  (')  et  l'on  s'étonnera  moins  dès  lors  s'il  se 
rencontre  des  citoyens  Tongres  associés  à  des  matelots  au 
service  de  l'empire  dans  la  Kasse-Germanie,  à  Vechten  (-). 

Tongres,  comme  Cologne  en  particulier,  pour  les  Ubiens, 
était  le  chef-lieu  d'une  ciuitas  ou  Etat,  celui  des  Tongres 
mêmes,  gardant  ainsi  un  caractère  national.  Elle  était 
aussi  une  civitas  ou  Cité,  ayant  ses  propres  dues  ou 
citoyens,  et  pourvoyant  elle-même  à  ses  besoins  intérieurs 
l)ar  rintermédiaire  d'une  administration  élue.  C'était  un 
droit  que  Rome  d'ailleurs  laissait  volontiers  exercer  môme 
])ar  des  déditices  provinciaux  (^),  mais  que  souvent  rendait 
illusoire  l'intervention  du  légat  de  César.  Il  serait  difficile 
de  dire  dans  quelle  catégorie  de  cités,  stipendiariae, 
vcctigales  ou  autres,  celle  de  Tongres  était  rangée,  puis- 
qu'on ne  connaît  pas  les  conditions  auxquelles  les  TongresW 
furent  admis  dans  les  limites  de  l'empire;  en  tous  cas  ils 
ne  subsistèrent  pas  longtemps  à  l'état  de  pérégrins,  et  le 
noml)re  des  citoyens  romains  dut  être  finalement  considé- 
rable en  suite  de  la  facilité  toujours  plus  grande  d'ol)tenir 


(h  Inscription  funéraire  en  l'honneur  diin  pilote,  Bonner  JaJirb., 
iBGG,  ]).  •;8,  art.  de  .T.  AsBACii. 

(-)  Dene  \  Vir]tuh'C(l\i\  \cii)]es  Tungri  et  naiitae  \qn]i  Feclione 
\c]on.'iislunt  v.  s.  l.  m.  — ArcJiueoI.  Zeitnng,  iSGç),  p.  88;  Musée  Belge, 
t.  V,  ]).  04.  —  Dkssau,  Iiiscr.  Int.  selectae,  11°  47'>7. 

t'**  PAri.v,  Beat.  Kncyc.  s.  v.  Provincia. 

l'j  <3'est  i)ar  erreur  (jiion  a  cité  FuoooPKà  propos  de  leur  admission; 
il  s"agiL  là  des  (-hnjiyyoi,  des  Tiiurinf'iens  et  non  des  Tovyyooi. 
—  V.  PliOC.  De  Bl'No  (jothico.  I,  c.  12  init.,  Orbis  partiiim  descriptio. 


-  ^[)  - 

la  ('ioUas  roinunii,  octroyrc  pcrsoiiiicllcincut  on  cii  siiilc 
(ruiic  uu'sui'c  <;('Mi(''fale.  Capitale  (run  Etat  sccoiidaifc,  la 
ville  (le  'l"'()Tii;res  put  vivre  clans  des  eitndilions  aiit  renient, 
libres  (pi'nn  bonrj;'  nl)ien  administré  i)ar  la  Metiojxjle, 
Jiicoinnfiiis,  Jîoiuin,  Xouncfiini}!  ou  Gcliliibn.  V.Wv  exei-ca 
avec  C()l()<;;iie  une  aetion  l'onininne  ;  eoinnie  eelle-ei,  elle 
avait  ses  l'einparts,  et  son  inijxti'tanee  uiilituire  ('tait 
grande,  eai'  si  la  métropole  de  la  Basse-Gernuinic  était 
reliée  àla  e(;inture  des  forts  et  des  eanips  du  llliin/l'ongres, 
])ar  delà  Trtijectiiin  et  la  Meuse,  gardait  la  eonnnnnieat  ion 
établie  i)ar  la  grand'route  Colonin-lingncuin. 

L'intervention  de  Cologne  explique  la  ])ronii)te  i-éfeetion 
do  Tongi'es,  pillée  par  les  Cluuupies,  loi-s  d'une  invasion 
dont  l'effet  fut  temporaire. 

Venant  de  l'I^lbe,  les  Chauques,  eomun^  ♦l<'j:i'  1<'S  Si- 
eambres  au  temps  de  César,  traversèrent  in()i)inénn'nt 
le  Rhin  et  ravagèrent  le  pays  jusque^  au-delà  de  la  Meuse. 
Mais  ils  furent  repoussés  par  l(»s  gouverncnirs  de  Belgi(iue 
et  de  (îei'nuinie;  le  fait  a])partient  à  nos  annales,  ear 
M.  Didiiis  Sévérus  .Julianus,  légat  de  Bcdgique  en  177,  fit 
à  cette  occasion  ai)[)el  à  des  milices  indigènes  levées  à 
la  hâte  ''). 

Ainsi,  comme  on  le  voit,  i)eu  à  peu  se  complètent  les 
données  qu'on  peut  rassembler  sur  notre  cité  germano- 
romaine,  ville  antique  dont  les  chroniqueurs  du  moyen-âge, 
on  s'entonrant  de  détails  fabuleux,  ont  deviné  l'impoi-tanco. 
Tont  au  moins  l'histoire  est-elle,  suivant  les  ressonrcos 
de  la  latinité,  esquissée  des  commencements  à  la  fin, 
jusqu'à  ces  grandes  invasions  «pn  dévastèrent  tout  notre 
septentrion,  et  dont  la  i)lns  terri l)le  fut  celle  des  Iluns, 
au  V**  siècle  (-». 

(')  W.  LlKIJKXAM,  Forsclning-en,  Bi-lgica,  Did'nis  Scnerns  Jitlinnus, 
p.  77;  cf.  Tacite,  Annales  xi,  iH. 

(2)  Lib.  Ilist.  Franc,  5  :  u  Eo  tcmpore  Cliitni  Rheniim  transientnt, 
Mellis  siiccemleriinl,  Treveris  desfrminl,  Tmigros  pcri'inhtnt  it^qiie 
Aiirelianiun  perveniimt.  » 


IMus  i-i('ii  ne  subsiste  debout  ilu  la  ville  aiiLi(^ue  :  le  sous- 
sol  est  seul  resté  meublé. 

Là,  eu  effet,  semblent  s'être  eaeliés  les  restes  de  la 
civilisation  romaine  à  Tong-res,  où  abondent  encore  des 
sujets  de  i-enseignements  pour  les  uns,  des  objets  de 
curiosité  i)our  les  autres.  Les  collections  privées  sont 
nombreuses  et  riches  en  bijoux,  monnaies,  marqu(^s  de 
potiers  ('),  vases,  verres  délicats,  petits  bronzes,  fantaisies 
et  objets  divers  qui  se  sont  trouvés  souvent  être  des  plus 
rares  (•), 

Toutes  les  trouvailles  témoignent  une  fois  de  plus  de 
l'ai't  (pi'apportaient  les  anciens  dans  la  confection  du 
mobilier  destiné  à  la  vie  domesticpie,  et  elles  démontrent 
que  sur  ce  sol  de  Tongres,  à  côté  des  soldats  et  des  colons, 
a  vécu  d'une  manière  constante  une  population  de  liants 
officiers  et  de  fonctionnaires  importants,  personnages 
ayant  à  leur  disposition  tous  les  objets  de  luxe  que  com- 
portait la  vie  romaine.  S'il  s'est  rencontré  un  pareil 
nombre  d'objets  précieux  datant  du  Haut-Empire,  et  plus 
vai'iés  que  ceux  qui  proviennent  de  nos  villas  belgo- 
ronmines,  c'est  que  dès  l'abord,  la  cité  de  Tongres  fut  un 
siège  officiel  i-oinain,  un  centre  d'où  pai'taient  dans  sept 
ou  huit  diverses  directions  les  voies  indiquées  par  une 
hoi-ne  routièi'c  devenue  célèbre.  Si  celle-ci  avait  été  con- 


f)  Relevés  usir  feu  ZAN(ii:>u:iSTi:u,  on  vue  de  la  eoiui)<)si(ioii  <hi 
t.  XIII  (lu  Corjiiis  Ins.  lui  et  i)iil)liés  ])ar  M.  lîolni,  dans  le  supjd.  <Ie 
ee  tome. 

I-;  Seul,  le  <lésir  de  ne  pas  \  erser  dans  le  ^atalo^ue,  nous  emiièelie 
de  décrire,  même  sonnnairenient,  le  rudie  cabinet  d  anti(|uilés 
formé  \niv  M.  IIuyl)richts,  un  grand  trouveur,  ou  eclui  de  Miit"  \'i' 
Chrisiiaens,  ])res(ju('  aussi  iin]>i)rlant.  Les  objets  ont  <l'ailleurs  été 
mentionnés  au  fur  et  ù  mesure  dans  le  linlh-lin  de  lu  Société 
scientifhjne  el  lilléruire  du   Limhoiir^-. 


scrs'cc   iiihu'tc,   elle  cûl    consliliic   poiii-   nous  le   (lociiiiiciil 
le  plus  important  sm-  la  <;('o<;i-aplii('  du  Nord  «le  la  (Jaiilc  ''). 

La  Meuse,  l'ivièi-e  intérieure;,  négligée  ])ar  les  Romains  La  Meuse. 
qui  gardaient  le  Kliin,  n'eut  cVabord  de  rôle  strutégicpie 
important  qu'au  Nord,  là  où  les  deux  fleuves  se  raj)- 
l)r<)client  et  se  eonfondent  ;  ])lus  lard  st'ulement,  h;  Rliin 
même  se  trouvant  menaeé,  on  songea  à  utiliser  la  l)arrière 
de  la  Meuse. 

C'est  un  fait  aequis  que  les  matelots  romains,  ees  soldats 
de  marine  des  légions,  eonstruisaient  sur  le  rivage  des 
établissements  fixes,  et  les  sigles  [-)  ou  inseriptions  abré- 
gées (ju'ils  ont  marqués  sur  les  tuiles  qu'ils  fabriquaient, 
donnent  à  connaître  le  corps  :  c'est  ici  la  flotte  de  la 
(Jermanie-Inférieure,  dont  on  retrouve  l'indication  à  Co- 
logne, sur  la  Roer,  à  Weisweiler,  sui-  la  Meuse,  on  sur 
les  bords  de  la  mer  du  Xord  à  l'emboucbure  <lu  Vienx- 
Tlliin,  à  Katwyck  comme  à  Voorburg.  La  flottille  pouvait 
suivre  le  cours  de  la  Meuse,  pénétrer  dans  les  sinuosités 
de  l'Ile  des  Bataves,  remonter  l'Escaut  et  le  Tluppel, 
occuper  l'embouchure  de  l'Ems,  affronter  le  courant  du 
Rliin.  Cette  force  maritime  eut  son  histoire,  assez  ])eu 
connue  aujourd'hui,  si  ce  n'est  grâce  à  Tacite  f'>,  du  temps 
de  Drusus,  de  Germanicus  et  de  Cérialis  ;   de    [)lus,    les 


f'i  Le  fragment  conservé,  ci-dessus  reproduit,  nous  fait  connaili'e, 
mesuré  en  lieues  gauloises  {leng'a,  de  ijoo  ])as),  un  itinéraii-e  à 
grandes  distances,  ])ar  trois  voies  anlicpies,  soit  de  Casse!  (A  cnslcll») 
vers  le  Midi,  Arras,  Bavai  ..;  de  Reims  i)ai"  Boisson,  lOise,  Ko\e. 
Amiens,  à  Boulogne;  de  Cologne,  le  long  <lu  Uliin,  à  Slraslxnu-g 
et  Bàle.  V.  le  Culnlogue  des  inoiiiiiin'nls  lujuduires  du  Miisce  de 
Bruxelles,  \)i\r  F.  CuMOXT,  n"  tio,  j).  3i. 

(•2)  Sigle  dune  tuile  romaine  trouvée  à  Rumpst  sur  le  Rui)pi'l 
f))rovince  d'Anvers)  :  Cilassis)  Gtermanicti)  P[ia}  F^idelis)  —  V.  \  .w 
Desski,,  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'arcli.,  XVI,  ])  itii,  fig  7. 
Cf.  SciiuEKMANs,  Ibid.,  xvni,  j).  G3  et  suiv. 

l'îj  Annales,  liv.  I  et  II  :  Histoires,  liv.  IV  et  V. 


-  7-2  - 

inscriptions  découvertes  nous  ont  livré  tel  nom  d'« ami- 
ral» ('),  de  marins  gradés,  voire  même  de  matelots  (-).  Des 
nnvitlia  ou  clian tiers  ont  été  reconnus  à  Mayence,  et  on 
n'ignore  pas  même  la  forme  de  ces  bateaux  romains, 
légers,  ])lats  et  pr()])rcs  à  l'échouage,  étroits  de  poupe  et 
de  i)i'one,  souvent  à  deux  gouvernails,  les  uns  couverts  et 
l)ortant  les  machines  de  guerre. 

Le  Pont  (le  In  Menue,  à  Maestriclit,  ne  i)ut  manquer 
d'être  l'oi-tifié,  et  le  fleuve  lui-même  porta  les  bateaux 
de  César  i?).  Driisus  disposa  des  stations  militaires  le  long 
de  la  Meuse  (').  Les  avantages  stratégiques  des  i)ositions 
de  Huy,  de  Dinant,  ne  furent  ])robablement  pas  négli- 
gées, de  même  Namur,  où  se  dévelopi)a  une  bourgade 
belgo-romaine.  Sous  Julien  enfin,  rem])ire  devant  con- 
centrer sa  force  de  résistance,  trois  forts  sont  i)lacés  en 
droite  ligne  sur  les  plus  gi-andcs  hauteui's  des  rives  de 
la  Meuse  (''). 

Quels  étaient  ces  ti'ois  <(  monts  sourcilleux  »  ainsi  que 
disent  daus  leur  langue  Ammianus  C'j  ou  Ronsard,  on 
aimerait  à  les  connaître. 

(|u()i  (pi'il  en  fût,  la  ligne  de  notrc^  fleuve  n'eut  qu'une 
moindre   imi)()i-tance  à   côté    de    celle   du    Rliin    l)or(lé   de 

('j    «  liilor    rijtni-    Rlicni    ii    VitcUin   jiruojinsilits  ».    TACrri: ,    llist., 

IV.  r,.-). 

(■-)  Une  liste  a  été  <lre.s.sée  ])ar  feu  C.  Di:  i..\  Rfuoi:. 

(•'j  t(  Xuniifuliir  el  Mosa  »,  comme  dit  le  ti-adiu-leur  latin  de  Diox 
C.vssiis,  X!>IV,  4-j. 

i^)  «  l'rticsiilia  nique  cnslodius  iibiqiie  ilisjxjsiiil  per  Afoanin  /lumen 
..  ..  jH-r  Ilhcni  quidem  ripum  (/iiiiujun^'-inlu  .'inijiliufi  ctislellu  direxitn 
Fl,ORUS,  liv.  IV,  ehap.  XII. 

{■')  «  Muniiiieiilit  (lia  recta  série  supercilitu  inipnsilti  /lumiuis  Mosae, 
suboersa  dudum  obslinnlione  burbarica  repu  rare  cngilubat  et  illico 
sunt  instauriitii    »  Amnukn  Maijcki.i.in,  liv.  XVII,  ?;  <). 

C'j  FkONTiN,  Délimite,  j).  40.  éd.  Cjloes.  :  (Supereilinm)  «  de  loco 
editiore,  sive  collis  sit,  sive  tumiihis,  sive  agger  qui  pro  agri 
ter  mi  no  sit  » 


routes  militaires  a  (.l()iil)lc  xoic,  inriiic  triple,  et  vers 
les(|uellcs  toute  route  s(^  dii'igeait  obliquement  pour  pré- 
senter le  flanc  à  la  «^ai'de  du  fleuve  protégé  par  ])lus 
de  einquante  castels  et  les  camps  permanents,  depuis 
Xanten  au  Limes,  lequel  fermait  lu  trouée  du  llliin  au 
Danube. 

(^u'il  nous  suffise  de  l'ecenser  les  établissements  mosans, 
du  Pont-de-Meuse  ou  Mosae  TrHJectnin  (Maestriclit)  jus- 
qu'à Mouzon  (Mosae,  à-Meuse)  ou  Mosomag'iis,  autre 
localité  qui  tire  égalejneut  sou  nom  du  fleuve  et  du 
passage. 

Aucune  vote  ne  longeait  la  Meuse,  ne  la  suivait  même 
d'assez  près;  le  fleuve  était  traversé  deux  fois,  à  longue 
distance,  par  la  route  de  Reims  à  Tongres,  à  Mézières 
(Maceviae  ou  Bâtisses,  actuellement  le  chef-lieu  du  dépar- 
tement des  Ardennes);  et  dans  les  environs  de  Liège,  à 
Ombret.  Cela  fait  supposer  autrement,  certain  nombre  de 
petits  «  passages  d'eau  »  au  moyen  de  barques.  Sur  les 
bords  de  la  Meuse  une  seule  bourgade  est  arrivée,  à 
grand'peine  au  rang  de  cité,  c'est  Verdun  (Verodiiniun, 
d'ai)pellation  celtique) . 

Au  Nord  de  la  vallée,  il  senilde  que  rétablissement  de 
grandes  vdllas  s'arrête  avec  les  dernières  plaines  ouvertes 
de  la  Basse-Meuse,  à  Herstal  et  à  Jupille,  où  des  sièges 
belgo-romains  furent  repris  par  les  Carolingiens  (pu 
agrandirent  encore  leur  importance. 

Dans  la  traverse  du  territoire  aujourd'hui  liégeois,  le 
cours  même  de  la  Meuse  restait  incertain,  occupant  inéga- 
lement la  vallée  d'une  côte  à  l'antre,  passant  entre  des 
iles  marécageuses  que  les  grandes  crues  transformaient 
encore.  On  retrouve  aujourd'hui  à  Liège,  rue  Basse- We/ 
(gué)  comme  à  l'autre  côté  de  la  vallée  au  Laveu  (lavoir) 
le  même  «  gravier  de  Meuse  »  recouvert,  comme  sur  la 
place  St-Lambert,  de  la  même  haute  couche  de  limon  de 
plusieurs  mètres.  Tongres,  à  trois   lieues  de  là  dans  la 


—    74  — 

plaine,  était  déjà  une  cité,  que  les  hauteurs  liégeoises,  au 
sol  ingrat,  schisteux  et  couvert  de  broussailles,  se  pré- 
sentait encore  aux  yeux  comme  une  avant-scène  de 
l'Ardcnnc  ])rolondc.  Si  Tongres,  comme  on  le  croit,  a 
occupé  le  sol  du  camp  de  Sabinus  et  de  Colta,  c'est  de  ce 
côlé,  à  travers  les  bois,  pcr  filons,  (pie  se  sont  dirigés  les 
fuyards  roinains  gagnant  le  camp  ardennais  de  Lal)iénus. 

En  amont,  s'il  s'agit  des  établissements  particuliers  ou 
d'ordre  ci\il,  on  ne  Noit  pas  que  les  populations  Ijelgo- 
romaincs  aieuL  choisi  ])our  sié'ges  les  l'ives  souvent  inon- 
dées d'un  fleuve  dont  le  cours  moyen  et  supérieur  se  pour- 
suit entre  des  côtes  raides  et  boisées.  Aussi,  les  trouvailles 
archéologiques  ne  sont  pas  fréquentes  sur  les  boids  mêmes 
de  la  Meuse,  dans  les  ])i'ovinees  de  Liège  et  de  Xanuir, 
dans  les  départemenls  français  des  Ardennes  et  de  la 
Meuse.  IjC  territoire  de  la  ville  de  J^iége  n'est  signalé  par 
rien  dont  on  ])uisse  tirer  des  conclusions  :  une  jnonnaie  de 
Marc-Aurèle  à  St-Gilles,  quehpies  pièces  de  Dioclétien  à 
Yivegnis,  des  tessons,  tuiles  ou  sup])orts  d'hypocauste, 
])rol)ablement  i"a2)portés  et  exhumés  du  cimetière  de 
N.-I).-aux-Fonts,  place  St-Lambei"t  ;  il  n'y  a  pas  là  encore 
de  (pioi  nous  donner  un  certificat  d'origine. 

Dans  la  vallée  en  amont,  nous  sommes  à  même  de  citer 
le  nom  de  quelques  communes  où  l'on  a  relevé  des  traces 
diverses  d'établissements  beli-'o-romains '' '.  Nous   l'etien- 


Cj  Additions  a  la  caktk  de  Van  Desscl  :  Flônuille,  Kiij;is.  Hlt- 
inalle  sons  Miiy,  Flôiie,  lliiy,  Aniay,  Bas-Olia,  Ombrct  —  Nous 
coiiliiiuerojis  à  invst'uter  ])ar  groupe  les  localités  où  depiiis  1877 
oiit  éu>  recueillis  des  restes  belyo-roiuaius;  il  est  ainsi  lac-ile  de  les 
retrouver  sur  la  carte. 

De  uiùuie  :  Marche  les-I)auies.  Dinant  Montaij;le-IJouvi;;ne,  Tail- 
fer,  Waulsor.  —  Waulsor  ai)i)artient  à  la  nomenclature  antique, 
Vulciodoriis  vers  ()4o.  Quant  à  Marche-les-Danies,  la  localité  tire 
son  nom  du  j)e(it  ruisseau  Mnrru,  et  elle  fut  jadis  apjxdee  Murehu, 
«  in  l'illii  tjiitte  c-.si  aiipcr  Mosum  »,  doc.  de  iir)2  i)\\  y  a  trouvé  et  des 
silex  et  des  monnaies  romaines. 


cirons,  pour  y  revenir,  les  noms  de  I'^IciimUc,  lliiy  et 
Nainur.  Après  ee  dernier  oppidum,  ou  bourgade,  nous 
n'avons  à  eiter  avec  Marelie  les-I)an)es  et  Dinant,  (juu 
Montaigle  ou  Bouvignes,  Tailler  et  Waulsor. 

C'est  entre  Givet  et  ]\Iézières,  dans  les  Ardennes  Iran- 
eaises,  que  les  bords  de  la  Meuse  présentent  l'aspeet  le 
])lus  sauvage.  Le  fleuve  eôtoie  des  côtes  abrujjtes  et  brous- 
sailleuses, de  eelles-là  (|ui  ont  inspiré  à  Strabon  fau  lenips 
d'Auguste  et  de  Tibère)  sa  définition  de  l'Ardenne  i',  et 
qui  i)ar  nature  semblerait  exclure  toute  occu])ation,  si 
rindusti'ie  moderne  n'était  venue  s'établir  dans  les  coins 
disponibles.  C'est  en  effet  à  l'industrie  contemporaine 
(pi'est  due  la  magnifique  exi)ansion  d'une  culture  (]ui  a, 
en  Belgique  et  en  France,  enrichi  le  bassin  mosan  ;  et  sur 
la  déclai'ation  des  ingénieurs,  les  anciens  n'en  ont  rien  à 
revendiquer. 

Puis(|ue  nous  parlons  de  la  haute  Meuse,  c'est  encore 
l'occasion  de  donner  jour  à  (pieUiues  remarques.  Au  Sud 
du  département  des  Ardennes,  dans  celui  de  la  Meuse 
française,  tout  le  travail  arclK'ologicpie,  i'ei)orté  sur  une 
carte,  montre  à  quel  chiffre  présumé  de  population,  à 
quel  degré  de  culture,  arriva  le  tei'ritoire  Rémois-mosan, 
placé  sous  la  tutelle  de  Rome.  A  elle  senle,  cette  carte 
belgo-romaine  du  département  de  la  Meuse  '"-'i  est  tout  un 
enseignement.  Rares  sont,  dans  les  campagnes  du  moins, 
les  communes  d'aujourd'hui  dont  le  territoire  n'ait  pas  été 
partiellement  occupé  par  quelque  ancien  établissement. 
C'est  donc  la  partie  méridionale  du  pays  mosan  (pii,  dès 
l'origine  aux  invasions,  a  été  la  plus  peu])lée.  Mais  on  voit 


(')  <)i"Yh]  yào  tCTiv  ory  rij<)j/j~>y  ()h'()(j(i)r  rro'/.Aij  ...  yji/jirni 
(Snvjrjv'Aoàovévvav.  >■>    —  IV.  'i,  T)n)<)T,  p.  i(ii. 

(■-)  Dressée  par  Fia.ix  Liénahd  pour  son  ouvra<j;e  en  trois  tomes 
intitulé  Arcliéologiedela  Menue,  i)ul)lié  par  la  Société  })hiloniatlii(pie 
(le  Verdun. 


-  :'5  - 

(jiic  les  routes  ])liis  (jnc  les  cours  d'etiu,  attirent  les  rési- 
dents, surtout  les  voies  eonsuhiires  ou  i)rétoriennes,  larges 
et  mieux  surveillées  :  telles  les  deux  chaussées  qui  de 
Diirocortoriun  ou  Reims  conduisent  à  Metz  ou  Divodiiriim, 
soit  par  Xaix,  Xasium,  une  ville  qui  a  disparu,  soit  par 
Verodunuin  ou  Veinlun.  La  pleine  terre  est  autrement 
occupée  que  les  bords  de  ];i  Meuse;  celle-ei,  décidément, 
ne  paraît  ])as  avoir  joui  d'une  réputation  bien  liospitalière, 
et  ce  toujours  i)our  les  mêmes  causes.  Les  abords  de  Ver- 
duu,  sis  sur  nue  hauteur  isolée,  sont  marécageux;  on  voit 
bien  (|ue  quelques  établissements  se  sont  fondés  à 
proximité  de  certains  j)assages  de  rivières,  mais  ils 
sont  rares  sur  les  bords  du  fleuve  et  ceux-ci  paraissent 
1)1  us  abandonnés  à  mesure  que  la  Meuse  s'écoule  vers  le 
Nord,  c'est  à  dire  descend  chez  nous. 

Ajoutons  un  dernier  trait  :  Fortunat,  poète  latin  du 
VI''  siècle,  salue  la  Meuse  (M,  dont  le  miirmiire  est  doux 
à  Vorcille;  mais  s'il  apei'çoit  quelque  bateau,  ce  qu'il 
remarcjuc  siu'tout  sur  ses  bords,  c'est  du  gibier  d'eau. 
Pays  de  Liège.  Contrairement  à  ce  qui  se  passa  le  long  du  cours  du 
fleuve,  le  sol  de  notre  province  de  Liège  s'est  trouvé  riche 
d'antiques,  et  sans  être  terrain  classique,  il  le  cède  ])eu 
à  d'autres,  qu'il  s'agisse  du  nombi-e  ou  surtout  de  la  ({ualité 
<les  trouvailles. 

Revenons  à  Flémalle-sur-Meuse,  une  des  localités  que 
nous  avons  indi(|uées  parmi  les  sièges  d'établissements 
Ix'lgo-romains.  .fadis  on  y  découvrit  une  inscription  votive, 
])i-ès  de  l'église,  propc  ieinpliini,  dit  une  ancienne  i-elation. 
Elle  était  tracée  sur  un  bloc  de  marbre  qui  s'est  perdu 
depuis  dans  la  construction  d'une  grange.  Si  elle  a  été  lue 
très  différemment,  cela  tient  aux  lacunes  et  au  mauvais 
état  du  monument  :  cinii  xai'iantes,  c'était  de  (pioi  exercer 


(')  L     \'II,   nirni.   l'it    ^  nd  (lOifonriu  :  k  ...  iMosn  diilcc  soiiniis,  (/un 
griis    ifuntii    miser   olorijuc,  'l'riplice  mcrcc  fenux,  alite  jii.s ce  riile  ». 


la  sa^i'iU'itc  de  n(»s  ('|)i<;ra])liistcs  ri  laisser  l(»ii<;t(Mii|);->  les 
mytliolo^iics  dans  riiicertitiidc.  Kn  ('ITct,  dans  la  dédicace 
à  certaines  divinités,  gît,  a\'ec  la  lacune,  la  dirricnlté  d'une 
i-estitution  :  à  Jupiter  très  hou  cl  1res  >>rHiuI,  ù  Jiinon, 
à  Minerve,  ù  Diane,  et...  à  /a  divinilé  de  lu  Meuse,  axaient 
dit  les  uns;  <ui\  Xyinphes  dirent  les  autres  (');  i"inaleni(;nt 
les  éditeui's  du  futur  volume  XIII  du  Recueil  des  Inscrip- 
tions lutines  ont  ratifié  la  dédieace  faite  aux  Nynijjlies  [•'. 

L'étude  de  l'inscription  fournit  d'ailleurs  des  détails 
im])ortants  sur  l'état  de  la  ronianisation  dans  notre  ])ays 
à  la  fin  du  ii'"  sièele.  Ce  Titus  Flavius  Hospitalis  cpii 
élève  le  monument  en  faisant  des  vieux  pour  la  santé  de 
l'empereur  Commode,  était  un  centurion  de  la  i'*"  légion 
dite  Minervienne,  du  eamp  de  Bonn,  et  il  se  trouvait  à 
Fléinalle-Grande  (')  occasionnellement  avec  sa  centurie, 
soit  donc  avec  un  détachement  de  réguliers  ;  cela  permet 
de  supposer  là  un  poste  ou  étape  militaire.  C'est  l'établis- 
sement romain  important  le  plus  proche  de  Liège,  à 
12  kilomètres. 

De  Liège  à  Xamui-,  en  amont,  nous  ne  connaissons  i)as 
d'autre  inseription. 

Toujours  sur  le  sol  liégeois,  nous  trouvons  l'occasion 
de  mentionner  deux  trouvailles  importantes  (pii  témoignent 
du   luxe  de   certaines  de    nos    villas  :    les   ornements    de 


(')  II.  HciuiCK.M.VNS  dans  le  Diillclin  des  Coin  mis  s  ions  roy.  d'nrt 
et  d'iivcliéolngie,  i8()7,  t.  VI,  p.  9;-ro3;  L.  Bétium:.  jounuil  le  Vienx 
Liège,  iS()5,  u"  ii'5  ;  L.  IIai.kix,  dans  le  Musée  belge,  1897,  I,  a  restitué 
définilivenient  le  texte. 

t-')  C.  I.  L  ,  XIII,  3Go5  :  /.  ().  M.  Jiinoni  Minervae  Dianac  Nymplns 
pro  sainte  Commodi  Antonini pii  felicis  ang.,  T.  FI.  IIosj)italis  cent 
leg.  I,  M.  Fusciano  II  Silano  Coss.  An  188  après  .J.-C. 

Un  des  manuscrits  contenant  l'inscription  de  Flénialle,  rapporte 
également  quatre  inscriptions  votives,  en  l'honneur  d'Hercule,  <lieu 
militaire,  trouvées  à  Goyer,  près  Waremme,  sur  les  quatre  pierres 
formant  les  angles  de  l'autel  de  l'église.  —  C.  I.  L.,  XIII,  3Goo-3(jo3. 


—  :8  - 

bronze  dits  de  la  loutaine  d'Angleur,  et  Vaquainanile  ou 
aiguière  de  Poulseur  (-». 

Kii  iS,S2,  dans  la  coniimine  d'Augleur  (5  1/2  kil.  de  Liège) 
un  homme  déracinant  un  arbre  découvrit  ee  «  trésor  » 
de  luitnre  singulière  :  21  pièces,  nou  de  monnaie,  nuiis 
de  bronze  travaillé,  dont  le  simple  catalogue  Jait  com- 
prendre l'intérêt  :  une  tète  de  lion,  pourvue  d'un  large 
orifice,  prêt  à  vomir  de  l'eau  ;  une  autre  tète  destinée  à 
l'évacualion  du  trop  i)lein  d'un  bassin;  en  plus  divers 
nu)rceaux  de  tuyaux. 

\jennent  des  signes  du  zoiliaque,  cancer,  poisson, 
l)clier,  lion  :  une  tète  de  gorgone  en  applicpie,  comme 
aussi  trois  ligures  hunuiines  d'un  style  rendu  barbare 
avec  intention:  giande  barbe,  chevelure  épaisse  et  oreilles 
pointues  ;  enfin,  trois  grandes  statuettes,  un  dieu  ou  un 
éplièbe  adorant,  deux  danseuses. 

Peut-être  ces  objets,  (jue  l'on  peut  rattacher  aux  pro- 
ductions de  l'industrie  de  luxe,  sont-ils  de  provenance 
différente.  Un  pillard  de  villas,  qui  n'a  pu  y  revenir, 
a  dé])osé  là  sa  part  de  butin.  Si  les  têtes  de  lion  et  les 
tuyaux  ont  orné  une  loutaine,  ces  figures  humaines,  la 
tête  de  gorgone  et  les  signes  du  zodiaque  ont  fait  penser 
au  culte  du  soleil,  à  ]Mithras.  Les  trois  statuettes  n'ont 
sans  doute  rien  de  commun  que  d'avoir  été  cachées  avec 
le  reste. 

L'îuiuamanile  de  l*oulseui-  '^l  est  ])articulièrement  un  de 


('1  Le  Flemuliii  (liiu  manuscrit  anonyme  relatant  rinscrii)tion, 
a  pour  localité  voisine  F'ione.  nom  quon  retrouve  sous  l'antique 
forme  Floena  (Flodena)  dans  un  document  papal  de  l'an  ii43,  énumé- 
rant  les  possessions  du  chapitre  de  St-Lambert  (Cari  ,  I,  p.  GO). 

(•)  Ces  objets  ornent  les  collections  du  Musée  de  l'Institut  arcliéo- 
lofîique  liégeois. 

(■^\  I)r  lîovv,  Promenades  historiques  dans  le  pays  de  Liège,  II, 
])]).  i")")  \V>(),  I{iii)p()r(  du  ])rof.  Ffss;  une  j>lanclie  bien  dessinée  orne 
lu  lin  (lu  volume. 


Planche  I, 


I^G&fi -îrvN  C  FLO  ^V  K'V 


(2) 


L'ARDENNE   BELGO-ROMAINE 


C)  Diplôme  de  Flémalle  (soldats  tongres),  page  63. 

(2)  Yase  de  Marche,  page  5;"). 

(3)  Anse  de  l'aquamanile  de  Poulseur,  page  79. 


—  79  — 

ces  Dbjets  aiixcuirl.s  l'art  romain  s'attacliail  a  doimcr  uiip 
ornemental  ion  rlroanlr,  bien  (pTils  russcnl  (icstinrs  an 
simple  usa^c.  Le  bassin  de  bronze  bathi  poric  dcnx 
poignées  formées  cliaenne  de  deux  le\  riers  en  i)ron/,(i 
coulé;  le  Vase  principal,  à  bec,  est  j)()m-\  ii  d'une  anse»') 
rehaussée  de  reliefs  sujxTposés  e1  d'une  rare  conserva- 
tion: ils  ne  le  cèdent  en  l'ien  poui-  l'exi'cut  ion,  a  ceux  cpu; 
se  C()m])laisent  à  re])roduire  les  ])iibliea(  ions  cpii  jniiseut 
leurs  sujets  dans  les  musées  de  Kome.  Kji  haut,  un 
tumiiliis  ou  tertre  est  liouré  derrière  un  tem])le  place 
entre  deux  arbres;  au  milieu,  une  j(Mine  femme  dans  l'atti- 
tiule  de  la  méditation,  accoudée  sur  un  eippe  ou  un  autel  ; 
en  bas,  deux  lemmcs  aux  vêtements  nottants  et  se  faisant 
vis  à  vis;  l'une  joue  du  tambourin,  c'est  une  lympiuiislrin  ; 
l'autre,  une  cynibaliste,  cyinbulislrin,  a  des  cymbales  dans 
les  mains.  Ce  sont  de  ces  instruments  qu'on  l'etrouve 
dans  les  cérémonies  du  culte  de  Cybèle,  comme  aussi 
placés  aux  mains  desdanseuses  célèbres  de  Pompéi. 

L'aiguière  faisait  ])artie  d'un  riche  mobilier  funéraire 
romain  protégé  par  un  grand  coffre  de  chêne  tombé  en 
poussière  lors  de  sa  découverte  vers  i835,  au  lieu  dit 
le  Chenet  ;  les  autres  pièces  se  perdirent,  les  patères 
notamment  furent  utilisées  comme  mangeoires  dans  un 
poulailler  voisin. 

Le  territoire  de  Poulseur  a  donné  encore  à  l'arcdiéologie 
un  joli  buste  en  bronze  (-),  de  l'époque  des  Antonins,  du 
milieu  du  ii"  siècle.  Des  antiques  rappelant  le  Haut- 
Empire  se  retrouvent  d'ailleurs  dans  tous  les  environs  (^J  : 


(')  Nous  eu  (louiious  une  reproduction  réchiite. 
{-)  Bulletin  dea   tiéances  de   l'Académie  de  Bruxelles,    année  iS35, 
UK  Reu'fenbeiu;. 

(3)  Contributions  à  la  carte  : 

Au  lieu  (lit  le  Tige  de  César  dans  les  vieux  actes   II  j)assait  par 


—  8o  — 

c'est  (jirun  clu'iniii  romain  ('j  traversant  tout  le  Condroz 
venait  aboutir  à  l'Ourthe,  à  une  très  courte  distance,  en 
dessous  de  l'oulseur. 

Près  de  IJége,  sur  le  haut  de  la  montagne  de  Chèvre- 
mont  où  existent  des  substruetions  romaines,  une  inscrip- 
tion a  été  trouvée  qui  est  venue  se  perdre  en  ville  dans 
des  matériaux  de  construction.  Elle  faisait  partie  d'un 
monument  votif  dédié  à  Mercure,  le  dieu  des  marchands 
—  et  des  voleurs,  a-t-on  ajouté  —  disons  plutôt  le  dieu  de 
l'abondance.  Elle  ne  comprenait  que  les  noms  de  la 
divinité  (-)  et  du  dédicant. 

Les  fouilles  de  Juslenville  ont  donné  i)lus  de  résultat. 
11  y  avait  là  une  villa,  le  nom  le  dit  encore,  et  si  l'on 
accepte,  suivant  Grandgagnage,  que  le  mot  jiisiiin  signifie 
en  bas,  la  villa,  relativement  à  Tlieux,  eût  porté  en  latin 
le  nom  de  (pielque  autre  Xederlieim,  la  villa  d'en  bas. 
Plusieurs  inscriptions  funér.iircs  ont  été  trouvées  et  elles 
dater.iient  du  Haut-Empire,  du  ii°  siècle,  à  en  juger 
d'après  les  monnaies  trouvées  aux  environs.  On  lit  sur  la 
première,  un  nom  indigène  à  désinence  latine,  Veruecco  i,^). 

Une  seconde  inscription  se  laisse  rétablir  dans  le  sens 
classique  ('').  La  partie  supérieure  de  la  pierre  of  l're  l'image, 
au  trait,  d'un  cippiis  fastigiatiis. 


Anthisne,  Vieil.  Ilody.  les  doux  Xhos,  Ellcmelle,  Warzée,  Alrin, 
Ocquicr,  Bois-Borsii,  vers  le  Namurois. 

A  UaiPL'lol,  un  tiunulus;à  Tiulot,  de  même;  entre  Kllemelle, 
Warzée  et  Seuy,  un  sentier  maniué  par  de  larges  dalles  de  grès; 
à  Seuy,  une  assez  rielie  tombe  gallo  romaine  formée  de  dalles  <lu 
méaie  grès;  à  Villers  aux-Tours,  (piantité  de  médailles,  dont  une  à 
l'effigie  d'un  César  Aiig-iiste. 

Cj  V.  Bovv,  op.  eit.,  pp.  i5r  et  suiv.,  et  plus  loin  Le  Condroz. 

{-)  C.   I.   L.,   XIII,   'M'h)-  :     Merctiri\o]  [ng-enii(ii)s    Tunehi  f(iUns) 

V.  s.   1     1)1. 

(^)  C.  1.  L  ,   XIII,  ru;  12  :  /;.   m.    Vempcco... 

C»;  C.  I   L.,  XIII,  ;3Gio  :  /;.  M.  Primn.s  Murcl  (filins  hic  situs  est). 


—  8i  — 

De  plus,  deux  uulres,  en  J'ragnieiils  Ci,  soiil  e^alcinciiL 
runéraires. 

(pliant  à  'PluMix  (dit  'J'eclis  ('\  ;in.\  Toils)  où  lut  une 
<>raiule  villa,  on  y  découvrit,  sui\anf  des  i-elatiou-;  an- 
ciennes, deux  inscriptions  eu  riioiineur  de  Mitlii-as  dont 
le  culte  avait  été  rapporté  d'Orient  ))ar  les  soldats,  et  on 
en  connaît  pour  l'une  la  transci'ipt  ion  (jui  nous  montre 
(ju'un  Aceius  Vei'us,  avec  Probinus  son  l'ils,  a  éle\é  en 
l'honneni'  de  la  maison  ini])ériale  un  monument  à  Mitliras, 
le  dieu  invincible  (le  soleil)'^'  ;  (|uant  à  l'anti-e,  c'est  ])our 
accompli]-  é*;alement  leur  vomi,  ipu'  l<'reio  et  h'reiatio  lui 
ont.  érigé  un  autel  (■*). 

Voilà  donc  les  noms  des  plus  anciens  habitants  connus 
de  la  forêt  de  Tlieux,  de  ces  noms  d'indigènes  (|ue  ne 
nous  font  pas  connaître  les  textes. 

Les  deux  dcM-nièi-es  insci'ii)tions  ont  donin''  à  penser 
(pi'il  y  eut  dans  la  localité  nn  Mithraciini,  lieu  destiné  à 
la  célébration  de  ce  culte  oriental?  Kn  tous  cas,  on  con- 
s'tate  que  si  nos  soldats  ou  auxiliaires  indigènes,  transpoi-- 
taient  avec  eux  à  rétrano(»r  le  culte  ^le  leui's  dieux  ou 
déités  nationales, ils  importaient  d'autre  part  des  ])i'al  i(|nes 
religieuses,  voire  même  de  l'argent  étranger,  ])uis((u'on  a 
retrouvé  en  Hesbaye  un  trésor  de  monnaies  frappées  en 
Egypte. 

I)(^s  inscri])tions  de  Juslenville,  l'une  est  gravée  ,sur  un 
grand  éclat  di   grès,  les  autres  sur  ])ieri'es    schisteuses. 


(')  C.  I.  L.,  XIII,  3Gii  :  DMsnj)  vrn. 

(-j  C.  I.  L.,  XIII,  3lk)()  :  Ace  iAcciiis  on  Acccjtliis)  Ace  \i  filins] 
Fyieri)  I{nssil). 

—  Ces  dernières  inscriptions  sont  au  Mnscc  di'  linslitnt  aivlu-n- 
lojïiqne  liégeois. 

(•';  C.  I.  L.,  XIII,  'M'iili  .In  Jt{oiioreni)  dioinns)  d{iviniie)  tl{eo)  i\noiclo) 
M  ilJirae)  Ax.  Verns  (Jn\i]eti  (filins)  et  Probinns  ]'eri  (filins)  i>.  s.  l.  m. 

C*»  C.  I.  L  ,  XIII,  3(ji4  :  DfeoJ  ifnnictoj  Mfilhnie)  ii.  j>.  p.  (uram  posne- 
rnnt)  Freio  et  Fviallo  v(utnni)  s(oluentes)  IfibenlerJ  mferito). 


—    82    ~- 

iiKMivMis  jualériaiix  ])(»iir  ser\  ii-  ;i  rt'[)igi'apluc,  puisciu'ils 
ne  i)env('iil  pi-ést'iilcr  une  siirtaec  sulTisante,  et  (qu'ils 
s'efl'i-iteiit  ou  s'écaillent  C'est  une  des  raisons  ])our  les- 
quelles le  sol  des  Ardeniies  liégeoises  n'est  i)oint  riche  en 
documents  inscrits  sur  la  pierre. 

Les  belles  roches,  semble-t-il,  qui  émergent  des  côtes 
de  nos  vallées  de  la  Meuse,  l'Ourthe  ou  l'Aniblève,  ne 
présentent  dans  leurs  couches  supérieures  que  de  mauvais 
matériaux;  les  bancs  profonds,  donnant  de  grands  blocs 
solides,  n'étaient  pas  connus;  l'exploitation  du  petit  granit 
de  Spi-imont  et  des  localités  voisines,  n'a  même  commencé 
qu'au  temps  du  premier  Empii-e  français.  Ainsi  s'explique 
(pie  pour  les  monuments  de  Vervoz-Clavier,  dans  le 
Condroz,  en  plein  pays  calcareux,  on  ait  fait  venir  de  la 
liante  Meuse  de  vastes  blocs  en  calcaire  dur  de  Longwj'. 
C'est  cette  «pierre  de  Meuse»  qu'utilisèrent  de  préférence 
les  anciens. 

Il  en  alla  de  même  sur  le  Ijas-llhin,  dans  la  Basse- 
Germanie.  • 

11  convient,  d'autre  part,  de  restreindre  la  portée  d'une 
observation  faite  par  les  archéologues  allemands  :  on  doit 
apprécier,  suivant  eux,  le  degré  de  la  romanisation  d'un 
pays  au  plus  ou  moins  grand  nombre  d'inscriptions  latines 
qui  en  proviennent.  Celles-ci,  sans  doute,  constituent  une 
preuve  grande,  mais  non  exclusive  d'autres.  Les  inscrip- 
tions votives  ou  honorifiques  se  retrouvent  dans  les 
localités  où  fut  le  siège  de  la  puissance  militaire,  adminis- 
trative ou  religieuse.  L'exploitation  des  terres,  des  forêts, 
des  mines,  des  carrières,  des  arts  industriels,  ne  s'accom- 
])agne  pas  de  titnli  gravés  sur  des  blocs  de  marbre.  Où 
sont,  i)ar  exemple,  les  preuves  écrites  de  l'existence  d'une 
villa,  (pie  l'on  découvre  pourtant,  de  rhabitation  d'un  pays 
que  l'archéologie  nous  montre  sùi'cment  avoir  été  ])eui)lé 
de  Helgo-i'omains? 

Déjà  nous  pouvons  apprécier  la  valeui-  des  ti'ouvailles 


—  8.']  — 

l'iiilcs  sur  noire  sol  :  k's  inscriplioii^  de  |-"l(iii;illc  ci  de 
,hi!?leiivillc,  uii  Milhrueiim  en  ce  dernier  lien,  ViKiuuniunilc: 
de  Poulsenr  (|ni  n'est  ])eiit-ètre  (iiTun  cadeau  de  noces 
d'antan,  rexliaordinaii-e  Aase  de  hi-onzci  de  Ilci-sfal  '') 
avec  sa  suite  (U'  i)hilosoplies  (dassiques  et  sa  sarabande 
de  débauchés,  rinl'inic^  collection  d'objets  romains  recueil- 
lis à  Tongrcs,  le  buste  de  l'Atys  l'unéraire  de  \'ervo/  *)  de 
style  gréco-romain,  tout  c(da  nt)us  i)arle  d'une  cixilisalion 
directement  importée  de  Rome.  l']t  ([ue  dire  de  tous  ces 
tumuli  ou  tertres  fnnéraires,  qui  marquent  de  tant  de 
points,  en  îlesbaye,  notre  frontière  du  septentrion,  et  ([ui 
sont  généralement  antérieurs  au  règne  de  Marc-Aurèle  ? 
Ces  découvertes  nous  parlent  de  l'histoire  du  Ifaut- 
Empire,  et  c'est  chose  naturelle  de  les  rattacher,  chez 
nous,  à  l'influence  de  Cologne,  où  était  l'autel  de  Rome  et 
et  d'Auguste,  et  (|ui  l'cprésentait  l'action  purement  latine 
des  camps  romains.  C'est  la  colonie  Agrip])inienne  sur  le 
Rhin  qui,  croyons-nous,  a  créé  Tongres  en  la  donnant 
comme  cité  à  notre  pays,  englobé  finalement  dans  la 
Germanie-Inférieure,  alors  (ju'il  faisait  primitivement 
partie  de  hi  Bel gica. 

Certes,  (diez  nous  les  découvertes  sont  plus  rares,  nuiis 
les  beaux  objets  ont,  d'une  manièi'c  indéniable,  un  cai-ac- 
tère  purement  romain;  si  les  trouvailles  sont  plus  fré- 
quentes dans  l'Ardenne  du  Sud,  en  Trévirie,  elles  portent 
la  marque  —  très  intéressante  d'ailleui's  —  d'un  ai-l 
romain  transformé  par  l'élément  national,  et  ce,  sous 
l'influence  de  la  vie  à  Trêves  au  temps  du  Bas-Empire. 

S'agit-il  seulement  des  collections  qui  forment  le  fond 
commun  des  Musées  archéologiques,  nous  ne  fatiguerons 
]ias   le   lecteur   par    l'énumération     de    catégories    (|u'on 

f  )  Biillt'lin  (le  I  Insliliil  itrclu'ologiqiw  lit'geois,  i.  XXIX,  i"'  liv. 
notice  <leJ.  E.  DKAfAiriKAi  . 

C-)  V   plus  loin  LK  COMJROZ. 


-  84  - 

1-etrouve  aussi  aillLMirs.  ("est  invoquer  uu  autre  ai-<;uiueiit 
historique,  que  de  eoustater  l'étendue  du  clianip  des 
tr(»u vailles.  La  earte  archéologique  eonnne  du  pays  lié- 
geois, ])oi'tait  déjà  le  nom  d'un  grand  nombre  de  localités 
helgo-roniaines;  on  est  à  même  aujourd'hui  (')  de  lui 
ai)i)orter  de  nouvelles  contiibutions,  et  cette  liste  sera 
cont  inuée. 
Hiiy  Hu3'  '■)  sis   snr  la   Meuse   en   une   admirable   position, 

et  le  Condroz,  garde  avec  son  fort  l'entrée  du  C'ondroz  par  la  vallée 
du  Iloyoux  ;  or,  le  Condroz  (pii  s'étend  à  l'arrière,  fut 
de  l'Ardenne  occidentale  une  des  contrées  (jui  subirent 
le  ])lus  l'action  l'omaine. 

L'Iiistoii-e  de  II uy  môme,  au  t(Mnps  des  Belgo-romains, 
est  une  de  celles  (pie  l'on  pressent  plutôt  qu'elles  ne  sont 
ai)])uyées  d(^  documents  précis. 

Dans  l'ari-ondissement  de  notre  intéressante  ville  de 
Iluy,  on  a  trouvé  de  nombreuses  monnaies,  datant  sur- 
tout du  Bas-Empire,  de  (Jallien  aux  deux  ^"alentiniens. 
l*roclie  de  la  ville,  non  loin  du  château  de  Beaufort, 
dans  la  grotte  du  Trou-Manteau,  à  Bas-Oha,  à  Modave, 
des  monnaies  cncoi-e  ;  une  sépulture  à  Ben-Ahin,  et  à 
5oo  mètres  de  là  les  restes  d'une  officine  métallurgi([ae 
et  encore  des  monnaies.  Enfin,  et  nous  sommes  là  au 
l)oint  culminant  du  territoire  comme  de  l'histoire  hutoise, 
l'effigie  de  Probus  a  été  rencontrée  sur  un  petit  bronze 
bien  consci'vé,  sortant  d'une  ti'anchée  des  fondations  du 
foi-t.  Bien  mieux,  Maurice  de  Neufmoustier,  chroniqueur 
liutois,  ])remier  en  date  i)uis(pril  écrit  au  xiii»^  siècle,  nous 

(1)  Sonmaj^ne,  Aiig:leur,  Cliau<lfoiitaine,  Ti-ooz,  Fraipont,  Ver- 
viers,  Wej^fuez,  Liinbourg,  Baelen,  Lambermont-Baeleu,  Sart,  Tilff, 
Beaufays,  Lincé,  Sprimont,  La  Reid,  Béco-La  Reid,  Aywaillc,  Stou- 
inout,  Xlioris,  Ferrières,  Eriionheid,  Lorcé,  Basse-Bodeux,  Lierneux, 
Eiigis,  l'iône,  Aiiiay.  Bas-Oha. 

(^)  Annules  dn  Cercle  Initois,  t.  T,  v^  liv.,  ]>]).  (i;,  lâ;  et  285  ;  2^  liv., 
p.  2'J8 


-  8"  — 

fait  connaiirr  que  dv  sou  temps,  vu  l'ouillaut  les  uuii-s 
du  cnslniin  ou  cliâteau  (.'),  on  y  trouva  clos  pièces  d'argent 
dont  il  garde,  dit-il,  l'une,  à  l'elïigie  d'Antonin  le  Pieux. 
VA  notre  elironiqueur  de  raeonter  eoninient  l'empereur 
était  venu  en  personne  à  Huy  pour  y  élever  nn  château 
non-])areil.  Sans  voir,  eonmu'  le  moine  de  Xeui'moustier, 
dans  la  pièce  d'Antonin,  un  jeton  de  présence,  on  i)eut 
tenir  l'ompte  de  cette  tradition  rappelant  nn  ancien 
caslellinn  ;  et  ce  n'est  point  un  de  ces  faits  qu'on  invente, 
que  la  découverte  d'un  dépôt  de  monnaies  du  Hant-Empire 
sur  la  hauteur  historique. 

Le  site,  d'ailleurs,  confirme  la  supposition  d'un  fortin 
au  confluent  du  Hoyoux  et  de  la  ]\leuse  :  l'utile  ruisseau 
avec  le  fleuve,  plaçait  le  fort  dans  un  angle  isolant,  suivant 
la  formule  traditionnelle  ;  enfin,  de  Xamur  au  pays  de 
Liège,  là  était  le  passage  de  Meuse  le  plus  praticable, 
mettant  en  communication  le  Condroz  avec  la  grande 
voirie  de  la  Hesbaye.  Probablement  le  vieux  pont  de  lluy 
est-il  la  preuve  solide  d'un  ])lus  ancien  état  de  choses. 

Quant  au  territoire  des  Condruses,  il  était  ancienne- 
ment plus  étendu;  mais  c'est  la  partie  à  la  fois  montueuse 
et  fertile  du  Condroz  d'aujourd'hui,  qui  fut  surtout  roma- 


(1)  Gn.l.KS  d'Ouvai.,  Montim.  Germ.,  SS.,  t.  XXV.  p  iS,  texte  inter- 
cale <le  Maurice  de  Xeiifmoiistier,  suivant  les  tonnes  de  la  jmbli- 
calit)n  <le  J.  Brassixxe,  dans  le  Bulletin  de  la  Soc.  d'art  et  d'/iist. 
de  Liège,  t.  XII,  p.  i3o  : 

«  Ibi  j>ostinodiini  iwstris  tenrporibits  circa  fiiiidaïuenla  niiiroriiiii 
dnm  quidam  casn  foderent,  inrenti  sunt  nununi  argentei  ex  qiiibus 
uiium  Jiabemus  habeiitem  yniagitieni  ipsiiis  Caesaris  et  superscrip- 
tionein  in  hune  modum.  Erat  caput  optime  factum  in  niedio  nunimi  et 
in  circuitu  capitis  scriptum  :  Antoninus  i<piisiiinius  »  (sie  i  iniperator.  » 

—  Cohen,  Médailles.  II,  p.  27;)  : 

Antoninus  aag-.  pins  imp.  II,  Antoninus  aug-,  pins  p- p.  trib.  pot., 
XXII. 

Antoninus  aug.  plus  pp.  et  autres  pièces  aualogues. 


—  80  — 

niscc,  et  cela  d'uiitanl  pins  rai'iltMnent  que  l'ancienne 
peuplade  fit  sans  combattre  une  i)rompte  soumission. 
Le  pays  maintint  cette  avance. 

Une  inscription  nous  montre  que  sous  la  domination 
romaine,  le  territoire  portait  déjà  le  titre  de  pagiiH  (ou 
canton)  Condriistis,  qu'il  garda  au  moj'en-âge  (pag-iis  con- 
driistincnsis  en  746).  La  même  inscription  mentionne  une 
déesse  particulière,  commune  cependant  aux  localités 
rhénanes,  Viradesthis  ('),  dont  le  nom  se  retrouve  sur  une 
pierre  aujourd'hui  déposée  au  Musée  de  Darmstadt. 
La  dédicace  de  la  nôtre  est  faite  par  des  soldats  du  pays, 
servant  en  Ecosse,  à  Birr(nis,  dans  la  11'  cohorte  des 
Tongres. 

Sui'  les  confins  des  Condruses,  une  pierre  funéraire 
trouvée  en  un  lieu  dit  Rome,  près  Durbuy,  a  conservé  les 
traces  de  noms  de  femmes  (■),  et  c'est  un  fait  significatif 
qu'il  y  ait  eu  là,  en  pleine  Ardenne,  une  villa  ])ortant 
pareil  nom. 

Le  sol  du  Condroz  fut  d'ail lenrs  couvert  de  villas,  dont 
on  retrouve  partout  les  débi'is;  et  l'on  peut  voir  souvent 
de  ces  emplacements  successii's  où  la  nature  de  la  végéta- 
tion, i'ai-(^  et  plus  vite  desséchée,  décèle  des  sièges  d'éta- 
blissem(mts  belgo-romains.  Du  pont  d'Ombret  partait  une 
grande  voie  vers  Arlon;  elle  apparaît,  disparaît  et  on  peut 
la  suivre  encore  de  villa  en  villa,  à  Outrelonxhe,  Strée, 
liamelol,  Terwagne,    Clavier-,    l^onsin,   Somnieleuse.    Sur 


(')  Deae  Vinideslhi  pagns  Coiidriislis  itiili(liins)  in  coliforle)  Il 
7'nngTo(riuii)  siib  Si\l\i)\i\n  \A\iisj)ife  jtnn'ffcclo)  \f\ecit.  —  C.  I.  L., 
VII,  107:5. 

On  trouve  la  inêine  invcK-atioii  à  VeelUen  ,  v.  ci-dossus,  LES 
TONGRES. 

(-)  C.  I.  L.,  XIII  3G:}o.  I).  M.  Loi.  Aciliae  Coinplae  Hers...  — 
Wll.THEl.M,  Op.  cit.  p.  829  :  i(  Aciliaram  usilatissiniim  Komanis  mulie- 
ribus  noinen,  iili  et  Lolliariim  et  Ilersiliariun,...  ui}iciin}  a  Conisae  » 
iifiioturn  ».  fad  Uurbutuiiij. 


—  ^^^7  — 

cette  (lislaucc  (riinc  vingtaine  de  kiloinètros,  la  route  est 
coupée  par  huit  diverticules  reliant  les  unes  aux  autres 
eomnie  aux  rives  de  la  Meuse  et  de  l'Ourdie,  toute  une 
suite  de  villas  sises  à  proximité  l'iiue  <le  l'autre.  Dans  ee 
seul  (|uadrilatère  eoudi-usieu,  ou  eu  a  eoui])!!'  di\-liiiit, 
eu  luéuH'  leuips  (ju'ou  y  a  relevé  liui(  (lunuli  (').  A  con- 
stater les  niênu's  faits  sur  une  plus  gi-ande  étendue,  la 
statistique  pourrait  se  sentir  découi-agée,  et  autant  vau- 
drait presque  la  remplacer,  sur  une  carte,  par  ces  hachures 
(pii  mar(pu'nt  la  i^randc  densité  de  la  ])()pulati()n. 

Une  dédicace  iiJ(iipiter)  0{ptinuis)  M{Hximiis),  au  grand 
dieu  romain,  retrouvée  à  Cin(\v,  garde  tout  sou  sens  et 
peut  valoir  })our  tout  le  pays. 

C'est  remonter  encore  bien  plus  loin,  à  un(^  jjériode 
antérieure  à  l'ère  belgo-romaine,  (pie  d'examiner  à  propos 
de  Huy,  l'onomastique  ou  nomenclature  de  localités 
voisines.  On  retrouve  là  des  noms,  analogues  ou  aulres, 
(pii  arrivent  jus<pi'à  nous,  faisant  parler  encore  nos  popu- 
lations i)riuiit  iv<^s  ;  ils  api)artieunenl  aussi  àriiistoire  des 
Belgo-romains  ([ui  les  ont  consei'vés.  'l'andis  cpi'à  l'autre 
côté  de  la  ]\I(Mise,  coule  l'antii^ue  Mahanna  (document 
de  looG)  ou  Méhagne,  les  vocables  //oj-^.s'-iloyoux, 
Hoyuni-\l\\y,  se  sont  multi]>liés  dans  la  graude  vallée 
comme  aussi  en  Famenne.  liien  n'est  plus  ancien  (pie  les 
noms  des  cours  d'eau,  ils  sont  comme  on  dit,  plus  \ieux 
rpie  les  chemins  ;  et  il  faut  reconnaître  que  les  C(dtisans,  ou 
les  chercheurs  cui'ieux  de  toponymie,  peuvent  faire  ici  (*) 
une  récolte  d(^  vocables  (pii  nous  conduisent  à  une  proto- 
histoire, (^t  dont  praticpieimuit  doit  tenir  compte  la  géogra- 
phie de  la  Belgi(pie  romaine. 

(')  Ces  renseigneinonts  sont  tii'ôs  (rniio  cai-Uï  inamiscM-ito  di-essée 
par  M.  Firiniu  Ilénaux,  instituteur  et  membre  corresi)on(lant  de 
l'Institut  archéologique  liégeois.  Nous  l'avons  suivie  sur  ])lace. 

(-)  Toponymie  namuroise  de  C.-G.  Roi.ANi),  dans  les  Annules  de 
la  Soc.  arch.  de  Xamiir,  t.  XXI II,  pp.  i4'J  <'t  i<)H. 


-  88  — 

Hoi(iis),  le  niisscan,  a  donné  son  nom  ù  la  première 
bonrgade  de  lluy,  Oyni,  Iloy(iim),  et  a  pris  plus  tard 
senlement  la  forme  diminntive   Hoioliisi^). 

Hiiia,  la  Houille,  l'affluent  de  la  Meuse  à  Givet,  vient  de 
Gedinne  ("). 

Hoioliis  est  encore  le  ruisseau  de  Sanison  ou  Ilouyonx  (^). 

Hoyoliis,  le  Hoyoul,  est  un  affluent  de  la  Meuse  à 
Namur  {*). 

Il  y  avait  sur  ce  ruisseau  trois  localités  du  nom  de  Huy 
(1245).  La  monotonie  remarquable  d'une  langue  encore 
pauvre  se  répète  :  la  même  appellation  i-ègne  dans  la 
Famenne,  où  elle  se  multiplie  comme  dans  la  vallée  de  la 
Meuse.  Hoiiis  prend  la  forme  finalement  de  Ilileaii, 
Ilii-li-aiwe;  de  Hiilsonniaux  (Hii-les-oiieals,  les  aulnayes), 
de  Hoiiyet  ;  de  Hoyoïix,  affluent  du  ruisseau  de  Cortil- 
Wodon  ;  le  même  vocable  a  servi  probablement  d'appella- 
tion au  ruisseau  aujourd'hui  anon3ane,  qui  se  jette  à 
Lessive  dans  la  Wimbe,  cette  antique  Vemera,  d'un  docu- 
ment de  943,  laquelle,  de  Ilaut-Fayt,  vient  à  Yillers  se 
jeter  dans  la  Lesse. 

A  ])eu  près  dans  les  mêmes  conditions  que  Huy  avec 
son  fort,  Dinant  avec  son  rocher,  se  présente  tout  d'abord 
sous  la  forme  d'uu  vocable  préromain,  Deonant  ('')  et  on  a 
retrouvé  là  des  restes  des  divers  âges.  Une  voie  bolgo- 
ronniine  venant  de  Bavay  rencontrait  la  Meuse  sous  Dinant, 
et  de  là  un  embranchement  reconnu,  peruium  le^itiinuin, 


(')  (lin  vico  Hoio  super  fliiniiim  cjnsdem  nominis  Iloio  »,  dit  un 
document  de  l'an  87'). 

{"]a  In  loro  noncupante  Landricum  cnwpiim  siijter  fltiiuiiin  Iliiia», 
suivant  une  cliarte  de  Stavelot,  924. 

(•^)  K  Super  Iloyolnm  juxta  vastruni  de  Sanison  »,  doc.  de  i25'5. 

(•*)  «  In  Naniuco  in  vico  qui  dicitur  Hoyolus  )\ 

{'')  Deonant  se  lit  sur  un  triens  mérovingien.  — «  In  nico  Deonanli  >i 
(Ch.  de  Stav  824).  —  « //i  Dionanle  caslro  n  (Id.,  744'- 


-  89  - 

(Ch.  de  Slau.,  S2\),  se  dirigeait  vers  lliiy,  iiii  autre  sur 
Cologne. 

Les  antiquités  diverses  retrouvées  à  Ciney  ou  Ceiina- 
cnm  C,  et  dé])()sées  au  Musée  de  ISTaïuur,  méritent  une 
mention  partieulièi-e.  Des  monnaies  d'or  gauloises  sont 
sorties  du  sol  :  pareilles  trouvailles  nous  reportent  au 
temps  des  Condrusi.  Avant  de  formel-  la  capitale  efl'eetive 
de  notre  aneien  Condroz,  les  établissements  belgo-romains 
de  Ciney  ont  eu  sous  l'Empire  une  importance  assez  consi- 
dérable. On  a  découvert  dans  le  quartier  de  la  ville  dit 
de  St-Qu(^ntin,  des  substructions  romaines  et  des  monnaies 
dont  les  dates  vont  du  temjjs  d'Auguste  à  celui  de 
Caracalla,  datant  de  l'an  14  à  217  de  notre  ère.  En  l'an 
i85o,  i5o  pièces  romaines  formaient  le  médailler  de  la 
commune.  Un  cimetière  du  ii^  siècle  a  été  reconnu  ;  notons, 
parmi  les  objets  mis  au  jour,  un  poids  romain  de  quatre 
livres,  le  qiiadriissis,  en  pierre,  un  cachet  et  un  encrier 
romain  —  c'est  un  godet  à  couvercle,  de  la  forme  des 
nôtres  — .  Dans  les  environs,  on  retrouve  des  traces  d'une 
ancienne  exploitation  de  marne,  et  des  découvertes  inté- 
ressantes ont  été  faites  fréquemment,  notamment  à 
Mossée,  et  surtout  près  d'une  antique  villa,  à  Barcenne. 

Nous  laisserons  ces  détails  i^our  nous  arrêter  devant  les 
débris  de  pierres  travaillées  à  Yervoz  (Clavier)  ;  ils  sont 
encore  de  ceux  qui  prouvent  que  l'on  peut  faire  chez  nous 
quelque  extraordinaire  découverte,  intéressant  l'antiquité 
classique.  La  i)lus  belle  pièce  est  un  buste  d'Atys,  dans 
l'attitude  du  pensiero  et  dont  la  composition  comme  les 
traits  procèdent  des  traditions  du  grand  art  gréco-oriental; 
ils  dénotent  la  main  d'un  praticien  étranger  ou  d'un  habile 
imitateur  travaillant  à  quelque  monument  funéraire. 


(')  "  In  loco  qui  lUcLtiir  Ceunaco  »,  doc.  de  looG.  —  Ou  a  rapijroché 
le  vocable  du  nom  d'homme  Ceiinns  mentionné  dans  une  inscrii)tion  : 
C.  Julio  Ceuni  f(ilio).  —  C.  I.  L  ,  III,  2900;  C.-G.  Roi-AND,  ouv.  cité,  s.  v. 


—  9') 


Cotti'  l"i<;iir('  symlx)- 
]i([U(',  de  graïKk'iir  na- 
turelle ,  se  dégage  en 
relief  d'un  troueou  de 
colonne  cannelée.  Elle 
fait  partie  aujourd'hui, 
avec  d'autres  fragments 
recvu'illis,  des  collec- 
tions du  musée  arcliéo- 
l()gi(|U(^  liégeois,  où  elle 
a  été  étudiée  ('). 

L'ensemble  des  dé- 
bris mérite  d'autre  part 
une  mention  particu- 
lière: on  en  peut  éva- 
luer le  nombre  à  5oo  au 
moins.  Parmi  les  repré- 
sentations de  formes 
lunnaines  on  distingue 
aussi  un  buste  de  grande  allure,  avec  une  cuirasse  et  un 
manteau  flottant  aux  épaules  :  un  mascjue  imberbe  brisé  à 
la  hauteur  des  yeux,  des  fragments  de  tètes,  pieds,  jambes 
et  vêtements,  de  différente  mesure,  et  ne  ])ouvaut  se  rap- 
])orter;  des  animaux:  un  cheval  dont  la  tète  a  disparu,  une 
griffe  et  un  muffle  de  lion  ;  de  plus  nous  comptons  les  pièces 
d'une  corniche  angulaire  et  cinq  fragments  de  larges  dalles 
sculptées  en  écailles,  de  la  forme  des  ardoises  dites  en 
(jueue  de  [)aon,  forinu  pnooncR  ;  i5()  fragments  d'ornemen- 
tation architecturale,  oves,  feuilles  d'acanthe,  volutes, 
chapiteaux  ioniques,  deux  tronçons  de  colonne  cannelée. 
D'une  inscription,  il  reste  seulement  en  beaux  cai'ac- 
tères  XO('). 


(')   liiiUetin    de  llnst.  urrlœol.    lic-ii-  , 
Fr.    CUMONT. 

('-)  C.  I.  L.,  XIII,  3G19. 


(.    XXIX,    pj).    aV;:^,  art.  de 


—    r,I    - 

(^iTy  en(-il  au  juste  à  Wtvoz?  Xous  ne  savons.  L'n  grand 
monument,  plusieurs  monnmonts,  un  ehantior  simplemont 
où  (les  ])ratieiens  taillaient  le  calcaire  do  LongNvy  à  la 
demande  des  propriétaires  des  riches  villas,  n()mbreus(;s 
en  ces  parages?  Tonjonrs  est-il  qne  le  champ  des  décon- 
vertes  est  considérable,  le  sons-sol  est  rempli  d'éclats,  et 
aucune  des  pièces  travaillées,  de  mesures  si  diverses, 
ne  porte  trace  de  ciment  ni  d'assemblage.  Ce  sont  là 
plntôt  les  signes  révélatenrs  d'nn  atelier. 

Proche  de  ces  lieux,  nous  avons  vu  retirer  des  restes 
d'une  villa,  notamment  une  série  d(^  petites  boules  de  terre 
cuite  (dix  sept  en  nombre)  portant  chacune  en  intaille  un 
chiffre  romain  :  ces  calciili  servaient  soit  à  quelque  jeu 
sur  une  tabula  liisoria,  ou  bien  à  compter  sans  style  ni 
tablettes  ?  A  l'étranger  où  il  s'en  est  rencontré,  au  musée 
de  Bonn,  on  croit  plutôt  à  des  pièces  de  jeu. 

Les  fouilles  fructueuses  se  continueront  sur  cette  terre 
condrusienne,  particulièrement  désignée  à  l'exploration 
liégeoise.  Ainsi  se  complétera  la  carte  de  notre  pays  belgo- 
romain  (')  déjà  bien  constituée. 

La  nomenclature  des  cours  d'eau  fournit  un  comi)lémcnt 
nécessaii'c  aux  recherches  archéologiques.  Bien  qu'on  ne 
puisse  remonter,  dans  les  documents  authentiques,  plus 
haut  (|ue  le  moyen-âge,  les  noms  des  ruisseaux  du  Condroz 
nous  viennent,  comme  bien  d'auti'cs,  de  plus  loin;  radical 
et  suffixe  témoignent  de  la  haute  antiquité  de  leur  origine. 

L'Ourthe  —  Urla  ou  Orta  —  constitue  la  frontière  oi-ien- 
tale  du  Condroz  actuel  ('■). 


(')  Contributions  à  la  carte  : 

IjCs  Avins,  Marc-liin,  Oiirict,  Ol-Ikuh,  Tinlol,  Tavicr,  Vierset, 
Vyle-Tliaroule:  Outreloiixlie,  Bonsin,  Vervoz,  Strée,  Xandriii, 
Anthisne,   Ciney,  Mossée,  Barcenne. 

(")  ((Intel-  Urtam  et  Letiain»,  xne  siècle,  (entre  Ourllie  et  Lesse). 
l^e  Orta  dérive  Orlao  ou  Oriho. 


—  92  — 

L'Ourtlie,  qui  rcroit  à  Fronville  VEdera,  l'Eure  en 
Famenne,  (doc.  de  1008),  a  aussi  pour  affluent  à  Petit- 
Han,  la  Siiminara,   la   Somme  ('). 

Quant  au  Xéblon,  affluent  à  Hamoir,  c'est  VEinblon 
d'un  document  de  i3i5,  et  C.-G.  Roland,  qui  dans  sa 
Toponymie  namiiroise  a  rendu  de  grands  services  à  la 
géograpliie  spéciale  de  l'Ardenne,  rapproche  le  vocable 
d'un  radical  pareil,  Amel  et  Amblava,  l'Amblève. 

Comme  le  Hoyoux,  dont  nous  avons  parlé,  un  impor- 
tant cours  d'eau  condrusien  se  jette  dans  la  Meuse  à 
Yvoir.  Il  a  pris  un  nom  vulgaire  :  le  Bocq,  mais  il  en 
a  porté  un  autre,  des  plus  anciens  :  c'est  celui  de  Paiileia, 
Paulegia,  Poleia  {-).  Le  nom  a  rappelé  celui  que  poi'tait 
la  Hogne,  Poleda,  près  du  cliàteau  de  la  Hogne,  dit  de 
Log'ne. 

Autres  affluents  :  le  Lenio  à  Leignon,  venant  de  Ciney, 
{Ch.  de  Sfay.,747)  ;  VArua,  l'Erve,  ancienne  dénomination 
du  ruisseau  de  Crupet,  mentionné  en  i368. 

Les  monnaies  romaines,  ici  aussi,  comptent  pour  bonne 
part  dans  les  trouvailles,  et  leur  abondance  démontre 
l'étendue  de  la  circulation;  une  étonnante  variété  de 
pièces  dans  la  même  main  peut  témoigner  d'un  degré  de 
culture  particulier.  Le  sol  de  la  Belgique  orientale  porte 
un  peu  partout  l'empreinte  des  effigies  impériales,  et  c'est 
un  sujet  d'étonnement  singulier  pour  le  paysan  ardennais, 
économe  par  définition  et  par  nature,  de  voir  le  sol  qu'il 
cultive  rendre  parfois  au  jour  tant  d'argent  perdu...  tant, 
que  l'on  pourrait  croire  à  la  disparition  subite  et  sur 
place,  d'une  population.  En  effet,  de  brusques  invasions, 
la  panique  ou  la  surprise,  expliquent  l'abandon  ou  la  perte 


(')  «  In  psffe  Condiistrino  duo  waiisa,  super  aqiiain  Siiniinara  », 
Chartes  de  Stanelol-M al medi ,  \)\i\. 

i-)  ((in  villa  Halogis  (Halloy^  super  fluvio  Pauleia  n^  S;;")  (Mox. 
Gkrm.,  SS.,  t.  VIII,  ]).  240). 


-  9^  - 

d'une  pareille  quantité  de  numérairt'.  Les  pièees  sont- 
elles  éparpillées  sur  le  sol,  là  s'est  déroulée,  au  moment  de 
la  fuite,  quelque  seène  d'épouvante;  les  trouvc-t-on  amon- 
celées en  quelque  cachette,  ce  fut  à  l'annonce  d'une 
invasion  prochaine  répandue  sur  un  territoire  dont  l'aire 
est  ainsi  déterminée.  De  suivre,  comme  à  la  ])iste,  les 
découvertes  de  trésors  cachés,  fut  vite  de  nos  jours  un 
moyen  (')  reconnu  de  déterminer  l'effet  des  invasions 
germaniques  dans  les  Gaules,  celles-là  n'eussent-elles  pas 
d'autre  histoire. 

En  effet,  fournissant  une  sorte  d'argument  à  jjostcriori, 
la  monnaie  la  plus  récente  date  l'invasion  qui  était  proche, 
et  la  ligne  des  trésors  découverts  avec  les  ruines,  indi(|U(' 
l'itinéraire  des  destructeurs. 

11  est  intéressant  de  constater  par  là  l'effet  d'une  roma- 
nisation  qui  fut  générale  :  on  a  retrouvé  de  ces  cachettes 
dans  chacune  de  nos  provinces  belges  d'aujourd'hui, 
notamment  une  vingtaine  dans  le  Hainaut,  dix-neuf  dans 
la  province  de  Namur,  toute  une  série  dans  celle  de 
Luxembourg,  trois  près  de  Tongres,  neuf  dans  la  province 
de  Liège  (').  Déjà  on  a  pu  tirer  des  conclusions  de  cette 


f)  Cajot.  Les  trésors  de  monnaies  roniuines  de  la  prouincc  de 
Xamur.  dans  les  Annales  de  la  Soc.  arc/i.  de  Xanmr,  t.  XIV,  1H77. 

A.  Bl>AXCHET.  Les  trésors  de  monnaies  romaines  et  les  incasions 
germaniques  en  Gaule   Pai'is,  1900.  —  V.  page  275. 

(-)  y.  l'article  i)ublié  par  Lrcn-:N  Rkxard,  dans  la  Renne  belge 
de  numismatique,  année  lyoïi.  Ces  dépôts  sont  ainsi  repartis  : 

A  Jupille  :  3,5oo  pièces  d'argent,  de  Néron  à  Pliilipi»e  I. 

Tilff'  :  3oo  pièces  environ,  Gordien,  Salonin  et  Posthume. 

Modave  :  1,200  pièces,  Alexandre  Sévère  à  Gallien. 

Avennes  :  87  monnaies  coloniales  lEgypte)  et  83  pièces  rom,  de 
Claude  II  pour  la  plupart. 

Juslenville  :  Go  pièces.  Magnence  et  Décence. 

Gives  (Ben-Ahin)  :  2.{\\  monnaies  dont  if)2  de  types  différents. 
Se])time-Sévère  à  Postume. 

Petit-Rechain  :  54  pièces,  Pupien  à  Gallien. 


-  94  - 

stalisli(jiu',  cil  ce  (jiii  nous  concerne.  Plus  de  la  moitié  des 
dépôts  datent  du  troisième  quart  du  iii^  siècle  et  impliquent 
une  série  d'invasions  pendant  nne  période  de  troubles 
intérieurs.  Voilà  pour  la  date  et  le  fait;  et  en  ce  qui  regarde 
le  terrain,  c'est  surtout  sur  la  rive  droite  de  la  Meuse  que 
le  pays  a  souffert,  notamment  dans  le  Condroz.  Il  va  de 
soi  que  plus  le  territoire  était  riche,  plus  nombreux  et 
importants  étaient  les  dépôts;  et  l'on  ne  connaît  encore 
l'existence  de  ceux-ci  que  sur  quelques  points... 

Les  derniers  dépôts  effectués  ne  comprennent  plus  que 
quelque  maigre  pécule,  celui  du  pauvre,  finalement 
au  V  siècle,  il  n'y  a  plus  rien. 

Temps  malheureux  C^,  invasions  et  dépôts  cachés,  tout 
se  lie.  Les  noms  de  Maximin,  des  Gordien,  Pupien  et 
Balbin  rappellent  aux  nombreux  détenteurs  de  pièces  de 
monnaies  éparses  ou  accumulées,  les  débuts  d'une  ère 
troublée  par  ranarchie  militaire;  c'est  le  règne  alors  des 
Trente  tj^'ans,  ainsi  qualifié  du  nombre  des  compétiteurs 
prétendant  à  la  direction  des  affaires  de  la  (Jaule,  et  se 
donnant  divers  titres.  C'étaient,  au  fond,  des  empereurs 
provinciaux,  visant  à  établir  l'union  de  la  Gaule,  de 
rEs])agne  et  de  la  Bretagne;  mais,  la  sécession  n'avait  rien 
d'indigène,  on  prétendait  être  romain  sans  Rome,  et  nos 
contrées  n'eurent  à  prendre  que  leur  part  des  malheurs 
publics. 

Au  milieu  des  querelles  intérieures,  il  fallait  encore 
lutter  contre  les  empereurs  de  Rome;  et  les  Barbares,  non 


U'iissei^es  :  polit  dépôt  de  6  pièces  italo-j;i'ec(jues,  i  ^hirc-Aïu-èle. 

Vcrvaz  (Claviei')  :  <j8  i)ièces,  Auguste-Arcadiiis. 

Innombrables,  en  général,  sont  les  monnaies  en  bronze  de 
l'ostunie,  Tétricns,  Claude  II,  Aurélien  et  Probus  ;  celles  de  Gallien, 
des  trois  Gordien,  Pupien,  Victorinus,  sont  communes  ;  assez  rares 
les  pièces  de  Laelianus  (Inip.  Caes.  Cornélius  Laeliamis  p.  f.  Aiig), 
et  de  Tacite  (275-270). 

(1)  Cf.  Blocu,  onv,  cité,  pp.  253-268. 


—  9; 


contenus,  ])ùn(''trèi-('iit  vers  257:111  cdMir  «le  ri'lmpirr,  les 
Alainaiis  dans  le  XoimI  de  l'Italie,  les  Francs  juscj^iTcn 
Espagne.  Des  dépôts  de  monnaies  se  retrouvent  dans  tous 
les  départements  du  centre,  de  la  Bourgogne  au  Finistère. 
Postumc  vainquit  les  Francs,  et  si  l'Etat  gaulois  ne  sut 
pi"évenir  les  invasions,  il  eut,  au  moins  1(>  mérite  de  les 
refouler.  L'ordre  Fut  donc  rétabli,  et  à  écout(U"  encoi-e  ce 
que  disent  les  monnaies,  la  prospérité  revint,  car  si  les 
bronzes  de  Postume  sont  frustes,  les  pièces  d'argent  et 
d'or  décèlent  le  fin  métal  bien  frappé.  Des  médailles  le 
(lisent,  Xeptune  était  revenu  (Neptiino  rediici),  et  le  Rliiu 
laissait  couler  paisiblement  les  ondes  de  son  urne  :  on 
crut  à  la  paix.  Après  le  meurtre  de  Postume  et  de  son 
fils  (267)  paraissent  et  disparaissent  tour  à  tour  Laelianus 
et  Marins,  Victorinus,  puis  c'est  Victoi-ina,  cette  Zénobie 
de  l'Occident,  dont  on  retrouve  l'image  en  Victoria,  avec 
la  légende  Cornes  Augiisti  (Victorinus),  Adjiitrix  A  ugusti, 
Aug'iistH,  Mater  castroriiin  (').  Sans  revêtir  la  i)()urpre, 
elle  exerça  le  pouvoir  au  pi'ofit  d'une  stabilité  qu'elle 
cliercha  à  maintenir  après  la  mort  de  son  fils  et  de  son 
petit-fils;  elle  s'adressa  à  Tétricus,  qui  fil  un  essai  de 
gouvernement  civil.  Celui-là,  découragé,  livra  —  Claude  II 
étant  mort  —  son  armée  à  Aurélien  :  c'était  la  fin  de 
l'empire  gaulois,  juscpi'alors  soutenu  par  les  soldats, 
lesquels  aimaient  à  rester  dans  le  pays. 

Nouvelle  invasion  des  Germains  après  l'assassinai 
d'Aurélien  (270),  et  le  désastre  égala  celui  de  l'an  257  : 
soixante  cités  de  la  Gaule,  presque  toutes,  furent,  dit -ou, 
occupées  et  saccagées.  Tacite  régiui  quelques  mois,  ])uis 
vint  Probus  qui,  partout  A'ictorieux,  délivra  le  pays, 
assurant  le  Rhin  et  relevant  la  barrière  du  Limes.  Ses 
succès  n'emi^êclièrent  pas  les  vaines  tentatives  de  compéti- 
teurs, Proculus  et  Bonosus.    Finalement,  en  trois  années 

('j  V.   Cohen,    Tétricus. 


-   î)6  - 

oonsccutives,  283,  284,  285,  Probus  périt,  ainsi  que  «es 
deux  fils,  Nuraerianus  et  Carinus.  Ces  trois  assassinats 
terminent  d'une  manière  caractéristique  une  période  de 
troubles  qui  avait  duré  plus  de  trente  ans  (253-285),  jus- 
(^u'à  l'avènement  de  Dioelétien. 

Pénible  à  lire  comme  aussi  difficile  à  assembler,  le 
résumé  de  ces  faits  a  au  moins  l'avantage  de  donner  une 
suite  nécessaire  à  de  premières  considérations  historiques, 
et  imisque  c'est  de  la  période  des  trésors  cachés  qu'il 
s'agit,  souhaitons  en  faveur  des  numismates,  que  l'on 
fasse  encore  quelque  trouvaille  pareille  à  celle  de  ,Jupille('), 
dont  on  ne  connaîtra  jamais  bien  l'importance,  ou  du 
Tiresberg  près  d'Arlon,  où  l'on  compta  3,25o  pièces... 
'J'ant  d'autres  trésors  ont  d'ailleurs  été  découverts  dans 
le  Grand-Duché,  en  plein  Eifel,  dans  toute  la  zone  (-) 
exposée!  Ils  ont  les  uns  ou  les  autres  donné  lieu  à  des 
observations  intéressantes  :  dans  la  cachette  du  soldat  ou 
de  ceux  qui  suivent  les  armées,  les  pièces  sont  de  dates 
rapprochées,  de  vingt  à  vingt-cinq  ans,  et  frajjpées  sous 
les  derniers  empereurs;  tel  trésor  de  cultivateur  ou  colon, 
renferme  des  séries  de  pièces  rappelant  toute  l'histoire 
antérieure  de  l'Empire,  deux  siècles  et  demi.  Il  n'y  avait 
pas  de  démonétisation;  les  pièces  anciennes,  malgré  le 
fort  relief,  sont  les  plus  usées;  toujours  du  bronze  ou  de 
l'argent,  presque  jamais  d'or  —  à  cause  sans  doute  de  la 
difficulté  du  change  —  et  pourtant  les  «  tyrans  »  gaulois 
ont  frappé  de  l'or,  mais  le  métal  précieux  quittait  le  pays, 
emporté  par  les  marchands  et  les  fonctionnaires. 

Enfin,  il  convient  de  quitter  un  pi'éjugé  qui  fait  attribuer 
toute  valeur  aux  pièces  de  monnaies  de  l'âge  classique 
romain  et  négliger  celles  dites  du  Bas-Empire  :  celles-ci 


l'j  Un  Irafîineiit  (linsci'ipUoii  y  a  été  également  (léoouvort,  C.  I.  L., 
XIII,  3(;oS. 

(•-)  V.  i)lus  loin,  GRAND-DUCIllC  et  EIFEL. 


—  <>:  — 

sont  pourlant  les  ]>i('('('s  de  nos  coiil  rrc.s,  rr;ii)[)(''('s  j^éiU'i'ii- 
Icinenl  ù  'J'i'èvcs  ou  en  (Jaiile;  et  e'est  ai)rès  avoir  passé 
l)ar  les  mains  de  nos  Belgo-romains,  (m'elles  rci)araissont, 
chez  nous,  à  la  lumière. 

Peut-être  encore  attachei'a-t-oii  i)lus  de  prix  aux  i-e- 
eherelies  de  ce  genre,  pour  la  raison  (pie  la  jx'riode 
liistoricpie  dont  il  est  ici  (piestion,  est  des  ])lus  ])au\res 
en  textes  authentiques. 

La  partie  de  la  province  de  Xamur  (]ui  a])i)artient  à 
l'Ardenne  géologique,  s'étend  au  Sud-Est,  à  la  haiifeur  de 
Jlocroi,  entre  l'embouchure  de  la  Lesse  et  celle  de  la 
Semois. 

Sur  ce  territoire  on  a  fait  moins  de  trouvailles,  les 
explorateurs  namurois  étant  attirés  ailleurs  ])ar  de  ])lus 
riches  champs  d'exploration.  Ainsi  un  des  caractères 
principaux  de  l'occupation  belgo-romaine  se  trouve  encore 
confirmé  dans  l'ordre  économique. 

La  population  fut  la  plus  dense  dans  la  partie  hesbi- 
gnonne;  elle  abonda  sur  le  territoire  condrusien  comme 
dans  l'Entre-Sambre  et  Meuse,  où  prospéra  la  i)etite 
industrie  métalh;rgi(|ue  et  celle  de  l'émail  ;  enfin  elle  se 
fait  plus  rare  dans  la  haute  xVrdenne  ;  toujours  l'attrait  de 
la  bonne  terre. 

A   Xamur    même,  on    peut    esquisser    l'histoire    d'une      Namur. 
ancienne  bourgade,  d'un  viens  belgo-romain  inqjortant. 

A  l'intérieur  de  la  ville  moderne  des  restes  nombreux 
de  l'ancien  Niiiniicnin  (')  ou  Xainuiuu,  ont  été  retrouvés  : 
dans  le  lit  de  la  Sambre,  le  pied  d'une  statue  colossale  en 


(')  Xaimiciun  se  lit  sur  un  triens  mérovingien.  —  u  Xannicho  féli- 
citer »,  6<)3,  cliart.  de  Stavelot.  —  «  Xunuiituiriuu  castruni  iniiniel)at  », 
Hodottrdi  annules,  ad  an.  gGo.  —  Nanuiv,  Charte  originale  de  i2o4  ; 
Xanuir  et  \anior  dans  les  cliansons  de  gestes  (hi  xue  et  du  xm«  siècle. 

C.  G.  Roland,  ouv.  cité.  s.  v.  On  peut  rapprocher  de  Xamitcunt 
le  village  voisin  de  Xanièche,  où  fut  une  ferme  ou  villa,  Xunieka, 
Xamecca.  doc.  de  I2:>G. 


-  1)8  - 

l)i'()ii/('  '",  une  slatiu'Kc  de  la  h'ordnic  ou  de  l'Alxmdancc, 
(rautres  statiu^l.tes  encore  (lui  sont  des  chefs  d'œuvres  (')  ; 
sur  la  rive  gauche  de  la  Sambre  (dans  les  jardins  de  l'ck^ole 
Saint-Louis),  fut  le  i)lus  ancien  cimetière  helgo-romain,  très 
garni,  car  il  a  fourni  jusqu'à  présent  cent  vingt  tombes 
et  une  centaine  de  vases  ont  été  exhumés.  On  s'accorde 
à  croire  qne  les  habitants  du  virus,  se  trouvant  à  l'étroit 
sur  la  bande  de  terre  qui,  à  l'embouchure  de  hi  Sambre 
s'étend  au  pied  de  la  liante  et  admirable  position  militaire, 
ont  ])assé  la  rivière  et  se  sont  établis  en  partie  sur  la  rive 
gauche,  où  est  l'assiette  principale  de  la  ville  actuelle. 

Kn  face  de  celle-ci,  à  l'autre  côté  de  la  Meuse,  à.Tambes  (^), 
il  y  eut  un  cimetière  belgo-romain.  Un  troisième  cimetière 
s'est  rencontré  au  faubourg  de  Sal/.innes  ;  mais  c'est  dans 
les  mui's  des  bâtiments  de  la  citadelle  qu'on  a  décou- 
vert en  1886  les  cii)pes  funéraires  ou  grandes  dalles  de 
jiierre  ])ortant  à  leur  ])artie  supérieure  les  noms  de 
notables  habitants  du  lieu,  d'il  y  a  dix-sept  on  dix-huit 
siècles.  T^a  lecture  de  ces  ///»//(')  m'  laisse  pas  de  fournir 


f'j  Musée  (le  Xamnr. 

{'-)  Actiu'lloinent  àTiiége. 

(•'j  Jiimeda,  dans  un  doeiunent  de  T134. 

{•>)  XIII  'MJ-2'\.  I)  \M\  Subinns  (!.  —  Insi-riplioii  incomplète,  la  i>ierre 
ayant  été  retaillée  en  clef  de  vonte. 

Il)id.,  'M)'2i.  I).  M.  [(7]«.s.s//js  Powpeiaims  sihi  et  Mallae  iixsori  et 
Tito  l'tlio  nfiniis)  f'fecitj. 

Ibid.,  .'}()24-  ^J-  iM.  Serurinio  Amiuio  patri  Ulp.  Vanaeniae  inalrl  et 
Sernviiii(ae)  Amini(ae)  Vfioi)  f(ecevnnl).  Mediciiae  Delicatae. 

I  l)i(l.  .'iUiiii.  1).  1 .1/  |.  Ilaldaccn  \l\n\iionis  /il(iiis)  sil)(i)  et  Lubaiiii  n.xfori) 
l'ictori  et  J'niilenli  filis  \fecit\.  La  i)iei're  est  à  l'état  de  i'i-ajjfment, 
inconq)lct  et  arijue. 

Il)id.,  ?>i'y2o.  D.  M.  Accepliis  Virtoris  (filins)  sibi  et  Animai  anae 
cofnjjniffi)  et  Viclorio  Virlorino  bfene)/'(iriario)  efonjsfnlari)  /'ratri 
posnit. 

.1  P.  \\Al.TZiN"(i,  dans  le  Mnsée  Belge,  VII,  i()();>,  j»]).  ;]35-349.  — 
C.  1.  L.,  Xill,  n"^  :5G'j(>:i(;iî8  inelus. 


—  'J'J  - 

encore  des  i'enseit;iieineiils  i  iilei-ess;i  ni  l'et;il-ei\  il  hel/^o- 
ronuiin.  Il  s'y  l'cneontre  des  noms  de  l'eninies  :  Mulln, 
\'aniu'niu,  Madiciia,  ou  Aniinn  ;  deux  néo-l;i(ins,  \'i(l()r  el 
Priidens  sont  les  fils  de  parents  donli  les  noms  sont  encore 
barbares,  un  IhiUlncco  e(  sa  temme  Liihuinis  ;  tel  porte 
un  nom  (pii  ra])pelle  l'épcxpie  de  la.  donation  de  la  cité 
romaine, Ca.s.s/».s  Poinpeianiis  ;  enfin  on  remaiMpie  la  (|nali- 
fioation  de  bénéficiaire  du  consul  attribuée  à  un  Mclorius 
Victoi'inus;  qu'était  un  privilégié  de  l'espèce? 

Dans  l'armée  oii  a})p(dait  ainsi  eu  général  ceux  (|ui  par 
le  bénéfice  ou  faveur  dos  chefs,  étaient  i)i"()inus  eu  i^rade  ('', 
chargés  de  quehpie  mission  spéciale,  en  vue  de  hupielle  ils 
étaient  dispensés  du  service  ordinaire.  Déjà,  nous  xoyons 
dans  les  Coninicnlaires  de  César  [-),  (pu'  le  lieutenant  de 
Pompée  Pétrejus  avait  autour  de  sa  ])ersonne,  comme 
gardes  dn  eoriis,des  cavaliers  barbares  «ses  bénéficiaires». 
Toi  aussi,  il  s'agit  d'un  ininiunis  ou  exemi)t ,  décédé  à 
Namnr,  et  où  probablement  il  avait  été  détacdu'  et  occu])ait 
encore  un  ])oste  i)articulier  au  nom  du  légat,  (pii  était  res- 
])onsable  d(^  sa  garde.  Ce  gouverneur  d'ordre  consulaire 
était  celui  de  la  Passe-Germanie  dont  Cologne  était  la 
métro])ole:  le  territoire  dc^  Namur  ap])arlenait  ainsi  à  celte 
])rovince.  T)(^  ipudle  nature  en  géjiéral  était  le  poste  en 
(juestion?. Jusqu'aujourd'hui  on  voyait  bien  ([uc  les  inscrip- 
tions r(devant  la  présence  d'un  bénéficiaire  du  consul 
étaient  trouvées  aupi'ès  de  (juel<[ue  limite  ou  i)assage 
impoi-tant,  mais  la  fonction  même  restait  en  réalite 
inconnue.  A'oici  s(nilement  que  des  études  d'ensembh^  {•') 
])ernjettent  de  ])réciser  davantage  en  atteiulant  un  (-(dair- 
eissement  conq)let. 


(')  VecETIUS,   Iiist.   luiliL.  -J,   7  :  «  bcnefirinrii  nb  ca   upjwUnti  qiiod 
]>ronierentur  beiie/icio  Iribuiiorutii  ». 

['-}  B.  G.,  I,  :'). 

(3)  Parle  i>r()r.*A.  vox  Domas/.f.w  ski  do  l'I'nivei'silé  de  Hcidolbei-^--  : 
Die  lielisjion  iiii  l'iiinischi^n   Ifcere,   W'estd.  Zeilsc/ir.,  XI\'  i  iSn'n  j)]).  <jS 


—    loo  — 

L'établissement  de  pareils  postes  se  rattaelie  à  la  pre- 
mière organisation  militaire  romaine  dans  les  provinees 
eonqnises  et  maintenues  sous  la  surveillance  du  comman- 
dant par  des  routes  toujours  ouvertes  à  l'armée.  Après  la 
l)aeil'ication,  il  fallait  encore  que  les  voies  fussent  libres 
pour  le  service  de  l'intendance,  le  passage  des  troupes,  des 
auxiliaires,  des  fonctionnaires, i)Our  la  circulation  normale. 
Aussi  y  eut-il  des  stations  dont  le  soin  était  confié  à  un 
emploj^é  militaire,  et  cette  sorte  de  cantonnier,  respon- 
sable de  la  libre  pratique  d'une  section,  n'était  autre  que 
le  bénéficiaire  du  consul,  mentionné  notamment  par  l'in- 
scription namuroise.  On  constate  la  présence  d'un  x^areil 
titulaire  sui-tout  à  la  coupure,  la  bifurcation,  à  quelque 
nœud  de  route  militaire,  près  d'un  pont,  à  la  limite  d'un 
territoire.  Dans  ce  dernier  cas,  l'établissement  d'une  sta- 
tion indique  que  le  passage  n'était  pas  absolument  libre. 
Il  est  regrettable  qu'on  ne  puisse  plus  bien  indiquer  l'em- 
placement où  l'on  a  tout  d'abord  relevé  avec  la  pierre, 
l'inscription  de  Namur,  sis  en  un  territoire  où  la  Sambre 
et  la  Meuse  confondent  leurs  eaux  :  là  toute  place  est 
intéressante,  que  ce  soit  à  l 'embouchure  même  de  la 
Sambre,  ou  dans  la  bourgade  à  la  fin  du  chemin  venant 
de  Ceiinaciiin  ou  Ciney  en  Condroz,  ou  bien  au  point  de 
départ  de  la  route  alhmt  à  Peruiaciim  ou  Perwez,  se  souder 
à  la  grande  voie  romaine  de  Tongres  à  Bavay. 

C'est  une  inscription  funéraire  qui  nous  fait  connaître 
chez  nous  le  bénéficiaire  Victorius  Victoriiuis;  ailleurs 
généralement,  ce  sont  des  autels  votifs  dédiés  à  Jupiter 
d'abord,  puis  à  la  divinité  du  lieu  où  était  le  poste,  génie 
topique  bien  connu  sur  place,  aux  déesses  des  carrefours 
Biuiae,  Triuiae,  Qiiudriviae,  suivant  la  voie. 


et  suiv.  ;  et  ibid.  XXI,  fujos)  a""  liv.  :  Die  Benefîciarierposlen  iiml  die 
rùmisclien  Strasscnnefze  ;  le  même,  dans  l'Ai  i.v-WissowA ,  Real- 
Encycl.,  s.  v.  Beiie/icimiiu-. 


—    loi    — 

a  Au  (lien  orf>-nnisnieiir  des  voies  et  des  chemins  »(' ',  dît 
iiièinc  une  inscription  de  la  Grande  Hreta<>ne. 

Le  bénéficiaire,  dont  la  solde  était  ])lns  haute  i|U(.'  dans 
le  rang-,  élevait  tel  ])etit  monument,  sa^ai-de  finie,  stalione 
peracta,  ou  dans  le  eours  de  ses  fonctions,  stationis  ciiriun 
ii^ens,  et  l'on  peut  ei-oire  que  c'était  nue  façon  de  se 
recommander  en  vue  de  quoique  avancement  encore. 
L'autel  était  mis  sur  l'emphuH'ment  lé^al  réservé  au  poste 
et  demeuré  libre.  Ne  fut-ce  que  pour  retarder  ou  favoriser 
au  besoin  l'arrivée  d'nue  nouvelle  extraordinaire,  comme 
aux  temps  où  des  prétendants  s(^  disjjutaiiuit  remi)ire, 
nid  doute  que  ces  pré])osés  ne  pussent  jouer  à  l'occasion 
un  rôle   particnlier  (-). 

La  mention  d'un  consul ,  légat  ou  gouverneur  d'ordre 
consulaire  de  la  Basse-Germanie,  nous  r(^poi'te  à  l'âge 
classi(pie  des  pouvoirs  régulièrement  conférés,  soit  avant 
le  milieu  du  m'"  siècle,  à  la  période  antérieui'e  à  l'avène- 
]nent  des  Tyi-ans  de  Gaule. 

Une  qnestion  d'un  antre  ordre  :  ces  pierres  namuroises 
utilisées  par  des  constructeurs  modernes,  auraient-elles 
d'aboi'd  été  reportées  de  la  vallée  sur  le  haut  de  la  mon- 
tagne de  Namur  au  temps  où,  sous  Dioclétien,  les  bour- 
gades se  remparaient  tout  en  sauvant  leurs  monuments 
funéraires  et  en  sonstrayant  à  la  vue  l'indication  des 
sépultures  ?  Le  fait  se  trouverait  confirmé  par  ce  (lu'on  a 
observé  d'analogue  dans  beaucoup  de  villes  gauloises. 

Quoi  qu'il  en  soit  des  détails,  en  suite  d'une  admirable 
situation,  unique  dans  le  pays,  le  viens  d'en  bas  ou  Voppidnm 


(')  Deo  qui  vias  et  seinitas  coiiinienlns  est.  C.  I.  L.,  VII,  271. 

(-J  Aelii  Spartiani  Iladriaiius  Caesar,  (Hisloriae  Aiigtistae  Scrij/ 
tores),  iiiitio  :  «  Ex  qua  (Germania  superiorej  festinanti  ad  Trajanum, 
ut  primas  nnntiaret  e.xcessiiin  Neruae,  a  Serniano  sororis  viro  diit 
detentiis,  fractoqiie  consulte  vehiculo  tardatus,  pedibus  iter  facicus, 
ejusdeiii  Serviani  beneficiarium  anievenit,  fuitque  in  amore  Trajani.  » 


—    ïo-2   — 

(l'en  liaul,  iiont  pu  iiian(|uci'  de  coustiliiur  dos  ranti({uitL' 
une  localité  particulièrcnR'iil  importaiiie,  éUiiit  sise  non 
loin  dos  lï-ontirres  de  la  Basse-Germanie  ou  de  la  Bel<;i(]ue- 
Seeonde. 
Les  Villas,  C'est  un  fait  confirmé  tant  par  la  topographie  générale 
(|ue  par  le  résultat  direct  des  fouilles  entreprises  :  dans  les 
localités  les  plus  diverses  on  a  constaté  l'existence  de 
cimetières  belgo-romainsC);  il  y  eut  donc,  par  voie  de  con- 
clusion, autant  d'agglomérations  correspondanies.  Théori- 
quement, étant  donné  un  centre  d'habitations,  le  cimetière 
est  à  chercher.  Les  champs  funéraires  ont  surtout  con- 
tribué à  enrichir  les  vitrines  du  Musée  de  Namur  où  objets 
et  notices  ont  le  don  d'enseigner,  où  collections  et  publi- 
cations scientifiques  marchent  de  pair  ('). 

De  plus,  un  des  grands  services  rendus  a  été  de  nous 
faire  connaître  l'ordonnance  de  nos  villas  belgo-romaines. 
Certes,  alors  que  d'ouvrir  des  cimetières  rapporte  tant 
d'objets  curieux  à  exposer,  il  est  au  premier  chef  méritoire 
de  fouiller  la  terre  sur  de  longs  espaces  pour  suivre  les 
lignes  de  simples  substructions  sans  plus  de  bénéfice 
archéologique.  Mais  on  a  gagné  ainsi  la  connaissance  d'un 
plan,  de  plans  divers,  disons  des  types  principaux  de  ces 
établissements.  De  grande  ou  de  moindre  étendue,  à  l'usage 
de  la  petite  industrie  alors  ])ratiquée,  de  la  culture  ou  de 
l'élevage,  ils  ont  occuix'  le  ])ays  ;    on   i)eut,  dès   lors,  juger 


(')  Pour  la  carte  : 

Coronne,  Nisiiie,  lîioulx  (IJois  des  P.asseHes),  Bossières-St  (Jérard, 
SoiDzée,  Lissoii-  (Ilour),  Villers-Dcux-Kgliscs,  Cliestreviu  (Onliaye 
lez  I)inaiit),J^niire,  Fraiicliimont,  Olloy,  Sevry  (.Iaviiif;iie),  Cerfon- 
laiiie  (Flavioii),  Pciwcz  (Rognée),  Aiihée,  LaiielTe ,  Koniedeinie- 
Surice  (Eiitre-Sanilire-et-Meusej 

(')  CJraee  à  la  Société  avchéiAogique  de  Xatniir  et  son  dévoué  jji'ési- 
dent,  A.  Pi:gi  i:t.  Les  heureux  résultats  de  leurs  travaux  méritent 
d'être  signalés  d  une  manière  jiarticuliere. 


—    lo.î    — 

tk'h  avantages  assures  aiijoiird'luii  par  les  l'ouilles  ci 
rétude,  à  l'histoire  (le  l'écoiiomic  nationale. 

On  a  exploré  d'une  nianièi'e  seientil'iciue  toute  une  suites 
(le  \  illas  (')  et  le  nombre  de  celles  qu'on  se  ])i'()])<)se  de 
touiller  dans  la  province,  malgré  les  difl'ieultés  op])osées 
l)ar  l'état  dos  cultures  ou  la  saison,  reste  des  plus  consi- 
dérables. 

(^uebxnes-uns  de  ces  établissements,  les  premiers  que 
nous  citerons,  n'étaient  ])oint  sis  sur  le  terrain  ai'dennais, 
mais  on  nous  permettra  une  courte  excursion  laite  en 
faveur  de  notre  sujet  même  :  en  gVniéral,  (quelle  idée  se 
l'aire  de  nos  villas  ? 

Antliée,  près  Pliilippeville,  reste  la  grande  villa  par 
excellence,  témoin  ce  plan  (")  qu'on  a  relevé  d'une  si)len- 
dide  et  compliquée  maison  de  maître  ;  ])nis  viennent  sur 
deux  lignes  parallèles,  les  bâtiments  d'habitation  des 
colons  d'une  pai't,  de  l'autre  ceux  qui  servaient  à  rex])loi- 
tation  agricole  ou  industrielle.  Par  crainte  de  l'incendie, 
les  constructions  sont  isolées. 

La  variété  des  objets  retrouvés  est  rcunarcpiable,  mais 
ne  retenons  ici  que  les  simples  outils  :  ils  sont  les  mêmes 
(pie  les  iK^tres,  qu'il  s'agisse  du  métier  de  nui(;'on,  de 
char])entier,  mouleur  et  le  reste  :  couteaux,  ciseaux, 
gouges,  scies,  1er  à  rejointoyiM",  à  souder,  mèches  de 
vilebrequin,  limes  plates  ou  rondes;  instruments  à  modeler, 


(')  Pour  la  carte  : 

Anthée,  Arche,  Al'  Sanvenicre  (Mailleni,  Bureenncs  (Ciney),  Herla- 
cnmine  (Védriu),  Chaslres,  Graux,  Neufcliàteau  (Jeinelle),  Roiicliiuiies 
(Mailleii),  Saint-Marc,  Wancennes. 

(-)  Exposé,  comme  la  i)lupart  des  autres,  au  Musée  archéologiciuo 
(le  Xauuir.  Annules  de  la  Société  archéologique  de  Xamiir,  t.  XIV, 
p.  i("i4,  La  villa  d' Antliée.  —  V.  eu  outre,  Les  grands  domaines  et  les 
uillas  de  V Entre-Sambre  et  Meuse,  par  A.  Beqlet,  Ibid.,  t.  XX, 
i''«  liv.,  pp.  9-^7. 


-  io4  - 

loquets,  un  admirable  compas  (rarchitecte ,  etc.  :  nos 
métiers  d'aujourdliui  n'ont  donc  pas  inventé  leurs  outils. 

Relevés  entr'autres  choses,  des  petits  bronzes  d'art,  des 
armes  de  chasse,  tète  de  flèche  en  bronze,  lances  effilées. 

A  Flavion ,  à  4  kilomètres  d'Anthée ,  s'étendait  un 
cimetière  de  la  fin  du  u*^  siècle  :  3i5  tombes  à  incinération, 
800  vases  en  poterie,  4^)0  agrafes  de  vêtement,  120  i)ièces 
de  monnaies,  offrandes  du  mort.  C'est  là  qu'étaient  dépo- 
sées les  cendres  des  colons  cultivant  une  partie  des  terres 
de  la  grande  villa  citée  plus  haut,  et  à  voir  tons  ces  objets 
destinés  à  la  i)arure  de  gens  d'une  humble  condition, 
servile  même,  h;  bien-être  dans  lequel  ils  vivaient  devient 
évident. 

Un  autre  cimetière  a  été  trouvé  à  Morville,  près  d'An- 
thée encore.  Ample  et  curieuse  i-écolte  a  été  faite  à  Berzée 
au  cimetière  des  Vallées,  à  l'usage,  pendant  les  deux  pre- 
miers siècles,  des  colons  de  la  grande  villa  de  Péruwez, 
à  deux  kilomètres  de  là  :  broches,  fibules,  colliers,  bra- 
celets et  bagues,  tous  bijoux  généralement  étamés,  ou 
émaillés ,  ou  ornés  de  i)ierres  serties  d'un  ornement 
classique. 

On  doit  rappeler  à  ce  sujet  que  l'émaillerie  est  un  art 
spécial  au  Nord-Est  de  la  Gaule.  A  rapprocher  les  pièces 
divei'sement  incrustées  et  les  émaux  des  trois  premiers 
siècles,  on  relève  :  des  émaux  en  mosaïque,  incrustés, 
champ-levés,  sans  séparation  métallique.  C'est  le  plus 
ancien  art  industriel  de  la  Belgique  (').  On  n'a  pu  manquer 
de  faire  cette  réflexion,  que  les  colifichets  à  la  mode  dans 
nos  campagnes,  ne  sont  généralement  pas  à  la  hauteur 
de  ceux  des  colons  belgo-romains. 

Mais  nous  voici  sur  la  rive  droite  de  la  Meuse.  A  Wan- 
cennes,  j^rès  de  Beauraing,  existait  aux  i^'"  et  ne  siècles 


0)  V.   la  notule  qui   accompagne    lexpositiou  <le   ces   objets    an 
Musée  (le  Xaniui-  :  elle  a  été  suivie  d'un  travail  spécial  de  A.  HKyt  kt. 


io5 


une  villa.  Kii  i'ouillaiil  on  a  trouvé  Dolaimiicnt  un  amas 
(le  226  piécettes  à  l'effigie  de  Tétrieus,  nialadroiteinent 
frajjpées,  monnaies  de  nécessité  ou  produits  de  faux- 
luonnaveurs  travaillant  à  la  faveur  de  l'anarchie  ;  des 
instruments  de  chirurgie  aussi  :  sonde,  lancette,  spatule, 
cuillère,  à  côté  de  la  tablette  à  pi'éparer  les  onguents  ; 
les  restes  intéressants  d'un  lit  à  roulettes,  en  fer,  à  savoir 
les  quatre  montures  et  une  des  pentures  servant  à  joindi-e 
la  forme  du  lit.  On  sait  que  le  lit  romain  était  étroit  et 
avait  le  dossier  surélevé. 

Le  ciuietière,  naturellement  du  même  âge,  a  donné 
160  tombes  d'où  l'on  a  retiré  foule  d'objets  ressemblant 
on  général  à  ceux  des  tiiiniili  de  la  Hesbaye  ;  à  noter  :  un 
plomb  de  maçon,  un  mors  de  cheval  en  fer,  une  forte 
clochette  de  bronze  qui  indique  i)robablement  la  tombe 
du  bouvier  de  la  villa,  enfin  une  curieuse  broche  ornée 
d'un  camée  en  verre  bleu  représentant  une  tète  de  Gor- 
gone, talisman  luxueux  de  la  dame  du  logis  ;  le  bijou  est 
cerclé  d'une  inscription  en  lettres  onciales  disant  dans  un 
langage  incorrect  que  Persée  trancha  la  tète  de  Gorgone  ('). 

Une  ferme  du  iT  siècle,  d'après  les  sigles  des  tuiles, 
a  été  explorée  ('-)  sur  le  plateau  d'Arlansart,  à  5  kilomètres 
au  Xord-Est  de  Gembloux  ;  d'autre  part,  l'habitation 
dominiale,  pourvue  d'un  hypocanste  ou  calorifère,  d'une 
salle  de  bain  et  d'une  cave  ;  de  l'autre,  affectant  la  forme 
d'un  vaste  rectangle,  les  bâtiments  de  l'exploitation  agri- 
cole, ayant  au  centre  une  cour  de  10  mètres  et  devant 
celle-ci,  nn  grand  hangar  en  façade  où  était  l'entrée.  Le 
tout  témoigne  d'une  aisance  égalée  mais  non  dépassée 
aujourd'hui. 

Au   hameau    de    Fter   à   Servillc,    à    12   kilomètres   au 


(1)   PiRSIVS  OCCIDERA   CAPVD   GORGOXIS. 

(■-)  Annales  de  la  Société  archéologique  de  Xanutr,  t.  XXI\' 


—   i(i6  — 

>'(>r(l-l-]st  (le  Diiiaiil.on  croit  avoir  drcoux  t'rl  >'  iiiir  tavcriic, 
niansion  ou  liôtclkTii',  tcniu'  pcut-ètro  par  (nu'hpu'  sci'f  ou 
ari'rauL'hi  sui-  la  voie  traversant  un  doinaino.  t''rtail  un 
bâtiment  l'entral  avee  deux  marteaux  ou  ailes,  reliées 
sur  le  devant  pai"  une  galerie  en  bois  dout  le  toit  l'oruiait 
appi'utis;  eelle-ei,  Ionique  de  iii  mètres  sur  3  mètres  de 
largeur,  pouvait  présenter  laspeet  (Tune  terrasse  agréable 
en  la  bonne  saison.  Dans  la  galerii-  même,  se  ti'ouvait 
l'entrée  de  la  eaAe  où  conduisait  nn  esealier  de  3  mètres. 
La  descente  était  i)our\  ue  d'une  niche  pour  la  lampe. 

Los  Romains  buvaient  du  \  in,  et  les  Germains,  Tacite 
le  dit,  connaissaient  la  bière  :  les  Belgo-romaius  firent 
de  la  brasserie  une  industrii' ;  témoin  la  \illa  ou  etablis- 
sennMit  de  Koncliine  et  sa  brasserie,  du  milieu  ou  (U'  la  fin 
du  iii>'  siècle.  I''lle  ai)particnt  an  groupe  des  villas  de 
Maillon  (•>,  C'ondro/.  ou  l-'amenne,  étant  sise  près  du 
château  d'MesIroy  ;  et  le  nom  de  Ronchiue  est  celui  d'un 
ant'ien  casiel  ruine  distant  de  i,"ioo  inèti'cs.  C'est  la  décou- 
verte d'uni'  toui'aille  ou  séchoir  (pii  a  permis  do  recon- 
naître la  destination  de  l'ensembh'.  La  touraille,  en  excel- 
lents matériaux,  parfaitement  disposc'c.  ])résentait  la  forme 
de  riiyp^tcauste  obligé,  au-dessus  (ln(|iu'l,  sni'  des  carreaux, 
séchait  l'orge  gernu\  Ont-roit  ponxoir  déterminer  sur  un 
plan  les  autres  pièces  à  usage  de  brasserie,  germination, 
bi'assage,  fermentation  ;  les  gros  poids  de  ])ierri'  avi'c 
menottes  de  fer.  (h'stinés  à  ])eser  le  grain,  sont  aujourd'hui 
déposes  au  Musée  <le  Namur.  Les  constructions  formaient 
trois  groui)es  ]>rincipaux  :  riiabitatiiui  du  maître,  gynécée, 
pièces  pour  les  enfants  l't  les  servantes,  calorifères  et 
bains;  atidiers  et  magasins:  bât iments  agricoles,  élables 
et  granges;  le  tout  en  ligne,  de  l'ilst  à  l'Ouest,  sur  ([uatre 
cents  mètres  d'étendue. 


(')  Annales  de  la  Sociélé  archéolooiqnc  de  \timuv,  t    XXI\'. 
(2)  //)/(/.,  t.  XXr,  -2"  liv.  iSoC),  article  d  A.  Iîkc^i  i:t. 


—    I07  — 

On  il  (le  iiicnic  relevé  le  phiii  <riiiic  \ill;i  ;iii  liciMJil 
.1/'  Saunenièrei^j.  11  donne  le  type  d'une  exploitation  nirale 
de  moyenne  importance  vers  la  fin  dn  iV  siècle  :  au  centre 
et  en  avant-corps,  l'iiypocauste  et  le  balneuin  en  carré, 
lu  hall  ou  couloir  eonduisail  à  r]ial)itat  ion,  ainsi  s(''par(''e 
suivant  un  usage  constanl,  des  autres  constructions. 

La  ierme  —  villa  friicliiaria  ou  ag-raria  —  était  au  Sud 
sous  l'orme  de  construction  en  cai'i'é.  On  a  retrouvé  là  des 
<lél)ris  de  verres  à  vitres  et  nous  ani'ons  })lus  tard  l'occa- 
sion de  i)arle]'  de  l'emploi  de  ccitte  matière  {~),  nécessaire  à 
l'appartement  cliauiïé  par  nn  hy])ocauste. 

La  villa  d'Arches,  près  de  Maillen,  encore  comme  celle 
(VAV  Saiivenière,  se  présentait  sous  l'aspect  d'un  grand 
bâtiment  au  centre  avec  une  aile  ])our  le  bain  et  riiyi)o- 
causte,  une  autre  aile  également  ])eri)endiculaii'e  au  bâti- 
ment principal. 

Sur  toute  la  ligne  <pii,  <le  Prol'ondeville  ou  (^^'voir  sur 
Meuse,  se  dirige  vers  l'Ardeiine  [)ro])i'ement  dite,  comme 
la  où  se  trouvent  les  établissements  groupés  de  Maillen, 
les  exi)loi'ations  ont  fait  constater  de  nombreux  établisse- 
ments belgo-romains  '"'i  ;  et  au  bout  d(;  cet  itinéraire  arcliéo- 
logi(pie,nous  nous  retrou\()ns,  à  la  limite  du  Luxeml)ourg, 
sui"  remi)lacement  de  la  villa  de  Jemelle. 

\'is-à-vis  d'un  fortin  dont  nous  parlerons  spécialement 
tout  à  l'heure  (■*),  sur  la  rive  droite  de  la  Lomme,  en  lieu 


fi)  Aiin.  (le  lu  Soc.  lu-ch.  (Je  Xuiiiiir,  I.  XIX,  iS'.»:-,!)!).  .'J'jo  et  siiiv., 
notice  (1  A.  Mahiku.  Nous  repi'odiiisoiis  la  i)iU-tie  centrale  du  phiu 
de  la  villa. 

C-)  V.  EIFKL. 

(^)  Pour  la  carie  : 

Crupet,  Duriial,  Sorinne,  Viiicou,  Spoulin,  Mouffriii  (Xatoye), 
lleuleau  (Sovet),  Sevenne  (id.),  Gesvc,  Wagnée  (Floréei. 

V.  la  carte  spéciale  de  Maillen  et  des  environs,  i)ul>li('H*  i)ar  la 
Société  arcliéoloj;iqu('  de  Xaniur  dans  ses  Annules. 

Cj  Y.  LES  FORTIFICATIONS  LOCALES. 


—  io8  — 

(lit  Malagne,  non  loin  encore  du  chemin  antique  condui- 
sant de  Rochefort  à  Marche,  s'étendait  en  un  long  rec- 
tangle de  loo  mètres  sur  3o  une  villa  contiguë  à  un  enclos 
de  8.160  mètres  carres.  On  y  a  trouvé  liypocauste  et  bains, 
des  chambres  d'enfilade  au  même  niveau,  et  deux  longs 
corridoi-s  courant  le  long  des  deux  façades  :  ils  proté- 
geaient ainsi  l'intérieur  contre  les  intempéries.  On  a  repris 
depuis  cette  heureuse  disposition  :  c'est  la  galerie  continue 
du  Château  Royal  d'Ardenne,  qui  fait  face  au  Nord, 

Ajoutons  qu'à  côté  de  l'enclos  se  trouvaient  des  ateliers 
de  maréchalerie. 

A  cause  du  reboisement  et  de  la  végétation  ,  nous 
n'avons  pn  retrouver  toute  la  disposition  des  lieux  relevés 
antérieurement,  mais  nous  avons  vu  des  petites  pièces 
d'intérieur  en  contre-bas,  encore  pourvues  de  leur  carre- 
lage rouge,  et  nous  pouvons  signaler  à  l'attention,  à  côté 
d'exigus  appartements,  une  officine  encore  en  état,  avec 
niches  et  cheminée.  Elle  présente  tout  lintéret  d'un  inté- 
l'ieur  de  Pompéi,  et  certes  on  ne  se  croirait  pas  là  sur  le 
sol  ardennais,  transporté  (juc  l'on  est  dans  l'office  inté- 
rieur de  quelque  riche  personnage,  un  notable  belgo- 
romain.  Tout  y  est  encore,  les  niches  murales  et  les  che- 
minées ;  les  parois,  très  lisses,  présentent  des  cordons  de 
pierres  qui  en  varient  la  couleur  ('). 

En  attendant  une  destruction  totale,  à  côté  de  la  partie 
actuellement  couverte  de  plantations  qui  préservent  plus 
ou  moins  les  ruines,  la  (diarrue  rapproche  toujoui's  son 
œuvre  et  le  sol  nivelé  est  couvert  de  tessons... 

En  général,  nos  villas  étaient  de  moyenne  étendue,  sises 


(')  Notre  (■()nii)af;iu)n  (l'excursioii,  M.  L.  IIkn,  ;i  jn-is  snr  ]>l;ic*c  nii 
dessin  fie  cet  intérieur  élégant  dans  sa  sinii)licité.  Nous  i'oi»ro- 
(Itiisons  également,  sur  une  échelle  réduite,  le  itlan  de  la  \illado 
Malagiie,  d'après  celui  (ju'a  ])ul)lié  la  Société  arcliéologicjue  de 
Naniur,  t.  XXI,  pi.  II. 


'A 


-    i<^'9  — 

sur  (les  (erres  (Vime  contenance  de  liS  à  20  hectares.  Ce 
sont  les  plus  grands  domaines,  eon)nie  la  villa  d'Antliée, 
qui  ont  servi  de  modèles  aux  çtablisscMuents  carolingiens 
comme  aux  monastères.  Ainsi,  h^s  ('aj)itulaires  de  Char- 
leniagne  intéressant  l'oidonnance  intérieui'c  et  le  traxail 
commun  des  serfs,  no  l'ont  que  continuer  Tliistoire  des 
établissements  belgo-romains  peuplés  de  colons. 

La  lielgi(pie  orientale,  l'ancienne  forêt  d'Ardenne,  pré- 
sentait, du  Rhin  à  la  Meuse,  un  aspect  ])arliculier  :  point 
de  villes,  elles  étaient  aux  extrêmes  limites,  Ti'èves, 
Cologne,  Tongres  ;  quelques  bourgades,  Namur,  Arlon, 
A'ieux-Yirton,  mais  si  ces  bourgades  étaient  ])lus  rares  (')  à 
rOccident,  les  vici  l)ien  organisés  se  présentaient  vers  le 
Rhin  et  la  Moselle  plus  nombreux  ;  ceux-ci  ont  un  nom. 
D'autre  part,  l'intérieur  du  pays  était  occupé  par  des  éta- 
blissements particuliers,  isolés,  mais  on  ne  pouvait  aller 
bien  loin  de  l'un  sans  voir  l'autre...  C'était,  ici  ou  là, 
l'habitation  d'un  maître  vivant  dans  l'aisance  et  la  sécurité, 
exploitant  avec  ses  colons  la  terre  ou  quelque  industrie, 
le  bois,  la  pierre,  les  métaux, ou  bien  se  livrant  à  l'élevage. 
11  avait  veillé  à  choisir  un  endroit  bien  abrité,  auprès 
d'une  eau  courante,  et  sa  ville  à  lui,  [-)  présentait  sur  une 
longue  ligne  en  rez-de-chaussée,  des  bâtiments  de  hauteurs 
diverses,  à  toits  inégaux  et  souvent  séparés  par  des  cours 
ou  des  couloirs,  pour  avoir  plus  de  jour  et,  comme  nous 
l'avons  dit,  moins  à  redouter  le  feu.  Sur  des  fcnidations  en 


l'j  Certaines  onldispani  au  point  (inOii  n'en  retrouve  jtliis  l'eni- 
plaeenient,  tel  un  Mcdiianlnm  placé  à  Mande  Saint-Klienne  i)rès 
Bastogne  ou  près  de  Moyen  ilze!)  sur  la  Seniois,  ou  près  Méan  en 
Condroz  (V.  plus  haut  LES  ROUTES  ci  les  identifications  proposées 
poui-  les  stations  de  Meditanliim  et  Menerica,  \)nv  V.  (i  Roland, 
Compte  rendit  du  Congrès  arch.  d'Arlon  de  /%'>,  II,  p.  <)"?,  et  surtout 
;7)/V/.,  ]).  lod,  par  G.  Jottuand). 

(-)  M.  /V.  Bequet,  La  inlla  bel  go-romaine.  Annales  de  la  Soriélé 
arch.  de  Xamar,  t.  XX,  part.  I,  pp.  117-182. 


—     110    

mati'riaiix  solides,  on  avait  cniployc  le  bois  ainsi  (|u'cii 
Germanie  et  reeouru  an  torehis  comme  aux  petits  pan- 
neaux (le  bois  en  guise  de  couverture  latérale  :  c'était 
assez  bien,  moins  l'étage,  la  construction  ardennaisc  en 
l)a\'s  de  Spa  ou  au  centre  du  Luxembourg  ;  et  comme  ici 
bien  souvent,  des  auvents  protégeaient  les  issues.  Au  fur 
et  à  mesure  des  besoins,  la  villa  étendait  ses  propres  cons- 
t mictions  et  elle  rencontrait  la  terre  d'une  voisine,  là  où 
la  population  était  dense.  Les  autres  se  voyaient  dans  les 
creux  des  vallées  ou  de  loin  à  mi-côte,  et  toutes  allaient 
multii)liant  les  combinaisons  (jue  donne  la  formule  :  une 
maison  de  maître,  à  la  mode  de  la  ville,  un  établissement 
de  rai)i)ort. 

D'autres  renseignements  sont  également  de  nature  à 
compléter  l'étude  de  ce  sujet  important,  la  villa  ;  mais  ils 
dennindent  à  être  complétés  sur  place,  et  nous  y  revien- 
drons ('). 

Nos  l'ermes,  nos  castels  ne  succédèrent  pas  à  ces  établis- 
sements pi'ospères,  l'emplacés   par   des  liabitacles  l'uinés 
ou  des  cabanes  au  temps  des  invasions. 
Vallée  Namur,  Dinant,  Anseremme,  et  nous  voici  à  l'embou- 

de  la  Lesse.  ebure  de  la  Lesse.  Celle-ci  est,  avec  l'Ourtlie  et  la  Semois, 
une  des  l'ivières  de  noti'c  Ardenne  dont  le  cours  est  le 
plus  long  (84  kilomètres),  et  la  source  à  la  cote  la  plus 
élevée.  Provenant  du  territoire  désert  qui  s'étend  au  pied 
des  grandes  liauteui's  de  Libramont  (5o6  mèti'cs)  près 
d'Ochamps,  elle  traverse,  coulant  sous  bois,  notre  grand 
massif  forestier,  pénètre  dans  la  Famenne  qu'entrecoupent 
des  collines,  et  elle  présente  finalement  l'admirable 
spectacle  de  ses  flots  brillants,  qui  vont  baignant  la  base 
de  roches  abruptes. 

Twe  bassin  de  la  Lesse,  la  généalogie  peut-on  dire  de  ses 


(')  Plus  loin,  AVFA'A,  où  sont  relevées  (les  pai'ticularités  intéres- 
sant ces  établissements,  sis  sur  territoire  trévirien. 


—  III  — 

eaux,  ('()in})t('cs  par  artliicnts,  l'ail  partie  <lc  nuire  ;iiieieii 
(loinaino  histt)riqn('.  Les  noms  de  ces  torrents  nous 
i'api)i"oclient  des  limites  les  plus  lointaines  de  la  i>éog'i"a- 
l)hie  nationale    11  siiflit  de  les  rassembler  : 

La  Lesse,  IJcin  ou  Licea  ('); 

CrunsiiiH,  la  Raneenne,  art'luent  de  la  (Jeuibe,  (htinurn, 
qui  se  jette  dans  la  Lesse  à  Daverdisse  C-j  ; 

Glanis  est  un  voeable  qui  provient  d'un  radical  (ju'on 
retrouve  partout  chez  les  Celtes;  c'est  le  «ruisseau  de 
(îlan  »,  alTluent  de  la  Lesse,  près  de  Xeupont;  VAlbio,  le 
((  ri  d'Ave  »  d'aujourd'hui,  à  llan-sur-Lesse  ; 

Veineiia,  la  Wamme,  coulant  de  la  i'orèt  de  Freijr  à 
Jemelle  (27  kilomètres)  (■';  ; 

Enfin  Lunina,  la  Loinme,  dite  «  Eau  noire  »  sui-  sou 
coui's  supérieur,  (|ui  se  jette  dans  la  Lesse  à  Eprave,  — 
mentionnée  dans  la  Chronique  de  St-IIiibert  ';*>,  — a  donné 
son  nom  à  une  villa  ou  ferme  Liiinna,  en  ronnin  Loin- 
nesnllc,  Lan)soul,  près  Jemelle  (diplôme  de  8G2). 

Vcmera  la  A\'impe,  coule  de  Ilaut-Eayt  à  Villcrs-sur- 
Lesse  (943).  Elle  a  cUe-mênie  pour  aiïluent  la  Cenelia,  la 
Senoie  de  Beaurain^-  (doc.  de  943). 

}]'aiiiiig-a,  le  Wacliaux,  est  raffinent  de  la  Lesse  à  Jam- 
blinne  <^). 

Isna  est  l'ancien  nom  de  l'Iwenne  qui  passe  par  Celles 


i^}ui's<jne  in  Liceuin  <\  dans  les  oliartes  de  Staveiot-Maliiiedv, 
au.  770-779.  —  ((  ShUus  qui  adjticet  (Invio  Letiae  »,  docuinent  du 
I.\e  sieele  (Vila  S.  Hudeliiii,  Actu  SS.  f'eh.,  t.  I,  p.  3:8j.  lu  radical 
celtique  lech  a  le  sens  de  cailloux,  rocailles,  et  c'est  eu  effet  ce  qui 
caractérise  le  cours  de  la  rivière. 

('j  Chartes  de  Stao. -Malin.,  au.  770-779. 

(3)  Documeut  de  875. 

(■')  S?§  I,  68. 

{'")  Charte fs  de  Star.-MaJm.  :  a  Ilavalgas  iNavaufïlei //j/cr  flnmina 
Isna  et  Vnomiiiiïa  ». 


—    112     — 

cl  se  jette  dans  la  Lessc  à  TToiiyet,  (dans  un  document  de 
l'an  943  (•).) 

On  le  voit,  ees  appellations  datent  d'avant  l'an  mille,  et 
sans  compter  qu'ils  sont  antéi'ieurs  aux  temps  où  on 
soumit  les  noms  de  lieux  ou  de  personnes  à  une  latinisa- 
tion forcée,  leur  ])ropre  caractère  décèle  leur  haute 
antiquité. 

Au  Sud  de  la  Famonne,  située  à  la  lisière  de  la  forêt, 
toute  la  contrée  présente  un  heureux  ensemble  d'avantages 
(pi'ont  dû  apprécier  les  premiers  habitants,  bois  giboyeux, 
eaux  poissonneuses,  pâturages  naturels,  et  de  mysté- 
l'ieuses  cachettes,  les  grottes.  Les  rivières,  la  Lesse  et  ses 
affliKuits  ont  en  grande  partie  un  lit  souterrain,  les  eaux 
se  montrent  et  disparaissent.  Tout  cela  a  été  habité  et 
gardé  :  des  restes  de  maçonneries,  de  retranchements, 
nous  montrent  l'entrée  de  la  Lesse  dans  la  grotte  de  Han 
sui-veillée,  semble-t-il,  par  deux  forteresses  antiques  pla- 
cées sur  le  Chession  (à  la  cote  de  280  mètres),  et  sur  Boine, 
à  la  sortie  de  la  grotte,  où  on  a  exhumé  les  restes  d'un 
cimetière  franco-romain. 

A  l'endroit  même  où  la  Lomme  disparait  pour  parvenir 
sous  terre  dans  la  grotte  d'Eprave,  on  a  trouvé  les  traces 
d'une  habitation  belgo-i'omaine;  la  sortie  est  dominée  i)ar 
une  construction  forte. 

La  grotte  de  la  Wamme  a  donné  aux  curieux  des  objets 
l)iéliistoriques  et  des  monnaies  romaines  de  Commode, 
Probus,  Constantin  et  autres. 

A  la  grotte  de  Han,  au  pied  de  l'arcade  naturelle  d'où 
sort  la  Lesse,  nous  avons  vu,  cette  année  môme,  relever 
des  colliers  formés  de  dents  d'animaux,  percées  sur  i)lace, 
une  longue  et  mince  cuillère  destinée  à  retirer  la  moelle 
des  os,  et  les  cendres  de  foyers  superposés  étaient  encore 
visibles  ;  là  ont  séjourné  nos  chasseurs  primitifs,  et,  sur 

('j  C.  (x.  lloi.ANi),  T(>i>onyniie  nanniroise,  i)assiiu. 


—  II.)  — 

l'aud'c  l)()r(l  dd  <;(»iiri'i-(',  s'ouvrent  des  coiiloii-s  sombres, 
iiiyslérieiises  l'ctrailes,  et  l'on  sait  (jn  il  y  a  la  «les  os  et  des 
eoiuli'cs.., 

A  rorifiee  des  grottes  de  Fiirfooz  on  retrouve  aetnelle- 
nient  des  s(xnelettes  i)ro venant  d'une  tribu  de  l'âg-e  néoli- 
tlii(|ue;  et  au-dessus  de  ees  <4rott(^s  à  eouloirs  naturels, 
tlont  eelle-là  connaissait  les  méandres  sûrs,  on  jx'ut  eollee- 
lionner  des  silex  comme  sur  les  pentes  au  Midi,  où  étaient 
les  établissements  à  l'air  libre.  Des  fortifications  belg-o- 
romaines  occupèrent  la  place,  de  même  que  ])lus  loin 
à  Ei)rave  ou  au  Chession  j)rès  de  llan.  A  côté  de  ces  cas- 
tels,  les  débris  d'habitations  dénotent  «juel  degi-é  <le 
civilisation  avait  atteint  la  civilisation  de  nos  ])eu])la(les 
transformées  par  Rome. 

A  se  placer  vis-à-vis  d'Eprave,  sur  les  grandes  hauteui's 
de  Xolaity,  où  fut  probablement  une  tour  d'obsei-vation, 
on  contemple  un  ensemble  considérable  de  localités  ancien- 
nement occupées.  Du  Noi'd  au  Sud,  de  la  grotte  de  Roche- 
fort  à  Resteigne,  en  passant  par  Ejjrave,  Lessive,  Ave 
et  Auffe,  tout  le  territoire  peut  être  présenté  comnu'  ayant 
recelé  des  tombes  francpies,  et  les  Francs  étaient  attiiu's 
])ar  les  villas  belgo-romaines.  A  Lessive  encore,  des  Dciix- 
caiix  à  la  Croix  du  Tig'e,  on  a  découvert  (puiti'c  cinu'tières 
francs  ])lacés  à  la  suite  l'un  de  l'autre,  et  un  établissenuMit 
belgo-romain  était  à  la  cime  du  Bois  de  la  Iléroimeric. 
Des  substructions  romaines  ont  été  relevées  à  Ave  et 
Auffe  au  sommet  du  bois  du  Riichelet,  comme  à  Genimont 
le  long  du  chemin  antique  allant  à  La  Vaux -S"'  Anne. 
Venant  de  partout,  des  traces  d'autres  chemins  anciens 
sont  relevées,  qui  se  dirigent  vers  la  Meuse.  Enfin,  de-ci 
de-là,  sur  les  hauteurs,  combien  de  «  marchcts  »  ont  été 
explorés  !  Ce  sont  (h^s  tombes  attribuées  aux  Iloinnics  de 
Hallstadt   et    formées   de   petits    tas    de    pierres    (')   sous 

(')  Ce  sont  probablement  des  restes  de  modestes  liinuili  dont  h» 
terre  a  été  diluée  à  la  tontine  par  les  pluies. 


ii4  - 


Fortifications 
locales. 


U's(]uels  se  t  roux  eut  piiri'ois  encore  des  os  peu  recoii- 
iiaissables... 

Ainsi  se  retrouvent  aujourd'hui,  mélangées  mais  liisto- 
liquement  snpeiposées,  toutes  les  populations  qui  ont 
vécu  sur  ce  sol  privilégié,  dans  cette  vallée  de  la  Lesse, 
(ju'anjourd'liui  dominent  en  aval  le  Château  Royal  d'Ar- 
denne  et  les  roches  où  s'enferment  les  grottes  de  Furfoo/  : 
lieu  d'élection  pour  l'archéologue,  s'il  ne  redoute  pas  la 
peine,  et  quel  que  soit  «  le  gibier  de  son  estude  ». 

Près  Furfooz,  lorsqu'on  voit  de  loin  l'ouverture  de 
cavernes  comme  celle  du  Trou  des  Nutons,  placée  à  une 
hauteur  considérable  aux  flancs  de  rochers  abruptes  et 
qui  paraissent  inaccessibles,  il  est  naturel  de  penser  au 
creusement  constant  des  vallées  qui  jadis  mit  le  seuil 
de  la  grotte  au  niveau  des  bords  de  la  Lesse.  Mais  le 
ra])prochement  du  phénomène  naturel  et  de  l'habitat  est 
loin  de  s'imposer.  Xous  l'avons  constaté,  on  peut,  non 
sans  ])eine  il  est  vrai,  escalader  ou  descendre  les  roches 
et  pénétrer  chez  «  les  Nutons  ».  De  plus,  on  remarque  des 
couloirs  ou  fissures  inégales  qui  relient  les  cavernes  où, 
à  en  croire  ce  que  démontrent  des  fouilles  partielles,  on 
ne  rencontre  que  des  éboulis.  Le  tout  ne  forme  qu'un 
re])aire,  difficile,  mais  praticable  en  cas  de  danger  pour 
les  populati(ms  de  l'âge  néolithique  qui  halntaient  ])ar 
dessus. 

Rome  vint,  qui  surveilla  le  terrier. 

Sur  ce  plateau  de  Furfooz,  on  peut  suivre  et  étudier 
l'enceinte  fortifiée  d'une  construction  ('). 

Défendue  du  côté  de  la  Lesse  par  les  falaises  de  la  roche 
dolomitique,  de  l'autre  par  un  long  mur  droit,  elle  occu])e 


Cj  M.  Lko.n  IIex,  ancien  officier  du  génie,  en  a  levé  le  plan,  (lue 
nous  présentons  au  lecteur.Celui-ci  ne  diffère  pas  essentiellement  du 
croquis  publié  ])ar  la  Société  archéologique  de  yannir  it.  XIV,  p.  3<j()) 
ni  de  sa  reproduction  dans  Lu  Lesse.  par  M.  Edmond  Rahik,  Bru- 
xelles, l'joi. 


le  (l()iil)Ic  ('■pcfou  isole  (lï  la  colc  de  1".t  iiu'l  rcs),  sur  une 
longueur  de  deux  ('ciils  iiirlrcs  coniptcs  en  (lc(laiis  des 
oiuTciges  extéi'ieurs.  ("eiix-ci  sont  ])artit'idièreaient  coin- 
])liqués  du  coté  où  le  ])lateau  s'abaisse  :  c'est  d'abord  un 
retranchement  en  terre  avec  fossé  sec  et  glacis  (155  in.i; 
puis,  dans  un  étranglement  (iG5  m.)  entre  falaises  tant  à 
droite  (^u'à  gauche,  des  ti'avaux  de  défense  de  34  mèti-es 
fermant  le  goulot  :  d'abord  un  mur,  ensuite  des  ondula- 
tions de  terres  rapportées  dont  les  crêtes  ont  dû  être 
couronnées  chacune  d'une  ligne  de  palissades,  soutenue 
en  un  i)oint  par  une  maçonnerie  solide  ;  enfin,  vient  une 
forte  muraille  à  contre-forts,  destinée  à  soutenir  du  côté 
de  l'enceinte  nne  massive  terrasse  d'où  l'on  dominait 
tout  l'ouvrage.  Les  murs  de  cette  i)artie  sont  (mi  ])etit 
appareil  très  régulier  ;  on  en  voit  encore  le  juste  parement. 
Un  sentier  suivant  la  pente  de  la  colline  à  droite  condui- 
sait à  une  poterne  s'onvrant  comme  une  nasse  dans  le 
long  mur  de  défense.  Celui-ci  a  été  plus  hâtivement  con- 
struit. Il  enserre  un  })lateau  étroit  mais  qui  s'étend  en 
longueur  sur  io8  mètres,  et  nous  remartjuons  là  à  l'inté-. 
rieur  une  place  vide,  que  nous  croyons  avoir  été  destinée 
à  des  baraquements  ou  canabae  élevées  en  cas  d'alerte. 
Nous  aurons  l'occasion  de  faire  l'cmarquer  ailleurs  la 
même  particularité.  L'ensemble  ici  demandait,  i)()ur  être 
défendu,  un  nombre  d'hommes  déjà  considérable. 

Deux  tours,  dont  une  très  forte  —  8  mètres  à  l'intéiienr 
—  dominaient  les  deux  éperons  de  la  montagne  et  sui'veil- 
laient  les  environs  :  au-dessus  des  substructions  —  01175 
d'épaisseur  —  et  de  la  maçonnerie,  on  peut  su])[)oser  un 
ouvrage  en  bois,  quelque  turris  speciilatoriu  ou  tour 
d'observation.  A  l'intérieur  d'une  petite  tour,  il  s'est 
encore  rencontré  un  tas  de  cailloux  roidés,  tirés  de  la 
Lesse  et  destinés  à  l'usage  de  la  fronde,  ^'oilà  pour  la 
partie  militaire. 

D'un  autre  côté,  certains  restes  ténnugnent  de  la  vie 
civile. 


—  uG  — 

1*11  peu  iixaiit  la  [)C)rl('  (rentrée  se  voit  eu  eoutre-bas  un 
([uadrilatère  de  sub-itructions  —  12  mètres  en  longueur  — 
où  de  premières  exjjlorations  ont  fait  reconnaître  des 
thermes  ou  bains  ;  le  pavement  était  l)ien  conservé  et  les 
deux  i)ièces  très  soiguées  anraient  encore  pu,  avec  quelque 
réparation,  servir  au  môme  usage.  Une  source  voisine,  qu(^ 
nous  retrouvons  en  amont,  pouvait  alimenter  la  piscine. 
Vinrent  les  Francs,  et  les  thermes  servirent,  à  leurs 
cadavres  successivement  déposés,  de  sépulture  close; 
on  l'ctrouve  encore  de  leurs  os  dans  le  voisinage,  et  le 
cimclière  a  fourni  des  objets  de  diverses  sortes. 

Au  pied  de  la  falaise,  nous  avons  relevé  des  débris 
d'iiypocauste  :  c'est  le  signe  révélateur  d'une  habitation. 
De  ])lus,  on  a  jadis  (')  relevé  à  trois  niveaux  différents  — 
en  vue  des  crues  de  la  Lesse  —  trois  petits  embarcadères 
ou  stations  de  pêche,  pratiquées  par  les  Francs  et  con- 
struites avec  des  débris  de  terre  cuite,  tessons  plats  ou 
tuyaux. 

I^es  monnaies  donnent  les  preuves  d'une  longue  occu- 
l)atiou.  lîares  sont  celles  du  Haut-Empire,  un  Antonin- 
le  pieux,  un  Marc-Aurèle  ;  du  me  siècle,  un  plus  grand 
nombr*^  de  pièces,  des  Tétricus  par  exemple.  Mais  à  partir 
de  Constantin,  les  monnaies  du  iv*^  siècle  abondent.  Cette 
clironologie  impériale  rétablit  l'histoire  d'une  résidence 
belgo-roinaine  élevée  dans  un  site  choisi,  fortifiée  d'abord 
dans  la  tranquillité,  renforcée  ensuite  à  la  hâte  :  l'immi- 
nence plus  ou  moins  lointaine  des  invasions  a  réglé  la 
construction  des  défenses.  C'est  là  une  image  de  l'occupa- 
tion du  pays,  du  ni<=  siècle  à  la  fin  du  iv*^.  Les  Francs  (pii 
s'eiii])arèrent  de  la  place  aux  dépens  de  la  famille  de  quelque 
riche  propriétaire  belge,  y  étaient  encore  au  v<^  siècle,  car 


(')  A.  BkqUET,  La  Forteresse  de  Fnrfooz,  dans  les  Annales  (Je  la 
Société  arcliéologiqne  de  Xanuir,  t.  XIV,  ]).  'Uji). 


Pr.A\(  iiK  \\ 


B.  TovRdeX-de  Diamètre 
C  .  Amas  de  Pie.rre6 
D.  Caverne 


Castel 

dvCHESSION'"' 

(HAN) 


L'ARDKNNK  IJKLCJO-ROMAINK 
Fortifications    locales    (p]).    iiT),  117,  iiy). 


—  m  — 


on  a  rcirouvc  là  des  moimaics  (hilaiil  dv  .L'au-lc  sccréUiro 
cl  de  Valeuliiiien  III. 

Aujourd'hui  l'emplaeemcnt  est  désert  et  confié  à  la 
garde  d'une  femme  du  village  accompagnée  d'un  chien, 
et  elle  maintient  praticable  un  étroit  sentier.  Elle  s'en 
écarte  de  temps  en  temps  pour  remuer  du  bout  du  pied 
une  taupinière  nouvelle,  à  seule  fin  de  voir  si  elle  ne 
trouvera  pas  quelque  pièce  de  monnaie  ancienne...  Elle 
en  a  ainsi  i-elevé  beaucoup,  de  dates  diverses,  et  nous  n'en 
connaîtrons  ni  la  première  ni  la  dernière. 

Plus  loin  que  le  château  royal  de  Ciergnon  ('),  en  remon- 
tant la  rivière,  après  la  jonction  des  «  Deux  eaux  «,  on  voit 
de  loin,  dominant  l'horizon  prochain,  le  rocher  d'Eprave  (-) 
duquel  sort,  sous  une  vaste  arcade  naturelle,  toute  une 
rivière  à  la  fois,  la  Lomme.  Au  dessus  du  rocher 
(200  mètres}  qui  renferme  une  grotte  profonde,  était  une 
construction  forte,  belgo-romaine. 

La  rampe  d'accès  se  dessine,  et,  à  la  suivre,  on  se 
trouve  en  présence  d'une  muraille  découronnée  mais  bien 
visible  encore,  construite  en  petits  matériaux  carrés  très 
régulièrement,  et  on  y  remarque,  comme  à  Furfooz,  les 
ouvertures  laissées  pour  le  libre  écoulement  dos  eaux  du 
plateau  supérieur.  Il  y  eut  là,  vers  la  di-oite  du  mur,  une 
résidence  encore,  puisqu'on  y  a  découvert  des  restes 
d'hypocauste.  De  dimension  restreinte,  elle  fut  comme 
toutes  celles  de  l'espèce  d'ailleurs,  détruite  par  l'incendie  : 
à  preuve  la  masse  de  plomb  Amdu,  Go  kilogrammes, 
déterrée  silencieusement  par  un  berger... 

C'est  derrière  ce  premier  mur,  au  ])ied  même,  qu'on  a 


(')  Seniiiim,  ii3(j,  chai-tes  de  St-IIubei-t.  On  y  a  relevé  des  vestiges 
d'un  établissement  romain.  (Annales  de  la  Société  archéologique  de 
Namiir,  t.  VU,  p.  3oo  ;  t.  VIII,  p.  45r.) 

{-)  Evpruvium.  «  Tradidevnnt  nonam  de  Evprmno  »,  doc.  de  io3o; 
Herpruvia,  iiSg,  ch.  de  St-Hubert;  Erpvoeve,  12S5. 


—  ii8  — 

retrouve  le  plus  de  débris  intéressants,  notamment  quan- 
tité de  monnaies.  Ije  haut  du  roelier,  de  partout  inaeees- 
sible,  a  servi,  une  fois  de  plus,  d'emplaeement  libre  pour 
des  logements  provisoires,  des  constructions  en  bois.  C'est 
de  là-liaut  qu'on  jeta  tous  ces  débris  de  cuisine  que  nous 
avons  retrouvés  sur  les  flancs  dans  la  terre  meuble,  os  de 
grands  animaux  sauvages  ou  domestiques,  ustensiles  de 
rebut  et  tessons. 

A  l'intérieur  de  l'ancien  retraneliement,  on  a,  au  cours 
des  désordres  de  la  fin  du  iii^  siècle,  comme  au  iv=, 
fabriqué  de  la  monnaie  à  l'effigie  de  Tacite,  Tétricus, 
Claude -le  Gothique,  Postume,  Constantin,  Valentinus, 
Gratien,  Décentius. 

Des  recherches,  peu  approfondies  encore,  faites  dans  la 
grotte  même,  ont  donné  des  os,  quelques  monnaies  qu'on 
n'a  pas  bien  reconnues;  et  tout  au  pied,  le  travail  souter- 
rain d'un  blaireau  a  mis  au  jour  un  Christ  de  bronze  aux 
yeux  émaillés,  des  plus  anciens,  car  il  est  de  ceux  qui 
portent  encore  la  couronne  impériale.  Un  ancien  maître 
d'école  le  conserve  précieusement. 

Nous  eussions  bien  voulu,  à  quelques-uns,  fouiller  et 
prendre  le  levé  du  terrain,  occupé  par  le  castel  et  que 
l'auteur  de  ces  lignes  reconnut  jadis  en  faisant  là  ses 
l)remières  armes  à  l'aide  d'un  couteau  d'écolier;  mais  il 
fallut  reculer  devant  l'ire  éloquente  des  protecteurs  de  la 
nouvelle  Ardenne,  les  gardes  forestiers,  ennemis  des  coups 
de  pioche  en  terrain  reboisé. 

S'il  est  matériellement  impossible  de  multi})Her  les 
visites  lointaines,  au  moins  faut-il  étudier  de  très  près 
(|uelqu('S-uns  de  ces  retranchements  ardcnnais,  dans  le  but 
de  connaître  la  façon  et  la  valeur  historique  de  l'ensemble. 
Aussi,  accompagné  du  lecteur,  quitterons-nous  cette  vallée 
où  la  Lomme  et  la  Lesse  viennent  confondre  leurs  eaux, 
l)our   pousser  ])lus    loin    notre   exploration,   par   de   là  la 


iiioiita^iu'  Aoisiiic,  celle  de  Ilaii,  on  (loininaiit  tiu  nouvel 
hori/oii,  s'élèvec'U  un  eniplaeeiuenl  l'oi-lirié,  le  Chessiou '.'h 

lîeniarciuons  le,  (^hession,  Cheslay,  (Jlicslnin,  mot  ana- 
logue ù  ranei(^n  vocable  Caatellum,  (lési<<ne  dans  la  langue 
du  i)a.vs,  un  endroit  retiré  servant  de  lefuge.  Plus  i)etit 
(lue  eelni  de  Fiirfooz,  plus  grand  que  celui  d'Epravc,  le 
castel  était  ici  placé  sur  un  mamelon  isolé,  à  la  cote  de 
220  mètres.  Le  sommet  s'avance  en  trois  promontoires; 
passant  en  dessous  d'un  de  ceux-ci,  et  au  pied  d'un  contre- 
fort extérieur  facilement  défendable  encore,  le  chemin 
d'accès  s'engageait  dans  un  ci'eux  aboutissant  au  ])la- 
teau.  Un  travail  de  maçonnerie  faisait  le  toui-  de  l'enceinte; 
irrégulière  et  vers  le  bas  du  plateau  les  eomi)artijnents 
intérieurs  d'une  résidence,  en  ouvrage  régulier,  sont  encore 
visibles.  Ils  n'étaient  vastes  aucun  :  4™5o  sur  6  mètres. 
De  ce  corps  de  logis  au  dernier  éperon,  on  eom])te 
55  mètres  de  distance.  Ainsi,  et  cela  devient  une  foi'uude, 
il  se  rencontre  encore  au  Cliession,  une  résidence  solide 
et  une  enceinte  protégée  mais  laissée  libre  pour  servir  en 
cas  de  refuge  ou  pour  la  construction  de  bara([uements. 
Une  tour  (8  mètres)  et  probablenu'ut  une  deuxiènu',  s'ébv 
vaient  en  bas  du  chemin. 

Dans  la  ef)lline  même,  au  Nord,  était  une  caverne 
aujourd'hui  effondrée.  Une  fois  de  plus  nous  constatons 
en  ce  pays,  l'attraction  naturelle  des  grottes  et  des  fortifi- 
cations. La  grotte  i)rocurait  aussi  le  soiirdant  ou  l'eau 
vive,  et  devenait  au  besoin  une  cachette.  Ici,  le  Cliession 
domine,  d'autre  part,  le  «  Trou  de  Belvaux  »,  où  la  Lesse 
disparaît  toute  entière  pour  ressortir  par  la  grotte  de 
Han. 

Avant  les  routes,  le  sol  naturel  des  vallées  i)résentait 
an  moyen  d'accès  relativement  facile  ;  ces  vallons  étroits 
débouchant  les  uns  dans  les  auti-es,  pernu'ttent   à   qui   les 

(')  Nous  en  reproduisons  le  i)lan  levé  par  M.  L.  Hex. 


—    120   — 

suit  de  pciicl  rcr  (les  bords  de  la  Meuse  jiis(|iraii  (mi'iii'  de 
l'Ardeiiue  iiiêine  ;  par  la  1. esse,  la  Loiimie  et  la  \\  anime, 
on  est  conduit  jusque  dans  les  bois  de  (Jrune  et  de  Bande; 
la  Lonnne  a,  d'autre  part,  pour  alTluent  le  ruisseau  de 
Saint-TIubert.  Dans  ces  vallées  ont  été  élevées  nombre  de 
eousl  ruct  ions  dereiidues  pai'  la  iiahire  et  l'art  des  lîelg'O- 
roniains,  qui  s'iuspiicul  à  ce  jxjinlde  l'art  de  Végèee  et  de 
ses  maîtres,  (ju'il  nous  serait  aisé  de  commenter  toutes  les 
constructions  fortes  de  nos  contrées  à  l'aide  des  textes  de 
l'auteui-  latin  des  Insliliilions  niiliUiircs.  Celui-ci  vivait 
l)ré('isément  sous   les  N'alenlinieiis. 

Après  le  l'ocher  fortifié  d'Ei)rave  et  le  eastel  du 
Cliession,  nous  rencontrons  en  lieu  dit  Sur-le-Fayt,  l'an- 
ticjue  forteresse  de  .lenielle.  Anticpu',  car  ce  fut  un  ancien 
cani])  de  refuge,  témoins  des  silex  apportés  là;  et  ])eut-étre 
au  temps  de  la  con<iuête  l'omainc  a-t-elle  servi  de  retraite 
à  des  anciens  habitants  de  la  Famenne.  Tel  qu'il  a  été  fina- 
lement approju'ié,  le  fort  ('),  sis  à  la  cote  de  aSo  mètres, 
occupe  le  bout  d'un  ])r()m()ntoire  (jui  fait  angle  au  con- 
fluent <le  la  Loninie  et  le  ruisseau  de  la  N'allaine  ;  du  côté 
du  plateau  (pii  y  donne  accès,  l'isthme  est  coupé  par  des 
travaux  de  l'ctrancliemcnt  :  c'est  le  dispositif  oi'dinaii'e 
des  camps  de  i'(^fuge  indigènes. 

L'art  d(!s  derniers  eonstrueleurs  belgo-i'omains  a  com- 
l)li(]ué  celui-ci.  Après  les  retraïu-bemcnts,  se  pi'ésente  uu 
rempart  l'ait  d'une  double  i-angée   de   niui's,  et  un  amas  de 


0)  Vu  |)laii  drcssi'  jtar  A.  M.\Mn;r,  iincien  uriicior  du  ^('uie  et 
jmblié  ])iir  la  Société  ur(lié(tlo<ii(jiie  de  .Wiiuiir  (t.  XXI\',  li''  liv.i,  est 
«les  j)liirt  exacts;  nous  l'avons  suivi  sur  i)lace  et  nous  en  reprodui- 
sons une  réduction.  La  solitude  du  lieu  a  conserv»'  assez  l)ien 
lOuvratJjc,  car  il  i-este  de  celui  ci  de  nombreuses  ])arties  en  élévation, 
de  la  liaïUeur  d'un  lionnne  :  mais  les  creux  et  la  végétation,  ne  per- 
met (ent  lias  le  j-ecul  ni  la  vue  de  l'ensemble. 


—    I2T    — 

terrt' et  de  picii-aillo^  en  remplit  riiitcr\all<' '' '  ;  il  oi  iiiiuii 
(lo  trois  loiirs  saillaiilcs  et,  prat  i(iii('r  dans  collo  do  franche, 
ost  la  porte  :  triùs  grosses  entailles  en  i)]ein  dans  la 
nitiraillc  de  eluuiiie  côté,  montrent  assez  (^u'on  pouvait 
obstruer  l'eutrée  au  moyen  de  trônes  d'arbres  fraîelic- 
nient  t-oupes  pour  résister  à  une  tentative  d'incendie. 

En  arrière,  la  porte  était  surveilli'e  par  un  cxciibitoriiun 
ou  corps  de  garde  carré  donnant  sur  une  tour  extérieure 
])ropre  à  surveiller  aussi  le  dehors. 

Le  double  mur  court  tout  le  long  du  liane  gauche  du  fort 
et  celui-ci,  long  de  plus  de  200  mètres,  était  divisé  encore 
une  fois  en  deux  enceintes  vides,  sortes  de  places  d'armes, 
et  propres  au  campement  ;  après  le  premier  rempart,  en 
effet ,  s'en  présente  un  second  ]K)urvu  de  trois  tours 
carrées  en  saillies,  et  couvrant  le  bout  du  plateau.  Sur 
celui-ci,  à  la  gauche  de  cette  deuxième  enceinte  longue  de 
75'"5o,  s'élevait  la  résidence,  en  un  rectangle  de  10  mètres 
partagé  en  deux  petits  appartements  avec  escaliers  exté- 
rieurs ;  la  construction  est  continuée  par  une  tour  demi- 
circulaire  (5"i7o) ,  offrant  une  terrasse  d'où  la  vue  est 
splendide.  On  peut  de  là  apercevoir  la  colonne  de  fumée 
des  usines  d'Auberives  sur  la  Meuse,  par  delà  Givet. 
Tout  l'ouvrage  était  cependant  dominé  par  des  crêtes  plus 
hautes,  mais  ce  n'était  pas  celles-ci  <|ue  recherchaient  les 
liclgo-romains.  Placé  trop  haut,  un  réduit  perdait,  par 
lisolement,  de  son  utilité.  Suivant  la  formule  donnée 
l)ar  Végècc  (-),  on  choisissait  un  emplacement  défendu  par 
la  nature  de  telle  sorte  (|ue  les  travaux  militaires  eussent 
le  moins  à  y  faire,  mais  il  fallait  aussi  qu'on  put  aller  et 


(')  YÉliKCE,  c.  III,  livre  IV  des  Inslilittions  inililnircs  .  Comment  on 
joint  les  doubles  murs  à  l'aide  de  lu  terre  tirée  du  fossé  :  «  Il  est 
malaisé,  <lit-il,  au  bélier  de  faire  tomber  un  mur  soutenu  i)ar  des 
terres  foulées  <iui  reforment  l'obstacle.  » 

[•)  L.  IV,  I,  des  Insliltilions  militaires. 


—    1 22    — 

venir,  et  déeouvrir  certain  horizon.  Le  castel  de  Jeinelle, 
eonime  les  autres,  est  bien  dans  ce  cas. 

Si  son  dispositif  est  compliqué  autant  que  bien  conçu, 
l'appareil  des  murs  est  grossier,  quoique  régulier,  et  le 
mortier  est  un  simple  composé  de  cliaux  et  de  sable  vite 
effrité.  Ce  n'est  pas  là  une  construction  d'un  art  encore 
dans  l'enfance  ou  même  de  la  décadence  :  l'œuvre  a  été 
faite  hâtivement,  en  un  moment  de  grande  presse,  et  elle 
date  sous  sa  dernière  forme  de  l'époque  des  invasions. 
Ce  castel  a  dû  servir  de  protection  et  de  refuge  ou  à  la 
grande  villa  de  Malagne,  sise  vis-à-vis  à  l'autre  côté  de 
la  Lomme  ('). 

Voilà  donc  que  nous  vo3^ons  au  iii^  siècle  des  proprié- 
taires de  villas  transporter  leur  siège  en  des  emplacements 
d'accès  difficile,  ou  bien  rester  à  proximité  d'un  lieu  de 
refuge.  C'est  la  fortification  immédiate,  ou  bien,  voisine. 

En  dessous  du  fort  de  Jemelle  et  se  déversant  dans 
cette  rivière.,  sortent  d'une  grande  excavation  souterraine, 
les  eaux  de  la  Wamme. 

Ces  refuges,  placés  sur  des  sommets,  étaient  ainsi  pourvus 
d'eau  :  sis  sur  des  grottes  et  des  sources  jaillissantes,  ils 
s'y  aménageaient  un  accès  sûr.  A  Furfoo/,  par  exemple, 
une  coupure,  invisible  de  loin,  dans  un  pan  de  roche, 
permettait  de  descendre  jusqu'à  la  rivière.  Ailleurs  les 
occupants  fonçaient  des  puits.  On  en  a  retrouvé,  dans  le 
Luxembourg,  qui  étaient  creusés  en  entonnoirs  ;  ou  bien 
ce  sont  des  puits-fontaines,  droits  et  enserrés  par  des 
pierres  réunies  par  de  l'argile.  Dans  deux  des  emplace- 
ments du  refuge  des  bois  de  S'^-Ode,  nous  avons  remar- 
(jué  un  fossé  creusé  pour  recueillir  l'eau  du  ciel,  moyen 
primitif. 

Ces    constructions    fortes    citées    plus    haut    ])ouvaient 
(1)  V.  i)his  haut,  LES  VILLAS. 


—    123    — 

s'appuyer  aussi  les  unes  sur  les  autres  ;  de  mêjuc,  celle  do 
Seneffe  pouvait  compter  sur  l'aide  de  celle  de  Barvaux- 
en-Coiidroz.  On  ne  s'étonnera  pas  de  voir  que  dans  le  pays 
montagneux,  le  plus  vite  abandonné  par  la  force  publique, 
on  ait  eu,  en  de  mauvais  jours,  à  se  garder  d'une  façon 
particulière.  11  y  eut,  dit-on,  un  caste!  à  Florenville  sur  la 
Seinois,  une  tour  belgo-roniaiiic  sur  l'eniplaceraent  du 
cliàteau  des  comtes  de  La  "Roche,  dans  la  contrée  la  plus 
sauvage,  où  la  nature  même  contrarie  et  tourmente  le 
cours  de  l'Ourtlie;  et,  c'est  un  l'ait  typique  que  la  trouvaille 
récemment  faite  d'une  monnaie  d'or  à  l'effigie  de  l'empe- 
reur Constantin,  à  l'endroit  où  s'éleva  le  château-fort  des 
comtes  de  Chiny. 

Nous  venons  de  l'cconnaître  les  principaux  castels  de 
la  Lesse  ('),  qui  s'échelonnent,  on  l'aura  remarqué,  sur 
un  espace  relativement  peu  étendu. 

D'autre  part,  des  substructions  d'établissements  qu'on 
nous  présente  comme  ayant  eu  un  caractère  défensif,  ont 
été  relevées  en  diverses  parties  de  notre  Ardenne  belge  (-). 

Voici  qu'en  suite  d'une  étude  faite  sur  le  terrain  du 
seul  arrondissement  d'Arlon,  on  nous  présente  auprès 
de  l'ancien  Orolaunum,  toute  une  pléiade  de  fortins  \)vo~ 


(')  Conti'ilmtions  à  la  carte  : 

Castels  à  Florenville,  Laroche,  Chiny,  Furlooz,  le  Chession  près 
Han,  la  roche  d'Eprave,  le  Fayt  lez-Jemelle  ;  les  castels  de  Lustin  et 
de  Tailfer  donnent  une  suite  sur  la  Meuse  à  ceux  de  la  Lesse  et  il 
convient  de  rappeler  le  castrnm  de  Nisme  ou  celui  de  la  Roche- 
à  l'homme. 

('-)  Des  substructions  d'établissements  fortifies  ou  supposes  tels 
non  sans  raisons,  ont  été  découvertes  à  Champion,  Chérain,  Dam- 
picourt,  Ilotton,  Ilargimont,  Izel,  Nobressart,  Ortho,  Passemange, 
Straimont,  Tintange,  Toernich,  Yillers-devant  Orval,  et  i)Out-étre 
aussi  Wardin,  en  dessous  de  la  position  de  Foy-Xoville  où  a  été 
retrouvée  une  inscription  militaire. 


-  124  - 

prcmeiit  ditsi''  (]ui,  si  nous  les  rc'iiortoiis  sur  la  carte, 
se  seraient  éclielonnés  iH-iiicipalemeiit  du  Xord  au  Sud, 
à  la  ligne  de  faîte  des  bassins  de  la  Meuse  et  de  la  Moselle. 
On  a  fait  là  beaucoup  trop  grande  la  part  de  la  légende 
des  castels  (-)  luxembourgeois. 

L'organisation  militaire  romaine  aurait -elle  jamais 
conçu  et  réalisé  sur  d'aussi  i)etits  espaces  un  dispositif 
si  compliqué  ?  Les  vrais  castella  romains,  disons-le, 
furent  ceux  sur  lesquels  s'appuie  la  voie  militaire  qui 
double  la  barrière  du  Rhin.  De  là  partait  la  surveillance 
initiale  et,  s'il  y  eut,  pour  assurer  les  communications, 
des  j)ostes  occupés  en  Ardenne,  il  y  a  toute  apparence 
qu'à  l'époque  classique,  au  temps  du  Haut-Empire,  ils  ne 
furent  jamais  nombreux  ni  considérables  :  de  bonnes 
routes  suffisaient  avec,  au  croisement,  quelques  employés 
militaires,  des  bénéficiaires  i>ar  exemple.  Nul  doute  non 
plus  que  les  Romains  n'aient  d'abord  traité  l'Ardenne 
comme  la  forêt  Hercynienne,  où  de  larges  trouées  avaient 
été  pratiquées  (^). 

Par  surcroit,  on  aurait  à  peine  compté  trois  mille 
liommes  de  troupes  régulières  dans  toute  la  (iaule  paci- 
fiée ('').  Cela  fait  une  cohorte,  soit  six  ou  sept  cents  hommes 

('j  Le  lîiu'gkiiapi)  i»iès  Ileistert,  le  Ivesselkiiai)])  pi'ès  Ijounei'l, 
I>;u-(lenl)i)ui'g  (('lairefontaine),  le  Bourg,  près  de  l'ii^isch,  Maria- 
l()sl)riick  (Solange),  le  Kascliel  (Messancy),  le  Biu-gscliloss  (Udauge), 
Tomberg  près  Sami)Oot.  —  V.  LoKS,  mémoire  sur  les  castella  lu 
au  Congrès  archéologique  d'Arlon  de  189;),  lie  partie  du  Coniptc- 
reiuhi. 

A  l'Est  des  i)récédcnts  s'en  élevèrent  d'autres  dans  le  Orand- 
Uuché  de  Luxembourg,  au  Titelberg,  à  Dalheim,  dit-on,  et  à  Altrier. 
Nous  verrons  ce  qu'il  en  faut  penser.  V.  GRAND-DUCHÉ. 

(2)  V.  TAM)i:r,,  Les  Communes  luxembourgeoises,  arrondissement 
d'Arlon,  p.  3oi. 

(3)  Vki.leius,  II,  109  :  «  Sentio  Saturnino  mandatum  ut  pcr  Cattos 
excisis  continentibus  Ilercyniae  siluis,  legiones  »,  etc. 

(<)  Desjaudins,  Géographie  de  la  Gaule. 


—    123    


par  clicriicii  (le  province.  Pareil  ainoiiidrisseiiienl  do 
l'efreetir  des  troupes  ù  rintérieiii-  ne  se  eoiicilie  <>iière 
avec  le  <;rand  nond)re  de  soi-disaul  foiiins  romnins  (pi'oii 
croit  recoiinaitre,  inèiiic  si  l'on  admet,  le  concours  de 
troupes  ciiixiliaires  et  d(^  milices  ou  niiiiwri. 

(iuaiul  l'ut  établie  la  paix  i-oiuaiue,  une  liaste  plantée 
en  terre  par  un  cantonnier  niilitjiire  manquait  assez 
la  station  ('»,  une  maisonnette  ;  et  une  corde  tendue 
était  un  obstacle  inlVancliissable.  lies  caslelhi  militaires 
du  Rliiu  furent  même  im])rudemment  négli<>és  :  ils  pas- 
sèrent à  l'état  de  g-rciiiers,  dr  magasins  sis  en  quehjue 
endroit  pittores(|ue  ({u'on  a<lmirait  dt^  loin  C'i.  Sur  la  table 
dite  de  Pentinger  {^)  ils  portent  en  Gaide  le  nom  de  II<)i'rcn 
ou  dépôts,  et  ponr  féliciter  Stilicon  du  retonr  de  lu  paix, 
on  lui  dit  qne  les  castels  ornent  la  frontière  plutôt  qu'ils 
ne  la  protègent  ('). 

Cependant,  à  Père  de  la  puissance  inviolée,  avait  suc- 
cédé une  période  de  troubles  i)rovo(piés  })ar  l'anarcdiie 
niililaire.  Tout  changea  dès  lors,  vers  la  moitié  du 
iii'^  siècle,  au  temps  où  régnèrent  ceux  qu'on  a  a[)pelés 
les  Tyrans  de  (iaule,  et  lorsijue  les  barbares  firent  leurs 
premières  incursions  victorieuses.  L'insécurité  eut  ses 
suites  ordinaires  ;  on  s'assura  liàtivement  à  l'intérieur 
du  pays,  de  moyens  de  défense.  Après  Dioclétien  les  murs 
remplacèrent  partout  les  hommes  tenant  la  t'ampagne. 
Ce  fut  Page  de  la  forliftcation  locale,  et  il  n'y  eut  d'ouvrage 
ni  assez  fort  ni  assez  complicpié. 


(')   VOX   Do.MASZEWSKI,  op.  cit.,  Stll)Va. 

(")  «  Addam  ])raesidiis  diibiantm  condita  reriim, 

Sed  modo  seciiris  non  castra  sed  hoi-rea  Belgis.  » 

—  AusoNE,  Moael.,  v.  4^5  et  4"'>')- 

a    (III,    2.) 

(^)  «  Magis  ornant  liniitein  castclla  qnani  protegnnt  ».   —  Cr.AlD. 
Paneg.,  VII,  n. 


126    — 


Populations 
Ardennaises. 


Qu'en  fut-il  aloi'.s  de  la  sécurité  (les  campagnes,  quand 
dcjcà  sous  l'Empire  ou  se  plaignait  des  vols  fréquents  de 
chevaux  et  de  bétail?  Il  fut  même  créé  un  praefectiis  latro- 
ciniis  arceiidis,  sorte  de  commissaire  de  police  préposé 
à  la  surveillance  des  larrons  ;  des  postes  en  pays  monta- 
gneux ont  pu  concourir  au  maintien  de  la  police  rurale, 
dont  le  service  se  faisait  à  cheval.  11  fallut  bien  aussi, 
l)our  maintenir  les  communications  nécessaires,  fournir 
de  sûrs  relais,  et  quoi  d'étonnant  à  ce  qu'en  Ardenne  ils 
eussent  occu^^é  une  situation  avantageuse  ?  Mais  encore 
(ju'elles  soient  vraisemblables,  ce  ne  sont  là  que  des  suppo- 
sitions, les  détails  de  la  vie  administrative  de  l'intérieur 
du  paj^s  à  cette  époque  étant  peu  connus. 

Disons  que  le  grand  nombre  et  de  petites  dimensions 
constituent  surtout  la  caractéristique  de  ce  que  de  nos 
jours  on  a  erronémeut  appelé  des  fortins  romains,  qui  ne 
sont  pour  la  plupart,  croyons-nous,  que  ce  qu'on  nomma 
au  moyen-âge  des  «maisons  fortes  ».  Quand,  les  premières 
invasions  repoussées,  les  villes,  les  bourgades  s'enfer- 
mèrent dans  des  enceintes  plus  étroites,  on  vit  des  casiels, 
c'est  à  dire  des  résidences  retranchées,  s'élever  an  loin, 
on  fortifia  des  villas,  ou  bien  encore  celles-ci  s'assurèrent 
d'un  refuge  fortifié  dans  leur  voisinage.  Le  riche  proprié- 
taire belgo-romain,  en  se  remparant,  a  laissé  sur  le  sol 
des  traces  de  sa  résidence  protégée,  une  forteresse  privée 
dont  nous  pouvons  retenir  le  type. 

Somme  toute ,  les  constructions  défensives  de  l'âge 
belgo-romain,  élevées  sur  les  hauteurs,  ont  eu  nne  his- 
toire diverse,  et  il  serait  bien  difficile  d'en  poursuivre 
l'étude  dans  nn  passé  très  lointain  :  ce  que  nous  en  voyons, 
ce  sont  les  ruines  qu'elles  ont  laissées  au  iv<=  siècle,  après 
une  dernière  transformation,  puis  c'est  la  destruction  de 
la  civilisation  romaine. 

La  statistique,  aride  antrement,  présente  tont  au  moins 
cet  effet  d'autoriser  certaines  conclusions.  A  reprendre  un 
à  un  les  noms  de  lieux  auxquels  les  trouvailles  permettent 


—    127    — 

d'altriUufr  une  origine  Ix'lgo-roiuaiiic,  on  (■(nistitiic  \i(c 
une  longue  liste  de  noms  à  retenir  ("i.  On  eonstatc  aiusi, 
avec  le  grand  nombre,  que  la  plupart  de  nos  localitrs  ardcu- 
naiscs  sont  de  très  aneiennes  loealités. 

L'examen  d'une  suite  de  villas  et  de  eastels  nous  a, 
eomme  on  l'a  vu,  eonduit  à  Jemelle  sur  la  Wanime  :  d'iei 
nous  pouvons  annoter  eertaines  découvertes  faites  en  pays 
plus  lointains,  et  moins  visités. 

A  Amberloux,  Amberlacum,  une  iuseription  encore  énig- 
matique,  en  beaux  caractères  :  CVRIA  ARDVENXAE  se 
retrouva  uu  jour,  et  on  la  vit  encastrée  dans  la  façade  de 
l'église.  Si  elle  est  romaine,  on  peut  supposer  qu'elle  s'ap- 
pliqua à  quelqu'un  de  ces  organismes  locaux,  d'ordre 
administratif  et  financier,  établis  après  l'avènement  de 
Dioclétien,  en  vue  notamment  de  la  perception  de  l'impôt 
collectif. 

D'autre  part,  sous  l'autel  de  l'église,  il  s'est  rencontré 
un  autel  païen  ou  piédestal,  représentant  sur  ses  (piatre 
faces  Minerve,  Hercule,  Mercure  et  Diane  ;  le  travail 
en  est  élégant,  et  il  orne  aujourd'hui  un  musée  étran- 
ger. Le  musée  d'Arlon  en  conserve  un  moulage. 

A  Vielsalm,  l'exploitation  d'un  banc  d'arkose  (-J  dans  le 
but  d'en  tirer  des  pierres  meulières,  est  antique  :  telles 
sont  les  carrières  qu'on  retrouve  sur  les  liauteui's  (pii 
s'étendent  entre  Vielsalm  et  Provédroux.  Ou  retrouve  les 
excavations,  et  au  lieu  dit  Pesay,  il  a  été  découvert  un 


(')  Coiilribiilions  à  la  carte  : 

Aulier,  Assenois,  Athus,  Attert,  Belio,  Bertogue,  liihaiii,  Bleid, 
Ilalanzy,  Haniipré,  Ilai-re,  Heinsoli,  Hodister,  Jamoigne,  Lainorteaii, 
Loiigwilly,  Maboiipré,  Musson,  My,  Mves,  Poupelian,  Piisseinange, 
Kobelmont,  Rulles,  Ste-Marie-Cheviguy,  Sainrée,  Seiisenruth,  Suxy, 
Tavigny,  Thermes,  Tontelangc,  Torgny,  A'illance,  Villcrs  Laloiie, 
Yillers  sur  Semois. 

(2)  MM.  S.  JOTTRAXD  et  G.  CrMOXT  ont  i)résenté  une  note  sur  les 
meules  en  arkose  et  en  tiqjhrlle  de  la  région  de  Vielsalm,  au  Congrès 
archéologique  d'Arlon  de  1899  ;  v.  le  Comple-rendii,  II,  p.  ag. 


—    128    — 

ciinctière  hel^'o-roniaiii,  iiislriinients  en  fer,  urnes  ciné- 
raires et  poteries.  A  en  juger  par  la  pauvreté  des  tombes, 
c'était  probablement  le  cimetière  des  carriers. 

L'ancien  emplacement  de  Salm-Cliâteau  a  été  peut-être 
un  siège  belgo-romain,  tant  il  ferme  bien  la  vallée,  et  le 
pont  sur  la  Salm  vis-à-vis,  a  toujours  passé  dans  le  pays 
ponr  «  romain  »,  à  preuve,  dit-on,  la  dureté  du  ciment  qui 
en  liait  les  pierres  avant  la  reconstruction. 

Au  village  de  Biliain,  sous  les  Baraques  de  Frailiire, 
on  a  reconnu  des  restes  antiques.  Petite  récolte  de 
monnaies  dans  le  pays,  pauvre  d'ailleurs  :  quelques  pièces, 
au  type  de  Gordien  par  exemple,  de  celles  que  le  paysan 
apporte  au  notaire,  à  titre  de  curiosité. 

Le  canq:)  de  refuge  de  Yielsalm  date  d'une  période  anté- 
rieure à  l'ère  romaine.  Admirablement  situé  au  dessus  des 
Ardoisières  et  caché  par  les  crêtes  couronnées  d'aiguilles 
de  deux  côtes  abruptes,  il  est  fermé  à  l'arrière  par  un  fort 
mur  de  pierres  sèches. 

Les  ardoisières  étaient -elles  déjà  exploitées  par  les 
Belgo-romains  ?  C'est  une  question  que  Hontheim  (')  n'hé- 
site pas  à  résoudre  par  l'affirmative  en  invoquant  un 
texte  de  Pline  (-),  dont  il  force  le  sens.  11  s'agit  en  effet  là 
d'une  pierre  blanche,  que  dans  la  Belgica  la  scie  séparait 
en  tranches  minces  pour  en  former  des  pièces  de  couver- 
tures taillées  chacnne  en  queue  de  paon.  C'est  invoquer 
un  meilleur  argument  que  de  rappeler  que  comme  d'autres 
villas  du  Condroz,  celle  de  Maffe  par  exemple  était  cou- 
verte en  tout  ou  en  partie  par  des  ardoises  (^;  ;  de  même  à 


(')  ProdroniiiN  hisloriue  Irevirensis,  i~ô~,  I,  p.  8. 

(')  Ilint.  nat.,  1.  XXXVI,  c.  212  :  «  In  Belgica  prouincin  candidiim 
lapidem  serra,  qiia  lig-num  faciliusqite  .sécant,  ad  tegulariim  et  imhri- 
cuni  vices,  vel  si  libet  ad  quae  vocant  pavonaca  tegendi  gênera.  )> 

^•''j  Un  cxe)ni)laire  est  déposé  avec  d'autres,  au  Musée  de  l'Institut 
archéologique  liégeois.  —  Sur  remi)loi  de  l'ardoise  ])Our  couvrir  les 
toitures  pendant  la  période  belgo-roniaiue,  v.  les  Annales  de  la 
Société  d'archéologie  de  Bruxelles,  t.  XV,  kjoi,  pp.  365-372. 


-     112!)     - 

.h'incllf.  Les  louillc-^  coii  I  i  micut  à  <l('iii()iil  l'ci'  rriii])li)i 
rt''});iii<lii  (le  l'ardoise,  de  diverse  leiiile,  l)leiilee  on  nm- 
<;eâlr('  suivaiil  la  i)r()\ cnaiiee. 

Déjà,  nous  avions  i)ii  eoiistaler  à  la  suite  de  iiomhreiisos 
trouvailles,  (iiic  le  i)ays  de  ]>ast()^iie  aux  \astes  espaces  et 
si  désertique  ([u'il  i)araisse,  a  élé  occupé  par  les  lîel^o- 
rouuiius.  lîappelons  'ravi>;iiy  ou  il  _\-  eut  <leux  établisse- 
ments, Ilollaiige  et  Flamierge  (').  A  Kollé  ^L()ngeluuni)s  il 
a  été  découvert  un  trésor  de  trois  cent  (juatre-vinj^t  une 
pièees,  presque  toulc^s  en  argent,  datant  d'I'.la.nabale  ii 
(iallien  et  Postunie  ;  au  niènie  endroit  on  a  mis  au  joui-, 
sur  un  espace  de  7  mètres,  accosté  d'un  étroit  couloir, 
les  restes  d'un  pavement  en  terre  cuite,  d'un  rouget  loneé 
et  portant  comme  marque  de  potier,  l'empreinte  d'uiu' 
griffe   de  loup  ;  le  potier  était  du  pays. 

Nous  en  connaissons  d'autres  d'ailleurs  cl  du  menu; 
genre,  la  trace  du  cliien  (Villa  de  .Jemelle)  ou  du  i-enard  -1, 
rcmi)laçant  symboliquement  la  signature  en  lettres 
connues. 

Sur   le   territoire    de    Foy,    commune    de    Xoville    le/,-      Divinités 
Bastogne,    des  travaux   de  déblai   ont  donné    un    double 
résultat  des  plus  intéressants  :  on  a  vu  sortir  de  t(ure  une 
statuette,  puis  une  dédicace  au  dieu  militaire  Entarabus. 

Celui-ci  n'était  pas  absolument  inconnu,  car  au  dire  de 
Wiltheim,  un  laboureur  de  Niersbach  i)rès  de  Trêves,  en 
poussant  sa  charrue,  avait  mis  au  jour  une  inscriptit)n 
en  son  honneur  (^)  placée  eu  manière  de  dédicace  au  fond 
d'uu  édicule  religieux  élevé  sur  l'inspiration  du  dieu 
même. 


(1)  Pour  la  parte  :  Vii^lsalm,  Amberloiix,  IM'ovcdrou.v,  l"laiiiierj;0, 
Itollé  Lonj^champs,  II()lIaii};e,  Fon -Noville. 

(-)  Au  Musée  de  l'Institut  arcliéologiciue  liéfïeois. 

{■')  Deo  Intiinibo  ex  imperio  (J.  Solimuriiis  miit.s  iicdeni  rtint  nuis 
ornamenlia  consacrauit  l.   m.   —   C.  I.  L.,   XIII,  4>-!~>- 


—  i3o  — • 

La  prciuiôi'c  pièce  de  lu  trouvaille  duuL  iiuuh  parlons 
est  une  petite  statue  de  l)ronze,  et  comme  il  est  ari'ivé  à 
d'autres,  elle  a  ])erdu  un  pie<l,  la  partie  intéressant  la 
clieville  étant  particulièrement  fragile  :  est-ce  la  repré- 
sentation d'Entarabus  lui-même,  tombé  de  sa  niche,  celle 
du  génie  d'une  centurie  dont  il  va  être  question?  Pour 
être  un  Hercule  (adolescent),  la  statuette  est  trop  vêtue. 

D'autre  part,  au  milieu  des  matériaux  d'une  construc- 
tion antique,  est  apparue  une  dédicace,  celle  d'un  portique 
ajouté  à  un  bâtiment  qui  était  sans  doute  une  station 
gardée  et  destinée  aux  troupes  de  passage.  L'inscription 
date,  par  sa  nature  et  son  texte,  de  la  période  du  Haut- 
Empire,  du  temps  de  la  première  organisation  du  pays. 
Elle  dit  :  a  Au  dieu  Entarnbiis  et  au  Génie  de  la  centurie 
d'OUodagiis.  Ce  portique  promis  par  Velugnius  Ingenuus 
avant  sa  mort  a  été  élevé  par  Sollavius  Victor,  son  fils 
adoptif  {^)  ». 

Voilà  donc  associé  à  une  des  divinités  tutélaires  du 
légionnaire  romain ,  un  dieu  trévire ,  d'origine  locale, 
invoqué  à  cause  de  la  puissance  protectrice  qu'il  exerce 
sur  les  soldats.  Il  est  leur  dieu,  comme  Mars  (^)  celui  de  la 
jeunesse  militaire.  La  centurie  porte  le  nom  de  son  centu- 
rion, w\\  Gaulois  d'origine,  Ollodagus  de  son  nom  propre 
devenu  un  surnom  romain  ;  les  deux  dédicants,  obtenteurs 
de  la  cité  romaine,  ont  ai)])ai'tenu  à  quelque  légion.  Le  fils 


(')  Deo  Entavuho  et  genio  centuvine  ()Uodag(i)  jtorticuin  quam  Velu- 
gniiis  Ingeiinuti  promiseral  post  obitiun  pjiis  SoUaniiis  Victor  fil(ius) 
adojilinos  fecit.  C.  I.  L.,  XIII,  3G32. 

(2j  C.  I.  L.  XIII.  3(132.  J.  P.  Wai.t/.inc.  Bull,  de  VAcad.  royale  de 
Bidgiqiie,  :ie  série,  t.  XXIV,  i8()2,  p.  379,  et  t.  XXXII,  189G,  i).  744. 
—  Il)i(l.,  est  citée  nue  nouvelle  inscription  d'Intarabus  qui  l'identifie 
avec  Mars.  Elle  i>r()vient  de  LoeTvenbriicken,  faubourg  de  Trêves. 
C.  I.  L.,  XIII,  3G53  :  l(n)  li(onorem)  d(oimis)  d(ivinae)  Marti  Intarabo 
VitalitiN  Vicloriiuia  et  Xoindliniiis  Malins  f'aniim  et  siinulacriim  a 
/'iiii(lani[ent\is  ex  vota  r[es\titnernnt. 


l't.AM  riE    \' 


L'ARDKXNE   1JEL(;()-R<)MA1M-: 

Trouvailles  de  Foy-Xoville  i)i'cs  Hastogiie    pp.   i2j)-i."5i 


—   loi    — 

ad()i)lil,  eu  lu'i'itaut  de  sou  pri'c,  siii\.ni(  la  loi,  a\ail  aussi 
hérite  de  ses  obligalious.  ("est  pour  s'y  eoiiroiinci-  (|iril 
éleva  uue  eoustruetiou  solide  et  digue  (ruu  lUulus. 

C'était  uue  l"a(;adc  servant  à  l'entrée  :  le  mot  porliciis  dit 
plus  que />()/"/t',  il   iui])li(pu'  eei-tain   eai'actère  luouuineutal. 

Les  détails  fournis  par  eertaius  (itiili,  red-oiives  ailleurs 
ne  nous  paraissent  i)as  étrangers  à  Texplicatiou  de  eelui-ei. 

Entre  les  années  190-196  un  tribun  militaire  réalise  un 
vœu  fait  pour  le  salut  de  Tempcireur,  en  embellissant 
un  loeal  auquel  il  ajoute  un  lieu  de  re[)()s  ('). 

En  211,  un  vétéran  relève  de  ses  ruines  un  monument 
élevé  en  l'iionneur  des  Lares  Augustaux  et  des  Déesses 
Mères  Sylvaines;  et  cela,  des  fondements  au  faîte,  avec 
une  entrée  et  un  portique  pourvu  d'un  bane  de  repos  ("'). 

Une  autre  inscription  parle  de  sièges,  sediliu. 

Ainsi,  qu'il  s'agisse  d'un  corps  de  garde  ou  d'un  reposoir 
religieux,  une  construction  de  l'espèce  s'accommodait  au 
mieux  de  quelque  complément  d'apparat,  de  certain  mol)i- 
lier;  et  suivant  les  habitudes  du  droit  romaiu,  l'iuseri])- 
tion  le  si)éci fiait. 

Naturellement,  c'est  le  culte  des  grands  dieux  de 
l'Olympe  romain  qui  s'est  d'abord  répandu  dans  nos  con- 
trées, apporté  par  les  fonctionnaires  et  les  commandants 
d'armées,  qui  y  joignirent  celui  des  dieux  militaires  des 
légions  comme  aussi  celui  des  empereurs. 

Sur  un  monument  votif  '^j  qu'élève,  mû  ]>ai-  la  reconnais- 
sance, Tertinius  Sévérus,  de  la  viiT'  légion  de  résidence  à 


(')  Exculln  laco  cum  discubilione.  —  lîolsslKi',  Insrri/il  de  Lyon, 
])1>.  5()  et  suiv. 

(■-')  C.  I.  L.,  III,  44ii  :  Sylniuinhus  cl  (Jii.idrihis  Aiit,'-.  Snrrnni 
C.  Anloniii.s  ]'ideiitiiiiis  net.  leg.  XIII  Cm.  mtivmn  a  fiindumeiilis  ciiin 
suo  introito  et  jjorliciiin  ciiiii  accubito  nehistule  collu/isiim  imiieitdio 
sua  restifiiit  Gentiano  et  Basso  cas.  fp.  (\  i>2i .)  —  Insc-ript.  de  Cnr- 
niintiim  (Pelronell)  en  Pannonie. 

(3j  Conservé  à  Liège  au  Musée  arcliéi)logi(iue.  Suivant  ferlaiiis 
renseignements,  la  pierre  proviendrait  de  St-Mard  i)rès  Virtoii,  où 


—    I02    — 


MayciK'c,  on  trouve  tout  (Talxtfd  riiivociition  HolenncUc 
à  .Iiipilcr  Irès  bon  ci  très  grand;  puis  vient  Junon  Reine, 
et  en  lin  le  Génie  pi'oteeteiir  du  lieu  où  le  légionnaire  avait 
réussi  quel(ine  eoup  de  fortune,  ee  dont  témoigne  une 
corne  d'abondance... 

Un  commandant  de  la  cohorte  première  des  Belges 
élève  un  monument  à  Jui)iter,  près  de  Xarona  à  Yergoratz 
en  Dalmatie,  sur  le  lieu  même  où  le  dieu  l'a  sauvé  (V). 

Les  soldats  de  la  même  cohorte  relèvent  à  Narona  en 
Dalmatie,  un  temple  ruiné  de  Liber  et  de  Libéra  (-). 

Nos  Tongres  de  la  deuxième  cohorte,  servant  en  Ecosse, 
dédient  un  monument  à  Mars  et  à  la  Victoire  Auguste  (^). 
Et  ce  qui  démontre  comment  les  i)ratiques  du  culte  ofli- 
ciel,  fussent-elles  difficiles,  avaient  pénétré  dans  les 
rangs,  c'est  cette  dédicace  :  Aux  Dieux  et  Déesses,  sui- 
vant l'oracle  cV Apollon  de  Claros,  la  cohorte  première  des 
Tongres  (^). 

Les  tituli  votifs  en  l'honneur  de  Vulcaiu,  le  dieu  du  feu 
et  de  la  petite  industrie  du  fer,  sont  nombreux  dans  nos 
contrées  (''),  mais  le  sont  i)lus  encore  ceux  qui  invoquent 


nombre  d'antiques  ont  été  d'ailleurs  trouvées.  Elle  faisait  partie  du 
fonds  Hage.mans  ;  peut-être  aussi,  antérieurement,  a-t-elle  appartenu 
à  la  collection  de  Renesse,  et  provient  elle  des  bords  du  Rliin. 

ih  Real  eue  ycl  de  Pau.V-Wissowa,  s  v.  Co/ior.s,  p.233.— C.  I.  L,  III, 
i<)iS  :  I(ovi)  ()(])tiino)  Mfa.ximoJ  Siilj)ilius  Calais  C(entiirio)  leff(ioiiifiJ 
I  Mf/ncrniae)  praepositns  Coh(ortis)  I  Belg-fariimJ  hoc  in  loco  ma- 
jeslate  cl  iiiinu'iie  ejus  seruatiia. 

(-)  C.  I.  L.,  III,  1790  :  Temj)lum  Libcri  patris  et  Liberae  ueiuslate 
<lilaj).'>nin  restitiiit  coh.  I  Bi-lg(iva)  adjectis  pnrticibiis,  citram  agente 
fpl.  Viclore  centiirione  leg.  I  adjfiilricisj  j>(iaej  ffidelisj  Seoeru  el  Poin- 
jjeiaiio  II  co.s-.s-.  (p.  C.  173. j 

(3)  Inscript,  de  Birrens.  —  C.  I.  L.,  VII,  io(;s. 

(4j  De  IIOLSESTEADS.  —  C.  I.  L.,  VII,  G33. 

(^)  V.  Hettxer,  Die  rdmischen  SteinJenkmuler  des  Provinzial- 
museums  zu  Trier,  nos  35,  3-,  53. 


—  i33  — 

Mci-ciii'c  le  (lieu  du  coimiici'cc  et  du  <i,aiu  '',  ou  IJacclius 
lui-niùnie  -'),  sous  les  appai'enccs  iialurcllos  à  Ici  ou  id  ào^ 
(le  la  vie;  à  voir  un  Ikicelms  porté  par  Mercure i'',  ou  jx-nt 
(lire  ([u'il  serait  difficile  de  mieux  roi)résciiter  k;  coui- 
ineree  <lu  \  lu,  i)i'atiqué  sur  la  ^foselle. 

(^uant  à  Diane,  il  va  de  soi  (ju'elle  fut  vite  en  liouueur 
au  pays  dos  forêts,  représentée  comme  à  Cliisscratli 
(Trêves)  bandant  son  arc,  ayant  à  ses  pieds  un  e(M-f  et 
un  lévrier.  De  Dînant  à  Echternacli,  elle  est  chez,  nous 
la  déesse  classique  (''). 

Fréquemment,  le  nom  de  divinités  i-omaines  se  pi-ésente 
orné  d'épithêtes  qui  exi)liquent  leui'  i-ôle  ou  les  assimilent 
à  ([uel<iue  divinité  locale  ('')  :  c'est,  i)ar  exenq)le,  sur  des 
monuments  élevés  en  Belgicpie  on  on  lîretagne  par  (les 
Tongres,  Siloanus  Coc'uUns,  Lcnns  Murs,  Mars  Caniiiliis, 
Hercules  Mag-usaiiiis.  Yn  i)etit  autel  a  été  trouvé  à  Trêves 
où  Apollon  est  appelé  Grannns  on  le  brillant,  qnalité  (pii 
rappelle  le  Soleil  gnérisseur.  Ainsi,  sous  la  forme  classi(|ue 
est  enveloi)pée  une  divinité  eeUi(|ue  ''\i  dont  Ic^s  traits 
])ercent  néanmoins. 


(1)  F.  IlKTTM-R,  o]>.  cit.,  n'«  (JX  G;,  78.  •;4,  ;5,  :(;. 

{-)  Ibid.,  nos  0(iG,  m-,  GG8;  G8,  7S.  79. 

(■M  IbifL,  110  GS.  —  Xo  5o  et  les  suiv.  (I)iaiie). 

I  ')  Cf.  A.  Wu,THi:i.M,  op.  cit.,  \)p.  4<>43. 

{'')  C.  I.  L.,  XIII,  3()33  et  suiv.,  et  F.  IIkttner.  ounr.  cité,  n"^  47.  4^^ 
el  .");). 

—  Ilercnli  Macnsano  sacnim  VaKeriii.s)  Xig-rimis  diiplicariiis  nlne 
Tiingrornni.  —  Miunerills,  Bretagne,  C.  I.  L.,  VII,  io(;o. 

—  J)e(j  Silouno  Cocidio  cohovs  I  7'(;/i^'-ror»/]!  1  Bretagne);  C.  I.  L., 
VU,  G42. 

—  C.  I.  L.,  XIII,  ')G,")4,  ù  Trêves  :  Lcno  Mar[ii]Sulpiciii.'i  \c\.\  J\iissii\. 
De  l'autre  côté  de  la  placiue,  le  commencement  du  vue  livre  de  la 
Phar.side  de  Lucain.  Cf.  C.  I.  L.,  XIII,  4o3o,  à  Merscdi  :  /Iinni'ii  Lciii 
J/[<'/;7|/.s'  quiiiquennalis.  C'est  ini  préfet  de  la  coliors  lUsjiunorum 
erjuiliitti. 

{''')  —  In Ii(oiiorein) dfomiisj d(ii)inae) ApoIliii[i  G]ra[ii\iio  Phoeb(o)  ... — 
0.  I.  L,,  XIII,  3G35,  à  Trêves  {=  Hettnek,  op.  cit.,  \v>  47).  De  même  sur 

9 


X" 


-  i34- 

Les  études  des  CeUisaiits  aiiroiii  (Hiel<|iic  jour  pour 
résultat  de  rappeler  à  la  luinièic  une  couche  siibjacente  à 
nos  populations  connues  et  de  reculei",  de  proi^ager,  comme 
disaient  les  Latins,  les  frontières  de  l'histoire. 

On  ne  retrouve  pas  seulement  des  divinités,  romaines, 
celtiques  ou  germaniques,  conjuguées  ou  modifiées  par  des 
attributions  locales  :  il  est  de  ces  déités  topiques  qui 
apparaissent  seules  et  viennent  compléter,  avec  la  déesse 
Ardenne  et  le  dieu  Entarabus,  une  mythologie  belgo- 
romaine. 

C'est,  par  exemple,  la  dea  Viradethis  —  déjà  mentionnée 
—  et  qu'on  rattache  à  l'histoire  des  Condruses,  comme  on 
l'a  fait  pour  ]es  Maires  Cantriisteihiae  i^\  Déesses  Mères 
protectrices. 

C'est  encore  la  dea  Siiniicsalis  (-),  divinité  des  Sunu- 
ques,  peuple  jadis  allié  des  Eburons,  qui  habitaient  aux 
frontières  de  l'Est,  le  pays  de  Juliers  et  d'Aix-la-Cluipelle. 
Le  nom  des  Sunuques  apparaît  rarement;  il  s'est  con- 
servé cependant  sous  l'Empire,  car  leurs  cohortes  servent 
à  part,  gardant  leur  caractère  national  :  la  cohorte  I  des 
Sunuques  était  en  Bretagne  en  l'an  124  (^). 

Les  fouilles  de  Hern-St-Hubert  dans  notre  Limbourg 
ont  mis  au  jour  une  inscription  votive  (^),  dédiée  à  Vihansa, 
à  laquelle  un  centurion  de  la  III*^  légion  fait  l'offrande  de 
son  bouclier  et  de  sa  lance  {*). 


une  tablette  votive  à  Hitburg  (Keda  .  — C.I.L.XIII,  ^i:()  (^IIkttneu, 
11°  48 1. 

(1)  iMatrnnis  Cantrii.sleihinbns  C.Apjyhimis  Ptiternius  pro  se  \et\siiifi 
Vibens)  m(erito).  C.  I.  L.,  XIII  3585  —  Trouvée  à  Iloeylaert,  dans  les 
l'oiidenients  dune  église  du  XH''  siècle  ;  Cutidogiie  descriptif  du 
musée  lupidnire  de  Bruxelles,  ])ar  Vv.  Cl'.MOXT,  n"  14. 

(■')  Dette  Sunuxsidi  Ulpius  Ilnuicius  v.  s.  l.  m.  —  d'Eschweiler  ju'ès 
Aix-la-Chapelle  ;  item  à  Knihken  près  Diiren;  BKAJniAcii,  C.  I.  R-, 
G33  et  :0(j. 

(■^j  C.  I.  L.,  VII,  i4u  et  note  ;  ibidem,  n<j5. 

(•»;  C.  I.  L.,  XIII,  3592.  Citée  plus  haut,  TOAGJiES. 


—  làJ  — 

Une  Xeinelonu  ;ii)i)ar;u(,  en  coaiici^nit;  de  Mais  ''>,  sur 
un  monuincnt  élevr  ])ai'  un  soldat  Irévirc  servant  en 
lîreta^iK^  et  l'on  reti'ouve  encore  ]<■  nom  de  cette  dcilé 
en  i)ays  rhénan,  près  de  Spire. 

La  (lea  (hiiuii  d'une  tablette  votive  trouvée  à  Pehn  ])i'ès 
(ierolstein,  en  pays  trévire,  ne  ])eut  être  non  ])lus  consi- 
dérée que  comme  une  divinité  eeltique  ("). 

La  première  aile  on  escadron  des  Tongres,  voue  à 
Epona,  un  petit  monument  dont  la  dédicace  s'ex])li(|ue 
})ar  d'autres  titiili  (^). 

Epona  est  la  déesse  protectrice  des  clievanx  et  des  ânes 
et  l'on  comprend  l'invocation  d'autant  plus  facilement 
qu'une  statuette,  trouvée  à  Dalheim  (Grand  Duché  de 
Luxembourg),  nous  représente  une  Epona  assise  dans  un 
haut  fauteuil,  portant  une  tunique  à  nmnclies  et  un  jx'tit 
manteau;  de  chaque  côté,  un  cheval  ou  un  mulet;  la 
main  gauche  repose  sur  le  cou  d'un  de  ces  animaux  (^). 

La  représentation  est  analogue  à  celle  de  la  trouvaille 
de  Naix,  l'antique  Nasiiim  (■'),  près  de  Toul. 

Les  habitants  de  la  bourgade  frontière  Belgiiun,  les 
Belginnies,  font  aussi  graver  une  inscription  votive  à 
Epona  :  ils  se  livraient  probablement  à  l'élevage.  Ces 
vicani  étaient  comme  d'autres  d'ailleurs,  organisés  en 
une  commune  ou  communauté  rurale,  à  l'instar  de  nos 
villages;  le  petit  monument  provient  de  Heinzei'ath,  cercle 
de  Berncastel,  au  pays  de  la  Moselle;  encore  de  la  même 


(')  Peregviiius  Seciinili  fil.  cii>is  'frencr  Lonceiiu...  Mnrti  el  \eme- 
lonae  i>.  s.  I.  m.  —  de  Bath,  C.  I.  L.,  \U,  3(;.      - 
('j  F.  IIkttxf.R,  ouorage  elle,  ii"  112. 

f^j  C.  I.  L.,  m,  4::  et  vu,  nu. 

{*)  Ilr.TTNKK,  up.  cit.,  nos  io5,  loG,  T07. 

(■'J  RoBlîRT,  Epigraphie  de  la  Moselle,  pi.  t,  "),  7.  —  S.  Rf.IX.UII  (Reinie 
arch.,  1895,  I,  p.  Siget  1903,  I,  p.  nn-,)  a  recueilli  tous  les  monuments 
d'Epona  et  les  reproduit 


—  136  — 

provenance,  est  cet  autel  d'Epona  qui  sur  le  petit  eôté, 
porte  comme  signe  caractéristique,  un  éperon. 

On  le  voit,  dans  cette  matière  archéologique,  qu'il 
s'agisse  des  Tongres  ou  des  Trévires,  bien  des  détails  se 
coniondent.  Pour  en  revenir  aux  divinités  spécialement  en 
honneur  auprès  des  Tongres,  rappelons  la  dca  Ilariiuella, 
antérieurement  mentionnée  et  citons  aussi  une  déesse 
Ricag-anibeda,  invoquée  dans  une  inscription  votive  dont 
la  lecture  est  restée  longtemps  douteuse  (')  ;  les  dédicants 
habitaient  un  canton  ou  pagiis  belge  dont  les  recrues  ser- 
vaient, comme  les  Condruses,  dans  un  corps  de  Tongres. 

Rosmerta  était  une  des  déités  qui  i^ersonnifiaient  l'abon- 
dance, et  elle  accompagne  généralement  Mercure,  dieu  du 
commerce  pour  les  Gaulois  comme  chez  les  Romains.  A 
l^lacer  l'une  près  de  l'autre  ces  deux  divinités  synèdres,  la 
représentation  de  la  richesse  et  du  gain  était  complète. 
Rosmerta  était  invoquée  dans  les  pays  de  la  Moselle,  du 
Rhin  moyen  et  chez  les  Belges  de  Metz,  et  elle  est  pour 
cette  l'aison  considérée  comme  une  divinité  celtique.  I.a 
déesse  avait  notamment  un  temple  «  haud  long'e  Embilado 
vico  )),  non  loin  de  la  hauteur  de  Niederemmel,  près  la  voie 
romaine  de  Trêves  à  Bingen  (-). 

La  formule  Au  génie  du  lien  se  précise  quand  il  s'agit 
d'une  source  :  c'est  alors  une  nymphe,  et  on  la  remercie 
pour  ses  effets  bienfaisants.  11  y  en  eut  sans  doute  beau- 
cou])  qui  restent  ignorées  aujourd'hui,  mais  le  nom  de 
plusieurs  est  arrivé  jusqu'à  nous,  toujours  par  la  voie  des 
inscriptions  votives. 


(')  Deae  liicagamheihic  j)nsfiis  ]V//;j».s-  ntililfunsj  in  loli.  Il  Titn- 
g-r(oriiiiij  1).  s.  I.  m.  —  do  liirreiis,  C.  I.  L.,  VII,  n"  107^. 

{•)  In  Ji(onoi-eni)  d(oitius)  d(iiùiiae)  D\eo^  J/e[rc]///'/o  \el\  7ii'o|.v|- 
me\rtae\...  item  :  In  h.  d.  d.  di-o  Merciirio  et  Rosmerte  ..  seniri  aiigiis- 
tales  0.  s.  l.  I».  —  V.  IIk'i  TNKK,  op.  cil.,  nos  -'■>  et  ■;()  ;  Robert,  Kpii^rn- 
jjliie  de  lu  Moselle. 


t37  - 


Vcrciniii  et  Madiinn  sont  des  nyiiijjlics  (le  ces  ('aux  (jtii 
Hourdeiil  et  i)r()('iirent  la  santé  ;  des  inoniiinents  (')  nous 
le  disent,  trouvés  l'un  à  l^ertricli  (Trêves),  l'autre  à 
Deux-Ponts  près  du  bassin  même  de  la  fontaine  antique. 

Icovellauna  ("j  est  encore  une  autre,  et  la  déesse  Sirona  i^) 
est  associée  aux  Nymphes. 

Voilà  donc  que  nombre  de  divinités  locales  sortent 
aujourd'hui  du  sol  de  cette  plus  grande  Ardenne  qui 
s'étend  de  la  Meuse  au  Rhin.  On  aura  remarqué  leur  carac- 
tère généralement  féminin.  Tacite  n'a-t-il  pas  dit  que  les 
femmes  participaient  du  sens  divin  ou  avaient  le  don  de 
la  divination?  On  n'a  pas  oublié  le  nom  de  Velléda,  lapro- 
phétesse  rhénane.  Toutes  ces  déesses,  ces  nymx^hes,  cons- 
tituent des  mythes  gracieux,  symboles  de  la  jeunesse  et  de 
la  santé.  D'autre  pai-t,  le  nom  de  matrone  évoque  l'idée  de 
la  fécondité  ou  de  l'abondance  comme  aussi  de  la  protec- 
tion maternelle,  et  c'est  ainsi  que  se  comprend  le  culte  des 
Matrones  (■*)  généralement  répandu  dans  nos  contrées. 

Si  dans  le  Luxembourg  on  ne  rencontre  pas  de  ces 
monuments  à  reliefs  retrouvés  dans  la  partie  Eifélienne 
de  l'Ardenne  et  près  du  Rhin,  il  y  a  des  indices  certains 
que  le  culte  des  Matrones  y  fut  également  honoré. 

Dans  une  niche,  trois  femmes  sont  assises  sur  un  banc; 


(')  F.  IIettxeu,  oj).  rit.  11°  m. 

[•)  C.  I.  L.,  XIII,  3G44-  t'iic  inscriplioii  votive  a  été  trouvée  dans 
k'S  ruines  d'un  Nyinpheiuu  près  Metz  et  le  nom  de  cette  déesse 
celtique  a  été  souvent  retrouvé.  —  F.  Hettxer,  ibid.,  n"  110. 

(■^)  V  I.  L.,  XIII,  41^'J  :  /"  /i.  (l-  d.  A])oIlinl/  Graniw]  et  Siro[nue]. 
Au-dessous  d'une  statue  de  Sii'ona  et  dune  autre  d'Apollon,  repré- 
sentés debout.  —  Hettxer,  ibid.,  n"s  47,  48. 

(^j  Max  Iiim,  Der  Miitter-  oder  Matronenkidtiis  und  seine  Denkmnler, 
Bonn.-Juhrb.,  Heft  LXXXIII ;  K.  CnuiST,  Beitriige  zur  vergleichende 
Mythologie  (Mntvonen  und  Nymphen),  ibid.,  Heft  LXXV;  SiEBOURO, 
De  Sidevis  Campestribus  Falift,  dissert,  e^igr.  Bonn,  188G;  Bau- 
.MEISTER,  Denkmïder  des  klassisehen  Altertiims,  1889,  s.  v.  Matronue. 


-   i38  - 


elles  tiennent  des  e<)rl)eilles  de  fruits,  elles  sont  luibillées 
d'un  vêtement  de  deseous  et  d'un  grand  manteau  à 
manches;  celle  de  droite  ainsi  que  celle  de  gauche  portent 
un  grand  chapeau  dont  la  coiffe  encadre  la  tête  comme 
d'un  croissant;  la  dea  du  milieu,  plus  jeune,  a  la  tête 
découverte,  elle  n'a  pour  ornement  que  sa  chevelure, 
laquelle  retombe,  à  la  mode  celtique,  des  deux  côtés  du  cou. 
Tel  est  un  des  nombreux  reliefs  sculptés  •')  représentant 

cette  trinité  des 
Maires,  Matrae  ou 
Jiinones,  dont  on 
a  con)pris  finale- 
ment le  sens  gé- 
néral en  compa- 
rant les  Jiionu- 
ments  et  en  lisant 
les  inscriptions. 

La  haute  coif- 
fure est-elle  celle 
des  femmes  du 
pays  ou  bien  s'agi- 
rait-il d'une  re- 
présentation des 
phases  de  la  lune? 
Sur  deux  des 
monuments  de 
l'Eifel,  la  tête 
d'une  des  matro- 
nes se  détache  sur 


(>  )  Celui  (luiU  nous  reitroduison.s  l'iniage  vient  de  Rodiiij^^eu  près 
fie  Juliers  et  est  aujourd'liui  à  Maïuiheim.  L'inscription  ])orte  : 

Matronis  Gesaieiiia  M.  Jnlfiiis)  Valentintif;  et  Jnlia  .lustiiui  ex 
imperio  ipsarnin  Ifihentes)  niferitoj. 

L'éi)itliète  Geaaienae  reste  inexpliquée  ;  Balmeistkr,  oj>.  cit.,  s.  v. 
Matroiiae, 


-   i39  — 

lin  v(''ri(al)lr  (lis(|U('  (')  et  on  ])om'r;iil  croire,  d'aprèft 
d'autres  monuinents,  ([uo  la  diftV'renee  de  coiffure  marque 
les  trois  phases  visibles  de  l'astre  (^),  dont  révolution  est 
mensuelle. 

Plusieurs  centaines  d'objets  voués,  autels,  scidptures, 
iitiili,  ont  été  retrouvés  sur  une  très  grande  étendue  de 
paj's,  Bekker,  se  fondant  sur  l'appellation  de  Mater  et 
l'aire  de  dissémination,  croit  à  un  culte  indo-germanique. 
Le  fait  est  que  les  Nornes,  les  Parques,  les  Charités 
antiques,  ou  les  Mères,  se  tiennent  comme  par  la  main. 

D'autres  cherchent  à  voir  là  un  culte  plutôt  celtique, 
car,  répandu  dans  les  régions  rhénanes,  il  a  dû  s'y  propager 
en  venant  du  Midi  gaulois  vers  le  Nord  germanique. 
Populaire,  témoin  la  qualité  des  dédicants,  il  a  surtout 
fleuri  dans  le  cours  des  trois  premiers  siècles  de  l'ère 
chrétienne. 

Un  des  traits  les  plus  caractéristiques  est  le  grand 
nouibre  des  surnoms  i^)  donnés  aux  déesses-mères. 

Ces  appellations  doivent  provenir  du  nom  des  peuplades 
qui  les  invoquent  ou  du  nom  des  lieux  mêmes  où  elles  sont 
honorées  :  elles  sont  ethniques  ou  topiques.  A  l'origine, 
elles  étaient  les  génies  propices,  les  pi'otectrices  de  cer- 
taines localités,  puis  des  familles,  des  tribus,  de  telle  ou 
telle  condition  de  la  vie  humaine.  Leurs  attributs  les 
signalent  comme  apportant  l'abondance  :  on  s'adressait  à 
elles  pour  obtenir  un  sort  prospère,  voir  se  produire 
quelque  événement  heureux. 

A  Xewcastle  s'est  rencontré  un  grès  d'un  travail  gros- 
sier représentant  trois  femmes  en  manteau  et  séparées  par 


(')  M.  IiiM,  o/>.  cit.,  p.  46. 

(2)  Une  note  analogue  a  été  lue  par  K.  Arkndt  au  doniier  Congres 
archéologiqxie  fl'Arlon.  Cowpte-rendu,  j)]).  177  et  suiv.,  II<^  i>artie. 

(^)  A  relever  la  terminaison  fréquente  en  ne/iae,  Iicnae,  lune,  et  la 
forme  du  datif  pluriel  en  abus  (deabiis). 


des  (.'oloimctles  d'un  slylc  romain,  prcscxnc  roman  doja, 
et  en  dessous  eette  inscription  :  «Aux  déesses-mères  irans- 
marines  du  pays,  Auvelhis  Juvenalis  (')  ».  Ainsi,  de  loin, 
le  soldat  adresse  ce  souvenir  touchant  à  ces  Mères  pro- 
tectrices du  sol  natal,  qui  deviennent  pour  lui  trans- 
marines :  le  culte  local  s'est  transplanté  et  rapx)ellation 
modifiée  par  l'effet  d'une  intéressante  vicissitude. 

La  première  coliorte  des  Tongres  en  Bretagne,  composée 
do  soldats  de  nos  contrées,  mais  de  localités  diverses, 
érige  un  monument  votif  aux  Mères  ^'-i,  sinii)lement. 

Tvien  de  varié  d'ailleurs  comme  les  appellations  con- 
jointes :  aux  Mères  parcpies,  à  leurs  propres  Mères,  aux 
Mères  domestifpTes  ou  nationales,  aux  Mères  de  toutes  les 
nations  (^). 

La  1'°  cohorte  des  Tongres  est  mentionnée  dans  une 
inscription  votive  des  plus  intéressantes  retrouvée  près 
d'Edimbourg  ("*).  L'épithète  Alatervae  qu'ils  donnent  aux 
Mères,  reproduit-elle  au  pluriel  une  déesse  Alaterva?  Ou 
bien  plutôt  ne  s'agit-il  pas  d'une  appellation  toi)ique,  et 
dans  ce  cas,  la  localité  est  à  chercher  au  pays  des 
Tongres  ? 

La  dédicace  est  doulde  puisque  le  monument  est  égale- 
ment élevé  en  l'honneur  des  Maires  Campestres.  Le  culte  ("'-) 
de  ces  dernières  divinités  féminines  est  appai'enté  avec 
celui  des  Maires  en  général,  et  son  existence  est  constatée 


(')  Deabiis  malribiis  Tramaviiiis  patrifiis)  Aarcliiis  Juvenalis.  — 
C.  I.  L.,  Vil,  ii"s  3()3,  4!J<),  ii!)4-  —  ^I-  I"^'.  o/>.  cit.  l'igin-e  et  insL-r.  p.  \-2. 

("-)  MulribuH  coll.  I  Tungrovum.  —  TIousESTEADS.  —  C.  I.  L.,  ^'II, 
C53.  M.  Ihm,  ibid.,  j).  iGo. 

{^)  C.  I.  L.,  \'II.  Maires  J'arcae,  \iH,  9127;  Maires  stiae,  ['^o,  \','>!\-2; 
Maires  donieslicae,  <)i5,  <)3()  ;  Maires  oniniiim  genlinm,  8S7. 

(')  Malrib(iis)  Alaleruis  el  Malrib(ns)  Cainpestrib(iis)  Coh.  I  Tan- 
gr(oriiw)  in(slanle)  l'I/iio....  fcenlnrione)  legt  ioiiis  ).  XX  U(ljiiae) 
v(iclrici.s-).  —  Cramoiil,  CaU-donie  ;  C.  I.  L.,  VII,  loS^j. 

("V  Sir.norRG.  op.  cit..  ]>.  3(;. 


-  i4i  - 

dans  la  (  icniiaiiic  Siipfi'iciirc  cl  les  ('liaiii|)>  I  )(''('uiikiiis, 
coniincî  dans  nos  coiit  rccs.  Le  (nialificat  if  ajjparl  icnl  à  la 
lanj^iic  luilitaire  et  na  rien  de  <'liani])("'(r('  on  (h;  niral  ; 
les  ((  N'yniplK's  des  (*haiiii)s  »,  honorées  ])ai'  \"n'^ile,  iic 
seraient  point  ici  à  leur  place.  Mars  rc^nc  snr  son  tcri'ain  : 
(piand  nu  dedicaiit  s'adresse  à  Ini,  Mnrti  duuipcslri  il  est 
le  (lien  du  Cliani])  de  ^Fars  ;  e(>'.ui-ci,  c'est  le  lien  d'exer- 
cice ou  le  chanij)  de  bataille  où  se  rendent  les  coliorlcs 
Ciiinpcslres.  Le  sens  est  bien  fixé  ])ar  une  série  d'expres- 
sions, et  ees  nièi'es  des  soldats  sont  in\()<|uées  i)ar  eux 
poni"  qu'elles  les  protègent  sur  le  terrain  du  labeur  mili- 
taire. 

L'é])itliète  de  Siileonc  ou  Siilcniuc  l'-st  éti'angèrc  au 
vocal)ulairc  romain  ;  elle  est  celticpu',  et  on  la  retrouve 
dans  la  qnalil'ieation  des  Aqunc  SnliW,  sourcils  à  Bath 
en  Angleterre,  dont  les  effets  salutaires  étaient  appréciés 
des  anciens  (').  Comme  la  Dca  Sulis,  les  Matrones  Sulé- 
viennes,  dont  un  monument  ù  Trêves  plus  beaucoup 
d'autres,  sont  connus,  apparaissent  ainsi  comme  des 
divinités  protectrices  de  la  santé,  à  l'instar  de  la  Ilygicia 
des  Grées  et  des  Latins. 

8ui'  l'étendue  du  pays  (|ui  nous  intéresse  particulière- 
ment, des  insei'iptions  ont  été  l'clevées  en  l'honneur  des 
Maires  Mnsanae  <■'),  (pi'ès  Cologne),  Mahlinehae  (ibidem), 
CanHtviisteihiae  (Hoeylaert),  Julincihiae,  et  il  est  à  i)eine 
nécessaire  de  dire  (ju'on  a  rap[)roché  ces  epithètes  de  noms 
géographicjues  connus  chez  nous. 

On  le  voit,  c'est  toute  une  étude  de  mythologie  oeeiden- 
tak'  que  celle  qui  intéresse  le  culte  des  Matrones,  et  à 
moins  de  reprendre  une  à  une  les  deux  cent  cincpiante 
inseri])tions  (pi'a  fournies  le  territoire  cis-rhénan  des  deux 


(')  La   dcn  Salis  est  nieiitioniu'e  suv  des  inoiuiinents  de  ISatli.  — 
C.  L  L.,  VII,  3.),  4-2,  43. 
(2)  BUAMBACU,  C.  I.  H-,  W^  317  :  ...  Mati-ibits  Musaiiahiis  sacrum... 


—    l42   — 

Germaines,  il  nous  suffira  (Tavoir  relevé  les  caractères  du 
culte  on  ce  ({ui  concerne  i)lus  particulièrement  nos 
contrées. 

On  a  rapproché  des  monuments  complets  représentant 
la  trinité  des  Matrones,  les  statuettes  de  terre  cuite, 
blanclies  généralement,  figurant  des  femmes  portant  la 
grande  coiffe,  et  sur  les  genoux,  des  corbeilles  de  fleurs, 
de  fruits,  de  petits  animaux,  voire  même  quelque  petit 
enfant.  Leur  nombre  est  des  plus  considérables,  et  elles 
proviennent  souvent  des  mêmes  régions  où  l'on  a  trouvé 
les  grands  monuments.  Au  Musée  de  Luxembourg,  il  y  en 
a  littéralement  un  tas  qui  proviennent  pour  la  plui)art 
de  l'ancienne  bourgade  ou  Viens  de  Dallieim,  ou  bien 
d'Altrier.  Peut-être  jouaient-elles  dans  les  maisons  où 
règne  la  matrone  active,  le  rôle  de  Lares  féminins,  pro- 
tecteurs de  la  fécondité  et  de  l'abondance. 

Viennent  aussi  des  Matrones  à  cheval,  portant  des  fruits 
ou  des  animaux.  Nous  croyons  qu'il  s'agit  là  de  petits 
reliefs  représentant  l'abondance  en  voyage,  que  ce  soit 
sur  terre  ferme  à  cheval,  ou  que  d'autre  part,  comme  chez 
les  Bataves,  la  déesse  soit  sur  un  bateau...  C'est,  i)ar 
l'image,  la  représentation  des  relations  commerciales,  et 
celle-ci  est  à  rapprocher  des  nombreux  monuments  dédiés 
au  Maître  du  gain  —  hicvornni  poteiis  —  de  Mercure,  dont 
la  compagne  est  llosmerta. 

Les  Proxninae  ('),  littéralement,  les  Proches  sont  des 
génies  féminins,  sortes  d'anges  gardiens,  invoqués  par  les 
fenijnes.  Masculins  ou  féminins  étaient  les  Fati  et  les 
Fatae,  objets  d'un  culte  bien  i)érégrin,  encore  que  le 
mythe  des  Trois  Parques,  les  Tria  Fata  des  Romains,  se 
rencontre  avec  lui. 

Objets  d'un   culte  barbare  cpii  avait  dû  em])runter  des 

(')  Vingt-six  iuscriptions. 


-  i4-^  - 

noms  latins,  les  fnli  v\  les  fnlne.  ^  ,  sont  ces  génies  anx- 
quels  s'adressent  des  soldats,  des  esclaves,  des  atlrancliis, 
des  gens  du  peuple,  ipiand  il  y  va  du  sort  de  la  vie;  ceux-là 
paraissaient  eu  décider  et  jouissaient  dans  les  croyances 
d'un  i)ouvoir  protecteur. 

Ainsi  s'allonge  toujours  la  série  des  ((  di\inités  des 
petites  nations  (-'j  »  comme  disaient  les  grands  liomains, 
de  cette  suite  même  (pie  Mai'tial  dans  ses  épigrammes 
appelle  »  la  plèbe  des  dieux  ». 

Donc,  l'Olympe  romain,  (pii  s'était  glorieuseuient  coui- 
plété  en  Grèce  et  avait  aeeei)té  de  l'Orient  tant  de  cultes 
célèbres,  fut  aussi  du  côté  de  l'extrême  Occident  large- 
}nent  entr'ouvert.  De  l'un  à  l'autre  point  se  compléta 
l'union  des  cultes,  ceux  des  nuiîtres  et  des  vaincus.  lOllo 
est  l'ormellement  reconnue  dès  le  règne  nième  de  Tibère, 
l)uis(pi'on  voit,  avant  l'érection  de  tant  de  monuments 
d'une  mythologie  mixte,  un  autel  élevé  à  Jui)iter  très  bon 
et  très  grand  à  côté  d'autels  gaulois,  également  conservés 
dans  rile  de  la  Seine 

L'union  se  fcuida  sur  le  pautlK'isme,  cela  soit  dit  d'abord 
(juant  aux  croyances,  et  elle  offrait  des  avantages  com- 
muns. Rome  voulait  voir  les  peuples  honorer  ses  dieux 
officiels  et  ni)portei',  devant  les  aigles  des  légions,  leur 
encens  à  ses  empereurs  divinisés.  l)'anti-e  i)art,  de  nou- 
veaux citoyens,  des  légionnaires,  après  la  mention  de  la 
divinité  ronuiine,  pouvaient  à  loisir  citer  les  noms  de  leurs 
dieux  nationaux,  les  graver  finalement  seuls  sur  la  pierre, 
et  non  sans  quelque  vanité  élever  personnellement  de  ces 
petits  monuments  qui  devenaient  ])ublics.  Nous  croyons 
même  que  c'était  une  façon  de  se  recommander  soi-même, 
une  des  formes  alors  de  l'éternelle  réclame. 


(')  Et  non  fata  an  nentre  pluriel. 

(-j  «  DU  minoriim  gentium  — plebs  ileonim.  » 


-  i44- 

Les  i'Oiii])n)iuissi()ns  ciilrc  croyaiici^s,  inijxyi-lécs  et 
locales,  identiques  ou  (liltéi-eutes,  subsistèrent  longtemps 
elle/  les  Belg'o-romains.  Plus  tard  :  «  nullas  paganoviim 
sacrileg-as  consnetndines  obseruetis  (')  »,  n'observez  aucune 
des  coutumes  sacrilèges  des  payens,  dit  plus  gravement  le 
christianisme  en  imposant  sa  loi  unique.  Et  pourtant  les 
traces  du  polytliéisme  populaire  sont  lentes  à  disparaître, 
à  ce  point  que  nos  premiers  documents  ecclésiastiques 
font  indirectement  retrouver  encore  bien  des  tl-aits  effacés 
des  monuments  payens. 

Le  catalogue  des  puissances  occultes  qui  s'imposaient  à 
la  sui)erstition  au  sein  de  la  première  Belgique,  est  com- 
plété par  le  relevé  des  pratiques  que  les  évoques  mission- 
naires entendaient  extirper. 

L'apôtre  de  notre  Ardenne,  S.  Remacle,  voyant  qu'il 
n'existait  là  nul  centre  de  piété,  obtint,  au  vu''  siècle,  du 
roi  d'Austrasie,  la  permission  d'y  fonder  deux  monastères. 
11  aborde  ce  désert  formé  de  marais  et  de  monts  rocail- 
leux (■-),  il  traverse  les  fagnes  et  se  trouve  sur  les  bords  de 
la  Warclie...  Cependant,  que  voit-il  là  ?  Des  lieux 
voués  autrefois  au  culte  des  idoles,  des  pierres  au  nom  on 
à  r effigie  de  D/a/ie,  d'autres  divinités  fabuleuses  encore; 
des  sources  propres  à  l'usage  des  liommes,  mais  souillées 
par  l'erreur  des  gentils  et  pour  cette  raison  soumises  à 
l'empire  des  démons.  Il  procède  aux  cérémonies  de  l'exor- 
cisme, fait  nettoyer  la  fontaine  —  celle-là  qu'on  voit 
encore  sous  Malmedy  (^)  —  et  il  la  laisse  ensuite 
remplir  sou  bassin  non  sans  avoir  gravé  sur  la  pierre  le 


(')  GnKSCillKKIC,  Aclu  SS.  lielgii,  inlu  s.  Llis^ii. 

(-)  (c  A  ni  ne  ami  e  viislnin  j)nhidibns  et  eonfriiiJçoHis  montibus  siiUum 
a  g- g- redit  II  r  »,  AA.  SS.,  3  sci)teiiil).  i8(JS. —  Nous  lisons  iuiniiiiil)ns  (et 
non  noininibus)  jiorteiitiiosis  efjigiiitos. 

(3j  Midinunderiuiu.  —  I>;i  source,  l'ei'ruj^ineusc,  est  en  aval,  non 
loin  (le  la  Warclie. 


-  i45  - 


si<;iR'  (runc  croix,  l)it'iitMl  coiilcc  en  plonil)  cl  lixcc  piii' 
(les  trous  prat i(|tics  dans  les  rainures. 

Le  lieu  relevant  de  la  paroisse  ou  l\i;lise  de  ("olo^iie  ('), 
le  8aint  trouve  en  deeà  et  non  sans  axoir  h(''sil(''.  un  seeoml 
eni])laeeinent  vaste  et  sis  sur  les  hoi'ds  de  rAinhleNc,  mais 
mal  famé  à  eanse  de  l'abondance  des  animaux  sau\a,i;'es 
qui  y  accouraient,  oh  con/hicnliain  fcntriim.  Dans  la  nuit, 
tout  proche,  ils  Taisaient  entendre  leur  vacai'me  cl  les 
frères  ti'eniblaient.  Comment,  demamlent-ils  à  leni-  con- 
ducteur, se  délivrer  des  embûclies  du  démon,  de  l'ennemi 
invisible,  inoisibilis  hoslis'/  Ilemacle,  iiersislani,  i-écon- 
forte  ses  com])agnons,  leur  ra])i)(danl  reffef  de  la  prièi-e  et 
du  signe  de  la  croix,  la  vie  aussi  des  ei-miles  du  désert 
comme  encoi-e  les  mille  formes  du  démon...  N'em])runte- 
t-il  pas  même  celle  des  mouches  ?  Le  monastère  fondé, 
révè(pie  de  Tongres  repi"it  le  (diemin  de  son  église  :  il 
devait  revenir  finir  ses  jonrs  en  cejieu  qui  fut  Stavcdoti'j. 

Ce  n'est  ])as  un  point  d'histoire  à  oublier  (ju(^  la  décou- 
verte pai-  un  apôtre  d'autels  à  Diane  et  autres  dixinités 
romaines  élevés  an  bout  de  nos  fagnes,  des  grands  marais 
eiféliens,  dans  les  sites  sauvages  des  boi-ds  de  la  W'ai'che, 
au  cœur  nième  de  l'Ardenne. 

(^uant  à  l'Ouest,  ce  (pii  regarde  la  Flandre  méridionale, 
le  pays  jusqu'alors,  an  vu'-  siècle,  «  avait  été  \()ué  à  toutes 
sortes  de  superstitions,  et  ses  habitants  non  ]»lus  (|ue  h's 
bètes  des  forets,  n'avaient  encore  entendu  de  la  bouche  de 
personne  le  Verbe  salutaire  (''j  »  ;  mais  le  peuple,  à  la  ])arole 
de  saint  Eloi,  évèque  de  Xoyon,  abandonna  ses  idoles  et  il 


('j  Cette  (listinclion  de  territoire  fuite  à  eette  date,  iiiérile  d'être 
relevée  et  aide  ;ï  fixer  ini  point  de  la  frontière  antique  séparant 
la  Belgica  de  la   G  er  m  uni  a. 

i-'j  Stiibiiletnm. 

{'^)  Ex  vila  ft.  Eligii.  —  Do.M  I}oi'(,)ri:i',  Recueil  des  Historiens  des 
Canles  et  de  lu  Frunce,  t.  III,  p.  0-2-. 


-  i4^5  - 

fut  converti.  Un  docuincnt  nous  est  resté  qui  témoigne  de 
ee  changement  tluns  les  eroyanees,  c'est  le  canevas  d'an 
vrai  sermon  contre  les  pratiques  païennes  :  observer  les 
augures,  en  route  attendre  le  cliant  d'un  oiseau,  invoquer 
Xei)t  une,  rOrcus  des  en  fers,  Diane,  Minerve  ou  Gentisque...; 
célél)rer  en  dehors  des  fêtes  sanctifiées,  le  jour  de  Jupiter, 
le  jeudi,  et  le  garder  jiar  le  chômage  soit  en  mai,  soit  en 
(fuehiue  autre  temps  ;  se  rendre  à  des  temples,  à  telles 
pierres,  fontaines  ou  arbres,  ou  bien  aux  trois  voies  pour 
y  porter  des  lumières  ou  accomplir  un  vœu  ;  attribuer  au 
soleil  ou  à  la  lune  une  puissance  souveraine,  les  invoquer 
ou  jurer  par  eux,  recourir  aux  incantations,  faire  des 
lustrations,  se  livrer  enfin  à  des  jeux  diaboliques,  danses 
et  cantiques...  Il  falhiit,  au  contraire,  bouleverser  les  fon- 
taines soi-disant  sacrées,  couper  les  arbres  vénérés,  brûler 
les  ex-voto,  ces  pieds  façonnés  en  bois  qu'on  suspendait  à 
la  coupure  des  chemins  ('). 

'l'ous  ces  détails,  qui  ressortent  sur  un  fond  germain, 
rappellent  bien  Rome.  Diana  —  la  déesse  féminine  de 
Janus  le  dieu  du  commencement  —  était  dite  trivia  parce 
qu'on  en  plaçait  le  buste  ou  la  statue  aux  carrefours,  de 
même  qu'on  y  mettait  un  Merciirius  triceps,  et  c'était  à 
l'embrancliement  des  voies  que  le  voyageur  prenait  augure 
de  son  entreprise,  (^uant  aux  lustrations,  c'étaient  des 
cérémonies  rituelles  accomplies  pour  purifier  les  personnes 
ou  les  biens,  maisons,  champs  et  troupeaux.  Ovide  parle 
de  tout  cela  quand  dans  ses  Fastes  il  explique,  suivant  le 
calendrier,  les  fêtes  de  quartier,  officielles  ou  populaires, 
près  de  temples  ou  de  petites  chapelles,  cérémonies 
])oin])cuscs  ou  ])rati(|uos  de  vieilles  gens  qui  n'ont  i-ien 
oublié.  Et  le  langage  est  le  même  ;  saint  Ouen,  le  bio- 
gra])hc    de    saint   Eloi ,    emploie   les    termes    classiques   : 


0)  Actu  Saiicl.  Bel gi i .—  GuE&QViKRF.,  ouvrage  cité,  ni,]>.  244  et  suiv. 
—  Vita  S.  Eligii  Noviomensis  episcopi  ("1-058). 


-    ^7  - 


riKil)ilaiil  d'un  l'aiilxjiirj;  de  Taiil  i(i(ic  Uoiul'  aiir.iil  compris 
le  hcnnoii. 

Après  les  Coneiles  de  lieptines  on  I^estines  en  ])ays 
de  Hainaut  (743-756),  on  tronxe  i-édigée  une  lislc  — 
c'est  une  mise  à  Viiidcx  —  de  i)rati(pies  condanmées  ])ai' 
l'assemblée  (').  Elles  provenaient,  soit  des  lîoniains, 
ou  des  Germains  ;  elles  sortent  de  ce  Tonds  eomimin  à 
tous  les  âges,  tant  les  populations  ])rimitives  aiment  le 
merveilleux,  elierehant  par  tous  moyens  à  scruter  on  à 
se  coneilier  la  i)uissance  de  forces  surualurelles.  On  voyait 
des  signes  dans  le  jeu  des  flanuacs  du  foyer  :  dès  les 
l)i-emiers  temps  bibliques  l'essor  de  la  fumée  du  sacrifice 
d'Abel  et  de  Caïn  n'est-il  pas  interprété?  Les  Romains 
l)renaient  augure  du  vol  des  oiseaux,  les  Germains  écou- 
taient même  les  hennissements  des  chevaux.  Un  autel 
de  marbre  blanc  de  la  galerie  vatieane  se  montre  à  nous 
surmonté  d'un  agneau  placé  en  travers,  le  ventre  ouvert 
et  présentant  ainsi  à  l'examen  ses  viscères,  foie,  c(XMn' 
et  poumon  :  ici  on  ol)servait  l'état  de  la  cervelle.  Puis 
c'étaient  des  incantations,  des  pratiques  divinatoires,  des 
sortilèges  :  on  dessinait  des  simulaci-es  en  répandant  de 
la  farine  ou  en  fabriquant  des  mannequins  re])résentant 
les  personnes  maudites.  A  de  certains  joui\s  on  célél)rait 
les  yriae,  course  folle  faite  en  haillons  et  chaussurc;s 
ouvertes,  ou  des  iiiinidae,  sacrifices  en  pleine  forêt. 
Les  Germains  vénéraient  les  arbres,  les  fontaines  ;  les 
Romains  entrevoyaient  dans  les  premiers  des  Dryades  ou 
le  dieu  Sylvain,  et  c'était  une  njmiphe  qui  laissait  couler 
la  source.  Sacrifier  sur  la  tombe  des  nu)rts  est  une  des 
plus  anciennes  coutumes;  essentiellement  romaines  étaient 
les  fêtes  en  l'honneur  de  Mercure  et  de  .Jupiter  (ju'on 
honorait  par  des  sacrifices  et  la  cessation  de  tout  tra\ail. 


('j  MoM'.M.  ClKUM.,  Leg-es,  I,  pp.  i<j,  20  ;  Ad  calceiu  cajtittihiris  Lift!- 
iiensis...  indictiliis  sujcrs/itioniini  et  paganiarnm. 


—  i48  — 

Un  mol  est  bien  rra])p('',  les  Sjuircnli:i,  ([iii  donne  la 
désincnee  des  joiii-s  de  l'èle  à  un  vocable  qui  ne  sigiiil'ie 
rien  d'autre  que  malpropre  ou  oh^cène,  spiircus .  Qu'était-ee 
que  eos  Spnrciilics  de  février?  Sans  doute  la  tradition 
lointaine  de  quelcpie  fête  carnavalesque,  comme  celle  des 
Lujx'rcalies  (pi'on  célébrait  à  Home  le  i5  février. 

Ce  joui'-là  les  Luper(|ues,  innn'  fêter  Faunus,  couraient 
nus,  les  reins  ceints  de  la  peau  d'un  bouc  fraîchement 
écorclié  et  fra])paient  d'un  coup  de  lanière  les  femmes 
qu'ils  rencontraient  pour  leur  donner  la  fécondité. 

Un  dernier  détail  ne  laisse  pas  non  plus  di^  jeter  certain 
jour  sur  l'état  du  pays  :  des  niaisoiincilcs  ou  petits  temples, 
dit  une  rubrique  de  Viiidex.  Les  huttes  du  i)oi)ulaire, 
rondes  ou  carrées,  n'étaient  point  grandes,  l'abi-i  d'une 
idole  était  encore  i)lus  éti'oit,  puisqu'on  enq)loic  le  dimi- 
nutif de  easa  —  casiila  —  et  l'on  est  peut-être  en  droit 
d'entrevoir  (|uel(|ue  chose  de  semblable,  sauf  révérence, 
dans  l'édicule  du  saint  Antoine  de  Bure  en  noti'C  pays 
de  Luxembourg  :  une  statue  en  plein  air,  placée  sui'  un 
tas  de  i)ieri'es  et  sous  le  disque  d'un  toit  de  chaume. 

Un  capitula  ire  ro^'al  confirma  les  proscriptions  des 
évêques.  En  effet,  Carloman,  comme  son  j^ère  l'avait  fait 
déjà,  défend  sous  peine  d'une  amende  de  i5  solidi,  toute 
]>ratique  païenne  ('). 

Enfin,  le  capitulaire  de  Paderborn  de  l'an  78:),  qui 
organise  à  la  fois  chez  les  Saxons  le  christianisme  et 
l'cMupire,  punit  de  la  peine  capitale  ceux  des  Saxons  qui 
auraient  procédé  à  la  crémation  d'un  cadavre  à  la  mode 
païenne,  et  commine  des  peines  diverses  contre  ceux  que 
des  vœux  ai)pellent  auprès  des  fontaines,  des  arbres, 
qui  y  auraient  apporté  des  offrandes  ou  bien  fait  un 
rejjas  en  l'iionneur  des  «  dénions)). 

(^)  MoM  M.  (Jiani.,  Il>id.,  I,  p.  iS,  Capitiilare  Li/linense  a   ^Sô. 


-  i4'j  - 

CopL'iulaiU,  tant  sont  tciuioes  les  sii])('i'st ifioiis  jx)])!!- 
lairt'S,  au  xi'  siôclc  à  W'oniis,  l'ancien  I>()rbcl<>mu<;us,  (jiic 
l'évêque  Burcliard  (|ui  eonfcssc  ses  ouailles,  en  est  encore, 
pour  distribuer  les  pénitences  ('),  à  posci-  ces  questions  : 

((  —  Ave/,-vous  cru  à  l'existence  des  T*ar(|U(^s  des  Xornes 
ou  les  Mntres)  et  à  la  puissiince  ({u'on  leur  attribue  ? 

—  Avez -vous  aj^i  comme  certaines  femmes  à  telles 
«''l)oques  de  l'année,  à  savoir,  servi  sur  votre  table  nourri- 
ture et  boisson  avec  trois  couteaux,  dans  le  but  de  i-es- 
taurer,  si  elles  vous  visitaient,  ces  trois  sœurs  <{ue  l'an- 
cienne erreur  a  appelées  les  Parcfues?...  Si  oui,  ])endant 
une  année  pénitence  aux  fêtes  légitimes. 

—  Etes -vous  allé  prier  en  quelque  plac(;  autre  que 
l'église  (Ml  le  lieu  indiqué  par  votre  évoque  ou  votre  i)rêtre, 
c'est  à  dire  auprès  d'une  pierre,  d'un  arbre  ou  aux  carre- 
fours, et  là  en  signe  de  vénération,  avez-vous  allumé  chan- 
delle ou  torchette,  avez-vous  là  api^orté  du  pain  ou  (juclque 
offrande,  ou  y  avez-vous  mangé,  ou  bien  demandé  (|ucl(|ue 
assistance  pour  votre  corps  ou  votre  âme?  Si  vous  l'avez 
fait  ou  y  avez  consenti,  vous  ferez  pénitence  pendant,  trois 
ans  aux  fêtes  légitimes. 

—  Avez-vous  consommé  quelque  chose  des  offrandes 
qu'en  certains  endroits  on  apporte  aux  tombeaux,  aux 
])i(n'res,  aux  arbres,  aux  fontaines,  aux  carrefours,  ou 
avez-vous  porté  des  pierres  en  tas  ou  fait  des  ligatures  aux 
croix  placées  aux  carrefours  V  —  Pénitence  encore.  » 

Sous  la  domination  romaine  il  semble  qu'on  ait  tout  fait 
en  la  matière  pour  rendre  impérissables  les  superstitions 
poi)ulaires.  Ne  les  retrouvons-nous  pas  encore  dans  le 
Folklore  aujourd'hui?  Les  daemones  ou  génies,  sous  l'effet 
des  prédications  de  l'Eglise,  devinrent  des  démons  ;  les 
pierres  révérées  jadis  par  les  païens,  pierres  du  diable,  et 
combien  n'en  compte-t-on  pas  ?  Les  trois  Matrones  sont 
des  sorcières  :  Macbeth  en  rencontre  trois.  De  celles-là 

(')  FRIEUBERG,  Ans  deutscheii  Bussbiichern,  p]).  94,  85,  90. 


IDO    — 

descendent  nos  Mucrallea  Avallonnes,  contre  lesquelles 
dans  les  campagnes  on  signait  de  la  croix  les  maisons 
isolées.  Peut-être  ne  sont-ce  là  que  des  traditions  iden- 
tiques mais  d'origine  différente  ;  toujours  est-il  qu'il  ne 
faudrait  pas  clierclier  bien  loin  pour  rencontrer  la  jeune 
i'emme-serx)ent  ou  la  sirène,  la  roue  de  la  fortune,  des 
ondins  et  des  ondines  (').  Quant  à  la  Fata,  ce  génie  féminin 
de  la  destinée,  la  Fée,  elle  s'est  réfugiée  dans  les  légendes 
gracieuses  du  moyen-âge  :  mais  s'il  y  a  le  génie  bienfaisant 
déposant  au  berceau  de  l'enfant  des  gages  de  bonheur,  il  y 
a  aussi  la  fée  pernicieuse  qui  crache  non  plus  des  pierres 
précieuses,  mais  des  crapauds  et  des  vipères... 

Laissons  le  merveilleux,  et  quittons  ce  haut  plateau  de 
Bestenaciim  ou  Bastogne,  l'émule  de  celui  des  fagnes,  qui 
donne  au  touriste  la  sensation  de  l'immensité  comme  au 
chercheur  la  certitude  d'une  action  romaine  qui  ne  négli- 
geait pas  un  désert. 

Du  siège  du  dieu  militaire  Entarabus  à  l'antique  Oro- 
laiiniim  ou  Arlon,  l'itinéraire  est  tout  indiqué,  il  l'est 
même  dès  le  départ  en  suivant  le  chemin  belgo-roraain 
passant  par  Hollange  et  Martelange. 

C'est  encore  Vliinéraire  du  Luxembourg  germanique 
suivi  en  1844  par  le  chevalier  L'Evéque  de  la  Basse- 
Moûturie  en  son  Voyage  historique  et  pittoresque  dans  le 
Grand-Duché.  Traversant  la  ligne  de  faîte  qui  sépare  le 
bassin  de  la  Meuse  de  celui  de  la  Moselle,  l'écrivain  n'est 
pas  sans  remarquer,  avec  ses  compagnons  de  diligence,  la 
nature  du  pays  encore  incompris,  car  à  propos  de  ces 
«  tristes  parages  »,  il  ne  manque  pas  de  rappeler  certains 
vers  ironi([ues  de  l'abbé  Lenoble  : 

Là  le  genêt  et  la  foiig^ère 
Couvrent  de  stériles  guérets  ; 
Une  récolte  de  navets 
V  réduit  la  terre  légère 
A  rejioser  dix  ans  après. 

(•)  GKIM.M,  Deutsche  Sagen. 


—  1)1   — 

Sans  (loiilc  rcLrouvcrous-uous  (|iiel(j[uc  pari  encore  les 
traces  du  chevalier  errant  ;  en  attendant,  voici  les  belles 
plaines  luxembourgeoises  aérées  et  fertiles,  (]ui  ouvrent 
grand  le  clieniin  vers  Arlon. 

Xous  sommes  dans  la  partie  méridionale  de  l'Ardenne, 
an  pays  des  Trévires  qui,  au  Sud  de  la  Basse-Germanie, 
occupaient  le  Nord  de  la  Première-Belgique. 

Près  de  la  gare  d'Ai-lon,  en  fouillant  la  terre,  on  vient  Arlon, 
de  trouver  la  plus  ancienne  pièce  de  monnaie  romaine 
exhumée  dans  la  localité.  Elle  est  à  Teffigie  d'Agrippa  et 
porte  en  exei'gue  .1/.  L.  F.  AGRIPPA  ;  au  revers,  entre  les 
deux  lettres  S.  C.  marquant  l'intervention  d'un  sénatus 
consulte,  est  debout  un  Jupiter  armé  de  ses  foudres  et 
portant  d'autre  part  un  trident.  La  pièce  tout  au  moins, 
nous  reporte  loin,  aux  origines  mêmes  de  l'empire. 

Que  fut  l'Arlon  romain  ?  (') 

Probablement,  lors  de  l'organisation  du  pays,  un  poste 
de  surveillance  fut  établi  sur  la  colline,  au  point  d'intersec- 
tion des  routes  militaires  qui  assujettissaient  les  Trévires 
et  conduisaient  vers  Tongres,  Cologne,  Reims  et  Trêves. 
Arlon  date  de  l'établissement  de  ces  voies  mêmes,  le 
quadviviiim  a  formé  le  viens.  Du  carrefour,  la  bourgade 
s'étendit  le  long  des  voies  ;  dans  la  campagne  s'élevèrent 
des  Aillas  reliées  par  des  diverticules.  L'importance 
routière  d' Arlon  reste  encore  aujourd'hui  indiquée  par  les 
sujets  de  reliefs,  fréquemment  empruntés  aux  scènes  ordi- 
naires de  la  voirie.  Une  mention  officielle  sur  l'itinéraire 
du  temps,   au  iii^  siècle,  montre  combien  l'existence  de 


(')  Cf.  A.  Wn.TlIElM,  Liiciliburgensia  siue  Laxembuvgnm  romamim, 
1.  VI,  C.  VI-XI;  LOES,  YArlon  romain  dans  le  Compte-rendu  dn  Con- 
grès archéologique  et  liistorique  tenu  ù  Arlon  en  i8gg,  p.  lofi  ; 
Le  même,  dans  le  Jahrbucli  des  deutschen  Vereins,  1902  et  lyo!}  ;  .T,-B. 
SiBENALER,  Notice  sur  Arlon,  ibid.,  pp.  i43  et  suiv.  ;  .1.  P.  Wai.tzino, 
Okolaunlm  vh  rs,  Musée  Belge,  1904,  i^""  et  3^  laseicules. 


—    102    — 

VOfolHunum  viens  était  de  notoriété  publique.  Sa  prospé- 
rité aiTiva  au  point  euhuiuant  dans  la  première  moitié  du 
m*  siècle.  Orolaiinuni  demeura  cependant  à  l'état  de 
boni'gade,  Trêves  suffisant  comme  siège  principal  à  un 
territoire  plus  large  que  profond.  Mais  que  le  viens  ait  été 
néanmoins  très  important,  on  en  a  la  preuve  sûre  :  c'est 
le  nombre  des  monuments  funéraires  et  autres,  élevés  par 
les  habitants  ;  il  fut  assez  considérable  pour  qu'on  ait  pu 
construire  de  ces  blocs  les  soubassements  du  rempart 
romain.  Car,  au  temi)s  des  empereurs  gaulois,  des  inva- 
sions se  firent  jour  et  l'on  dut  restreindre  la  place  pour 
l'embastiller.  Ainsi  s'annonça,  au  temps  de  Dioclétien, 
une  nouvelle  période  qui  dura  pendant  tout  le  \\^  siècle  : 
les  victoires  de  Constantin ,  de  Julien ,  l'énergie  d'un 
Valentinien,  rassurèrent  pour  un  temps  le  pays  troublé; 
mais  des  incursions  continuelles  désorganisant  la  défense 
aux  frontières,  les  vicani  Orohuinenses  i)urent  s'attendre, 
dans  l'isolement  d'un  castrnm,  aux  pires  des  malheurs. 
Les  liuns  finalement  avaient  passé,  ravageant  Trêves, 
qu'Orolannnni  avait  déjà  subi  le  sort  des  bourgs  voisins, 
de  Beda,  de  Noviomagns,  d'Altrier  ou  de  Dalheim  dont 
on  ne  connaît  même  plus  le  nom  latin. 

De  l'antique  Orolannnm,  dont  le  nom  même  est  celtique, 
et  qui  de  toutes  les  localités  belges  que  nous  rencontrons 
est  la  plus  riche  en  monuments  romains,  plus  rien  aujour- 
d'imi  ne  subsiste  en  sa  place.  Pour  construire  trois 
enceintes  successives,  pour  jeter  les  fondations  de  l'abbaye 
de  Saint-Hubert  et  orner  les  jardins  classiques  de  Mans- 
feld  à  Luxembourg,  afin  d'édifier  des  maisons,  voire  même 
se  ])r()curer  des  marches  d'escalier,  on  a  tout  emporté,  et 
là,  comme  ailleurs  aussi,  il  n'y  a  plus  qu'à  se  remémorer 
le  mot  de  Caton  :  tout  se  ramène  à  l'utilité,  omnia  ad 
utilitatem  refernninr. 

«  Le   vieil   Arlon  est  dispersé,  dit  Bertholet  dans    son 


130    

histoire  du  Luxembourg'  l'i,  et  le  nouveau  n'a  rien  con- 
servé de  SCS  antiquités  »  —  rien  si  ce  n'est,  doit-on  ajouter 
aujourd'hui,  h'  musée  (-)  formé  par  hi  Société  archéoh)- 
gique,  et  c'est  déjà  une  première  réparation  accordée  à 
l'histoire. 

Il  y  en  aura  une  seconde  quand,  en  suite  des  trouvailles, 
grâce  aux  publications  nouvelles  succédant  aux  anciennes, 
l'Arlon  romain,  VOrolaununi  viens,  aura  repris  toute  la 
place  qui  lui  revient. 

Un  des  bulletins  constituant  les  Annales  de  l'Institut 
archéologique  du  Luxembourg  (^)  a,  depuis  longtemps,  fait 
connaître  près  Yirton  l'existence  d'une  agglomération 
belgo-romaine  ;  rares  cependant  sont  les  établissements 
collectifs  dans  nos  Ardennes  wallonnes,  alors  qu'on  en 
retrouve  davantage  autour  de  Trêves  et  dans  la  partie 
eifélienne  que  traverse  une  route  vers  Cologne.  On  peut 
attribuer  les  origines  de  ce  Vieux-Virton  à  l'action  civili- 
satrice des  Rémois  romanisés,  et,  phénomène  social  qui 
n'est  pas  extraordinaire,  car  on  peut  le  constater  aussi 
pour  Nasiuni  {*),  le  centre  populeux  s'est  déplacé.  L'antique 
Virton  était  vers  Saint-Mard,  à  Majeroux,  non  loin  d'un 
poste  d'observation  placé,  croit-on,  sur  Mont-Quintin. 

Parmi  de  nombreuses  villas  on  mentionne  (^)  dans  la 
vallée  de  Nesseleck  vers  Thiaumont,  les  restes  d'un  éta- 
blissement privé  considérable  :  tuiles  perforées,  meules, 
une  colonne  d'ordre  dorique,  des  traces  de  couleur  murale, 
les  traces  aussi  d'un  incendie  allumé  par  les  Huns  vers 
45i  :  pas  de  vestige  de  substance  transparente  pour 
fenêtres. 


(')  T.  I,  p.  404,   VI«  dissei'talion  .sur  les  monuments  d'Arlon. 
(-j  Le  Musée  a  été  classé  par  le  conservateur  .I.-B.   Sibenai.er, 
auquel  on  doit  maints  renseignements  et  des  acquisitions  nouvelles. 
(^)  Année  1884  :  Le  Vieux-Virton,  par  G.  Kurth. 
f^)  Naix,  dans  le  département  de  la  Meuse. 
(,5)  Annales  de  l'Institut  archéologique  du  Luxembourg;  Arlou,  1884. 


—  i54  — 

A  Villers-sui'-Seniois  (')  a  été  retrouvé  sous  la  table 
d'autel  de  l'église  un  autel  roraaiu  représentant  des  dieux 
et  des  déesses. 

Outre  les  beaux  monuments  funéraires  dont  nous  repar- 
lerons, on  a  déeouvert  dans  le  pays  un  grand  nombre 
de  tombes  belgo-romaines  du  type  ordinaire,  petites  et 
earrées  :  sous  une  dalle  de  pierre  l)leue  ou  une  tuile,  un 
vase  avec  des  cendres  luimaines,  du  poussier  de  cluirbon  ; 
telle  est  bien  aussi  la  forme  des  i)etites  tombes  relevées 
dans  le  Namurois  et  dans  le  pays  de  Tongres. 

Quant  à  la  poterie,  on  en  fabricpiait  partout,  témoin 
l'atelier  ou  officina  de  X)otiei-,  les  trois  ouvertures  de  fours 
à  cuire  la  terre,  retrouvés  à  Arlon  même. 

L'analyse  des  Bulletins  de  l'Institut  archéologi(Xue 
d'Arlon  permetti'a  d'apporter  aux  cartes  belges  de  nou- 
velles contributions,  des  articles  spéciaux  commentant 
les  trouvailles  faites  {'-)  dans  le  pays  d'alentour. 

Au  Musée  provincial,  où  nous  voici,  passons,  non 
sans  quelque  attention,  devant  le  petit  mobilier  ordinaire 
retrouvé  un  peu  partout  (•'),  et  relevons  quelques  antiques 
présentant  un  caractère  particulier  :  des  cuillères  pharma- 
ceuti(iues   par  exemple,  de  celles-là  qui  présentèrent   an 


(ij  Annales  de  l'Institat  itrrhcol.  du  Ln.xenibniirg-,  18SH.  Dans  le 
même  volume  s-e  trouve  aussi  signalé  l'autel  anié-romain  deFratin, 
tombé  d'un  ])oint  culminant  et  avant  servi  au  sacrifice  :  c'est  un 
monolithe  rectangulaire  avec  une  cavité  centrale  percée  d'un  trou. 

(-)  Contributions  à  la  carte  archéologique  : 

Vesciueville,  Etalle,  Yillers  la-Loue,  Tontelange,  Udange,  Saint- 
\'incent,  N'iilereux  (Mabonpré),  Thiaumont-Lieschert,  Torgny,  Usel- 
dange,  Fratin,  Jamoigne,  Clairefontaine,  l)ami)icourt,  Yirton,  Tillet 
(Magery),  Xamoussart,  Rettigny,  Majeroux  (Virton-Saint -Mardi, 
Wardin,  Arlon 

(■')  ^  Nivelet  (I.église  près  NeulchàteauV  Ortho,  Freux,  \'es(|ue- 
ville,  Ilatrival,  A\'invil]e  ])rès  Fauvillers,  (IraiHl-IIalleux,  Fratin. 
(Pour  la  cartel. 


(l(''fiiu(  Hoii  dei'uier  remède,  puisqu'on  eu  joif^nit  une  à  ses 
cendres;  celle-ei  qui  sort  d'une  tonjbe,  telle  autre  encore 
pourvue  d'un  fin  rebord  qui  permettait  de  doser  diiïérem- 
luent  la  substance  recommandée. 

A  signaler  des  boules  de  terre  cuite,  de  la  <>'rosseur  d'une 
l)omme,  qui  étaient  destinées  à  servir,  peut-on  croire, 
de  projectiles  incendiaires.  Elles  donnent  ])eut-être 
l'explication  d'un  passage  du  livre  V'-'  des  Commcnbùrcs 
de  César,  où  il  s'agit  de  projectiles  iiu'andescents  lancés 
l)ar  les  Nerviens  dans  le  camp  de  Q.  Cicéron  :  «  ferventes 
fiisili  (')  e.v  avgilla  glandes  ».  En  se  brisant  ils  réi)andaient 
l'incendie  ;  ceux  des  Nerviens  (Cliarleroi)  contenaient  pro- 
bablement du  poussier  de  houille,  provenant  d'alTleui-e- 
jnents. 

Plus  loin,  une  tombe  découverte  à  Fratin  :  un  squelette 
concile,  de  grande  taille,  ayant  à  ses  côtés  un  bagage 
composite  qui  nous  ramène  à  une  éjxxjue  de  ti'ansition  ; 
puis,  c'est  un  i"ragment  de  poterie  rouge  représentant 
deux  scènes  erotiques  donnant  à  penser  que  le  bol  complet 
aurait  pu,  sous  certain  rapport,  rivaliser  avec  le  vase  de 
Ilerslal;  il  provient  des  travaux  du  eliemin  de  fei- d'Arlon. 

Enfin,  remai'(jués  au  passage  de  petits  moules  à  monnaie, 
au  type  de  Gordien,  façonnés  par  empreinte  sur  une 
argile  d'un  bleu  noir,  mais  qui  devient  grise  à  la  cuisson  ; 
à  chacun  des  deux  côtés,  une  échancrure  correspondante  : 
elle  permettait  au  faux-monnayeur  d'y  introduire  le  métal 
en  fusion.  Nous  parlons  de  faussaire,  car  on  a  retrouvé  de 
ces  moules  à  Trêves  même,  où  résidait  pourtant  un  pro- 
ciiralor  monetae,  un  directeur  de  la  monnaie. 

Autrement  importantes  sont  les  deux  grandes  plaques 
de  plomb  nécessairement  très  épaisses,  trouvées  dans  la 


(')  Fiisilis  :  «  Qnod  fiiiuli  et  Uquc[icri polest  »  iFoucKi.r.ixl,  Lcxicon); 
oïl  a  proposé  tour  à  tour  les  levons  :  firlili,  ftssili,  tuissili  (0\',K\u.ls). 


—  i56  — 

vase  dan  ruisseau  ^'J  et  entre  lesquelles  on  pouvait  couler 
44  pièces  à  la  fois.  Si  elles  sont,  comme  elles  le  paraissent, 
authentiques  —  en  matière  de  fausse  monnaie  on  i:)eut  se 
méfier  même  d'un  moule  —  on  pourrait  croire  qu'elles  ont 
servi  à  la  fabrication  d'une  monnaie  de  nécessité,  à 
laquelle  on  attribuait  valeur  légale. 

Nous  clôturons  cette  courte  liste  par  la  mention  d'aboi'd 
d'une  bague  d'homme,  gage  d'amour  d'antan  retrouvé  à 
Grand-Halleux  et  portant  la  devise  :  «  Viuas  inihi  »,  «  Vis 
pour  moi  »  ;  ensuite,  d'une  figurine  qui  nous  donne  une 
haute  idée  des  cai)acités  du  prototype  de  notre  Saint  Eloi, 
patron  des  Fabri  :  c'est  un  Vulcain  forgeant  sur  son  genou 
à  coups  de  marteau,  une  pièce  de  fer.  On  n'a  jamais  trouvé 
mieux  pour  le  caractériser. 

On  retrouve  ici,  comme  nulle  part  ailleurs  si  ce  n'est  à 
Trêves,  la  représentation  du  Belgo-romain,  de  l'homme 
même,  en  relief  sur  des  monuments  funéraires  :  ceux-ci 
font  honneui"  au  musée  d'Arlon  ;  ils  méritent,  avant  tous 
autres  documents,  de  retenir  l'attention  du  curieux  et  de 
l'historien. 

Modifié  par  l'influence  romaine,  le  costume  tient  encore 
des  habitudes  du  pays,  comme  du  rang  des  personnages. 
Une  inscription  militaire  mentionne  exactement  le  grade, 
le  numéro  de  la  légion,  le  nom  de  la  cohorte  ou  de  la  cen- 
tui-ie  ;  au  civil,  des  scènes  animées,  sculptées  sur  le  mo- 
nument, rappellent  au  passant  le  genre  de  vie  des  défunts. 
Grâce  à  cette  habitude  des  anciens  qui  permettait  à  la 
sépulture  de  rappeler  les  détails  de  la  vie  passée,  nous 
avons  de  ces  rej)résentations  qui  illustreraient  tout  aussi 
bien  les  pièces  d'un  Térenee. 

Témoin  ce  guerrier  en  grand  costume  qui  achète  du  drap; 
assis  ou  plutôt  trônant  sur  un  siège,  il  tâte  d'un   air  de 


('j  Près  Schadeck  (Attert). 


—    137    — 


suffisance  l'étoffe  ((u'on  lui  présente  au  comptoir.  Autre 
scène  plus  bas  :  le  militaire  est  à  la  caisse,  où  devant  des 
rayons,  on  dresse  son  eomjite  attentivement.  Sur  l(;s  mo- 
numents de  ce  j'ciire,  celui  (pii  tient  la  tablette,  le 
comptable,  a  toujours  l'air  attentif. 

Après  le  monument  du  mai'cliaud  de  drap,  fournisseur 
militaire,  voici  celui  d'un  ménage  de  cultivateur.  L'homme 
tient  une  serpe,  la  femme  le  coffret  traditionnel  ;  sur  les 
côtés,  d'une  part  un  char  avec  des  fruits,  de  l'autre  des 
l)ommes  et  des  gerbes. 

Autre  re})résentation  symbolique,  celle  d'un  financier 
ou  marchand  d'argent  :  il  est  près  d'une  table  chargée  de 
pièces  de  monnaies  (|u'il  s'apprête  à  compter.  11  fut  riche. 

Plus  loin,  un  grand  fragment  représente  une  scène  prise 
dans  l'intimité  :  des  doigts  tàtent  délicatement  le  poignet 
—  d'autres  ont  dit  le  pouls  —  d'une  femme  qui  a  des 
accroche-cœur  et  dont  un  geste  marque  la  défense  :  un 
doigt  levé.  Ailleurs,  trois  personnages  dont  l'un  porte  des 
tablettes,  une  femme  un  mouchoir,  le  troisième  une  bourse. 
En  vue  de  représenter  mieux  la  vie,  les  accessoires  ne 
sont  jamais  négligés.  Il  en  est  ainsi  tout  un  répertoire  que 
l'on  pourrait  dresser,  avec  une  traduction  en  regard. 

Debout  au  dessus  d'une  sépulture  commune  ('),  deux 
couples  apparentés  ;  l'un  annonce  un  âge  plus  avancé  : 
à  gauche,  l'homme  et  la  femme  se  donnent  la  main,  est-ce 
le  geste  de  la  séparation  ?  Le  rouleau  que  l'homme  tient 
dans  sa  main  gauche,  est  le  signe  du  lettré,  à  moins  qu'il 
ne  parle  aux  yeux  d'état-civil  ou  de  testament?  La  femme 
du  couple  de  droite  tient  dans  sa  gauche  une  longue  fiole 
à  parfums,  article  de  luxe,  en  usage  pour  la  toilette  et 
qu'on  déposait  dans  les  sépultures.  Il  s'agit  ici  de  person- 


(')  Nous  repi'oduisons  ce  moniniient  à  la  page  suivante  (rai)rès 
la  carte  i)ostale,  très  significative,  du  Musée  d'Arlon,  (cliché  de 
Sibenaler,  Everling  édit.). 


-  i5S  - 


linges  importants,  aussi  sont-ils  bien  drapés.  Les  deux 
femmes  portent  sur  la  tunique  un  manteau  à  longs  plis,  qui 
partant  de  dessous  une  épaule,  couvre  l'autre  ;  les  chaus- 
sures sont  pointues.  Les  hommes  ont  également  sur  la 
tunique  un  manteau  épais  fixé  sur  hi  poitrine  et  dont  les 


deux  bras  relèvent  les  pans  par  devant,  c'est  le  sagiini  ; 
aux  pieds,  des  chaussures.  Le  bas  des  jambes  reste  nu. 
Que  cette  habitude  romaine  ait  été  suivie  dans  nos  pays 
plus  froids,  cela  paraîtra  moins  étonnant  si  nous  nous 
rappelons  le  costume  des  Ecossais  ou  du  Tyrol.  Pour  le 
reste,  tout  dénote  sur  les  monuments  des  Belgo-romains, 


—  i59 


l'épiiissenr  des  liabits.  I/échancrure  du  fol  laisse  généra- 
lement voir  des  vêtements  de  dessous,  et  ceux-ci  couvrent 
bien  la  gorge. 

Les  monuments  ne  nous  (uit  pas  seulement  conserNi''  la 
mémoire  de  riches  personnag(îs,  drapés  suivant  la  grande 
mode;  celle  des  pelites  gens  ne  s'est  ])as  ])erdne,  qui,  à 
défaut  de  {itulus,  sont  à  qualilici'  suivant  leur  modeste 
pi'oi'ession,  oeredurii  courriers,  sirulorcs  ou  hijtpocomi 
palefreniers,  inuliones  muletiers,  cntabolcnscs  rouliers. 
Ils  vivaient  sur  la  route,  allant  d'une  mniisio,  d'une  lialte 
à  l'autre,  et  la  lialte  traditionnelle  était  pourvue  dun 
magasin,  d'écuries,  elle  avait  ses  provisions,  elle  hé- 
bergeait. 


'•*^A.Ii 


Voici  de  ces  passants  dont  l'image  est  restée  : 

Deux  chevaux  couplés  tirent  un  véhicule;  devant  eux, 

(')  Cliché  du  Musée  belge,  P.  .J.  WAî/rziNO. 


—  i6o  — 

une  colonne,  c'est  une  borne  milliaire.  Le  monument,  joli 
mais  incomplet,  a  été  retrouvé  clans  la  cour  de  l'Atliénée 
d'Arlon  (actuellement  Hôtel-de- Ville). 

Un  homme  à  cheval  :  il  est  vêtu  du  ciiciillns  ou  manteau 
à  capuchon,  c'est  le  costume  de  voj'age. 

Le  conducteur  d'une  charrette,  habillé  sonnnairement, 
comme  en  été  ;  un  seul  vêtement,  le  sagum  ou  sayon. 

Vient  un  mulet  trainant  un  véhicule  à  deux  roues  ;  ce 
l)anier  de  transport,  commode  et  léger,  est  en  forme  d'en- 
tonnoir. 

Puis  c'est  un  jeune  colon,  dont  la  figure  accuse  la  rusti- 
cité; la  capucc  sur  la  tète,  il  s'arrête  pour  boire  l'eau  d'une 
écuelle  qu'il  jjorte  à  la  bouche.  Teniers  n'aurait  pas  dédai- 
gné i^areil  modèle. 

Sur  un  monument  qui  a  disparu,  il  y  avait  toute  une 
petite  caravane  «  une  basterne  à  deux  roues  traînée  par 
quatre  chevaux,  un  homme  assis,  un  cocher  conduisant  la 
voiture  ;  un  voyageur  précède  à  pied,  le  bâton  à  la 
main  (')  ». 

Les  monuments  figurés  d'Arlon  complètent  ceux  de 
Trêves,  de  Neumagen  et  de  Reims  :  les  Latins  ont  introduit 
le  relief  en  Gaule,  les  Celtes  ont  cultivé  ce  môme  art,  mais 
dans  un  sens  réaliste  et  qui  déconcerterait  aujourd'hui  un 
archéologue  venu  d'Italie. 

Disons  cependant  que  les  scènes  de  genre,  exécutées 
par  le  statuaire  sur  la  plaque  de  marbre,  n'étaient  pas 
inconnues  des  anciens  ;  nous  remarquons  deux  tablettes 
au  Musée  des  Offices  à  Florence  qui  en  font  foi  :  elles 
représentent  la  scène  de  la  vente  et  de  l'achat  dans  le 
magasin  d'étoffes,  laquelle  se  prête  si  bien  à  la  plastique. 
Néanmoins,  ces  documents  sont  rares,  la  sculpture  étant 
généralement    restée    dans    la    solennité    traditionnelle. 


(')  P.KKTiiOLKT,  np.  cit.,  t.  1,  YV  (lissertiition. 


—  iGi  — 

nutaniincut  niême  aussi  sur  le  Kliiu,  oontrairt'iiicnl  à  ce 
qui  se  passe  dans  la  Belgicu. 

Il  faut  bien  les  examiner  ees  jxjrti-aits  d'Arlon,  de 
Trêves  ou  de  Reims,  mis  en  action  ])ai-  le  statuaire  sculp- 
tant la  grande  dalle  de  grès.  C'est  le  seul  moyen  de  con- 
naître i)ersonnelleraent  nos  Belgo-romains, 

Les  ruraux  ou  colons,  barbus  et  clievcdus,  ])ortent 
généralement  le  manteau  à  capuchon,  i)arfois  une  besace 
ou  sac  en  bandouillère;  ils  ont  d'ordinaire  la  tète  décou- 
verte, la  capuce  étant  là  pour  les  protéger  en  cas  de  mau- 
vais temps  ;  nous  l'avons  dit,  réchancrure  du  cou  ])ei"met  de 
voir  des  vêtements  de  dessous,  collet  montant  et  fermé. 

Les  enfants  allant  à  l'école  —  monument  du  Magister 
de  Xeumagen  —  sont  chaudement  couverts  ;  tel  en  est, 
peut-on  dire,  tout  rond,  et  l'on  voit  que  les  bottines,  à 
lacer  et  à  clous,  ne  laissent  rien  à  désirer. 

L'homme  riche  est  généralement  rasé  comnje  h; 
Romain,  et  dans  son  intéi-ieur  il  porte  la  tunique  à 
manches  ou  bien  le  sagiun,  par  le  dessous  ducjuel  se 
dégagent  les  bras;  la  Dame  à  sa  toilette  •'),  assise  dans  un 
fauteuil  d'osier,  garde  les  bras  et  les  mains  soigneusement 
enveloppés  de  son  grand  manteau  ou  péplum  :  la  tradition 
de  la  Juinni  aux  bras  blancs  ne  s'est  jamais  perdue. 

Ses  servantes  sont  vêtues  d'une  robe  à  manches  et 
sans  taille,  qui  laisse  découvert  le  bas  de  la  jambe  où 
l'on  distingue  le  haut  des  chaussettes  bordé  d'un  boui-re- 
let  ;  tandis  que  le  bas  laisse  voir  la  forme  des  orteils.  Chez 
les  hommes  comme  chez  les  femmes,  c'est  toujours  le 
môme  vêtement  de  dessus,  l'ample  sayon,  qui  en  recouvre 
d'autres;  et  la  grande  blouse  à  manches,  comme  le  sayon, 
ont  bien  l'air  d'une  tuni(pie  de  laine,  tissée  ou  ti'icotéc, 
sans  couture. 


(')  Monuniont  de  Xeumaf^en,  et  coniine  le  suivant,  exposé  au  imisée 
de  Trêves.  Voir  plus  loin. 


Iir2 


t\.  considérer  quelques  bas-reliei's,  ou  a  vite  fuit  de 
distinguer  les  maîtres  des  serviteurs.  11  en  est  ainsi  dans 
la  scène  où,  devant  la  table  chargée  d'argent  et  entourée 
de  receveurs,  les  colons  apportent  leur  redevance  ;  ils  sont 
dès  l'abord  rcconnaissables.  Ajoutons  qu'ici  le  pittoresque 
ne  manque  pas  ;  celui-ci,  qui  s'est  acquitté,  s'en  va  les 
mains  vides  et  d'un  geste  exprime  ses  regrets  ;  un  autre, 
la  bourse  en  mains,  regarde  non  sans  envie  le  monceau 
d'argent  déjà  reçu  ;  à  tel  autre  on  rend  une  pièce  jugée 
fausse,  et  il  en  paraît  contrit...  C'est  tout  un  tableau  de 
genre  sur  une  tombe  de  Neumagen. 

La  scène  du  marchand  de  dra])S  d'Arlon  a  son  pendant 
à  Trêves  :  deux  jeunes  femmes  sont  l'une  devant  des 
rayons  très  haut  placés  et  l'autre  devant  le  comptoir  ;  le 
marchand  assis  dans  sa  boutique  porte  sur  le  bras  une 
pièce  de  vêtement  que  nous  ne  savons  bien  désigner  d'un 
seul  mot  :  c'est  le  foulard  de  cou  ou  écharpe  belge  ('). 

Dans  un  autre  bas-relief,  cet  écharpe  est  placée  sur  le 
cou,  et  les  deux  mains  de  l'homme  en  tiennent  les  deux 
bouts  frangés  sur  sa  poitrine  (•). 

Un  homme  (pii  marche,  en  sag-uin  ou  savon,  porte  la 
même  pièce  sur  l'épaule  et  le  bras  gauche  (^). 

Vue  femme,  à  sa  toilette,  a  étendu  sur  sa  poitrine  une 
couverture  analogue  dont  les  deux  bouts  sont  rejetés  par 
derrière. 

C'était  donc  un  complément  du  vêtement,  des  plus 
répandus  dans  nos  contrées  et  destiné  à  protéger  suivant 
les  circonstances  le  cou  et  les  épaules,  un  châle,  écharpe 
ou  petit  plaid,  qu'on  portait  avec  soi  pour  s'en  couvrir  en 
cas  de  besoin.  Article  de  toilette  utile,  il  ornementait  un 


fi)  «  Diin  bclgische  Ttich  »  —  F.  IlETTXEU,  (naguère  encore  conser- 
vateur (lu  Musée  de  Trèvesj  :  Die  Rumischen  Sleimlenkmuler  des 
Mitseiiins  :zit   Trier,  p.  ii4,  n°  244 

(-)  Ibid.,  n"  2-52. 

(3)  Ibid.,  n»  109. 


y-    - 


-  i(i:5  — 

pcrsoiniagc,  lui  doiiiuiit  nièuic  certain   air  iiuporlaiif  (|iic 
uïivait  pas  le  populaire. 

AViltheim  l'a  dit  déjà,  et  le  l'ait  n'a  rien  que  de  natuiel  : 
les  piei-res  sépulclirales  de  grande  dimension  sont  vouées 
à  la  mémoire  de  personnages  riches  ;  aux  gens  de  métier, 
un  simple  enbe  de  pierre  creuse  :  cela  servait  de  ciste  et 
l)orte  parfois  nne  courte  inscription  ou,  assez  frécpiem- 
ment,  la  représentation  des  outils  professionnels  :  on 
reconnaît  ainsi  le  monument  cinéraire  du  cultivateur  ('», 
d'un  cordonnier  (-),  d'un  maçon  (•"').  Plus  rare  est  une  figu- 
ration complète,  à  l'instar  de  cette  image  d'un  forgeron  : 
assis,  la  capuce  rejetée  eu  arriére,  il  tient  des  tenailles 
sur  ses  genoux  et  il  a  devant  lui  nne  petite  enclume  ('). 
Il  rappelle  bien  ces  gnomes  travailleurs  restés  jxjpulaires 
en  Allemagne,  et  le  capuclion  belgo-romain  n'est  proba- 
blement pas  étranger  à  la  tradition. 

Parmi  les  simples  inscriptions,  à  signaler  an  passage  (''), 
sur  nne  petite  pierre,  celle  d'une  accoucheuse  de  Ti-èves, 
sans  reproche,  est-il  dit. 

On  doit  rapprocher  de  l'épigraphie  de  Tiéves  celle 
d'Arlon,  moins  étendue  mais  dont  plusieurs  documents 
paraissent  plus  anciens.  D'ailleurs,  de  toutes  les  stations 
romaines  de  notre  Belgique,  celle  d'Arlon  est  la  plus  liche 
en  inscriptions  :  elle  en  a  fourni,  comme  on  l'a  dit,  i)lus 
à  elle  seule  que  tout  le  reste  du  pays.  Et  pourtant  que  de 
pertes  subies  ('■')! 

Arlon  mérita  sans  doute  le  nom  de  «  Panthéon  de  la 
Belgique»  que   lui    décerne    le    P.    Bertholet  énumérant. 


(')  IIettner,  nj).  cit.,  110  i();j. 
(-;  Ibitl.,  11»  192. 
(3)  Ihid.,  11°  194. 
(^)  IbiiL.  110  i58. 

('■;  Musée   (le   Trêves,   rcz-de-oliïiussée,  salle  de  droite  :  ubslutrix 
qiiae  nulli  fuit  obnnxia. 

i^)   Wn.THEIM,  Lux.    VOJU.,  \I,  (),  p.  23o. 


—  iG4  — 

d'après  Alex.  Wiltlieiiii,  les  nioiiumciits  perdus:  «Je  ne 
linirais  pas,  dit-il,  si  je  voulais  [)arler  de  tous  les  dieux  et 
autres  antiques  qu\)n  a  transportés  d'Arlon  ailleurs.  On 
y  a  découvert  les  effigies  de  Pallas,  de  Mercure,  d'Apollon, 
de  l'Automne,  de  Dédale  attachant  des  ailes  à  Icare,  de 
Narcisse  qui  se  mire  dans  une  claire  fontaine,  de  Gany- 
raède  enlevé  par  un  aigle,  de  Jupiter,  Hercule,  Minerve, 
de  Cybèle,  de  la  Victoire,  d'un  Triton  attaquant  un 
monstre  marin  ,  et  de  la  louve  allaitant  Romulus  et 
Rémus.  » 

Tous  ces  monuments,  d'ordre  classique,  sont  donc 
perdus  (').  Mais  il  y  a  plus  :  Bertholet,  qui  en  général  ne 
fait  que  répéter  à  distance  ce  qu'a  dit  Wiltlieira,  a  dressé 
une  liste  des  antiquités  décrites  par  Wiltheim  ;  à  comparer 
sa  relation  avec  le  relevé  qu'on  peut  faire  aujourd'hui,  c'est 
à  peine  si  nous  retrouvons  trois  ou  quatre  des  monuments 
qu'il  indique.  Il  en  est  d'analogues  sans  doute,  mais  où 
chercher  cette  figuration  de  la  Déesse  Nécessité,  une  main 
tenant  un  grand  clou  de  fer  qu'elle  est  prête  à  attacher  ? 
Et  tant  de  ces  petites  scènes  dont  la  représentation  était 
empruntée  à  la  vie  intime  des  Belgo -romains  ?  Quant  au 
monument  qui  passa  longtemps  et  si  erronément  pour 
V Autel  de  la  Lune  (Ara  Lunae,  Orolaunum),  il  n'en  sub- 
siste plus  qu'un  fragment  incomplet  :  des  vo^^ageurs,  trois 
au  lieu  de  six,  allant  porter  leur  offrande  aux  Lares 
coin  pit  nies. 

Autant  on  a  perdu  de  grands  monuments  funéraires, 
autant  aussi  d'inscriptions  perdues.  Néanmoins,  la  collec- 
tion actuelle,  qui  date  de  1847  et  constitue  le  sujet  de  notre 
étude,  renferme  encore  soixante  à  soixante-dix  pierres 
ou   fragments   figurés,    et   nous   y   rencontrons   quatorze 


Cj  lleureuseineiit  nous  eu  avons  conservé  des  dessins  dans  les 
Delineanii'iila  d'Alex.  Wiltheiin,  conservés  à  Luxeml)Ourg^  et  mal 
rej)roduits  ])ar  Xeyen  et  Prat. 


iii.s('rii)(i()iiw  pins  ou  moins  complètes,  sans  comptei-  les 
simples  invocations  aux  dieux  Mânes,  I).  M. 

Les  ti'ouvailles  ou  les  acquisitions  se  continuent,  témoin 
une  douzaine  de  fragments  inipoi-tants  recueillis  i-écem- 
ment.  On  doit  donc  reconnaître  cpie  la  ville  d'Ailon 
possède  encore  assez  de  monuments  l'igiirés  ou  ci)igi'a- 
pliitpiesi')  i)our  conserver  une  réputation  accpiise. 

Des  documents (■-)  d'un  caractère  inilitnire  ont  été  trouvés 
en  nombre  suffisant  [)our  (pion  puisse  en  induii-e  la  i)ré- 
sence,  au  moins  occasionnelle,  de  soldats  romains  à  Ai'lon, 
C'est,  dans  cet  ordi-e  d'idées,  une  découverte  impoi-tante 
(pie  celle  d'un  petit  autel  dédié  au  dieu  guerrier  Mars 
Ciiinulns  (•').  Déjà  Wiltlieim  n'énumère-t-il  pas  aussi  des 
représentations  figurées  autorisant  cette  opinion,  un 
cni)tif,  un  trophée  d'armes,  deux  cavaliers  romains  régu- 
lièrement écpiipés,  un  lion  ?  La  dernière  trouvaille  faite  à 
Ai-lon,  au  lieu-dit  Schnnize  (Redoute),  celle  d'une  statue 
représentant  un  jivincipalis  romain,  tend  aussi  à  établir 
(pi'Arlon  a  été  de  bonne  heure  un  lieu  fréquenté  i)ar  des 
fonctionnaires  militaires.  Le  corps  de  ce  personnage, 
statue  décapitée,  porte  des  traces  de  polychi-omie  et  il 
présente  à  l'observation  une  foule  de  détails  précis  inté- 


(')  M.  .].-P.  WAi/rzixo  vient  détudier  eu  dernier  lieu  et  d'une 
niaiii(ire  i>articulièrement  exacte,  les  inscriptions  arlonaises  (pii 
seront  rei)rises  ])ax"nii  les  inscriptions  tréviriennes  du  vol.  XIII  du 
Corpus  Inscrijitioiiiiin  laliiiuruiu.  La  lecture  de  ces  documents  (îpi- 
grapliicpies  est  ainsi  bien  (itablie  (V.  Le  Musée  belge,  \[)o\,  fasc.  i 
et  suivants  :  (Jrolaunum  vrls). 

(-')  WlLTIlKIM,  ()]).  cit.,  pp.  23o  3j. 

(^1  C.  I.  L.,  XIII,  3()So.  Marli  Cnimilo...  L(e /JlHns  Sefri/Jus  nfotumj 
[sfolnil)  (libens)]  m(eriloJ.  Inscription  trouvée  en  i854  dans  le  rem- 
part romain.  Voy.  .1  -P.  WALTZixtJ,  n/>.  cit.,  \>.  liG.  —  Une  diMlicace  à 
Mercure,  dieu  des  marcliands,  sur  un  Iragment  de  vase  rituel,  cons- 
titue la  deuxième  inscription  rtjligieuse  d'Arlon  :  Deu  Merctivio. — 
C.  I.  L.,  XIII,  3981. 


it 


—  iGG  — 

ressaut  l'unirorme.  Il  faisait  partie  d'an  groupe  représen- 
tant le  sacril'ice  par  excellenee,  car  une  nuiin  est  posée  sur 
la  corne  d'un  taureau  portant  des  traces  de  rouge,  la  cou- 
leui'  qui  lui  est  propre  dans  l'Eifel  ;  et,  en  Ardenne  encoie, 
les  bovidés  s'appellent  communément  des  «  rouges  bêtes  ». 
Un  autre  monument  ra])pelle  ici  la  mémoire  d'un 
C.  Julius  Maximinus  ('),  vétéran  de  la  viii^'  légion,  gratifié 
du  congé  honorable  et  emplo^'é  comme  bénéficiaire  du  pro- 
curateur. D'autres  étaient,  comme  on  l'a  vu,  bénéficiaires 
du  légat  consulaire  ou  du  gouverneur  d'ordre  prétorien  : 
celui-ci  dépend  par  son  titre  de  l'intendant  général  des 
finances,  du  procurateur  de  Trêves.  Eu  quoi  consistaient 
ses  fonctions  ?  On  ne  peut  faire  ici  que  des  conjectures. 
Nous  savons  que  l'administration  financière  clioisissait  ses 
employés  de  préférence  dans  l'armée  ;  nous  supposons,  en 
suite  même  de  la  construction  de  la  phrase,  qu'un  vétéran, 
celui  dont  il  s'agit,  fut  placé  dans  une  station,  à  Arlon, 
l)Our  présider  à  quelque  perception,  comme  celle  de  droits 
de  douanes  au  passage  d'une  de  ces  zones  intérieures 
établies  par  l'administration  impériale.  Quant  à  l'inscrip- 
tion gravée  sur  le  nionument  élevé  par  Simili Jiia  à  son 
époux  très  cher,  elle  se  tei'mine  par  la  formule  A  oc,  viaiiir, 
Vide...,  celle  qui  l'appelle  le  mieux  la  brièveté  de  la  vie, 
où  la  bienvenue  souhaitée  est  suivie  innnédiatement  de 
l'adieu  ;  on  la  retrouve  poétiquement  employée  par  Martial 
comme  antéi'ieurement  par  N'irgile,  c'est  encore  celle  de 


(1)  C.  I.  L,,  XIII,  3<,)S.'Î  :  I).  M.  (.'ni  .1  iili  Ma.\(i)miiii  cmcrili  l('i;ioiils 
VIII,  beiieficiiu-iiis  ])vortirul(>rin  (Jijonesla  inissione  inis.<iiis  islam 
wemoriitiii  prociiranil  Siiiiiliiiin  Pnlernu  cniiiii.x  conjugi  kfnjrissimo. 
Miixiininuf;  (lijic  (luiesquii  Ane  ninlor,  mile  i>i:i{i)r,  Lo  mol  iitciiioriit 
est  eui]il()y6  dans  le  sens  de  iiioiiimciilmu  ou  moniiiiu'iit,  et  on 
reniiirquera  l'anacoliiUie  ou  ch:inj;cnien(  de  construction  et  de  cas. 
I).  M.  eiuerili...  l)c-iu'firi;iriiis  prociivahiris  Iidiicstu  niissioiu'  niissiis. 
A  j)rendre  en  considération  le  surnom  de  Maximin,  rinscri])lion 
daterait  du  m«  siècle  (235-238; 


161 


la  loaibc  (ruii  adolcîsi'cnl  conservée  jadis  dans  le  jardin 
du  collège  de  Luxenihourg  ('). 

'Poules  ne  sont  pas  d'un  style  aussi  sentimental,  et  ce 
(|ne  nous  avons  dit  de  la  tendance  l'éalistc  de  l'art  celto- 
l'onuiin,  nous  aura  préparé  à  apprécier  eei'tain  monument 
funéraire  (f). C'est  une  petite  scène  où  l'on  voit  deux  liomnu^s 
attablés,  l'un  buvant  à  la  même  bouteille,  l'autre  lisant 
un  rouleau,  et  de  droite  comme  de  gauche,  un  gros  tonneau  : 
sur  l'un  /).,  sur  l'autre  M.  ;  voilà  un  Dis  Manibus ,  une 
invocation  aux  Dieux  Mùnes,  singulièrement  placée  et  (jui 
servirait  aujourd'hui  de  mar(|ue  d'expédition.  I'>tait-ce 
pour  témoigner  d'une  capacité  particulière,  ou  de  la  pro- 
fession de  vinarins,  de  marchand  de  vin,  nous  ne  savons, 
niais  la  composition  ne  laisse  pas  de  pratiquer  l'ironie 
moituaire. 

Une  des  formes  sépulcrales  à  remarquer  dans  les  mo- 
numents élevés  par  les  Belges  de  la  Trévirie,  c'est  celle 
où  l'on  voit  l'inscription  sur  la  partie  plane  (•')  d'un  hémi- 
cycle surmontant  le  cippe.  Cinq  des  inscriptions  arlo- 
naises  sont  dans  ce  cas,  deux  autres  sur  un  fronton. 

C'omme  ailleurs  dans  le  monde  romain,  on  retrouve  égale- 
ment la  formule  indiquant  qu'on  élève  le  monument  funé- 
raire pour  soi-même  aussi,  en  prévision  de  l'avenir,  ci  sH)i 
viniis  fccit...  C'est  l'emploi  économi(]ue  d'une  seule  tombe 
dans  hupicllo  deux  éi)Oux  incinérés  tour  à  tour,  tiennent 
aujourd'hui  dans  deux  bols  ai-chéologicpies  :  Voila,  qui  était 
tout  aussi  bien  un  ustensile  de  ménage,  est  devenue  une 
urne  cinéraire.  Parfois  aussi,  on  déposait  là  les  restes  de 


(')  Ai'e  Sexli  Jiiciimle,  vale  Se.\li  Jiicuiulc  —  C.  I.  L.,  XIII,  ^'J.f^o, 
originaire  (FArlon  proljableinent. 

(■-;  Signalé  et  reproduit  par  F.  IIkttnkr,  Ziir  KiilUii-  von  O'ermiuiien 
iiml  Gallia  Belgica  (Westdeutsclw  Zeitschrift,  i883,),  pu  et  planche  ii. 
—  C.  I.  L.,  XIII,  40SG. 

(,^j  V  au  Musée  cVArloii. 


—  i6ft  - 

quelque  proche,  et  l'on  coinplétait  aloi-.s  l'insoi-iption  pre- 
mière :  A'...  repose  ici,  ou  est  ici  placé  :  liic  (juiescit  ou 
sitiis  est.  C'est  un  des  prototypes  de  nos  sépultni-es  de 
famille. 

Vn  prix  de  revient  est  ici  marqué  sui-  un  fragment  de 
monument  ;  oi-donné  par  le  défunt  j^our  lui-même,  il  a 
coûté  quatre  mille  sesterces  ('),  soit  environ  huit  cents 
francs  de  notre  monnaie.  L'indication  implique  l'exécution 
d'une  clause  testamentaire.  L'ouvrage  ayant  disparu,  on 
ne  peut  naturellement  plus  appi'écier  la  valeur  spéciale  de 
la  main-d'œuvre.  Tous  ces  monuments  d'ailleurs  se  res- 
semblent, quant  à  la  matière  et  aux  dimensions  ;  ils 
varient  autrement,  allant  de  l'iuscription  à  la  figura- 
tion. C'était  la  mode,  les  commandes  suivaient,  trouvant 
toujours  prêts  des  praticiens  tels  (|u'on  n'en  rencontrerait 
plus  aujourd'hui  même,  à  Arlon,  à  Neumagen  ou  à  Trêves. 
Ils  composaient,  nous  l'avons  vu,  des  scènes  empruntées  à 
la  vie  intime  ou  publique,  avant  de  manier  le  ciseau  et  de 
tailler  le  grès  :  si  leur  manière  ne  procédait  pas  directe- 
ment du  grand  art  classique  gréco-romain,  c'étaient  des 
ouvriers  de  genre,  et  leurs  productions  datent  de  la  bonne 
époque  trévirienne. 

Onze  insciiptions  présentes  r-')  nous  fournissent  des  ren- 


(')  \.Moiiiiineiilii]in  sihi  jtoni  \iiissil  f'.v].s'  stfefttpvliiini)  nfninnuim) 
quatuor  millibua.  {S\.  IIII).  —  C  I.  L  ,  XIH,  4021.  La  fij^uratioii 
<lii  chiffre  est  ar(*liaïque. 

(i)  1).  M.  And(?c\ar^^i  Xochirni  et  Mircioniiuje  Cuigill(a)e  Ceuso- 
riuius  Andecarus  filio  et  co(n)iiugi  f(ecil).  -  Ibid.,  ^\;^2  Cuigilla  est  un 
nom  {'onnii  ])ar  deux  antres  inscriptions  de  la  Cinilas  Trenernvum 
Voy.  M'Al.TZiXfi,  Ihill.  du  Musée  lielge.  \\',o\,  fase.  i,  j).  i");. 

1)  M.  fiimuiius  Miiiidiiissa  sil>i  et  Auiuif)f<sa  nifi'i  f'eeeruul)  — 
C.  I.  L.,  XIII,  %p. 

I)  M.  Mnvcelliiiiae  A/'rfaJe  eoniugi  defuuctfaje  (îraliuius  Accejitus 
et  sibi  vinos  feeit.  —  Ibid.,  ^ooo 

1).  M .  Messifaje  Douatfaje  utairi  Justus  filiu.s  v(iooii)  f(acieuduui) 
c(urauit).  —  Ibid.,  4ooi. 


—    iGç)  — 

seigneinents  sur  l'anticiuc  état-civil  arlonuis.  Tout  en 
iii(li([uaiit  des  rapports  l'amiliaux,  le  mélange  et  la  traus- 
forniation  des  races,  ils  témoignent  d'autre  part,  de  ce 
fonds  celtique  qu'on  retrouve  dans  toute  la  Trévirie  : 
AndecHriis,  Giininiiis,Piirdns,  Mii<>io,  Priisciiis,  Viiuiniro, 
connue  tant  d'autres,  sont  des  noms  de  Celtes  ;  et  c'est 
))robablement  sous  l'influence  de  la  langue  indigène  que 
de  deux  noms  portés  par  la  môme  personne,  soit  tantôt 
le  mari  tantôt  la  femme,  l'un  a  une  désinence  féminine 
l'autre  une  désinence  masculine  :  Giinndiis  Manduiasd, 
Pniscialliis  Siiarca,  Primia  Taiiaus.  Telle  flexion  de  la 
langue  latine  se  modifie  suivant  la  prononciation  celtique. 
Les  mêmes  phénomènes  se  l'etrouvent  dans  les  insci-i])- 
tions  que  les  recherches  faites  dans  la  littérature  archéolo- 
gique attribuent  à  Arlon.  Et  le  nombre  de  celles-ci  est 
considérable,  car  en  dehors  d'une  douzaine  d'inscrip- 
tions dont  l'origine  reste  douteuse,  la  critique  épigra- 
phique,  s'appnyant  principalement  sur  les  anciens  travaux 
d'Alexandre  Wiltheim  imprimés  ou  manuscrits,  vise  à 
restituer  à  l'histoire  d'Orolaunum  près  de  soixante-dix 
liliili  ('). 

J).  M.  PrimuUo  Purdo  il(e)f(nnclo)  et  suis  Itaei-eiit;  ffuciendiiiv) 
cfuriivilj.  —  Ibid.,  4ooG. 

/.*.  .1/.  Piusciallo  Siuirc(a)e  lolsius  Secuiidiniis  iixo/-i  et  sibi  oioos 
fecit.  —  IbuL,  4007. 

1).  M.  Priiscii  Magionis  et  Teiliniae  Consullfajc  cofiijjhigi  riofaje 
Acamdssa  fil(ia)  fecit.  —  Ibid.,  4009. 

\Scc\iiiidini[tis]  .Secca/[Hs)  ..  inae  con\iugi]et  Scccaliac  ...inae  f(iliae) 
et  s(ibi)  vivos  fe(cit).  D.  M.  Ibid.,  4oio. 

1).  M.  Soeaniis  f(ecit)  Solemni  filio  et  patri  Soco  et  Priinia(e)  Tauso 
lufajtri.  —  Ibid.,  40I12. 

I).  M.  Terti(i)  Primilla  ]jatr(ij  fec(it).  —  Ibid.,  4oi5. 

I).  M.  ...  ururio  Vinipiironi  merito  defiincto.  —  Ibid  ,  ^oi{). 

—  Les  inscriptions  arlonaises  sont  reprises  dans  le  vol.  XIII 
ilii    Corpus  inscriptionum  latinai-iim  du  N»  .'i<j8o  au  N'>  4'^^!)- 

(,'j  .1.  I'.  Wai.tzino,  okciiaimm  vi(  is,  daus  le  Musée  belge,  i;)o4, 
l'asc.  I  et  3. 

Sous  le  titre  du  chapitre  II,  Inscriptions  de  monuments  perdus  dont 


D'autre  part,  si  l'on  songe  qu'à  Ai'lon  les  restes  du 
rempart  romain  subsistent  sous  les  bâtisses  de  la  ville, 
on  peut  se  dire  qu'en  dépit  d'obstacles  bien  légitimes, 
l'épigrapliie  arlonaise  est  encore  loin  d'avoir  dit  sou 
dernier  mot.  Conservera-t-ou  mieux  sur  place  les  futures 
trouvailles  ?  Caveant  coiisules  ! 

Faisons  maintenant  à  la  nomenclature  des  cours  d'eau, 
une  place  qui  lui  l'evient)  s'il   s'agit  de  l'histoire  antique 

l'origine  nrlonnisc  est  cerlaiiie,  l'auteur  j;r()U]>e  une  (Icuxièine  série 
d'iiiscriplioiis  qui  s'ajoutent  aux  i)reinièi'(s  : 

I)(is)  M(anilnis)  Adline  Abbae.  —  C.  I.  L.,  XIII,  3<,S5. 

AtLiliiis  Regiiliis  jiHtroiiiis  iilcnique  hères.  —  Ibid.,  '■^\,So:  sur  nu 
fragment  de  grand  monument  où  se  voyait  une  scène  d'école  à  trois 
personnages,  dont  un  jeune  garc^-on  près  de  recevoir  une  correction 
manuelle. 

/).  .1/.  Cn(aeo)  Anii)  Booo  tl(ef'nnctoj  Se.\tiiin  rfoniux)  f\ccit).  — ■î<.,87. 

]).  M.  Boulins  Ahliis  sibi  et  Coppo  f'ralri  oi(n)us  f(ccit).  —  3(^88. 

1).  M.  \Seve^vi  Cit])il(>[iiis]  Liicnnus  [nivu.s  /]  fcril.  —  '5;,8<). 

I)  M.  Catlonins  Seciindiiws  et  Sapi)uhi  uxor  Idieire  f;iciii(ii).liiin 
(riirauerunt).  —  3<)90.  C'est  répitai)lie  de  deux  époux,  portunt  des 
noms  cclticpies,  Cattonius  Secundiuus  et  sa  l'emnie  Sai>pula  Idieire. 

/.*.  ,1/.  Cidtonins  Amrctontiis  sfibi)  i>(ii>tis)  f(ecit).  — '>'JÎ)i.  Ilolder 
conjecture  qu'il  faut  lire  Anibiioutns,  nom  Galate. 

I).  M.  Corobillio  Pantoni  et  Pnisciufe)  Molio  cojiiiiitibiis  Matins 
(fccilL  —  '5<)<)'a.  Les  noms  sont  celtiques,  et  dans  les  noms  de  la  femme 
Prnscin  Moltiis,  l'ruscia  est  au  datif  dit  cellicpie. 

I).  M.  I);inni(i )  Se.\tiii!t  Desiderata  filia  farficiidiiiu  ciiranit).  — \,\]^. 

D.  M.  IJonillfaJe  eoniuifi  (Josiionifns)  Acrejjttis.  —  "iil'J^'  radicau.K 
celtiques,  comme  dans  rinscrii)tion  suivante: 

I).  M.  Ibliouuiriae  sarrfaje  defiiiietfaje,  Giaiiiillia  ('.iamit\l\a  filia 
nina  fecil.  —  ■>;);)''• 

J).  M .  Jiiniiis  Jiisliiuis  Matej-inis  nifnjiis  fecil.  —  3<j<)7. 

...  I.allus  ...  iiiii  .  .  —  3i)(;8. 

...  Liicaiiiae  Adia[l\iiiuar(i)  ....  — 3<)()<j.  Le  dernier  nom  est  celtiiiue. 

Mo.xsio  Drafijif}  Altli  ([ilio)  Lalliaiuis  f/'cril).  —  4^0-;  comme  dans 
l'iusci'iption  retrouvée  dans  la  tour  de  l'église  de  Celles  ])rès  Diiiant. 
J'Jx  nnio  \eiiflf)  Tagansi  {/ilinsj,  et  dans  d'autres  inscri])tious  gau- 
loises, le  nom  du  père  est  ici  au  génitif  sans  filius,  Maxiiis  Drappiis 


\ 


-   171  — 

du  pays.  La  Semois,  un  long-  cours  tourmenté,  i)rend  sa 
source  au  pied  du  mamelon  arlonais.  Elle  s'appela  Someiia 
de  son  nom  anticpic  puis  romain,  Scsomircs,  Sesinunis,  sui- 
vant des  documents  autlienticpies  des  viT'  et  x''  siècles, 
et  le  nom  de  ses  afi'lucnts  rappelle  une  époque  antérieure 
aux  Romains  comme  aux  Francs  :  Rnra,  la  llulle;  Bebrona, 
la  Breuvanne  ;  Vig-era,  la  Vierre  ;  les  ruisseaux  d'Aile, 
Ala;  des  Aleines,  Alisna  ;  d'autres  noms  ont  le  même 
caractère  celtique  :  Mambra,  la  Mamer;  Alisontia,  l'Al- 
zeite;  Aura,  le  ruisseau  d'Orval  ;  Glaiiis,  la  Salm,  affluent 
de  l'Amblève  (^). 

.4////  Moxsiii.s  ou  Mf>ssiiis  se  rencontre  dans  les  marques  de  potier. 

D.M.M<)(niiineiitun})Jiini(i)  Pescinciet.hilio  Muvillofposiluni).  —  \{)0?>. 

D.  M.  Priiiinnio  Aj)r(i)li  et  Printunio  Satiirnino  J'rinitiniiis  Sftiliijr- 
niiiiis  v(iviis)  sibi  et  suis  v(uns)  [f(ecit)\.  —  4oo4- 

I).  M.  Printunio  Primitiuo  <l(e)fan(n)c(to)  et  Muto  coniugi  fili(i) 
((aciunduw)  c(uravernnt).  —  ^oo'^  ;  Mato  est  le  datus  du  féminin  à 
désinence  masculine,  et  Mat  us,  ou  Matto-onis,  est  un  surnom  fré- 
(liienl  chez  les  Celtes. 

D.  M.  Primi  Prissoni.s  et  Priisrine  Mniunne  nxori  vimtfe)  Viducus 
\l\dins  fccit  ;  et  Siniili(ii)e  Satifaje  liimnttia  Nequigo  (fccil).  — 4^07; 
i)iiKi(e)  est  un  datif  celticiue  en  a,  Prisso  est  un  surnom  qui  ne  se 
rencontre  qu'ici,  et  Xeqnig-o  est  un  nom  de  femme  à  désiueuce 
masculine. 

D.  M.  Seveviae  Martiae  Tonnia  dabva  filia  sua  (sic)  d(e)  sfunj  fecit. 
—  \o\\  ;  la  mère  a  des  noms  romains,  la  fille  a  des  noms  celti(iues, 
Tonnia  Gabra  fca])va),  provenant  du  i>ére. 

D.  M.  Sotlio  Viconis  (filio)  et  Similia(e).  —  \oiZ.  Sullius  est  le 
gentilice  de  Sollus,  celtique  comme  Vico. 

D   M.  Telionno  Caulni  (filius).  —  4oi4. 

D.M.  Tornioneus Iinunnis  et coniui>iJulinna(e) Popillus (f'ecitj.     4*"^- 

Un  certain  nombre  dinscrii)tions  fragmentaires  se  rangent  à  la 
suite  de  celles-ci.  Tout  en  se  rappelant  l'intérêt  ])résenté  ]»ar  les 
inscriptions  militaires,  on  voit  que  les  inscriptions  civiles,  recueil- 
lies sur  les  lieux  mêmes,  ont  l'avantage  d'aider  particulièrement  à 
l'étude  démographique. 

i'i  C.  G.  Ror.AXI).  op.  cit.,  \).  1G8.  —  (;.  Kl  KTll.  Lu  frontière  linguis- 
tique en  Belgique,  ch.  III,  pp.  4^0  tit  suiv. 


—    I'-2 


Grand'Duché 

de 
Luxembourg. 


Nous  trouvons  dans  un  distique  de  Fortunat  du  vi*  siècle, 
une  suite  à  cette  liste  de  vocables  d'ordre  primaire  : 

Isirii.  Sara.   C haras.   (S)Chaldi.s,  Saba(:'),  Somena,  Sura. 
Seii  qui  Mettiii  adit  de  sale  nomen  habens    'i. 

C'est  notamment  le  Sir  (Mertert),  la  Sarre,  la  Chiers 
{Caves  et  Chara),  la  Sûre,  la  Seille,  Salia,  et  la  Kyll. 

Le  nom  des  affluents  de  la  Moselle  et  de  la  Sûre  inté- 
resse la  géographie  l)elgo-romaine  en  même  temps  que  la 
toponjunie  :  Promea  la  Priim,  Nemesa  le  Nims,  Eriibris  la 
Ruwer,  Lesiiva  la  Lieser,  DraJioniis  la  Drolm,  Salmona 
la  Salm  (Gerolsteia-diiseratli).  Ausone  n'a  pas  eu  peine  à 
plier  à  la  douce  loi  de  ses  vers  ces  vocables  antiques,  que 
la  phonétique  associe  aux  précédents. 

Ces  cours  d'eau  de  l'ancienne  Ardenne  se  retrouvent 
chez  les  écrivains,  présentés  en  groupe,  qu'ils  coulent, 
suivant  les  répartitions  actuelles,  dans  rEifel,en  Belgique 
ou  dans  le  Grand-Duché. 

Dans  le  Grand-Duché  de  Luxembourg,  un  premier  trait 
à  noter  c'est  que,  mieux  qu'ailleurs  bien  souvent,  les  habi- 
tants savent  au  moins  que  le  pays  a  eu  une  première  histoire, 
et  que  cette  histoire  est  romaine.  Nul  n'ignore  qu'on  a  fait 
dans  le  voisinage  la  découverte  de  pièces  de  monnaie,  de 
débris  datant  des  Romains,  certains  disent  des  pnyens.  La 
voix  populaire  est  ici  le  dernier  écho  d'une  histoire  archéo- 
logique due  à  des  écrivains  nationaux,  des  PP.  Jésuites 
surtout  de  l'ancien  collège  de  Luxembourg  (-)  fondé  eu 


l'i  L.  VII,  carni.  TH.  ^  ad  (îogonem. —  Ces  deux  vers  sont  coiii- 
inciilés  par  Hontiucim,  p.  (5  du  tome  I  de  sou  Prodromus  historiae 
Ireoirensis.  Au  lieu  de  Sfhaldis,  nous  oonjei-lurons  qu'il  faut  lire 
Caldis  ou  (ialdis,  nom  que  portait  la  Kyll  mentionnée  ])ar  Ausone, 
l/o.s.,  vv.  3o4  et  Huiv.).  Quant  à  la  rivière  qui  tire  son  nom  du  sel, 
la  Salia  est  citée  i)ar  Fortunat,  III,  i3,  ad  Viliciun.  —  Saba  :  Sabis.' 

—  Nous  relèverons  ici  le  sens  d'un  diminiilir,  ]]'ar(ina  la  War- 
eenne,  airiiu-iit  de  l;i  W'arclic  ou  Warira  (à  rétaljlir  niusi  j).  4!)-  "ole  2  . 

(')  M.  Mii.i.KU.  (Jlironirjne  de  l'ancien  CoUèi>-e  de  Luxembourg-. 


—  i:^  — 

i6o3,  soit  il  y  ;i  (iH)is  siècles.  l'iiis({u'()n  est  dans  riuu'ien 
pays  des  Trévires,  les  publications  modernes  se  prévalent 
encore  de  ce  grand  nom  :  c'est  ainsi  qu'en  1670  deux  Pères 
Jésuites,  Browerus  et  Masenius,  comme  ils  signent  en 
latin,  ont  décrit  en  deux  volumes  in-folio  (')  les  AntiqiiHéa 
et  les  Annales  Tréuirieniics  ;  précédant  l'histoire  ecclé- 
siastique, une  «  Préparation  »  (')  fournit  les  détails  désirés 
par  les  patients  lecteurs  du  temps,  sur  l'Etat  belgo-romain. 
Brouwer  a  écrit  le  premier  texte  dans  le  style  relevé  qu'il 
affecte;  son  collaborateur,  archéologue,  y  ajoute  des  notes 
plus  serrées  et  des  détails  oubliés.  Le  tout  a  beaucoup 
vieilli. 

Dans  le  préambule  (^)  de  sa  très  complète  Histoire  de 
Trêves,  pragmatique  et  diplomatique,  un  préambule  de 
deux  volumes  in-folio,  Jean-Nic.  de  Hontheim  (Fébronius) 
consacre  68  pages  à  la  descri])tion  de  la  contrée,  ses  pro- 
ductions, ses  limites  sous  la  domination  romaine.  I/au- 
teur,  qui  devait  mourir  à  90  ans  en  son  château  de  Mont- 
Quintin,  n'éprouvait  pas  cette  peur  des  longs  ouvrages 
dont  parle  La  Fontaine;  il  connaissait  bien  l'archidiocèse 
dont  il  était  le  suffragant,  et  encore  s'aide-t-il  des  Anti- 
quités g'ermaniques  de  Cluverius.il  resta  personnellement 
animé  d'un  sentiment  de  curiosité  directe,  et  certaines 
indications  sont  des  plus  intelligentes,  mais  ce  travail 
archéologique,  d'un  style  assez  sec,  serait  plus  utile  et 
recherché,  s'il  n'appartenait  aujourd'hui  à  une  classe 
d'écrits  qui  se  ré]3ètent. 


(1)  Antiqiiitutes  et  annales  Treolrenses  anlovibits  RR.  PP.  Chrislo- 
phoro  Browero  et  Jacobo  Masenio  S.  J.  Leodii  apud  Joli.  Math. 
Hoviinn  auno  iG^o. 

("-)  Antiq.  Treveric.  proparasceuc,  pp.  i-'();  notae,  pp.  77-107. 

Pj  Prodrowns  Historiae  Trevirensis...  exliibens  origines  Trcne- 
ricas,  G  allô- Bel  gic  as,  Romanas,  etc.  Ausn^^tiU'  Viiidclicoruin.  sunii>ti- 
bus  fratrum  Veidi  bibl..  1757. 


-  174  - 

Le  nieilleur  des  écrivaiiiH  latins  ({iii  ont  traité  de  l'état 
du  pays  au  temps  de  la  domination  romaine,  est  sans 
contredit  le  P.  Alexandre  Wiltheim  (iGo4-i694).  Ce  n'est 
plus  ici  d'un  prodrome  accessoire,  d'une  préface  à  quelque 
autre  histoire  qu'il  s'agit,  mais  d'une  description  du 
Luxembourg  romain  (M  et  le  sujet,  nettement  circonscrit, 
est  traité  i)Our  lui-même.  Rien  d'essentiel  n'est  resté 
inconnu  à  AViltlieim,  qu'il  s'agisse  de  la  connaissance  géné- 
rale de  l'antiquité  ou  des  monuments  locaux  conservés  à 
Trêves,  à  Luxembourg,  à  Arlon  ou  ailleurs,  et  l'auteur 
expose  cette  matière  en  homme  auquel  est  familière  la  con- 
naissance du  vocabulaire  et  des  formes  de  la  dissertation 
latine.  L'ouvrage  coûta  cinquante  années  de  peines.  On  est 
heureux  de  clore  avec  le  nom  d'un  humaniste  de  premier 
ordre,  la  liste  des  anciens  historiens  luxembourgeois. 
Grand  dommage  que  les  monuments,  objets  de  son  étude, 
aient  pour  la  plupart  disparu;  tout  au  moins  les  recherches 
archéologiques  au  pays  de  Luxembourg  ont-elles,  grâce 
à  A.  AViltheim  ou  au  P.  Bertholet  qui  le  répète  en  français, 
une  première  et  bonne  histoire. 

Heureux  temps  que  celui  où  les  archéologues,  décou- 
vrant quelque  belle  pièce  antique,  n'avaient  à  se  plaindre 
que  des  injures  infligées  par  les  ans  ! 


Cj  Liicilibiivi>ensia  siue  Luxemburgiim  Jiomnniun,  ])ul)lic';i(ioii 
pcstlunne  faite  i)ar  le  D'  A.  Nykx,  en  iS^i>,  à  Luxeinhourj;.  d'après 
une  eo[)ie  du  nis.  oriyinal  qui  se  trouve  actuellement  à  la  Biblio- 
tliéiiue  de  l'Institut  grand-ducal,  à  Luxembourg. 

Suivant  la  Notice  historique  sur  la  famille  noble  de  Wiltlieim, 
l)ultliée  par  le  même  à  la  même  date,  un  des  trois  frères  d'xVlexandre. 
tous  de  l'ordre  des  Jésuites.  (Juillaume  est  l'auteur  des  Diaqnisi- 
tiones  ânli(/tiarine  Ilistoriae  luxemburgensis,  lihri  1res,  et  d'autres 
travaux  historiques.  Plusieurs  ouvrages  des  AViltheim,  en  manus- 
crit, sont  conservés  ii  la  lîibliothèciue  de  Bourgogne.  I^e  ms.  inédit 
lies  Disqnisitioncs  y  ])orte  le  no  ^ijf).  Ilonllieim  a  connu  le  Z/j.yc//)- 
luirgiim  liomnimm  et  il  en  analyse  une  i)arlie  dans  sa  Grande 
Histoire  de  Trêves. 


Les  inomiinents  (Mix-inêmcs,  récoltés  avec  tant  de  [)eiiics 
dans  le  pays,  allaient  disparaître  tout  entiers,  et  l'on  devait 
voir  bientôt  anéantis  les  efforts  d'une  pléiade  d'écrivains 
reprenant  dans  le  Luxembourg-,  l'oMivre  d'une  Renaissance 
classi(pie.  Les  frères  \\'iltlicini  avaient,  [)endant  tout  le 
cours  du  XVI i''  siècle,  enti-ainé  le  collège  dans  les  voies  de 
l'archéologie  jKiyenne,  et  orné  le  jardin  de  leur  maison  des 
dépouilles  de  l'antiquité  :  un  changement  dans  la  dii-ec- 
tion  se  produisit  au  xviii''  siècle,  amené  peut-être  par  un 
excès  d'humanisme  en  images.  Les  religieux,  a-t-on  dit, 
ennuyés  des  visites  de  trop  de  curieux,  et,  invoquant  des 
raisons  d'économie,  auraient  laissé  entrer  (')  la  i)lupart 
des  pierres  romaines  dans  les  fondations  des  nouveaux 
bâtiments  ?  L'erreur  est-elle  im})utablc  aux  désordres 
ultérieurs  de  l'époque?  Toujours  est-il  que  moins  appré- 
ciés, ou  négligés,  les  monuments  en  question  ont 
disparu. 

Historien,  le  P.  Bertholet  S.-J.  C-)  regrette  la  pei-te  d'une; 
pareille  collection  et  il  en  refait  une  sommaire  dcsci'iption 
pour  s'ac(|uitter  du  devoir  de  pi'ésenter  au  lecteur  des 
renseignements  sur  la  période  de  l'occupation  romaine. 

Parlant  du  collège,  «il  y  avait  autrefois,  dit-il,  quatre 
arcades  ou  galei'ies  incrustées  de  diverses  figures  dont  le 
P.  Wiltheim  avait  hérité.  »  Des  arcades  ?  Il  s'agit  là  de 
piliers  '•')   sans    voûte.    En    superposant    des    monuments 


Cj  Cei)en(laut,  on  a  retrouve  trois  monuments  sous  le  pavé  de  la 
rue  voisine  du  colièye,  ce  ([ui  i)r()U\e  bien  que  les  pierres  ne  furent 
pas  toutes  emi)loyecs  dans  des  t'oiidalions.  \ ox  Domas/.kwski  traite 
le  récit  de  Ilontlieim  de  iahle  inventée  :  C.  L  L.,  XIII,  p.  (iôij. 
Cf.  Exca.IXG,  Piihliculions  de  l'Iiib-tiltd  nrchéologiqm'  du  Liixcmbvufi', 
vol.  XXII,  iSGi,  j)]).  io7-ii4- 

(2)  Dissertiilion  Ve,  I,  p.  3S(i. 

(^)  ^^'I^,•|■^I:T^I  se  sert  <lu  mot  ju'hi  ou  pilier  :  «  iiiili(iuil:itcs  in 
qiudiior  pihis  comjjuctue...  E  suxis  opus  slruclile  twciluliiiii  (jiuiltiar 


-  i:6  - 

anciens  on  les  érigeait  en  colonnes  et  la  nature  même 
des  pierres  se  prêtait  à  la  composition  d'une  décoration 
de  ce  genre.  En  quatre  endroits  du  jardin,  le  P.  Wiltlieim, 
faisant  œuvre  à  la  fois  d'antiquaire  et  d'architecte,  avait 
érigé  des  trophées  archéologiques.  La  première  colonne 
offrait  dabord  à  la  vue  u  les  restes  d'un  monument  magni- 
fi([ue  comparable  à  celui  d'Igel  ».  Il  représentait  sur  ses 
(puxtre  faces  des  scènes  d'hyménée,  homme  et  femme  se 
donnant  la  main,  un  lectisterne  où  le  mari  couché  offre  à  sa 
femme  le  gâteau  traditionnel,  un  compagnon  d'Actéon,  nu 
et  arrachant  à  une  nj^mphe  le  vêtement  qui  la  couvre, 
Neptune  au  trident  découvrant  (couvrant  dit  Bertholet)  une 
nymphe.  Autre  monument  à  la  suite  :  une  inscription  en 
dessous  d'un  hémicycle,  et  ce  liliilus  nous  est  présenté 
éci'it  à  rebours  (*)  :  c'est  une  inscription  funéraire,  et  quant 
à  l'interversion  des  lettres,  elle  reproduit  simplement  le 
dessin  préparé  ])ar  Wiltlieim  en  vue  de  la  gravure.  L'im- 
pression remettait  tout  à  l'endroit. 

Dans  le  deuxième  pilier,  encore  un  lectisterne,  où  le 
mari  est  couché  et  la  femme,  assise  sur  un  siège,  a  «  les 
cheveux  serrés  dans  une  vessie  »,  dit  le  P.  Bertholet  ('). 
(iiu'on  se  rassure  sur  l'élégance  du  relief  :  la  vesica  est  une 
coiffure  de  nuit,  un  bonnet  prenant,  du  front  à  la  nuque,  les 
cheveux  ainsi  maintenus  en  ordre.  Un  vase  peint  nous  en 
offre  ailleurs  une  intéressante  image.  Puis,  venaient 
entre  autres  reliefs,  un  de  ces  piédestaux  traditionnels 
ornés  de  quatre  figures  :  ici  Jupiter,  Apollon,  Hercule 
et  la  Fortune. 


/lorli  loris,  riule  mnleritu'(iue  conneiiien.s,  sed  mi  nuijcslulciii  (■nncilint 
liireni  (juunlnmnis  trunctitn  tinti(jiiitus.»  — Lnxembiirgitm  Roinuniini, 
].V,  c.  VI,  p.  177. 

(')  IJ.   M.  Attimiiis  Meniiiiioliis. 

(■-)  Wn.THKiM,  i)Ius  exercé,  i'ai)]>elle  lojt.  ci/..  ]>.  iSo)  le  i)iissa{jre  «le 
Martial   :  «.  forlior  inlorlos  .semai  nesicu  caj)illos  », 


'  >  y 

Des  armes,  des  symboles  mililaii'es  dans  le  froisiriiK; 
pilier,  dont  le  i)fiiKMpal  ornement  était  un  cippe  riniéraire, 
le  aaliit  et  l'adieu  à  la  vie  immédiatement  rapproehés,  de 
façon  à  indiqnei"  d'une  manière  touchante  la  naissance  et 
la  mort  d'un  enfant  ('\  A  droite  et  à  oandie,  un  relief  allé- 
gorique :  un  enfant-  poi-té  sur  la  main,  .1/)^^;  de  l'auti-e, 
quelqu'un  jxu'te  à  califourchon  le  même  enfant,  un  i>cu 
plus  grand  et  regardant  en  arrièi-e  :  ]'ale. 

Sur  l'autre  monument,  un  Apollon  l'ythieu  (?)  et  deux 
dragons,  disons  serpents,  enlacés. 

Dans  le  quati'ième  assemblage,  nous  i-emai'([U()ns  fina- 
lement, suivant  la  desci'iption  de  lîertholet,  un  monu- 
ment funéraire  orné  d'une  scène  enqu-untée  à  la  vie 
intime  :  une  femme  assise,  deux  hommes  couchés  élevant 
la  main  poui-  saluer  la  mati-onc^  qui  s'ai)piètc  à  boire  : 
bene  tibi,  bene  milii,  à  notre  santé  l  S'ensuit  une  insciip- 
tion  encore  à  rebours  ('-).  Plus  loin,  sur  un  cartouche, 
ti'ois  liommes  lient  avec  des  coi-des  un  gros  ballot  :  ce 
sont  des  bnstagarii  ou  ])ortefaix.  —  Une  dame  à  sa  toi- 
lette ;  une  femme  la  peigne  tandis  ({u'iine  auti'e  lui  ])ré- 
sente  un  miroir;  le  bas-relief  en  rapi)elle  un  autre,  celui 
de  Neuniagen  (Trêves). 

«  Dans  la  bibliothèque  du  collège,  dit  finalement 
Bertholet,  il  y  avait  beaucoup  de  vases,  d'ai-mcs,  de  mé- 
dailles ;  mais  il  ne  reste  aux  antiquaires  que  la  douleur  de 
se  voir  privés  de  ces  trésors.  » 

La  résidence  du  gouverneur  du  Luxembourg,  Ernest  de 
Mansfeld  (i 517-1604)  partagea  avec  le  l'ollège  l'honueui- 
d'abriter  les  antiques  apportées  de  toutes  les  parties  de  la 
province.  Bien  j^lus,  le  musée  qu'il  établit  est  antérieur  à 
l'autre;  Mansfeld  donna  l'exemple  dès  1575.  11  fit  comme 
ces  grands,  ces  cardinaux,  avec  Icsipicls  il  était   en   r<'la- 


(')  Ane  Sexii  JiiriiiKk'.    Vule  Sexli  Jticiiiule 
(^j  Fratri  et  jiatribus. 


-  178  - 

(ions,  ajoiilanl  le  liislre  de  l'aut  i(mitc  ;ï  la  soniptiiositL' 
(riiii  ])alais  et  d'[\n  \nivc.  C'était  dans  le.  i^oùt  de  l'époque. 
Au  Iroiitoii  même  du  cliâleau,  s'étalait  une  inscription 
sé])u]('i'ale,  et  de  ces  pierres  sculptées  en  r(?lief,  ou  por- 
tant des  titiili,  il  3'  (m  avait  partout,  debout  ou  encas- 
trées, à  l'entrée  comme  à  la  sortie.  Le  i)alais  de  Mansfeld 
l)onvait  être  i-egardé,  dit  Eei'tliolet,  comme  VHôtcl  des 
Divinités  pnyenncs. 

Une  vaste  construction  de  style  dorique  commandait 
l'entrée  (à  droite  près  de  l'Alzette),  et  l'on  rencontrait  dès 
l'abord  une  double  inscription  funéraire,  puis  sur  une 
base,  l'image  de  quatre  divinités  effritées  par  le  temps, 
/)//.s  aetate  deletis.  Mansfeid  avait  coupé  dans  le  rocher, 
])our  diriger  une  lai'ge  voie  di'oite  vers  le  palais,  où  était 
tout  un  musée,  et  les  voûtes  des  portes  soit  du  palais  lui- 
même,  soit  des  jardins,  «  d'une  majesté  royale,  eussent 
fait  honneur  à  l'entrée  d'une  cité  0)  ». 

—  «  Si  du  palais  de  Mansfeid  on  entre  dans  le  jardin,  dit 
Bertholet,  ou  voit  tout  à  côté  un  ci'ypto-])ortique.  C'est  là 
où  étaient  enfermés  divers  simulacres  de  Dieux  et 
Déesses,  des  inscriptions,  des  représentations  de  sacri- 
fices, et  quantité  de  nobles  antiques...  »  Celles-ci,  toute 
une  colonie  d'un  genre  nouveau,  comme  au  temps  de  la 
Renaissance,  servaient  de  motifs  de  décoration,  dans  les 
allées  symétriques,  au  milieu  des  massifs  soigneusement 
taillés  :  tels  furent  les  jardins  de  la  Villa  d'Esté.  Au 
Foi'uni  romain,  auj(mi'd'hui ,  par  un  procédé  inverse, 
on  met  des  fleurs,  on  plante  des  arbres  variés  entre  les 
ruines  :  l'effet  est  le  même,  celui  d'un  Campo-Santo 
où  l'on  se  promène  pai'mi  les  monuments  des  défunts 
et  entre  des  plates-bandes  fleuries  où  tout  sourit  à  la 
vue.  Le  spectacle  n'est  point  banal.  Et  le  jardin  luxueux 
de  ('lausen   agrémenté  par  sui'croit  de   fontaines  jaillis- 

(')  Wu.TiiElM,  oj).  cit.,  pp.   i65  et  1G6. 


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sautes  et  de  (outcîs  sortes  de  faiilui.sies  art-liilecl  tirales, 
était  d'une  grandes  éleiidiie  :  ([iialre  heetares  et  demi  à 
notre  mesure  :   il  était   entoui'é  de  liants    niui's  eiénelés. 

Grâce  à  un  jjortrait,  on  peut  revoir  l'image  de  l'aiicieii 
maître  de  ces  lieux,  eoiute  Pierre  Kraest  de  Mansl'eld 
(i5i7-iGo4).  La  figure  est  ol)longue,  niar(iuaiit  la  l'enneté 
satisfaite  ;  des  cheveux  courts,  la  barbe  taillée  en  pointe 
et  s'appuyant  sur  une  fi-aise';  c'est  un  soldat  gi-aiid 
seigneur,  portant  sur  la  cuirasse  le  colliei'  de  la  'l'oi.-on 
d'or  :  de  tinuiiil  iiumovielle  i^ioire. 

Le  beau  musée  de  l'ancien  lieutenant  de  l'hilipjx'  II 
eut  une  fin  lamentable.  Déjà  abandonné  et  pillé  eu  détail, 
il  fut  un  ])eau  jour  démoli  et  saciifié  inutilement  à  la 
défense  de  Luxembourg.  Dès  la  moi-t  d'iM-nest,  en  idoj, 
les  œuvres  d'art  les  plus  précieuses  de  la  résidence  axaient 
été  enlevées,   et  avaient  pris  le  chemin  de  l'étranger. 

Mansfeld  avait  légué  son  palais  à  Pliilipp,e  III  (pii  fit 
transpoi-tei'  en  Espagne  les  œuvres  d'art  (statues  et  ta- 
bleaux) nmis  non  les  anti(jnités  locales,  ('ellcs-t-i  furent  en 
grande  partie  transpoi'tées  chez  lîinsfeld  et  de  là  chez  l(>s 
Jésuites.  IjC  conseiller  Einsfeld  avait  (''pousé  .Maiie  de 
Wiltlieim,  scvur  d'Alexaudic,  (jui  rc(;ut  d'elle  les  monu- 
ments en  (pieslion  et  les  conserva.  Les  auli'cs  pierres 
disparurent  avec  le  palais  '0. 


Il)  l'iio  foiitaiiie  oxlrricuro.  éilifiôc  on  iiu'UKiiit'  de  Marie  de  Mmil- 
iiiorcMicy,  l'ciniiu'  (Icfinilc  de  Mansfeld,  iivail  elé  laissée  à  l'iisa'e 
)nd)lic,  mais  non  sans  reeoniinandalions  parliciiliei'es  avant  en  \ur 
la  conservation  de  la  pureté  îles  eaux  : 

Quis(]tiis  hue  nrcedis  \  Si  le  ucsliis  .>.///.,(•('  iir^ct,  \  Ilic  iic.slinii  qiiii'lus 
l'iliilo  I  SUini  ])r()nay,   cxtinifuilo  \  .\(jiutni  iiniiiit  Jiniirilo  |  O.s-   luiuilu  \ 
Al  jicilt'  ne  liir/>;i/o  |  Xiula  cnr/Kii'i'  ne  /lo/liiild... 

((  Ro])osez-v.ous,  l)uvcz,  ral'i'aiehisse/  vous  la  face,  mais  ne  vous 
baigne/  ni  le  pied  ni  le  corps.  » 

L'inscription  était  latine  à  l'imitation   de  tant   d'autres  (jui  s'éta- 


—  i8()  - 

Au  uioinent  où  l'on  constate  leur  dispersion,  on  n'a  plus 
({u'à  prendre  acte  du  grand  nombre  des  ti'ouv^ailles  faites 
et  pei'dnes,  témoignant  de  l'étendue  de  la  civilisation 
romaine  dans  les  conti-ées  constituant  le  Grand-Duclié 
d'aujourd'hui. 

Piir  malheur  le  soin  même  qu'on  a  i)ris  à  les  collectionner 
au  xvr'  siècle,  a  eu  pour  résultat  l'inal  d'amener  leur 
destruction. 

Cc])cndant  le  P.  Alcxandi'o  Wiltlicim  (1604-1694),  ^.  .T.. 
comme  s(is  trois  frèi'cs,  a  décrit  en  même  temj)s  que 
le  domaine,  les  monuments  qu'avait  rassemblés  l'ancien 
gouvcrnctir  du  Duché  (').  Il  connaissait  les  Disquisitiones 
ou  i-cchcrchcs  déjà  faites  sur  ce  stijet  par  son  frère 
(Juillaume,  et  il  était  lui-même  un  amateur  passionné 
autant  qu'érudit.  Sans  donte  trop  souvent  il  doit  recourir, 
en  ])i'ésence  des  injures  du  temi)s,  à  des  formes  littéraires 
mar(|uaut  la  mutilation  <•),  luais  il  lui  reste  riche  matière. 
Aussi  énumèi'c-t-il  toute  une  suite  de  petits  monuments, 
sans  ])ourtant  ((u'il  s'y  arrête  du  moment  qu'ils  ne  sortent 
])as  de  ro]-dinair(»  ;  c'est  que  Wiltheim  est  un  écrivain,  et 


laient  sur  la  pliijiart  dos  niomimeuts  am-ieiis  (hint  le  jar<lin  et  le 
])a]ais  étaient  ornés. 

En  <léi)it  (le  rmilité  commune,  la  fontaine  a  été  complètement 
ruinée  ;  liien  i>lus,  sous  Louis  XIV  et  en  1811,  mi  vandalisme  sans 
nom  a  dévasté  le  S]dendide  monument  funéraire  de  Mansfeld.  Il  y 
était  re|)résenté  en  i»leine  armure, coulé  en  bronze  ainsi  que  ses  deux 
lemmes  Marguerite  de  Bréderode  et  Marie  de  Montmorency  ;  des 
statues  sépulcrales  en  marbre  blanc  ornaient  les  coins  du  mausolée 
élevé  sur  la  crypte  d'une  chapelle  particulière.  II  n'en  est  resté  rien, 
non  i)lus  que  d'un  palais  qui  faisait  lionneur  à  rEuro]>e  civilisée. 

(')  LiixeiiibiirgiiDi  ronianniii,  ]).  ](ji,  liv.  \,  chai).  I^   ^^  ^   • 

Moniitwnta  roinima  ,  iitnli  si'j)iilcj;iles  alinque  id  genus  Jlorli 
Mansf'eldiri. 

C^)  Diis  octnti'  delelis...,  paene  extriliis...  fato  frailtun...  jiartibus 
acîfre  afl  viilnua  cnomililuis...  meris  cajiUibus  aul  corpuruin  tnimis... 
aein  (liiitiiriiilali'  misère  lareris...  etc. 


—  i8i  — 

il  lui  laiil  1111  inotir  ([ui  riiispirc.  (|iici(iiic  sujet  dCriHlit  ion 
clcj^aiik',  t'onuae  il  le  dit  hii-iiu'iiu'  l'i.  Ccsl,  })ar  cxi'inplc, 
(levant  une  pierre  tombale,  un  enlretien  sui-  la  légende 
<ri])liigénic.  sauvée  de  la  nioii  ])nv  un  génie,  ou  bien  à 
propos  d'un  .Vpollon,  des  in<lieations  sur  la  i'a(;()n  de  jouer 
<le  la  eytliare. 

rour(juoi  ee  Jupiter  reeoit-il  l'épithète  de  riciniatus'/ 
("est  (pi'il  porte  le  ricinium,  petite  i)ièee  earrée  de  drap, 
pliée  en  deux  sur  la  tète  ;  et  de  même  (|u'Arnobe,  l\uu'ien 
apologiste  elii'étien,  reeonnaissait  les  dieux  à  leur  tenu<', 
^\■il(lleinl  les  recense  en  rapportant  les  anciens  témoi- 
gnages :  Jupiter  est  barbu,  comme  Apollon  reste  nn  éternel 
jeune  homme,  ainsi  qne  disait  Lucien,  ce  comtempteur  des 
dieux  ;  la  tradition  veut  (jirilereiile  soit  nu,  (pie  Mercure, 
le  dieu  du  gain,  ait  l'air  satisfait.  Pourcjuoi  des  ser])ents 
noués  au  caducée,  et  qu'était-ce  (pie  le  nœud  d'Hercule  ? 
Tout  cela  à  propos  de  ces  pierres  à  quatre  divinités,  une 
base  ou  un  autel?  AViltlieim  disserte  de  cette  fa(;()n  sur  la 
Nature  des  dieux,  en  arebéologue  dirait-on  aujourd'hui, 
et  les  monuments  le  demandant,  il  entre  dans  les  détails  ; 
à  propos  de  la  queue  des  Tritons,  simple  ou  double,  il 
remarque  que  les  halieutica,  ces  sujets  empruntés  aux 
choses  de  la  mer,  se  retrouvent  souvent  sur  les  tombeaux, 
sur  le  monument  d'Igel  i)ar  exemple. 

Au  sujet  de  cet  instrument  des  constructeurs  ou 
fossoyeurs,  lierminette,  marteau  de  maçon  ou  petite  houe 
à  court  manche,  ch)nt  on  signale  frécpiemnient  la  rejjre- 
sentation  sur  les  tombes  belgo-romaines,  Vascia,  Wiltheim 
discute  le  symbole,  sans  fort  bien  l'expliquer  ;  cet  outil 
du  constructeur  comme  du  fossoyeur,  maintes  fois  figuré 
sur  les  tombes  (Lins  les  Gaules,  a  servi  d'abord  à  dési- 
gner le  sépulcre  neuf,  i)uis  simplement  la  sépulture  à 
respecter. 

('i  (i  Diccre  hncc  oiniiia  luiiid  shiliiliiiii...  scd  eu  (Itimluxiil  in  (iiill)iis 
eut  enidilio  aiil  elegantia.  »  Lux.  roin.,  p.  i<)8. 


—    l82    — 

Autrement  sûrs  sont  les  détails  donnés  sur  l'équipement 
du  cavalier  Urbanus,  du  sagittaire  sculpté  dans  un  l'ronton, 
des  liastats  qui  se  pressent  sous  un  portique,  des  boucliers 
de  forme  étrangère.  Wiltlieim  est  un  classique  ne  recou- 
rant qu'aux  données  antiques;  il  ne  voit  pas  ou  ne  vent 
pas  voir  un  nouvel  élément  national.  Un  Belgo-romain 
porte-t-il  sur  ses  épaules  un  lourd  panier  de  fruits,  cela 
lui  rappelle  les  Canéi^liores .  Une  matrone  tenant  une 
corbeille  de  fruits,  est  assise  sur  une  jument  qui  allaite 
son  poulain  :  c'est  Ops,  représentant  la  fertilité  de  la 
Terre,  et  ce  n'est  pas  encore  notre  déesse  topique  Epona. 
Cet  art  funéraire  j)articulier  qui  se  développe  en  Trévirie 
procéderait  de  même  des  traditions  italiennes  directement  : 
ne  lit-on  pas  dans  l'Odyssée  que  l'on  i)laça  une  rame  sur 
la  tombe  du  naute  El^îénor  ? 

Deux  époux,  belgo-romains,  des  Trévires,  sont  repré- 
sentés sur  une  pierre  tombale  :  leur  costume  est  examiné 
en  détail  d'après  les  pièces  classiques,  la  toge,  la  tuni<]ue 
ou  la  i)énule,  et  il  est  parlé  du  relâcliement  des  ma'ui-s  si 
les  habits  n'ont  pas  été  serrés.  Il  y  a  donc  ainsi  toute  une 
suite  de  Questions  romaines,  grecques  au  besoin,  et  pas 
encoi'e  de  localisme. 

Un  des  derniers  reliefs  signalés  est  celui  qui  repré- 
sente une  tête  d'adolescent,  qui  a  la  bouclie  close  et  les 
yeux  fermés,  mais  il  est  pourvu  de  longues  oreilles  pour 
entendre  :  c'est  le  symbole  du  silence  utile.  11  tient  tout 
d'Harpocrate,  dit  notre  auteur. 

Reconnaissons  cependant  la  grande  science  de  notre 
guide  en  ces  jardins  de  Clausen  ;  il  a  clierclié,  commenté, 
dessiné,  en  un  mot  conservé  tout  un  musée  posthume, 
monuments  et  inscriptions  (^). 


(^)  Les  dessins  onj;iiiaux,  les  delineamenla,  accompagnant  les  ma- 
nuscrits des  frères  W  iltlieini,  bien  exécutas,  ont  été  ultérieurement 
mal   rendus.    Dans  l'édition  de  Xeven,  les  dessin.s  inléressant  les 


—   ibo   — 

Les  inscripl  ions  ont  allirr,  coninic  il  cou  venait  à  des 
(lociinuMils  appaiienaiil  <ral)()r(l  à  rari-hcologic,  raUeuLiou 
(l'A.  \\'iltli(Miii,  et,  vu  l'état  des  monuments,  eet  examen 
lui  aura  présenté  pi'ohablemeul  j)lus  de  diri'icultés  ijue 
celui  des  has  reliefs.  Les  études  uKc'i'ieurcs  des  éi)ij^'ra- 
l)histeK  sont  arrivées  à  présenter  la  lecture  définitive  d'une 
douzaine  d'inserij^tions  reprises  dans  l'édition  du  Luxein- 
boiii'f*'  rnniHin,  et  sans  doute  la  eriticpie  des  manuserits 
des  frères  Wiltlieim,  aui;nientera  le  nombre;  des  fitiili 
l)ubliés. 

11  s'agit  iei  de  monuments  funéraires,  comme  l'étaient 
la  plupart  de  ceux  de  Clausen,  et  ce  complément  apporté 
à  la  liste  des  noms  propres  de  la  Trévirie,  aide  comme  les 
autres  à  la  connaissance  de  la  population.  Nous  reprodui- 
sons eu  note  les  iuscri])tions  (pTon  a  pu  rétablir  lO. 


nionunioiils  o(  iiisci-iptioiis  du  i)a]ais  de  ^faiisMd,  vont  du  iv  S4  nu 
11"  \'^•2  inclus. 

Les  inscriptions  dites  de  Mansl'eld  sont  reprises  en  <;r()ii])o  au 
vohiiue  XIII  du  Corpus  inscriptioniiin  lnliiuinini,  n"^  4-^''^"4-^7- 

(')  I).  M.  LoUio  Atticino  defnncto  frutii j)ientissimo  et  Pojine  niafri, 
PoinUianiis  tnafri  et  fratii  fecit.  —  Corpus  Inscrijdionum  Intinavnm, 
XIII,  4-*'".)-  L  inscrii)tioii  vient  ])robalilc'nieiit  dArlon,  comme  la 
suivante. 

I).  M.  M.  Meiuinio  Commento  et  Prlmiae  l'rlyaniie  filifij  fi ecerunt). 
C.  I.  L.,  XIII,  4274. 

I)(iis)  Sextinio  M(anibiis)  Seciindiiio  coniugi  defnncto  et  Severinno 
Saturo  fllis  vivis,  Pvimulia  Saturna  et  sibi  v(iva)  f(ecit),  —  Ibid., 
37(57.  —  De  Trêves  comme  les  trois  suivantes. 

I).  M.  Secundiii[iae]  Tavena[e]  con[ingi]  def\nnctue\  A...ns  A...ins 
faber  s(ibi)  et  suis  vivus  f'e[cit].  —  Ibid.,  8701. 

Urbanus  (Marianus  ;)  Ambatfns  f)  annorum  XXX  St(i)pendio- 
rnni  VII.  —  Ibid.,  3G8G.  Au-dessus,  limage  d'un  cavalier. 

—  ...  iina  protêt'...  Sappulo  nepote  et  Inoirico  i^enero  Secundina  et 
sibi  i)ii>a  f.  c.  —  Ibid.,  3743. 

Doniissio  DotalfiJ  Mania  Martin   sib(i  et)  /ilio  sno  def(nncto)  nioa 


—  i84  — 

Il  nous  faut  maintenant  parcourir  le  pays,  visiter  ou 
noter  les  localités  où  les  chercheurs  modernes  ont  retrouvé 
quelques  restes  intéressants,  glaner  de  nouvelles  connais- 
sances archéologiques  dont  puisse  profiter  l'histoire  de  la 
grande  Ardenne  de  l'ère  belgo-romaiue. 

Que  ce  soit  la  voie  consulaire,  la  grand'route  moderne 
ou  la  ligne  ferrée,  le  moyen  de  communication  entre 
Arlon  et  Luxembourg  (26  kil.),  prend  la  même  direction. 
La  chaussée  ancienne  avait  Trêves  pour  objectif.  On  la 
retrouve  après  Arlon,  à  un  kilomètre  sous  l'embran- 
chement de  la  route  de  Longwy,  et,  peu  i-espectée,  elle 
devient  chemin  vicinal.  Ce  Kicni  —  ou  ancien  chemin, 
dans  la  langue  du  pays  —  se  dirige  vers  Marner  (').  Sous 
Koerig,  on  a  relevé  les  restes  d'une  villa  importante,  à 
savoir  huit  fours  à  chaux,  un  four  à  pain,  une  chambre 


\f(ecil)'\.   —    Ibid.,  4^6(5.   L'iiiseriplion   vioiil    in'obablemeiit  d'Arloii, 
eoniine  celles  qui  suivent. 

I).  M.  Vitnliae  Ainmilln  lUius  Iiilincliiis  ..    lus  cl  sf'ihi)  vioos  fe(cit). 

—  Il)i(l.,  4^Bi.  La  lecture  reste  douteuse. 

I).  M  Arto  defa(n)c(lo)  Liicceiiis  jmtcr  /'(ne.)  c(uravit).  — Ibid.,  '\\ii')\. 
Miilcriiiis  Murinua  sibi  et  Ceiisoriiiiae  Fniislinae  coningi  defunctae. 

—  Ibid.,  4270. 

I).  M.  Jurciiiins  ])i-in(lo  et  Calen'u.s)  A gatillus  uxori  fïucieiidiiin) 
r(nrni)evunt)  — •  Ibid.,  \-2\)'t^.  I^a  l'oruiule  de  l'iuscriittioii  est  singulière. 
Au-dessus  est  sculi)tée  l'imap^e  d'un  honune  et  d'une  femme  tenant 
un  libelle. 

Deux  inscriptions  encore  dont  le  sens  et  les  caractères  ont 
])réoccupé  Wiltheim,  sont  lues  ainsi  aujourd'hui  :  I).  M.  Dnguo 
Dtigsillns  et  Ebthocato  et  s(ibi)  vivo  ferit.  —  Ibid.,  4^<'"'>. 

I).  M.  Melanasiacto  Otteulo  et  dandoni  Auriisi  conin[gi^  ejns 
-l///o|/|fi.s. —  Ibid.,  4273.  La  pierre  ])orte  Attioius  et  le  nom  de  femme 
Caudo  Aurusis  à  désinence  masculine  est  à  remarquer. 

(1)  La  voie  romaine  passait  ainsi  entre  Autel-IIaut  et  Autel-Bas, 
allait  droit  sur  Barnich  et  Hagen,  sous  Capellen,  coupait  les  loca- 
lités de  Mamer  et  de  Strassen  pour  arriver  jirès  du  lieu  où  s'éleva 
Luxembourg'.  —  L'I^vkqci:  di:  i.a  Iî.vssf.Moi  ti  i;ii:.  Itinéraire.  ]>.  '2'A. 


—  i85  — 

SOuU;n;iiiiP.  ("est  là  (lu'oii  l)ri'il;i  plus  tai'd  sous  le  j^ibet, 
près  l;i  route  il(î  NNindliolT,  à  l;i  l'iii  du  xvT'  siècle,  les  iroif; 
sorcières  de  Kocrif»- .  Quant  à  Manier,  c'est  ranlicjiic 
Mainbra,  donnée  en  8Go  à  l'abbaye  8'-Maxiniin  de  'J'i-èves 
par  Lutgarde,  femme  de  Louis  II  de  Germanie. 

A  Bertrange ,  le  gouvernement  grand -ducal  lors  des 
fouilles  (|u"il  ordonna,  fit  exhumer  70  vases  antiques,  funé- 
raires pour  la  plupart,  dont  un  spécimen  est  particulière- 
ment l'emarquable  grâce  à  (juatre  anses  intercalées  entre 
(|uatre  oreillettes.  Une  iii-ne  l'est  aussi,  qui  contient  les 
cendres  d'un  Marcianus  de  la  xxvi''  légion  (Marcian.  L. 
XXVI). 

Ce  fut  là  une  première  tentative  faite  en  vue  de  la  con- 
stitution, à  la  bibliothèque  de  Luxembourg,  d'une  nouvelle 
collection  archéologique,  et  l'honneur  en  revient  à  M.  de  la 
Fontaine,  gouverneur  en  i844-  Plus  tard  le  cimetière  de 
la  bourgade  belgo-romaine  (une  lialte  ou  mutai io),  lequel 
servit  à  plusieurs  générations,  fut  fouillé  par  continuation  ; 
et,  toujours  près  du  Kiem,  on  retrouva  nombre  de  vases 
et  de  fioles  en  verre.  De  petites  ui'nes  renfermaient  des 
ossements  d'enfants,  et,  dans  les  plus  grandes,  on 
remarqua,  avec  les  os,  un  instrument  caractéristique  delà 
profession  du  mort,  couteau,  serrure,  st^'le,  etc.  :  un  vase 
cy]itidri(|ue  de  teinte  bleue,  vraiment  romain,  représentait 
sur  quatre  champs,  trois  scènes  de  chasse  et  une  lutte  de 
gladiateurs  contre  des  lions. 

Plus  loin,  c'était  le  Strassen  d'aujourd'hui,  un  nom  qui 
parle  :  Les  Voies.  Le  village  est  sis  des  deux  côtés,  et 
jadis  la  dernière  maison  était  celle  de  Steichen,  construite, 
disait-on ,  sur  les  fondations  d'une  ancienne  hôtellerie 
romaine  ou  diversoriiim  ;  de  ce  point  partait  un  diverticule 
conduisant  à  Dalheim  (0,  localité  importante  dont  nous 
parlerons. 

('j  Par  Merl,  Gaspcricli,  Itzig,  C'onteni  et  Svreii  :  Dalhehu. 


—  ifcb    — 

Sur  un  i)()iiit  antérieur,  à  Manier,  un  autre  elieuiiu 
ancien  conduisait  au  Titclbei'g' ('^ 

Que  les  communications  fussent  très  rapides  entre  les 
Trévires  et  les  autres  peuplades  de  l'Ardenne,  cela  est 
historiquement  constaté.  Antérieurement  aux  voies  i-égu- 
lièrement  tracées,  il  y  eut  des  pistes  en  ligne  droite  qui, 
passant  à  travers  tout,  crêtes  et  vallées,  i)ermettaient  à 
un  courrier  de  se  porter  très  vite  à  longue  distance.  C'est 
ainsi  qu'un  diverticule  ou  voie  secondaire  très  tourmentée 
se  retrouve  reliant  directement  Ti-èves  à  Namur  '-;  abré- 
geant de  sept  à  huit  lieues  de  marche  le  trajet  ordinaire. 

l\)ut  autour  de  Luxembourg  (■')  où  nous  amène  la  voie 
d'Arlon,  sur  un  rayon  d'une  à  deux  lieues,  le  sous-sol, 
d'espace  en  espace,  démontre  l'étendue  de  la  romanisa- 
tion  :  dans  telle  ou  telle  localité''),  ce  sont  des  murs  de 
briques,  des  tuiles,  restes  de  canalisation,  des  ossements 
et  des  bois  de  cerf,  des  styles  et  des  médailles  ;  une 
remarque  :  voies,  habitations,  mares  ou  réservoirs  d'eau 
se  retrouvent  à  la  fois. 

A  Luxembourg  même,  où  il  n'y  eut  d'abord,  semble-t-il, 
que  le  rocher  de  Siegfried,  comte  d'i\-rdeune,  on  a  fait  peu 
de  trouvailles  :  on  y  a  cependant  exhumé  une  base  carac- 
téristique, ornée  en  relief  des  quatre  divinités  :  Jupiter, 
Mars,  Hercule  et  Mercure  ("').  Il  est  d'autre  part  un  lieu 
pittoresque    dans    le    Griind,    grand    fond    circulaire    <|ui 


{')  Par  les  bois  de  Ilolzem,  entre  Dallieini  et  l)i]>iiacli  Siirinckange, 
Pétange,  La  Madelaiiio  :  Titelbery. 

(-)  Par  AVasserbillig-,  Iiigel.s(lorf,  la  vallée  «le  la  Sùi-e,  île  la  ^^■arell, 
du  Roeiner.sbacli,  Fleidersclieid,  Esehdorf,  Ba.selileideii,  liastoyne. 

Cf.  .T.  KkU'KER,  Revue  iirrIiéolo!>iqiie  de  Paris,  i8<,f~>,  ,'52,  p.  1212. 

(■^;  Piibliciilions  de  iJiisliliil  i^rniid  diictd  de  I.uxembouvif,  i.  XII, 
]).  109  (MM.  FlSClIKK  et  AUKNDTl. 

{■!)  Près  do  Manier,  à  e«>té  <le  la  roule  qui  se  dirige  vers  Kelilen, 
entre  Strassen  et  Merl. 

(5;  K,  Akkndt,  Dus  Luxemburgev  Land,  laixenib.,  njo'),  p.  10, 


-  i8:  - 

donne  à  la  ville  un  aspect  sur[)renant  :  e'est  la  ("liajiplle 
de  SL-(iniiin,  un  Saint  romain  dont  le  culte  a  été  super- 
posé (';  à  celui  de  divinités  belgo-romaines,  car  ainsi  ont 
piocédé  les  premiers  missionnaires  chrétiens  venus  de 
Trêves.  La  nef  de  l'antique  oratoire  n'est  elle-même  qu'une 
caverne  propre  au  sacrifice,  puis  à  la  prédication  rustique  ; 
et  remplaçant  les  nymphes  des  sources,  s'étalent  les 
trois  statues  archaïques  des  SS.  Quirinus,  Féréolus  et 
Firminus  protecteurs  des  eaux  salutaires.  Jadis,  un  grand 
tilleul  ombrageait  la  fontaine  jaillissante  du  Pétrusbach. 

Le  culte  pojiulaire  unit  aux  mêmes  traditions  dévotion- 
nelles,  le  lieu  voisin,  près  de  la  Via  hona.  C'est  ce  petit 
oratoire  où  se  trouve  le  groupe  des  Trois  Vierges  :  la  Foi, 
l'Espérance  et  la  Charité,  une  transformation  du  groupe 
des  trois  Déesses-Mères,  lequel  fut  sculpté,  dit-on  encore, 
dans  la  paroi  surplombante  du  roc.  Spes,  Fides  et  Caritas 
sont  assises,  non  plus  sur  le  cheval  à'Epona  ou  du  Hexen- 
ritt,  mais  sur  l'àne  débonnaire  qui  servit  à  la  Sainte- 
Famille,  ou  qui  porta  le  Sauveui-  à  son  entrée  à. Jérusalem. 
Nous  avons  là,  avec  cette  chapelle  de  Quirinus  (-',  un  des 
sièges  religieux  les  plus  anciens  du  Luxembourg. 

L'archéologue  ne  peut  manquer  de  descendre  encore 
dans  le  Griiiid,  prenant  la  direction  du  Pfaffental,  pour 
visiter  le  musée  qui  s'y  trouve  provisoirement  établi  dans 
un  bâtiment  militaire,  et  dont  l'accès  reste  difficile. 
Beaucoup  de  petits  objets  recueillis  sont  particulièrement 
remarquables  : 

I"ne  collection  de  verres  admirablement  patines,  prove- 
nant ainsi  que  de  nombreuses  poteries,  du  cimetière  de 
Steinfort;  de  la  bourgade  ou  viens  de  Dalheim,  toute  une 
vitrine  de  semelles,  demi-semelles  ou  empeignes  de  cuir  de 
souliers   belgo-romains,    d'hojnmes,    femmes   ou   enfants. 


(')  Comme  à  Ulfliiiyen,  Viaiuleii,  Zolver,  Auw  sur  la  Kyll. 
(■-)  K.  Akexdt,  op.  cit.,  pp.  12  et  17. 


—  i8S  — 

plusieurs  avec  des  clous,  d'aulres  avec  leurs  lacets.  Ce 
sont  les  rebuts  d'un  cordonnier,  trouves  dans  les  détritus 
et  la  vase  d'une  excavation  proche  de  l'ancienne  éclio})[)e; 
un  nombre  considérable  de  Maires,  ou  Déesses- Mèi'es, 
sous  la  forme  de  petites  statuettes  en  terre  blanche,  de 
celles  qu'on  façonnait  aisément  pour  remi)lacer  le  bronze. 
Elles  représentent  une  matrone  assise  tenant  sur  ses 
genoux,  un  enfant,  deux  enfants,  un  chien,  voire  môme 
nn  singe...  Elles  proviennent  de  Dalheim  encore,  ainsi 
qn'une  abondante  collection  d'outils  de  fer,  non  encore 
couverts  de  l'enduit  protecteur  et  qui  vont  se  rongeant. 
Nous  remarquons  là  des  souliers  de  fer,  pour  chevaux, 
couvrant  toute  la  plante  du  sabot,  à  l'effet  d'éviter  les 
pointes  des  chevHUX  de  frise  projetés  devant  les  positions 
militaires. 

Somme  toute,  les  lieux  qui  ont  attiré  l'attention  des 
archéologues  du  pays,  sont  nombreux;  mais  les  villages  do 
Dalheim  et  d'Altrier  avec  les  environs  d'Echternach  ont 
surtout  pi'éoccupé  ceux-ci,  et  si  les  fouilles  systématiques 
sont  plutôt  rares,  on  fait  partout  des  trouvailles  intéi'es- 
santes,  mais  elles  ne  passent  point  toujours  dans  la  sta- 
tistique utile. 

Le  voisinage  de  la  ville  de  Luxembourg,  noas  engage 
à  mentionner  ici  l'emplacement  supposé  près  de  Hostert 
sur  la  i-oute  d'Arlon  à  Trêves,  de  l'antique  Andethannii 
(Andewana,  Au^ven)  ;  c'est  un  des  plus  anciens  noms  de 
bourgade  connus  dans  le  Grand-Duché,  et  cet  Andethiin- 
nalis  viens  est  indiqué  dans  l'itinéraire  d'Antoniii.  'J'out 
ce  qu'on  y  a  découvert  atteste  qu'il  y  eut  là  mulalio  ou 
mansio,  un  relais  de  poste,  une  hôtellerie  ;  on  est  à  peu 
près  à  mi-chemin  d'Arlon  et  de  Ti'èves,  et  le  tronçon  de  la 
route  romaine  est  un  des  mieux  conservés  'n. 


(i)  Pnhliriilinns  iIc   l'InKlilitt  (iniud-Ducitl  de   Luxcinluiurii',   t.   VI, 
p.  i5<j. 


-  i89  - 

En  suivant,  pour  entrer  dans  le  (  Jrand-I  )iiclié,  la  lif;ne 
d'Ailon  a  Luxeiulxxirg,  nous  axons  adopté  VIlincruire 
(In  Luxembourg-  germanique  du  Chevalier  L'I';;vè(]ue  de 
la  Bassc-Moùturie  ('),  dont  nous  avons  rappelé  les  i)r()pos 
tenus  jadis  dans  la  voiture  de  Bastogne  ;  on  retrouve 
encore  avec  plaisir  son  livre  dans  les  vieilles  bibliothèques 
du  pays,  car  à  mesure  ({ue  l'on  cultive  sa  connaissance, 
récrivain  devient  intéressant,  même  de  par  ses  légers 
défauts.  Philosophe  à  la  mode  de  ses  prédécesseurs  du 
xviii''  siècle,  il  aime  à  disserter,  et  romantique  comme 
nombre  de  ses  contemporains,  il  s'attarde  par  exem[)le 
à  conter  la  légende  des  Sept-Dormants  ou  l'aventure  de 
quelque  Lucine  luxembourgeoise.  Mais,  l'histoire  même 
du  pays  le  préoccupe,  l'étude  l'a  laissé  épris  de  la  gran- 
deur romaine  et  il  annote  les  lieux  où  celle-ci  a  laissé 
quelque  trace.  (Quelle  différence  d'avec  les  itinéraires 
écrits  aujourd'luii  pour  C3'clistes  ! 

Comme  nous  l'avons  déjà  fait,  voici  l'occasion  encore  de 
lui  demander  des  renseignements  i-';  car  sur  le  Titelberg 
où  nous  nous  rendons  vers  le  S.-().  par  le  divei'ticule  qui 
s'amorce  à  Mamer  —  il  n'y  a  plus  rien  aujourd'liui.  Le 
Titelberg  avec  le  Soleuvre  et  Saint-Jean  constituent  une 
sorte  de  Trinité  des  Monts,  tous  remarquables  par  leur 
isolement  et  leur  hauteur.  La  voix  populaii'e  n'a  jamais 
varié  :  le  Titelbei'g  servait  d'assiette  à  un  camp  fameux  où 
l'on  aurait  pu  masser  un  corps  d'ai'mée.  Le  fait  est  que  le 
plateau,  en  hémicycle  comme  il  en  est  tant  dans  le  Luxem- 
bourg, a  été  fortifié,  pour  servir  de  refuge  permanent,  et 
probablement  lors  des  invasions.  Au  temps  de  Hertholet. 
ou  voyait  encore  des  restes  de  tours  et  de  murailles.  Les 
ruines    d'un    important    mausolée    appu^'é    de    colonnes 


(')  Op.  cit.,  pp.  23  el  suivantes. 
("j  Ibid.,  \).  102. 


-    igo  — 

doriques  y  subsistaient  encore;  et,  ajoute  L'Evè(jue,  le 
dernier  t-liapiteau  a  été  enlevé  en  1824. 

«  Tout  se  disperse,  déclarait  à  ce  sujet,  et  non  sans 
mélancolie,  le  !)''  Meisser  ;  chaque  jour  cette  montagne 
eni'icliit  quelque  musée  lointain  et  s'ai)pauvrit  de  ce  qu'on 
lui  emprunte  ».   Emprunter  n'était  pas  le  mot  juste. 

—  «  J'ai  revu  ce  camp  en  1775,  dit  Feller  en  son  Iliné- 
raire;  l'enceinte,  qui  étoit  un  mui",  est  aujourd'hui  couverte 
de  haies  et  de  broussailles,  le  reste  se  laboure.  » 

Le  Titclbcrg  ou  Mont-dii-titre,  aurait  été  ainsi  appelé 
d'une  inscription  y  existant,  au  témoignage  de  Johanneau, 
l'auteur  d'un  essai  sur  l'histoire  de  Longwy  —  un  savant 
qui  n'aimait  pas  négliger  le  chapitre  Et^auologie. 

Ce  qui  est  certain,  c'est  que  toutes  les  générations  du 
l)ays  ont  passé  sur  le  sommet,  où  l'on  a  recueilli  des 
monnaies  gauloises  d'or  et  d'argent,  des  médailles  romaines 
d'Auguste  à  Arcadius,  des  pièces  modernes  ayant  eu  cours 
jusqu'au  règne  de  Philippe  IV. 

Le  Titelberg  s'élève  enti'e  Pétange  et  la  gare  de  Xieder- 
korn  (ou  Basse-Chiers).  Ici  la  tradition  veut  que  l'église 
du  village  ait  été  bâtie  sur  l'emplacement  d'une  chapelle 
paj^enne,  à  propos  de  quoi  l'on  a  une  fois  encore  rappelé  le 
verset  :   Où  était  l'idole,  voici  la  gloire  du  Dieu  d'Israël. 

Une  antique  voie  conduisait  (')  du  Titelberg  à  Dalheim. 

Dalheim  est  un  lieu  fameux  dans  le  paj's,  en  raison  des 
antiquités  qu'on  y  a  retrouvées.  De  Mondorf  par  Filsdorf 
on  monte,  puis  de  très  loin  se  voit,  à  l'horizon,  une  aigle 


l'j  KuU'e  Niederkoni  et  DilTerdmige,  entre  Saiiein  et  Soleuvre,  le 
pont  (lu  Mess,  la  tour  de  Weiler  (Tiivvis  VillavisJ,  Hassel  :  Dallieim 
(i>5  kil.j  —  Une  vingtaine  de  localités  terminées  i)ar  le  suffixe  M'eiler 
se  rencontrent  dans  le  (iraiid  Dnolié  de  Luxembourg,  et  les  noms 
en  Villers,  Viliars  (Villn,  Mllnre,  Villnrioliim).  soni,  »\\v  l'étendue 
des  (Jaules.  ])resqn'innonil»ral)l('s  —  \o\.  tJ.  KruTii,  Lu  J'rontiùrc 
liiig-nislicjue  en  Belgique,  I,  \>[).  \oS-^0[^. 


—     IflT     - 


dorée,  le  rostre  tourné   vers  l'Italie  e(  enserriiul  un  ^lolje 
placé  sur   une  colonne  carrée  ;  celle-ci  s'appuye  sur   un 

l)cri'()n  aux  marches 
l)lus  élevées  (]ue  la  por- 
tée du  pas,  et  le  tout 
est  haut  de  i5  mètres. 
C'est  un  monument 
commémoratif  :  Rome 
n  campé  sur  ce  plateau, 
dit  une  des  quatre  ins- 
criptions 'i.  Les  aigles 
sont  ambitieus(;s,  celle- 
ci  l'est  aussi,  comme  il 
appert. 

On  découvre  du  pla- 
teau une  vue  des  plus  étendues,  extraordinaire,  un  hoii- 
zou  d'aéronaute  ;  c'est  un  avantage  stratégique.  De  plus, 
le  grand  nombre  de  pièces  de  monnaies  datant  de  Tibère 
et  des  premiers  empereurs,  permet  de  croire  à  une -occu- 
pation militaire  dès  la  conquête  et  i)endant  la  période 
d'organisation.  Mais  qu'il  s'agisse  d'un  camp  permanent, 
l'organisation  de  la  barrière   du   Kliin  et  la  distribution 


(')  La  seconde  :  Zeugend  eiisteig'  ich  in  don  Triïiniuern  die  hier 
Roms  Liig-er  ziu-iirkliess.  Une  autre  rappelant  riuterveiition  gouver- 
nementale et  la  collaljoration  de  la  Société  arcliéoloyiciue,  continue 
ainsi  :  «  ing-entes  post  cffossas  hic  noro  publico  siil)s(ru</ioiics 
iniuinipr;is(jiie  iilins  iiidii/uitutis  roliijtiiux  in  Icstiiuoninni  vvecliun.  >> 

L'inscx'iption  qui,  toujours  sur  la  nicnie  colonne,  fait  face  à  l'entrée 
de  l'enclos,  soigneusement  entretenu,  se  lit  en  chronogramme  : 
s\'rgll  LiU'lii   (.'('j-i's 
/'Lit  T'o.s-  sjjICniii   (!iij)/LLos 
nUo   qVo  CVbVIl  MnVors 
IrVcVLentVs  In  arVo. 
Les  travaux  datent  du  connnencement  do  la  deuxième  moitié  du 
siècle  dernier. 


—    192    — 

des  légions  ne  permettent  pas.de  le  croire.  Ces  énormes 
blocs  de  pierre  dure,  écpiai-ris  par  les  Romains  et 
letirés  du  sol  par  les  soins  du  Gouvernement  et  de 
l'Institut  grand  ducal  de  Luxemhourg,  ont  vi-aisem- 
blablement  servi  de  base  à  une  tiirri.s  speciilatoria  ou 
tour  d'observation.  Actuellement,  par  un  temps  clair, 
on  distingue  de  là  la  silhouette  de  la  tour  de  Metz.  Le 
poste  militaire  perdit  de  son  importance  en  suite  de  réta- 
blissement de  la  paix  romaine,  et  cela  au  bénéfice  d'un 
viens  ou  bourgade  qui  se  développa  sur  le  plateau,  d'ail- 
leurs d'une  fertilité  extraordinaire.  Il  y  eut  en  effet  là 
une  bourgade  ;  à  preuve  :  l'abondance  aujourd'hui  dans  le 
sous-sol  d'objets  ordinaires,  l'absence  d'armes  et  d'usten- 
siles militaires,  le  grand  nombre,  sous  le  village  même 
de  Dalheim,  de  substructions  belgo-romaines  de  dimen- 
sions restreintes,  le  nombre  aussi  de  petits  puits  parti- 
culiers. 

On  commence  à  se  mettre  d'accord  à  Luxembourg-  quant 
à  l'exi-stence  d'un  viens,  et  sur  place  cette  opinion  nous  est 
confirmée  par  un  observateur  qui  depuis  de  longues 
années  a  suivi  tout  travail  d'excavation. 

Voici  quinze  siècles  que  le  terrain  est  exploité,  disait 
L'Evèque  (0  et  l'on  y  trouve  encore  des  monnaies  et  toute 
sorte  de  menus  objets.  En  1842,  un  habitant  de  Mondorf 
a  découvert  sous  une  pierre  trois  pots  remplis  de  médailles, 
23,000  paraît-il,  à  l'effigie  des  empereurs  jusqu'àl'époqtie  de 
Constantin.  Il  ne  manqua  sans  doute  pas  de  croire,  comme 
d'autres,  qu'il  avait  trouvé  la  caisse  militaire.  Cet  aes 
niililare  est  en  effet  l'objet  d'une  préoccupation  constante. 
D'autre  part,  un  ancien  curé  de  Dalheim,  le  R.  Doerner, 
avait  formé  un  médailler  complet  des  empereurs  du 
\^  siècle  ;  il  avait  aussi  réuni   toutes    sortes   d'antiques, 


(,')  ()j).  (il.,  iJuIJu'ini,  JieiiucJi  el  les  eiwirons,  ]»i).  ]4<)  et  suiv. 


—   Icjo   

parmi  lesquelles  on  remni-((n:iit  une  slatncKe  d'Apollon. 
11  n'y  a  plus  aujourtriiui  à  Dalheini  de  collection  d'aucune 
sorte. 

Non  loin  de  là,  à  AValdbredinius,  était  le  château  des 
frères  AViltheim,  qui  en  avaient  l'ait  un  musée.  Quant  à 
Remieh,  d'où  l'on  a  de  la  Moselle  une  vue  si  intéressante, 
c'est  l'ancien  Remaciim  de  la  carte  Théodosienne.  A  Klmen, 
sur  un  rocher  dominant  le  conl'luent  de  deux  ruisseaux, 
fut  un  établissement  fortifié  :  on  a  retiré  de  là  un  fut  de 
colonne  en  marbre  blanc  et  un  tuyau  en  fonte.  Des  restes 
de  thermes  belgo-romains  ont  été  exhumés  à  Dreiborn,  au 
Xord  de  Wormeldange,  une  baignoire,  deux  colonnes  à 
chapiteau  ionique  et  un  tuj\au  de  plomb  portant  la  signa- 
ture de  l'ouvrier  Ditias,  un  esclave  de  Gallus  Cassicianns. 
Ou  peut  citer  cette  inscription  en  même  temps  qu'une 
autre  retrouvée  à  Dalheim  même,  dans  une  chambre  sou- 
terraine, c'est  celle  du  monument  funéraire  d'une  Germa- 
niola  ('),  dédié  par  Germania. 

A  une  lieue  de  Dalheim,  sur  la  route  de  Flachsweiler, 
près  de  la  ferme  isolée  du  Spitelhoff,  s'élève  un  tumulus  ; 
il  a  été  pillé. 

Ainsi  Dalheim,  d'où  partaient  au  moins  cinq  voies  de 
communication  (-),  reste  encore  entouré  de  localités  archéo- 
logiques (^). 

Ajoutons  que  deux  de  celles-ci  méritent  une  mention 
spéciale  : 

Bous,  où  il  y  eut  une  villa  et  où  l'on  a  retrouvé  une 
mosa'ique  à   dessins    géométriques,    remarquable    i)ar    sa 

{^)  Dilias  Gain  Cassicinni  s  ferons)  fiorili.  —  Gcvmnnia  (•crnia- 
iiiolae  (ïefiinctfac). 

{")  Vers  Trêves,  Arlon,  Metz,  Remicli,  Titelberg. 

(3j  Aspeit,  Filsdorf,  Waldbrediinus,  Remicli,  Bous,  Elinen,  Drei- 
born près  Kanacli  et  i)rès  d'Oberdoiiveii,  Greveiimacher  ;  sur  la  rive 
droite  de  la  Moselle:  Xeuiiig,  Faba,  Palzeni,  Castell.  Onsdorf, 
Wellen,  Teininels  (Mercure  de  Iirouzei,  Tavcrn  (Tubvvnau). 


-  194  - 

graiuleiir  (i5  à  20  in.   do  coté)  et  par  sa  beauté;  elle  peut 
être  eilée  après  celle  de  la  villa  de  Nennign). 

Grevenniaclier,  où  existait  dans  les  environs  près  d'un 
ruisseau,  un  établissement  qui  fut  fortifié,  et  où  l'on  a 
trouvé  toutes  sortes  de  débris  avec  des  monnaies  de 
Constantin  (-'). 

De  là,  en  descendant  la  Moselle,  on  ne  tarde  pas  à 
rencontrer  Wasserbillig-,  où  fut  un  pont  romain  partielle- 
ment représenté  encore  par  le  vieux  pont  de  pierre, 
étroit  et  en  dos  d'âne,  d'aujourd'hui.  On  est  ici  dans  une 
des  plus  anciennes  localités  du  Luxembourg  :  plutôt  que 
Waldbillig-,  c'est  ici  l'ancien  Biliaciim. 

Une  inscription  funéraire  au  nom  du  riche  Trévire 
Sattonius,  a  été  retirée  des  ruines  exploitées  jadis  au  béné- 
fice de  Mansfeld.  A  Wasserbillig-  ou  Billig,  la  Sûre  qui 
a  reçu  la  Wilz,  l'Alzette,  l'Our  et  un  grand  nombre 
d'affluents,  apporte  le  tribut  de  ses  eaux  à  la  Moselle  ; 
et  Ausone,  qui  compare  la  Sûre  à  celle-ci,  célèbre  ce 
confluent  deux  fois  important  (^). 

On  se  trouve  en  pays  latin  puisqu'on  y  appelle  l'Océan, 
Père  des  eaux. 

On  connaît  la  Moselle,  le  charme  de  ses  bords  et  son 
climat  plus  doux  :  dès  l'entrée  de  la  vallée  où  coule  la 
Sûre,  c'est  TArdenne,  le  froid  glacial  des  eaux,  l'âpreté  du 
paysage. 


(')  Piihliciilion.s   de  Vlnsllhil   o-rniuJ  diirnl  th-   Luxembourg;  t.  VII. 
]).  i>."]i,  art.  de  M.  Naaur. 
I/>i(L,  t.  XXXII,  art.  de  M.  K.  Arexdt. 

Un  écliantillon  de  la  mosaï(iue  est  rei)résenté  à  la  pape  <)  du  Pays 
(le  Luxembourg  (en  allemand),  par  M.  K.  Arkxdt. 
(-)  Publicnlioiis,  t.  IX,  ]).  i5G,  art.  de  M.  K.  Aiîexdt. 
(^)  Suru  tuas  i)roj)erut  non  degener  ire  sub  undas, 

Sura  inlercejitis  tibi  gratificata  fluentis  ; 
Nobilius  j)ermixla   luo  sub  nomine,  quam  si 
Ignoranda  jtulri  confunderel  oslia  Ponlo. 


—  19  >  — 

Pour  rciaonter  la  Sùrc  vers  Eclitcrnacli,  on  peut  dresser 
tout  un  iLiucniire  bclgo-roniain  ('). 

Si  Echternach  est  un  centre  d'excursions  pour  le  tou- 
riste, il  Test  aussi  pour  rarcliéologuo  qui,  au  milieu  des 
sites  curieusement  tourmentés  de  la  Suisse  luxemhoui-- 
geoise,  constate  la  puissance  de  la  pénétration  romaine. 

Déjà  la  grande  plaine  qui  s'étend  contre  la  ville  d'Kcli- 
ternach  ou  Eplcvniiciim  ('-)  (le  long  de  la  route  de  Luxem- 
bourg, derrière  la  chapelle  de  la  Vierge)  fut  le  siège  d'une 
villa  entourée  de  terres  cultivées,  jonchées  aujourd'hui  de 
tessons,  de  fragments  de  marbre  dont  trois  espèces  ont  été 
constatées  ;  on  y  a  même  trouvé  une  pièce  d'or  inédite, 
vendue  finalement  à  Paris  pour  nne  somme  extraordinaire- 
ment  élevée  ;  mais  la  plus  belle  découverte  a  été  celle 
d'une  mosaïque  en  tessères  blanches  et  noires  composant 
des  ornements  enlacés  autour  de  médaillons.  On  l'a  de 
nouveau  recouverte  de  terre,  et  l'on  cultive  par-dessus 
des  plantes  potagères,  comme  aui)aravant...,  en  attendant 
qu'on  l'exhume  de  nouveau  et  qu'on  lui  construise  un  abri 
confortable,  comme  le  gouvernement  allemand  a  fait  à 
Nennig,  fiatl  Un  détail  encore  :  c'est  que  tous  les  murs  de 
la  villa  sont  enfoncés  de  i'"8o  à  2  mètres  en  terre  ;  ici 
comme  ailleurs,  le  tracé  des  maçonneries  donne  à  penser 
que  bien  souvent  les  Belgo-Romains  renfonçaient  leurs 
constructions  pour  profiter  de  la  profondeur  et  de  l'espace 
laissés  par  le  déblai,  les  pièces  d'habitations  se  retrouvant 
ainsi  en  contre-bas. 

Deux  de  ces  localités  groupées  au  Sud  de  la  courbe  de 
la  Sûre,  dont  nous  parlons,  Heffingcn  et  le  Wolfberg  près 


(1)  Laiigsur,  Givenicli  (villa),  Boni  (sources  salées  et  villa),  Ra- 
lingeii,  Steinheim,  Rosport,  en  ligne  droite  tlu  S.  au  X.;  sur  la 
gauche,  Lellig,  Zittig,  Ilerborn,  bois  de  (ieiersliof. 

Sur  les  l'ouillos  de  Lellig,  v.  Publications,  etc.,  t.  VII.  i)]>.  i3i;  et  'SSi. 

C-J  Cf.  Pnhliculions,  etc.,  t.  VI,  l).'A  llililMMEVU.) 


—  ic)6  — 

de  rancieuiie  vilhi  de  (Uii-istiKU'h,  ravivent  l'intérêt,  ({u'on 
porte  en  Ardcninc  ii  Tliistoire  de  la  ehasse. 

Un  beau  couteau  de  eliasse  romain,  de  o'^'3~  x  o"io3  a  été 
découve't  dans  un  tuniulus  près  Heffingen.  L'arme  est 
légèrement  courbe,  sur  la  })oignée  et  la  garde  en  bronze 
argenté,  arfistement  travaillées,  sont  représentées  des 
naïades.  Sur  le  Mont-niix-Ioiips,  on  a  retrouvé  en  très 
grand  nombre  des  ossements  de  cheval,  de  bètes  à  cornes, 
d'animaux  divers  déposés  là  sur  la  hauteur  à  fin  d'y 
attirer  les  loups,  pour  les  empoisonner  ?  On  a  déterré 
})armi  les  débris,  des  défenses  de  sanglier,  des  bois  de 
cerf;  comme  en  maints  endroits  aussi  de  l'ancienne  foret, 
aujourd'hui  séparés,  et  où  n'habitent  plus  les  grands 
animaux  sauvages,  sur  les  bords  du  Hoyoux  ou  de  la 
Meuse,  près  de  la  vilhi  de  Modave,  de  celle  de  Montaigle 
ou  Bouiniaciini.  11  n'est  pas  extrêmement  rare  de  ren- 
contrer quelque  uenabiiluni  ou  épieu  de  chasse  soigneuse- 
ment ébarbé,  modèle  d'arme  conservé  par  le  moyen- 
Tige.  Comme  le  couteau  ou  la  flèche,  l'épieu  servait  à 
approcher  et  percer  la  bcte,  le  sanglier  coiffé  ou  harcelé 
par  les  chiens.  Car  les  Romains  affectionnaient  la  pour- 
suite et  la  prise  du  sanglier  :  les  représentations  de  ce 
genre  de  chasse  abondent,  elles  constituent  un  des  sujets 
classiques  de  l'ornementation  des  sarcophages.  Rappelons 
le  tombeau  des  Nasons  :  la  scène  représente  un  chasseur, 
le  maître  à  cheval,  tenant  deux  lances  ou  javelots  ;  cinq 
chasseurs,  des  serviteurs,  suivent  à  pied,  dont  l'un  décoche 
une  flèche  au  solitaire  attaqué  par  trois  forts  chiens 
à  oreilles  droites.  C'est  l'attaque  au  ferme,  après  la  pour- 
suite. 

Un  des  reliefs  funéraires  belgo-romains  de  Xoviomagus 
ou  Neumagen  sur  la  Moselle,  nous  "montre  un  chasseur 
vêtu  du  manteau  à  capuchon,  à  cheval,  ayant  pour  selle 
une  peau  de  mouton  ;  il  revient  chez  lui,  et  montre  à 
quehpi'un  un  lièvre  (]n'il  soulève  parles  pattes  de  derrière; 


—  Tî):  - 

il  a  pour  chien  nu  lr\  ricr  :  c'est  la  eliassc,  non  à  courre, 
miiis  à  la  (.'ourse,  le  lévrier,  en  terrain  suriisainnient 
déeouveft,  liai)[)ant  le  lièvre  à  la  vue  et  en  (juelqnes  l)onds. 

On  lit  dans  la  célèbre  jjastorale  de  Longus,  que  des 
jeunes  gens,  après  avoir  attaché  leur  barque  au  rivage, 
vont  disposer  leurs  panneaux  aux  endroits  qui  leur 
paraissent  les  plus  favorables,  puis  làeliçnt  leurs  chiens 
dans  les  vignes  pour  y  lever  le  lièvre  ;  c'est  récjuivalent 
de  notre  chasse  au  chien  courant,  où  sur  la  hauteur 
le  passage  est  gardé  ;  seulement,  jadis,  une  longue  nasse 
en  filets  aidait  à  la  capture  du  gibier.  Les  panneaux,  en 
fortes  inailles,  étaient  tendus  au  bout  de  pi<piets  fourchus 
ou  entaillés,  et  cette  fourchette  s'appelait  uuru  ('*,  dans  le 
langage  de  la  vénerie  du  temps. 

l^ien  mieux  que  les  textes,  les  petits  monuments  font 
connaiti'c  les  races  de  chiens  employés.  Une  salle  des 
galeries  vaticanes  renferme  la  plus  belle  collection  connue 
d'animaux  reproduits  en  marbre  par  le  ciseau  (");  elle  est 
pour  le  chasseur  d'un  intérêt  peu  ordinaire.  Toute  espèce 
de  gibier  est  représentée,  depuis  le  lapin  aux  écoutes 
jusqu'au  sanglier  ou  le  cerf  forcé  i)ar  des  chiens,  soit  dit 
pour  ne  parler  «pie  du  gibier  de  nos  contrées.  Les  repré- 
sentations de  chiens  abondent  :  somme  toute,  nous  tenons 
qu'ils  se  ramènent  à  deux  classes  :  le  lévrier,  et  le  chien 
courant  de  grand  pied,  à  tète  large,  à  l'oreille  courte  et 
pointue,  peut-être  étaient-ils  essorillés.  Si  telle  lice  a  les 
oreilles  longues,  la  plupart  ressemblent  au  caiiis  cafena- 
riiis,  au  chien  enchaîné  d'une  mosaïque  de  Pompéi. 


(,'j  Le  mot  vient  de  la  lettre  V  suivant  la  fonue  de  lobjet  même, 
composé  de  deux  bâtonnets  se  croisant  en  haut,  ou  bien  d'un  rameau 
«liii  se  bifurque.  Dans  une  comparaison  empruntée  à  la  chasse, 
Llcaix  (IV,  433)  emi)loie  le  mot  :  «A  ut  diim  disposilis  atlollat  retiii 
varia  \  Venalor  n. 

(■-)  Au  catalogue  du  conservateur.).  II.  Massi,  T901,  pp.  uo-ii5. 


13 


—  T98  — 

Au  Nord,  sur  le  territoire  du  village  d'Ernzen  (Eifel)  ('), 
des  substructions  sur  un  plateau  dominant  les  vallées  de 
la  Sûre  et  du  Weilerbacli,  ont  fait  croire  à  l'établissement 
d'un  poste  stratégique.  On  a  exhumé  avec  un  moyen 
bronze  de  Domitien,  nombre  d'urnes  en  verre  verdâtre, 
de  la  couleur  qui  distingue  les  vases  romains  du  Haut- 
Empire,  et  telle  de  ces  urnes  de  verre  contenait  encore 
des  ossements  calcinés. 

De  retrouver  dans  notre  Occident  un  Columbarium, 
c'est  chose  rare  :  il  s'en  est  cependant  rencontré  un  à 
Consdorf  (°)  au  Sud  d'Echternach,  sur  le  chemin  qui  va  nous 
mener  à  Altrier.  Le  Colombaire,  ainsi  dit  des  nichettes 
où  les  urnes  cinéraires  étaient  déposées,  se  composait  ici 
de  deux  espaces  circulaires  presque  tangents  et  entourés 
d'une  enceinte  carrée  de  pierres  jointes  par  des  tenons.  Il 
y  eut  donc  aussi  là  un  emplacement  pour  le  bûcher, 
pour  ce  que  le  chrétien  Arnobe  appelle  nstrina  ou  officine 
cinéraire,  une  fabrique  de  cendres. 

Altrier  est  un  nom  fameux  dans  la  région,  et  que  les 
archéologues  luxembourgeois  prononcent  volontiers.  C'est 
pour  les  uns  le  Yieux-Trèves;  d'autres  ont  cru  retrouver 
dans  les  éléments  matériels  du  vocable,  l'A/a  Treveroriim  : 
ce  n'est  probablement  que  la  transformation  d'Alt-Droesch 
ou  ancienne  friche  C),  occasionnée  par  le  voisinage,  très 
relatif,  et  la  renommée  de  la  ville  de  Trêves.  Le  petit 
village  actuel  s'est  implanté  au  milieu  du  plateau  habité 
jadis  par  les  Belgo-Komains  ;  les  maisons,  les  produits 
agricoles,  les  arbres  empêchent  que  d'Altrier  même  on 
jouisse  de  l'horizon  extraordinairement  vaste  que  pré- 
sente l'emplacement  :  au  loin,  les  profondeurs,  lignes  par 
lignes,  soit  du  Grand-Duché,  soit  de  l'Allemagne.  Sur  le 


(1)  Ptiblictttions,  etc.,  t.  XVIII,  p.  1(57,  art.  de  M.  DoNDEiJNOER. 
{-)  M.  Arendt,  Dus  Luxembiirger  Liiiiil,  Erslcr  Vorli-ng. 
(3j  L'EvKQUK,  oiivr.  cilé,  j).  u3a. 


—  199  — 

sol  cultivé,  où  des  substructious  se  marquent  dans  l'avoine 
par  des  espaces  i^lus  arides,  se  rencontrent  à  la  surface 
des  masses  de  tessons,  qu'on  a  beau  enlever  ;  dans  un 
carré  de  pommes  de  terre,  une  coloune  renversée,  ici  dans 
une  cour  ouverte,  des  piles  de  rondelles  d'hypocauste  ; 
plus  loin,  dans  la  main  d'un  cultivateur,  force  monnaies, 
qu'il  montre,  mais  ne  vend  pas.  Tout  cela,  c'est  sur 
l'emplacement  de  ce  qu'on  appelle  uniformément  le  Camp 
romain  dWltvier,  et  le  village  même  porte  sur  place  le 
nom  de  La  Redoute,  Schantze. 

Certes,  le  terrain  présente  des  avantages  militaires,  à 
preuve  l'horizon  étendu,  la  hauteur  et  la  longueur  du 
plateau  ;  et  du  temps  des  guerres  de  Louis  XIV,  le  gouver- 
neur du  Luxembourg  y  fit  élever  des  retranchements, 
abi'itant  une  avant-garde,  d'où  vint  probablement  le  nom 
conservé  de  Redoute. 

Les  points  stratégiques  d'un  pays  changeant  peu,  il  est 
vraisemblable  qu'au  temps  de  la  conquête,  des  troubles  du 
i''''  siècle,  le  poste  fut  occupé  militairement  ;  une  tour 
d'observation  y  fut  peut-être  élevée,  car  la  tradition 
subsiste  d'une  Burg  dont  les  grosses  pierres  sont  enfouies 
au  milieu  du  hameau.  Sans  doute  les  armes  se  perdent 
difficilement,  tandis  qu'il  n'y  a  point  de  discipline  pour  la 
monnaie,  ici  répandue  à  profusion  ;  toujours  est-il  qu'on 
ne  l'etrouve  pas  d'objets  militaires,  tandis  que  tous  les 
débris  rappellent  la  vie  civile  :  beaucoup  de  substructious 
de  dimensions  restreintes,  une  vingtaine  de  petits  puits  à 
l'usage  de  particuliers  ;  ils  sont  étroits,  à  peine  de  la 
largeur  d'un  homme,  ils  n'ont  pas  été  vidés.  Nous  souve- 
nant de  notre  visite  à  Dalheim,  nous  croyons  qu'ici  l'his- 
toire se  répète  :  à  la  première  occupation  armée  a  succédé 
un  vicuii  ou  bourgade,  qui  fut  prospère  :  vint  la  période 
des  invasions,  et  dans  les  bois  voisins,  on  fortifia  pour 
s'y  aménager  un  abri,  le  haut  d'une  colline  en  forme 
d'hémicvcle. 


-     20O    — 

Sous  quel  nom  latin,  le  viens  de  Dalheini,  ou  celui 
d'Altrier,  furent-ils  eonnus,  on  ne  le  sait,  et  pourtant  une 
inscription  en  fragments,  aujourd'hui  au  iNEusée  de  Ijuxem- 
bourg,  fut  relevée,  où  l'un  des  deux  noms  devait  se 
trouver  :  le  morceau  indicateur  manquait,  et  on  le  cherche 
encore  :  à  quoi  tient  l'histoire  ! 

Un  monument  bien  classique  a  d'autre  part  été  exhumé, 
en  1844  '■  c'est  une  ara  ou  autel,  un  bloc  de  grès  rouge, 
dédié  à  Jupiter;  une  corniche  en  feuille  d'acanthe  encadre 
l'inscription  I.  O.  M.  a(va)  d(edicala).  Sur  une  des  faces 
latérales,  l'oie  Capitoline.  Quant  aux  menues  trouvailles, 
elles  ne  se  comptent  pas  :  bagues  d'or  et  d'argent,  urnes, 
lampes,  de  belles  monnaies  à  tel  point  nombreuses  qu'on  y 
a  pu  compléter  une  collection  du  Haut-Empire  ;  et  quant 
aux  statuettes,  on  a  constaté  qu'il  y  eut  à  Altrier  une 
officine  de  potier  '''  fabriquant  les  effigies  en  terre  blanche 
de  Nehalenia,  la  déesse  populaire  de  la  prospérité  domes- 
tique. 

Divers  Kienis  ou  chemins  anciens  reliaient  la  bourgade 
aux  localités  importantes  (-). 

Altrier  est  entouré  de  villages  caractérisés  par  des 
trouvailles,  et  le  même  fait  est  patent  sur  tout  l'espace 
enveloppé  au  Xord  par  la  boucle  de  la  Sûre  (^).  Nous  ne 
nous  arrêterons  qu'aux  lieux  les  plus  intéressants. 


(')  K.  AUENDT,  Das  Lnxembnrger  Land,  i"''   Vovtrag. 

[-)  Vers  Bitburg  :  par  Ileisberg,  Consdorf,  Bendorf,  fei'ine  de  Ilaai 
à  Bollendorf,  pont  sur  la  Sùi-e. 

Dans  la  direction  d'Arlon  :  Cobenbour,  Reuhind,  anciennes  forges 
du  Fischbacli,  Angelsberg  (Itiinuliis),  ^lerscli. 

Par  Colbette,  Breitweiler,  pont  sur  l'Erenz,  entre  \\'aldbillig  et 
Christnach,  Savelborn,  Ermsdorf,  —  vers  Tongres  ? 

Du  côté  de  Trêves  :  Ziltig,  Rippig,  à  gauche  de  Ilemslal,  entre  les 
<lcu\  moulins  de  Herborn,  "Wassei'billig. 

Pj  .Tunglinster,  Altlinster,  Liutgen  (dépôt  de  monnaies).  Sclioos, 
Angelsbei'g  fvoie,  ancien  fossé,  redoute  et  puits),  Reuland  (dans  le 
mur   d'une  liabitation  l'iiiscrii)liou  Absliiie  el  Siistine),    Ileffingen, 


201    — 


Le  Grand-Duché  est  un  des  rares  pays  où  s(;  rencoulrent 
l'iieore  en  plein  bois,  sur  (erriloirc  i)ul)li<',  oincrt  loiil  au 
moins,  des  niouunuuits  ])ayens. 


Chi-istuacli  i  près  l'église,  chambre  et  urnes  l'iniéraires),  Waldbillig 
(mausolée,  suivant  Wiltheim),  Fcls,  Medernacli  (grand  et  larj?e  fossé 
au  Romerschantz),  Ernsdorf,  Eppeldorf,  Berdorf.  Près  de  la  Sûre  : 
Bollendorf,  Diekirch,  Ettelbrûck. 


—    2()2    — 

11  est  un  site  sauvage  aujourd'hui  près  d'Altlinster,  (^u'uii 
dirait  avoir  été  autrefois  iiitentioniiellenient  disposé  ;  ou 
s'y  eroit  aisément  transporté  en  une  région  antique  et  in- 
connne.  Autonr  d'un  bassin  qui  fut  un  lae,  se  dressent  des 
roches  isolées,  à  l'instar  des  monuments  celtiqnes.  Il  ne 
manque  au  décor  que  des  x^ersonnages,  encore  en  voit-on 
deux.  L'un  de  ces  rochers,  haut  de  six  mètres,  est  celui  de 
Herta,  la  Herta-Ley  ('),  non  loin  de  la  Freya-Ley  ;  on  la 
nomme  aussi  dans  le  pays,  la  Roche  des  Payens,  ou  le 
Hertheschrein,  l'armoire  de  Hertha,  ainsi  dite  à  cause 
du  creux  de  ©""lo  intaillé  d'abord  par  le  ciseau  avant  qu'on 
y  représentât  comme  sous  un  léger  arceau  deux  grandes 
figures,  hautes  de  2'"29  et  de  2"iGo  :  VHomme  et  la  Femme, 
comme  on  les  ai)pelle  vulgairement.  Cette  sculpture,  sur 
un  pan  de  roche,  a  particulièrement  souffert  des  intem- 
péries, mais  la  tradition  permet  de  suivre  son  effacement 
progressif  :  une  première  tête,  la  deuxième  ensuite,  ont 
disparu  ;  les  lignes  des  vêtements  sont  à  peine  visibles 
sur  les  clichés  photographiques  d'aujourd'hui  ;  de  plus 
anciens  documents  graphiques  nous  permettent  de  distin- 
guer, sur  cette  table  de  grès  effritée,  deux  personnages 
aux  vêtements  flottants,  ayant  le  bas  des  jambes  nu  ;  ils 
portent,  comme  les  personnages  des  monuments  arlonais, 
le  sag'iim  relevé  sur  les  avant-bras.  C'est  une  image  belgo- 
romaine  qu'on  retrouve  ici  associée  à  de  plus  anciens  sou- 
venirs. 

Sur  le  Hardt,  ou  Mont  de  Thor,  près  de  Diekirch,  se 
dresse  le  grand  monument  celtique  dit  le  Deifels-Elter  '•), 
un  dolmen,  qu'il  a  fallu  rétablir  sur  ses  bases,  car  il  s'était 
écroulé  en  i8i5  :  formant  porte,  deux  colonnes  de  blocs 


(')  Cf.  L'EvKQi'E,  oj>.  cit.,  p.  i>()()  ;  .Ikan  d'Ardkxxe,  L'Ardenne,  III, 
Graud-Duclié,  j).  m  ;  K.  Aukxdt,  Dits  Luxembui-ger  Ltmd,  p.  8. 
('')  Cf.  ouvi"ay:es  cités  ci-dessus,  respectivement  aux  pp.  3<)i,  \'\',  ~. 


200 


^^^^. 


illégaux  siipi)ortcnt  un  linteau  sur  Itiquiil  est  plaeée  une 
roche  faîtière  de  forme  conique.  Sous  un  côté  du  monu- 
ment, religieux  ou  funéraii'e,  on  a  retrouvé  les  restes  d'un 
squelette  et  des  débris  de  x^oterie  noire. 

Ailleurs  (')  certains  cercles  de  pierres,  aires  d'iialnta- 
tions,  et  de  mardelles,  sépultures,  ustensiles  remarquables, 
des  monnaies,  ont  été  trouvés  qui  datent  de  la  période 
celtique  ou  gauloise  (-)  ;  et  la  diversité  des  lieux  montre 
l'extension  de  celle-ci  sur  cette  partie,  luxembourgeoise 
aujourd'hui,  de  l'ancien  territoire  trévirien. 

Comme  pour  la  sa- 
tisfaction du  dilettan- 
te, presque  à  l'orée  du 
joli  bois  de  Bollendorf, 
se  dresse  l'autel  de 
Diane  ;  et  l'on  doit 
avouer  à  cette  occa- 
sion qu'autre  est  l'effet 
d'un  monument  de  l'es- 
])èce  en  un  site  naturel, 
autre  l'effet  d' un  e  pierre 
au  pied  de  l'escalier  d'un 
musée.  Une  roclie  vive 
a  été  ici  taillée,  la  façade  polie;  et  en  beaux  caractères, 
s'étale  l'inscription  votive  :  A  la  déesse  Diane  Q.  Posta- 
miiis  Potens  en  acquit  d'un  vœu  (^).  Grand  dommage 
vraiment  que  les  reliefs  qui  embellissaient  le  tableau 
aient  été    mutilés,   dispersés,  en  suite,    dit   le    chevalier 


(ij  Waldbillig,  Titelbei-g,  Altlinster,  Inyolsdorf,  Schroiuhveilor, 
Budersberg',  Hellingeii,  Manternacli,  Biwcr,  et  autres  lieux. 

(-)  K.  Arenut,  Prithislorisch-Fiinde  (Publications  de  la  section 
historitjiip  de  l'Institut  de  Luxembourg',  t.  XLV). 

(•'')  Deae  Dianne  Q.  Postuuiius  Potens  v(otum)  s(olvit).  —  C.  I.  L., 
XIII,  no  4104. 


—    204    — 

de  la  Bii8se-]Muûturic,  tlii  l'aïKitisinc  des  paysans  de 
l'Eifel.  La  déesse  de  l'Ardemie  et  de  la  eliasse  était  repré- 
sentée, eourt  vêtue  sans  doute,  avee  le  eliien  traditionnel 
L'effet  du  marteau  destructeur  ne  laisse  apereevoir  (]ue  le 
bas  des  janiljes,  à  peine  h's  pattes  d'un  lévrier?  Telle 
quelle,  la  roelie  gréseuse  et  réduite  à  la  forme  (xua<lran- 
gulaire,  s'élève  encore  à  quatre  mètres  en  hauteur. 

Bollendorf  ('),  où  nous  venons  d'examiner  dans  la  feuillée 
du  bois,  l'autel  de  Diane  chasseresse,  parait  s'être  trouvé 
au  centre  d'une  population  belgo-rouiaiue  inq)ortanle.  Ou 
parle  même  à  son  propos  d'un  viens  ou  bourgade.  Le  lieu 
portait  le  nom  de  Villa  Bollana  lorsqu'il  fut  donné  par  le 
duc  Arnould,  en  71G,  à  l'abbaye  d'Echternach.  Le  ciment 
romain  se  retrouve  à  la  base  du  château,  et  dans  les  murs 
de  celui-ci,  comme  de  certaines  maisons  du  village,  furent 
encastrées  des  pierres  antiques  :  le  rocher  dominait  un 
pont  romain  sur  la  Siàre,  dont  on  a  relevé  les  culées  et  qui 
servait  de  passage  au  diverlicnlum  allant  d' Al  trier  à 
Bitbourg.  Bertholet  ('-)  parle  d'un  mausolée  remarquable 
qui  s'est  trouvé  là.  De  nombreuses  tombes  ont  été  décou- 
vertes, portant  comme  souvent  chez  les  Ti-évires,  un 
hémicycle  figuré.  Signe  lointain  de  son  inq)ortance  dans  le 
pays,  le  nom  i)remier  ou  modifié,  de  la  famille  des  Scciiii- 
dini  (■*)  de  Trêves,  est  relevé  dans  les  inscriptions,  qu'il 
s'agisse  de  gens  riches  et  de  race,  ou  d'une  grande  clien- 
tèle d'affranchis.  Dans  les  eaux  de  la  Sûre,  dei'riêre 
quelque  moulin  du  ^li'illerthal,  vers  les  sources  mômes  de 
l'ombreux   Hallerbach,    sur   les   hauteurs    du   plateau    de 


(})  Piihliiiitions,  etc.,  V.    XLIX,   ler  fase.,    lî^^'j.   l'P-   i5-i2(),  art.    de 
M.  H.  SCHUERMANS. 

(2)  Ilhtoirp  (In  diiclic  de  Luxonibourg,  1    I. 

(-.{)  Si'cnndiis,    St'cimdiiiiis,    Scriindiiis,    Scriiiidini.i.    —    '1'.    XIII    du 
C.  I.  L.,  4104-41  '•'■ 


—  2o5  — 

Bollendoif,  cultivé  par  les  colons  i'',  on  tronve  des  restes 
d'anti(|ucs  ('(ablissenients  l)el<^'o-roniaiiis  j^i-ands  on  petits, 
les  traces  aussi  de  l'indiislric  d'alors,  comme  dans  la 
carrièi'C  de  pierres  meulières  au  llDJiUey.  Les  nM'hercIies 
dans  les  localités  de  la  rive  gauche  et  la  Sûre  dans  l'Eifel 
voisin  ('},  ont  donné  les  luêmes  résultats  et  l'ensemble  de 
CCS  indications  tend  à  montrer  cpi'il  n'y  mit  pas  seulement 
une  ville  romaine  de  Trêves,  mais  cpu'  toute  la  population 
trévirienne,  même  les  montagnards,  avait  pleinement 
adopté  la  nouvelle  civilisation. 

De  Bollendorf  encore,  c'est  entreprendre  une  intéres- 
sante excursion  que  de  se  diriger  à  travers  les  bois,  du  côté 
du  ^Nliillerlhal,  le  long  de  roches  qui  ressemblent  à  des 
tours  superposées,  pour  atteindre  enfin  le  village  de 
lierdorf.  Les  châssis  mobiles  qui  entourent  le  bas  du 
maître-autel  de  l'église  i-éservent  une  surprise  au  visiteur, 
s'il  demande  qu'on  les  enlève  :  un  autel  i)ayen  supporte 
la  tablette  légère  de  l'autel  chrétien.  11  en  était  ainsi 
dans  l'ancienne  église  St-Micliel,  une  paroisse  primitive 
dont  l'étendue  était  telle  qu'il  en  est  sorti  quati-e  filiales 
contiguës.  Le  monument  vient  de  là.  Sur  une  base  (pii 
n'est  qu'un  large  socle  antique  est  placée  la  «  pierre  à 
quatre  divinités  »,  un  grès  de  on^go  de  liant  portant  des 
reliefs  assez  frustes,  on  bien  plutôt  usés  par  le  temps. 
Au  bord  s'enroule  une  guirlande,  sur  le  côté  de  gauche 
est  représenté  Apollon  tenant  sa  lyre;  à  droite,  une 
Minerve  poi'tant  le  casque,  la  cuirasse  et  le  bouclier. 
Junon  occupe  la  dernière  face,  la  robe  relevée  jusqu'au 
dessus  du  genou,  ayant  dans  sa  dextre  le  sceptre,  dans 


Cj  Aei'hij,^erl)ui'j; .  —  Beaufort.  —  Diesburgerhof.  Kutre  Savclboi'u 
et  Plettschcttc  il  v  a  un  cimetière  romain  encore  inexploré  que  les 
};^ons  du  pays  (léi)()iiilient  i)eu  à  peu. 

(-)  Ernzen,  Irrel,  Krsclnveiler,  Ilolzlliuni,  Wallcndovf  (pont  el 
em])]acement  fortifié),  Crucliten,  Neu1)Oui'^'. 


—    206    — 

l'autre  une  patère  destinée  à  verser  des  parfums  sur  l'autel 
de  riiyménée;  un  paon  est  près  d'elle.  Quant  au  devant  de 
l'autel,  il  est  occupé  par  un  Hercule  nu  comme  l'est  aussi 
Apollon,  et  lorsque  la  porte  de  l'église  grande  ouverte 
donne  pleine  luniièi'e,  c'est  un  spectacle  peu  ordinaire  que 
de  voir  des  ornements  chrétiens  reposer  sur  pareil  autel; 
ce  nonobstant,  la  messe  paroissiale  continue  à  être  pieuse- 
ment célébrée  sur  cette  table,  mais  alors  comme  d'ordi- 
naire d'ailleurs,  sous  la  nappe  et  les  châssis,  le  support 
payen  est  enseveli  et  ce  trophée  du  christianisme  victo- 
rieux a  disparu  à  la  vue. 

Nouvelle  source  d'intérêt,  d(^  nombreux  et  importants 
dépôts  de  monnaies  ont  été  relevés  dans  le  pays  ('),  et  les 
archéoh^gues  luxemboui'geois  les  ont  étudiés  avec  ce  soin 
particulier  qu'on  appliciue  partout  au  métal  frappé.  Par 
surcroît,  les  i)ièces  isolées  répandues  sur  le  sol  par  des 
fugitifs,  ne  se  comptent  pas,  tant  on  en  a  récolté.  On  voit 
que  plus  on  se  rai)i)roclie  de  Trêves,  plus  il  y  avait  de 
numéraire.  A  Trêves  étaient  les  ateliers  du  procurateur 
de  la  monnaie  ;  on  n'était  pas  bien  loin  du  Rhin,  et 
l'arrivée  des  envahisseurs  était  vite  signalée.  Les  accès 
de  pani(pie  se  produisirent  surtout  dans  la  dernière  moitié 
du   iii*^  siècle,   finalement   les   Huns   emportèrent  ce   qui 


(')  A  Mtnleniacli  (grande  urne  de  o'^So  i'eni])lie  de  nionnaiesi, 
Kttelhruc'k  (iS<)2  i)ièces),  (Jroshons,  Nierderdouven,  Bettendorf, 
Lintgen(i5(Joi)ièces),  Schlindernianderselieid  (Goo  pièces),  Reiclilauge 
(2000  i)ièces),  M'elsclieid. 

Cl".  PabUcaiions  de  l'Iiisliliil  grand  ducnl  de  Luxembourg'  : 

Année  18;.']  (1874),  p.  2i5,  Die  wirliti.schsten  Exemjjhiren  in  der 
Snnindiing  ront.  Miinlzcn  tles  /J'"  Eberlino  ;  du  D^  Gl.AESKNEK , 
Jinj>i)<irl  snr  le  trésor  de  ScJdinderinnnderscheid. 

Année  i8()5,  vol.  XLII,  arliele  de  M.  X.  Vax  Werveke  sur  les  mon- 
naies trouvées  à  Ettelln-iick.  Dans  la  Revue  nr<-l)é(dogi<iue  de  Paris, 
an.  iS()8,  .'{2,  j).  i2i>,  art.  de  M.  Jt  i.ES  Keu'i  eu. 

—  \.  plus  haut  LE  CONDROZ. 


I 


-    !>(.-     - 

restait.  Un  luit  rrap])aiit,  c'est  rcxtrat-n-dinairc  Narictc 
(le  types  dans  la  nicnu'  main  :  ainsi  à  .I<>lt('Il)iiick,  siii-  iS()2 
pièces,  on  en  compte  ()I2  dune  frajjpe  dirt'érente.  Cela 
ferait  sni)poser  chez  les  anciens  habitants  (h;  sin<;iilières 
connaissances  en  nnmismati(pie,  si  l'on  ne  devait  ei-oire 
qn'à  pi'eniière  vue,  le  module  et  le  i)oids  des  pièces  faisaient 
reconnaître  celles-ci.  Les  dépôts  si  divers,  pour  être  à  pen 
près  dn  même  temps,  sont  le  l'ait  d'une  population  séden- 
taire, de  colons  thésanrisant  volontiers  ;  en  ontre,  les 
Tyrans  ganlois  se  succédant  avec  ra[)idité,  il  y  eut  bientôt 
l)rofusion  de  faces  et  de  revers.  —  «  A  s'occuper  «le  ces 
vieilles  choses,  nous  dit  un  archéologue  d'Echternach  ('), 
on  apprend  encore  du  nouveau  :  c'est  ainsi  qu'à  Lintgen, 
lors  de  la  découverte  du  trésor  de  monnaies  déi)osé  dans 
un  pot  de  terre,  j'ai  constaté,  quant  aux  rouleaux  de 
monnaies,  que  le  fort  linge  qui  les  enserrait,  était  relati- 
vement mieux  conservé  que  les  i)ièces  mêmes.  »  —  Autre 
particularité,  près  d'Ettelbriïck  on  Irouva  qu'un  parti- 
culier avait  judicieusement  enfoui  son  pécule  sous  une 
pierre  portant  le  signe  funéraire  de  Vascia,  l'instrument 
du  fossoyeur,  symbole  respecté.  Il  avait  en  réalité  inhumé 
un  trésor  auquel  il  ne  devait  plus  toucher  :  sub  usciii 
dedicatiim. 

De  l'Ouest  au  Xord-Est,  les  vallées  de  l'Attert,  de 
l'Alzette  et  de  la  Sûre  au-dessus  de  Diekirch,  constituent 
une  ligne  de  démarcation  conventionnelle.  Au  Nord  de 
celle-ci,  c'est  l'Oesling  ;  au  Sud,  s'étend  le  Bon-Pays  ou 
Gutlaïul,  à  peu  près  comme  dans  l'Ardenne  belge  on  appe- 
lait Pays  du  roi  ou  Bon-pays,  les  plaines  si  fertiles  de  la 
Ilesbaye  ou  du  Brabant.  Tout  le  Grand-Duché  a  pourtant 


(')M.  DONDEI.INGER.  auteui' duii  Rapport  sur  les  siibslnictions  de 
Vépoquc  gallo-romtnne  an  villag-e  d'Evnzen  (Prusse),  dans  les  Piibl. 
de  llnst.  grand  dncal  de  Luxembourg;  xvni''  année  ;  ileni,  à  lit'r.lorf  : 
ibid.,  vol.  XVII.  année  iSdi  ;  tous  deux  avec  planches. 


-   2o8  — 

Tait  partie  de  ce  vaste  einscnible  forestier,  le  plus  grand 
de  la  Gaule,  (jue  les  Romains  ai)pelaient  TArdenne.  Mais 
les  })rogrès  identicpies  des  moyens  nuitéi'iels  et  des  nnx'urs 
ont  toujours  fait  reeuler  eelle-ei,  eliaeun  la  plaçant  tou- 
joui's  plus  loin  que  là  où  est  son  elianip  :  il  semblerait 
que,  telle  la  ])eau  de  eliagrin,  [)ar  un  privilège  surmvtnrel, 
l'Ai'denne  aille  toujours  se  rétréeissant... 

Aujourd'hui  doue,  suivant  la  voix  i)opulaire,  on  a  cons- 
titué en  une  sorte  de  plus  petite  Ardenne,  la  moitié  du 
canton  de  Redange,  avec  les  cantons  de  Vianden,  Clervaux 
et  de  AVilz  :  c'est  une  manière  de  petite  Suisse  des  quatre 
cantons,  les  lacs  en  moins  ;  mais  il  y  a  une  infinité  de 
clairs  ruisseaux,  coulant  dans  des  vallées  étroites  et  qui 
de  fait  deviennent  toujours  plus  froides  et  solitaires.  On  a 
donné  le  nom  de  (c  Oesling  »  (Eeslick),  à  la  contrée  qui  finit 
en  i)()inte  vers  le  Septentrion  ;  il  provient  du  moyen-àge  : 
c'est  VOsninc  ou  Ardenne,  ici  est  Ardiienna  dit  un  ancien 
document  (1222).  Les  Allemands  voisins,  pensant  au 
Sclmee-Eifel,  en  ont  fait  Eisling  ou  pays  de  la  gelée. 

Déjà  A.  AViltlieim  rattachait  à  des  origines  belgo- 
romaines  le  partage  du  pays  au  temps  des  Francs  en 
cantons  ou  pagi.  Le  fait  n'est  pas  établi  en  ce  qui  concerne 
l'important  P;ji>«s  .lrd»e/îs/s,  le  canton  d'Ardenne,  mais 
un  certain  nombre  de  dénominations  latines  sont  entre 
autres  relevées  dans  les  manuscrits  du  haut  moyen-âge 
l)ar  l'auteur  du  Liixcmbiivgum  Romanum   0  ;  et  de  plus, 


(')  CaxtatORU'.m  s.  IlrUKKTI  :  in  pngn  Anliiennon.ti,  quondam 
Atiibra  caslnini. 

Taiu  lAK  Lk[  TIIKRI  :  in  villa  riii  nnmen  Ilaganuililing-n,  sila  in 
Pago  Ardinense.  Anno  -GS. 

ACTA  1).  MoNOXis  :  Ardinensis  pagns,  in  siloa  ijnae  diciluv  Fri- 
dieres  snjier  j'ontcni  Xassoniam. 

Tahii.ae  Adonis,  auhatis  Kpterxacf.xsis  :  in  pago  Ardinensi,  in 
loco  qui  dicilnv  Iloulingen.  77/. 


—  uoO  — 

(|iulles  (j[uc  soient  les  transTonnalions  j^cniiani([ii(  ,-,,  à  ('mi- 
iiu-rer  les  lieux  dits  d'iiii  |)a,i;iis  sous  les  [''raiies,  on  ne  l'ail 
({lie  re])i"eii(lre  mie  liste  de  lieux  habités  «léjà  par  les  IJelgo- 
romaius.     Tour    reconnaître    eeux-ei,    dit    ^^'iltl^eiln    lui- 


lÎKKNriM  :  in  l'illu  Ji;i/>iii_^;i .  in  />!Il;(>  Ardcnsi.  suprr  /Iitnia 
l'von.   --(). 

TkL'CKIîI  i;r  IlAUDeixI  :  //(  />;i!i'>  A  rdincnsi,  in  nill.i  <iu;tt'  liicilnr 
(iL'ine  ((ïegcn  hodie).  -Si, 

ImuNAK  :  in  pngo  Ardinensi,  in  oilln  f/unc  nocnlnr  W'ill:.  noln 
modo  coiiiilnm  scdes.   -Su. 

1)A(;amn1)IS  :  in  pns^o  Ardcnncnsi,  in  loco  twl  lullu  nnnc  no'-nlnv 
Constuni,   Constcini  nd    ]'icnnniu.    -S.'i. 

liKUDAE  :   in  piig'o  Ardincnse,  in  nilln  qunc  nocutnr  linlIinLicn.  -S;. 

(iODliTRlDAK  :  in  villii  fjnuc  diciliir  Ilini^csdorf  cl  in  nlio  loco 
niuicnj)unle  Conlesluni,   Conatlieitti  qnod  anjuii.  So-j. 

RiCllAUDI  CO.MITIS  FRATHIS  BiVINI  :  nilliini  in  pngo  Ardincnse 
siliini  (jnne  dicitnv    Vilanlia  (  Villnncc).  Sj^i. 

Bristkti  i;t  uxoris  kjls  Cuonkii-ndis  :  Eltalbrncka,  qnod  nohis 
ex  Serenissimi  Avnnlfi  régis  Inrgilione  ndoenerat  in  pago  Ardinense 
in  comiliiln   Odncri.  Eltel/irnch,   >joi. 

Otiionis  MA(iXI  :  ///  pngo  Avdncnna  diclo  nd  Lilleras.  tj^d. 

l'I.H  SDKAr  :  in  villa  Lnnglier  (Longolarc  qnondain.  nnnc  Longlier) 
nnncnpala,   in  comilatn   Rodol/i  coniilis,   in  Osningc  sila.   <):}-. 

E.IL'SDK.M   :   in  comilaln  Ardcnncnsi  nillant   A rgilinga.  ()(><>. 

SKni'RH)!  ('()^U^^S  :  in  coniilnln  Gisclherli  coniiiis  in  pago  Anliicn- 
nae  in  villa  qiiae  dicilnr    ]'iidna  (Fcilcn).  ijH'l. 

Otiionis  macini  :  in  pago  Ardenna,  snj)cr  /Invio  Aisna  in  conii- 
latii   Waudrici,   villa  qnae  dicilnr    Villarc. 

Othoms  II  :  Curtem  Lnnglar  nnncnpalani  in  pago  (Jsningc.  in 
coinilata  Gozilonis.  qS-j. 

SIOU'RU)!  COMITIS  KT  CON.ICCils  E.HS  IIadkwK'IIAK  :  in  valle  Alsiin- 
censi  in  villa  iMavisch  (alias  Marsallnni,  Merscli)  in  comilaln  Arden- 
nensi.  qni  regimini  filii  noslri  Ilcnrici  snbjacet.  gg-'i. 

Irxunardi  ;  in  comilaln  Ardcnncnsi  qni  Ilcnrici  comilis  siih/acet 
procuralioni,  in  villa  Hekcsdor/f.   Ileisdorff.  ggO. 

V.i)()iii'lc  l'agns  Beden^is  (Beda  ou  liilhnrg)\\\\:\nv.iM.oit.cil.,\).'^\. 


—  2io  — 

nicineiM,  il  est  important  de  l'cceiiscr  les  loeiilités  qu'on 
retrouve  assignées  aux  divers  cantons.  Ce  faisant,  soit 
l)our  le  pag'iis  Ardncnsis  ou  le  pag'iis  Bedensis  (Eifel), 
notre  auteur  a  agrandi  les  connaissances  géographiques 
([u'on  peut  avoir  de  l'Ardenne. 

D'autre  part,  les  trouvailles  archéologiques  nous  font, 
ici  connue  ailleurs,  remonter  hant  dans  le  cours  du  passé. 
Sans  doute  il  ne  faut  pas  se  mettre  à  la  recherche  d'objets 
très  rares,  comme  on  y  est  généralement  porté  dans  le 
Luxembourg;  mais,  à  se  contenter  de  la  simple  statistique, 
on  peut  achever  de  décrire  l'aire  de  dispersion  de  la  civi- 
lisation romaine  sur  le  sol  même  du  Haut-Pays. 

An  Sud  de  l'Attert  (-')  comme  an  Nord  '^),  on  a  relevé  les 
traces  de  maints  établissements  belgo-romains,  notam- 
ment des  bas-fonrneanx  près  de  la  fontaine  des  Romains 
ou  Rocinerboiir  :  il  y  eut  là  des  officines  où  l'on  forgeait 
des  nstensiles  et  des  armes  pour  Trêves  ;  l'effort  des  eaux 
courantes  était  ainsi  utilisé  par  l'industrie.  La  monnaie  a 
été  partout  répandue,  surtout  celle  des  empereurs  trévi- 
riens,  et  ce  n'est  i)as  dans  le  Xoi'd  du  canton  de  lledange 
(ju'on  a  trouvé  les  moindres  dépôts.  Dans  les  environs  de 


11)  a  Xon  levé  in  ])agls...  seii  ditinnlbiis  in  qiias  Francorum  tem- 
pestate  dioisae  prooinciae,  ad  Romnnnvum  locornin  cog-noscendos 
sitiis,  niomentum  >k   ()/>.  cit.,  p.  8i. 

(■-j  A  Reichlauge  (iuiportaiit  dépôt  de  monuaiesi;  près  Useldauge, 
le  Ilelperkiuip,  soiuiuet  très  élevé  qui  eut  comme  les  autres  son 
histoire  et  lut  jalis  uue  riclie  mine  d'auti(|ues  ;  Ilovelange. 

(•'j  Xageu  (cimetière  et  dépôt  de  monnaies)  ;  Vichten  (forj;es 
romaines);  Folst-liette  (id.  ;  Grossbous  (trésori  ;  Bisseii  (un  établisse- 
ment ravagé  par  les  Huns,  le  Ilunswinckelj  ;  Berg  (travaux  de  forti- 
fications et  fnmiili  nombreux  dans  les  environs). 

Vn  dinerticulnm,  de  Vichten  se  dirigeait  vers  Pratz  en  i)assant 
sous  Foischcid  et  s'amorçait  à  la  grande  voie  des  Gaules  entre  IIolz 
et  Perlé.  Des  vestiges  en  sont  encore  reconnaissables  dans  les  bois 
de  Reimberg  et  de  Ilostert. 


—  2Tr  — 

Ntigen  ['»,  où  il  s'ost  lait  de  belles  trouvailles,  il  y  eut  jxiut- 
ètre  un  viens. 

Encore  qu'il  n'y  paraisse  pas  aux  yonx  du  touriste, 
le  pays  généralement  si  tourmenté  du  canton  de  Vianden 
[Vienna  ou  Vianda)  a  été  également  occni)é.  A  la  base  du 
château,  il  y  a  des  restes  de  substruct  ions  ronuiines,  des 
traces  (ïopns  spicaiiim,  de  travail  en  barbe  d'épis,  et  ce 
genre  d'ouvrage  a  été  également  relevé  (')  au  cluitean  de 
Neuerbui'g,  en  Prusse  aujourd'hui.  Sur  la  route  de  Manden 
à  Roth,  à  la  frontière,  une  tabula  ou  tableau  taillé  dans  le 
rocher  et  représentant  les  trois  matrones  a  été  remar(pu';e 
et  rétablie  (^).  Au  château  de  Erandenburg,  près  Vianden 
encore,  dans  la  tour  de  l'église,  s'est  trouvé  encastré  un 
relief  antique  et  dans  une  x><>!^ition  renversée,  intention- 
nellement sans  doute,  car  le  même  fait  est  constaté  à 
Vichten,  près  des  forges  romaines  ;  et  ce  n'est  pas  autre- 
ment qu'on  trouva  sous  le  chœur  en  réparation,  de  l'église 
ile  Leutlingen,  un  autel  payen,  renversé  aussi. 

On  a  fait  diverses  découvertes  à  Hol/thuni,  vers  la 
source  de  la  Schlinder,  et  à  Schlindermanderscheid  même, 
mais  les  plus  importantes  ont  été  relevées  à  Michelau,  où 
la  vallée  de  la  Wilz  s'élargit  partiellement  et  elles  ont 
été  bien  expliquées  (■*). 

A  parcourir  le  pays  et  à  s'enquérir,  on  voit  se  confirmoi-, 
au  Nord  comme  au  Sud,  les  termes  d'un  des  rapports  du 
conservateur  de  l'Institut  de  Luxembourg  :  «  Cette  période 
belgo-romaine   est    pour    l'archéologue    luxembourgeois. 


Cj  Au  lieideuberg,  à  proximité  d'iuie  voie  romaine.  \.  Publicn- 
tions,  etc.,  t.  IX,  p.  i45  (article  de  M.  Namlk». 

(-)  Par  K.  Arexdt,  arcliiteote  honoraire  du  gouvernement 
grand-ducal,  qui  a  rendu  de  grands  services  à  la  science  arcliéo- 
logique. 

(2)  Par  le  même. 

(*)Par  .1.  Engling. 


1212 


Scius  coiilrcMlii,  la  luiiic  la  plus  lécoiidc  cl  [xxir  ainsi  dire, 
iii('puisal)lo.  Il  n'y  a  ^iicrc  de  loi-aliU',  grande  on  pcliic, 
(|ui  n'ait  dans  le-;  cmirons  des  restes  de  snbsti-nelioiis 
romaines,  de  l'ortifications  ondes  cimetières;  partout  on 
trouve  des  débris,  monnaies,  urnes,  vases,  des  ustensiles 
de  tout  genre.  » 

Ce  (|ue  l'on  sait  du  territoire  des  eantons  de  Clervaux  et 
de  Wilz  n'est  ])as  de  nature  à  inl'iriner  ces  conclusions, 
bien  que  roceupation  se  soit  faite  plus  rai'e  dans  ces 
vallées  resserrées  et  moins  hospitalières.  La  cluipelle,  très 
iré(|uentée,  de  S.  Pirmin,  près  Esch-le-Trou,  a,  croit-on, 
remplacé  un  anticjue  siège  religieux,  et  c'est  ainsi  qu'un 
temple  chrétien  a  remplacé  un  autel  des  Lares  compitalea 
à  Breid\\eiler. 

Près  de  Nieder\van)pach  se  dressent  plusieurs  tumuli 
dont  cinq  très  rapprochés  ;  trois  autres  se  rencontrent  à 
distance  dans  la  bruyère.  Au  sommet  du  bois  d'Asselborn 
s'ouvre  un  puits  très  profond  dont  le  creusement  est 
attribué  aux  Ronuiins.  A  AVeicherdange  sous  Clervaux,  il 
y  eut  une  villa:  à  Wilverdange,  près  Bas-Bellaiu,  on  a 
trouvé,  en  i834 ,  des  urnes  en  verre  de  couleur,  et  la 
localité  Ijien  connue  de  Trois-Vierges,  VUllUnga.  des  docu- 
ments, comme  Ilachivillc  à  l'P^st,  nous  offre  encore 
l'exemple  d'un  culte  superposé;  c'est  ici  celui  des  trois 
Maries  remi)laçant  les  trois  îMatroues  ou  les  trois  Xornes. 
Sans  qu'on  puisse  en  indiquer  le  point  exact  dans  l'endroit 
même,  la  tradition  dévotionelle  n'est  pas  encore  perdue. 

Nous  sommes  là  transportés  à  la  pointe  septentrionale 
du  Grand-Duché,  entre  Ouren  dans  l'Eifel  et  Limerlè  en 
Belgicfue,  et  sur  des  sommets  de  600  mètres  d'altitude,  de 
700  mètres  bientôt  :  baraque  Grember,  baraques  Dupont  et 
Dumont,  puis  la  baraque  de  Fraiture  d'un  côté,  la  baraque 
Michel  de  l'autre,  habitations  isolées  dans  la  région  déser- 
tique, et  dont  les  habitants,  au  moins,  ne  renient  pas  leur 
indigénat.  Or,  les  Tîomains  les  ont  ])récédés  là  même,  car 


-    2l3    - 

pour  lie  i);irlt'r  ici  (]ii('  du  Nord  <;raiid-du(Ml,  les  traces 
de  la  griiude  voie  consulaire  se  relrouveiiL  ù  llocli-Eess- 
lingcu,  l'aucieii  Belsonucuni,  ])()iu(  iuiportunt.  C'est  de  là 
à  Bastogne,  toujours  au  dessus  des  vallées,  ({ue  dans  cet 
ancien  pays  des  Seg'iii,  se  l'ont  aujourd'hui  les  trouvailles. 
Le  chemin  civilisateur,  le  transardennais  comme  on  peut 
rai)i)eler,  assurait  par  les  grandes  hauteurs  les  commu- 
nications entre  Reims  et  (yologne,  et  c'est  ainsi,  comme 
nous  le  disions,  (j^ue  la  roman isation  du  massif  forestier  a 
commencé,  par  les  bords. 

D'autie  part,  Belsonaciim ,  une  fois  de  plus,  nous 
ramène  à  la  catégorie  des  plus  anciens  noms  du  pays,  car 
aujourd'hui  l'on  s'accorde  pour  regarder  comme  provenant 
des  Celtes,  notamment,  la  désinence  aciun,  aciis,  qui  équi- 
vaut à  la  flexion  anus  des  Latins.  A  Belsonaciim  cité  par 
Grégoire  de  Tours  (année  585)  s'ajoutent  d'autres  noms  (*) 
de  lieux  intéressant  les  origines  de  notre  pays  monta- 
gneux, comme  Ledernaciun  (document  de  l'an  666),  Lier- 
neux  ;  Uriaciun  (646)  Orgeo  ;  Urtaciiin  (888)  Ortho  ; 
Saltiacus  riuiis  (1094)  Sensenruth  ;  Frnsciaciun  (viii'-' 
siècle)  localité  qui  a  disparu,  près  Paliseul  ;  Glaniaciiin 
(8i4)  village  détruit,  entre  Vielsalm  et  Eovigny.  La  gueri-e, 
l'incendie,  une  épidémie  a  en  effet  causé  parfois  l'abandon 
sans  retour  d'un  siège  d'habitation  commune. 

11  est  encore  des  noms  d'autre  désinence,  qui  comme 
Anianintn  (636)  Amay  ou  Ania  en  wallon  ;  Arbonc  (xii'" 
siècle)  près  ili\y,  Thier  de  Nierbonne,  sont  rangés  parmi 
les  vocables  celtiques  :  Andethenna  (xii''  siècle)  Andenne  ; 


(0  Nous  les  trouvons  indiqués  par  G.  KiUTir,  dans  son  riche 
répertoire,  où  la  to])onyniie  devient  une  histoire  soutenue  :  La 
Frontière  linguistique  en  Belgique  et  dans  le  Xord  de  la  France 
(Mémoires  couronnés  et  autres  mémoires  publiés  par  l'Académie 
royale  de  Belgique,  t.  XL VIII),  vol.  I.  pp.  47i  et  suivantes,  4(^4 
et  suite. 

—  Toponymie  belgo-romaine.  Ibid.,  Chap.  I\',  pp.  474  et  suivantes. 

14 


—    214    ~ 

(Cf.  Andethanna,  Anwen  près  Luxembourg);  Andaginiun 
(720)  St-IIubert  ;  Anglidiira  (84")  Aiigleur  ;  Astanetuni 
(827,  814)  Staveux,  Esueux,  Asscnois;  CasecongiduniiH 
(648)  Cugnoii;  Chambo  (62G)  Graiidlian  ou  Petitlian  :  Cha- 
ranco  [QQQ)  C lierai  11  ;  Vertiiniim  (1180)  Virtou. 

Tous  ces  vocables  celtiques,  qui  ont  traversé  la  période 
romaine,  sont  à  ajouter  aux  noms  de  nos  rivières  arden- 
naises  (^),  et,  avec  tous  ceux  qu'on  relève  si  nombreux 
dans  l'ensemble  des  pays  composant  la  Belg-iqiie,  ils 
caractérisent  nos  anciens  habitants  et  l'aire  de  leur 
expansion  :  les  Celtes  ont  habité  dans  tout  le  Nord  de  la 
Gaule  (-). 

Quant  à  la  topon^-mie  belgo-romainc,  cette  étude,  basée 
sur  l'analyse  philologique  des  noms  de  lieux  provenant 
des  documents,  concourt  avec  les  recherches  archéolo- 
giques faites  sur  le  terrain,  pour  démontrer  la  puissance 
effective  de  la  civilisation  romaine. 
L  Eifel.  Quittant  la  ^Moselle,  le  voj^ageur  qui  traverse  aujour- 
d'hui les  solitudes  de  l'Eifel  (^),  Schnee-Eifel,  comme 
disent  les  vignerons  de  la  vallée  de  l'Ahr,  voit  non  sans 


(^)  On  peut  (voy.  ibid.,  pp.  439  et  suiv.)  leur  adjoindre  ici  les  sui- 
vants de  la  catégorie  préromaine  :  Anduina,  r.  de  St-Hubert  ;  Aura, 
Y.  d'Orval  ;  Baina,  v.  de  Bende;  Flona,  r.  de  Flône  ;  Glani.s,  aujour- 
d'iiui  la  Sahn  ;  Jecora,  le  Geer  ;  Legia  ;  Solcio,  une  source  du  IIovoux  ; 
Tailcrnion,  le  Targnon  ;  Virvinus,  le  Viroin. 

(2)  Ces  renseignements  avec  ceux  que  présentent  nos  pages 
87,  88,  91,  92,  III,  171  et  suiv..  font  suite  au  clia])itre  de  notre  étude 
intitulé  Ethnographie,  pp.  21-32. 

(3j  F.  IIettxer,  Ziir  Kultiir  von  Germanicn  mid  (iallhi  Belgica, 
Westdeutsclie  Zeilschrift,  II,  i883,  pp.  1-27;  deux  articles  de  Reoue  : 
liùmisclies  ans  Trier  nnd  der  Eifel,  Kolnischc  Zeitnng^  ^^\fK  u"  1009; 
iiddem,  Die  Knltnr  der  rômischen  Rheinlande,  ifloi,  n"  14.  —  Bonner 
Jahrbiïclier,  passim.,  divers  articles  sur  les  villas  rhénanes.  Quant 
aux  Belges  de  Metz,  dont  le  territoire  ne  rentre  ])as  dans  noti-e 
suj<;t,  on  peut  consulter  le  travail  de  Keune  :  Metz  in  rôniiaclter  Zeit. 


—    2l!)    — 

étoiini'inciil  s'(''lc\('r  les  ruines  (riiiicicns  l'iistcls.  Lu  vie 
leodali'  a  donc,  et  très  uncicniicinciil,  régné  dans  ces 
déserts  aujourd'hui  voués  à  la  pauvreté?  Api'ès  la  conquête 
franque,  des  chefs,  petits  ou  grands,  les  guerriers,  leurs 
familles,  n'ont  fait  (|ue  rcin])]acei'  d'autres  habitants  sur 
des  sièges  dès  longtemps  préparés,  au  niilicni  d(;  grands 
latifundia  cultivés  par  des  colons;  et  dans  ce  paj^s,  encore 
assez  abandonné  pour  qu'on  ne  croie  pas  tout  d'abord  à  son 
antique  histoire,  l'économie  rurale  a  été  florissante  au 
temps  des  Bolgo-romains.  C'est  à  ce  point  qu'on  a  déjà 
reconnu  de  nos  jours  les  restes  d'environ  quatre-vingts 
établissements  :  on  relève  des  stations  romaines  là  où  ne 
croissent  plus  aujonrd'hui  que  le  genévrier  et  les  genêts, 
où  pâturent  librement  en  plein  bois  les  c<  bêtes  i-ouges  »  du 
pays. 

La  civilisation  de  l'Eifel,  après  la  conquête  romaine, 
appartient  à  l'histoire  de  l'Ardenne.  Elle  commença  très 
tôt  à  produire  ses  effets,  et  fut  due  tout  d'abord  à  deux 
causes,  la  construction  d'une  i-oute  militaire  vers  laquelle 
convergèrent  des  diverticules,  et  celui  d'une  distribution 
d'eau  qui ,  étendant  ses  ramifications  dans  les  hautes 
vallées,  approvisionna  les  camps  du  Rhin. 

Huit  grand'routes  partant  de  Trêves  faisaient  de  cette 
ville  un  centre  des  plus  importants  :  l'une  d'elles,  de 
ce  pont  sur  la  Moselle,  dont  les  anciennes  bases  subsistent 
encore,  se  dirigeait  en  une  ligne  droite  de  147  kilomètres 
vers  Cologne,  et  elle  est  de  celles  qui  datent  de  l'orga- 
nisation matérielle  de  l'Occident  établie  par  Auguste  et 
Agrippa  (').  Le  coffre  de  la  voie,  large  et  solidement  établi 
à  l'aide  des  matériaux  variés  fournis  par  la  région,  avait 
une  hauteur  allant  d'un  à  trois  mètres  et  il  était  pourvu  de 


(')  AsBACH,  Ziir  Geschichte  iind  Kullur  dev  rôminchen  liheinlumîe, 
p.  22,  Heerstrasse  iind  Wasserleitiwg  in  der  Eifel. 


2l6 


chaque  côté  <riine  bordure  élevée  de  So  à  40  centimètres, 
comme  aussi  d'un  l'ossé  d'un  mètre  en  largeur  et  en 
profondeur.  Cette  voie  militaire  passait  à  Bitburg,  ou 
Bedii,  viens  pourvu  d'un  castelliim  dont  les  fondements 
furent  utilisés  pour  les  murs  relevés  au  moyen-âge  :  l'an- 
cien castel  défendait  avec  la  route,  la  bourgade  des  Béta- 
siens,  sise  au  milieu  d'une  contrée  qui  approvisionnait 
Trêves  en  céréales. 

Au  Nord,  dans  les  bois  de  la  Kyll,  on  voit  encore 
la  route  s'élever,  comme  une  digue,  sur  une  grande 
étendue.  Elle  x>asse  à  Biideslieim,  et  reste  particulière- 
ment reconnaissable  sur  la  hauteur  à  l'Ouest  du  mont 
Apert,  lequel  servit  à  l'établissement  —  entre  Priim 
et  Gerolstein  —  d'un  poste-signal  :  de  là,  en  effet,  on 
jouit  d'une  vue  des  plus  étendues  sur  l'Eifel. 

Au  Nord-Est  du  pays  des  Cariisii  (Priim) ,  près  de 
la  gare  d'aujourd'hui  à  Jiinkerath,  la  localité,  qui  s'appe- 
lait Icorigiiim,  fut  pourvue  au  temps  de  Constantin  d'une 
fortification  routière  suffisante  pour  une  cohorte  et  dont 
les  restes  subsistent  encore.  Suivant  la  ligne  de  faîte 
'  des  bassins  de  la  Moselle,  des  affluents  du  Rhin  et  de  la 
Meuse,  la  voie  dominatrice  se  continuait  par  Marcomagiis, 
]('  viens  Supenornni  et,  par  la  station  Belgiea,  atteignait 
les  bords  du  Rhin  à  Wesseling,  pour  arriver,  en  les  sui- 
vant, à  Colonia. 

Très  nombreuses  sont  les  localités  intermédiaires  où 
on  relève  cette  l'oute  fréquentée,  dont  on  comprend  l'in- 
fluence sur  toute  cette  partie  de  l'Ardenne. 

Il  est  aisé  de  les  retrouver  sur  la  carte  en  suivant 
la  direction  indiquée  de  la  grande  voie. 

Peu  après,  légionnaires  et  indigènes  s'enqdoyèrent  à 
effectuer  le  plus  grand  travail  de  combinaisons  qu'exécu- 
tèrent en  deçà  des  rives  du  Rhin,  les  Romains  qui  depuis 
des  siè'cles  connaissaient  (;t  praliciiiaiciit  l'art  d'amener  les 


—    217    - 

eaux  vives  an  point  utile.  C'était  une  liabitude  nationale. 
Ils  eurent  vite  fait  de  voii'  quelles  ressources  en  bois  et  en 
eaux  courantes,  l'ancienne  Eflia  ou  pays  des  sources,  leur 
])r(''sentait .  Xi  coui-s  d'eau  rcncoul  rt',  ni  vallée,  ni  montagne 
on  distance  n'arrêtèrent  leurs  techniciens.  La  première 
source  et  le  plus  haut  niveau  du  canal  furent  à  Metters- 
lieini  ('),  à  une  lieue  de  Blankenlieiiu  ;  de  ce  «  puits  vert», 
il  recueille  à  Rickerfiihr  les  eaux  des  «  Sept  sources  », 
comme  aussi  un  nouveau  contingent  d'eau  calcareuse  et 
pure,  venant  de  Drciniiililen  ])ai-  un  canal  secondaire  de 
2.3oo  mètres  de  longueur.  Un  viaduc  le  conduit  sur 
d'autres  hauteurs  et,  avant  de  passer  à  Eurgfei,  il  se 
trouve  encore  à  3i3  nièti-es  au-dessus  du  ui\  eau  ;  il  dépasse 
la  contrée  voisine  de  Belgica,  traverse  le  ruisseau  dit 
Swistbach  et,  dirigé  vers  le  Xord-Ouest,  arrive  à  Walber- 
burg  près  de  Briihl.  Par  des  embranchements,  il  conduisait 
ses  eaux  de  Hermi'illieini  à  Bonn,  à  Xeuss,  à  Cologne,  va\ 
hauteur  et  sur  des  arceaux  dans  la  plaine,  par  des  conduites 
souterraines  avec  piliers  intérieurs  dans  le  Haut-Pays. 
Comme  pour  la  route,  les  matériaux  em])loyés  diffèrent 
suivant  la  région,  mais  l'ensemlde  est  d'une  égale  solidité, 
surtout  le  fond  et  la  couverture.  Suivant  la  distance  et  le 
volume  des  eaux  recueillies,  l'intérieur  de  la  conduite 
mesure  de  o™5o  à  plus  d'un  mètre.  A  des  distances  calcu- 
lées, des  ouvertures  ou  piitei  furent  pratiquées  dont  les 
parois  sortaient  du  sol  ;  c'était  pour  l'aération  et  l'usage. 
Ainsi  multipliant  les  efforts  de  la  main-d'œuvre  dans  le 
pays,  les  Romains,  dès  leur  prise  de  possession,  avaient, 
peut-on  dire,  remiu'  la  terre  et  régi  les  eaux  dans  tout 
l'Eifel  ;  et  quant  à  ce  deniier  ouvrage  du  diable  ou 
Diivelsoder,  comme  disent  les  habitants,  il  fut  détruit  par 
les  Francs,  qui  ne  surent  ]ias  s'en  servir. 


(h  Asi{.\(  H.  op.  cit.,  i>.  i>4.  Les  observations  des  iiifjféiueurs  alleiiuinds 
sont  soigueusement  recueillies  et  rapidement  exposées. 


2l8 


Une  grande  voie  militaire  comme  celle  dont  nous  avons 
fait  mention  tout  d'abord,  constitue  toujours  un  appel 
puissant  adressé  à  une  population  qui  cherche  à  se  grouper. 
Les  recherches  archéologiques  montrent  à  quel  point  le 
sol  de  l'Eifel  subit  l'effet  de  la  domination  romaine. 

Au  Sud,  à  Bitburg  même,  comme  dans  le  Krcis  ou 
district  de  Bitburg,  les  trouvailles  (')  ont  été  particulière- 
ment nombreuses  :  ici  la  statuette  mutilée  d'un  Jupiter 
assis,  de  même  une  Fortiina,  là  une  tablette  votive  inscrite 
des  deux  côtés  (-),  dédiée  à  A  polio  Grannus,  le  dieu  celto- 
romain  de  la  lumière  brillante,  en  même  tenq)s  qu'à  Sirona, 
la  déesse  de  la  fertilité  et  de  la  santé  ;  elle  fut  trouvée  près 
d'une  source.  En  outre,  de  nombreux  fragments  ouvrés 
ont  été  relevés  à  Bitburg  (^). 

Dans  le  cercle  de  ce  nom,  Idenheini  a  fourni,  avec  un 
Jupiter  assis,  la  dédicace  W  d'un  temple  à  Mercure,  double 
construction  pourvue  d'un  tribunal  surélevé  par  des 
gradins. 

A  Kylburgsweiler  (^)  est  sorti  du  sol  le  corps  mutilé  d'une 
Diane  en  tuni(j[ue  désignée  par  son  carquois  ;  c'est,  nous 
l'avons  vu,  la  déesse  ardennaisc  entre  toutes.  Sous  le 
chœur  roman  de  l'église  de  Messerich  on  a  découvert 
une  pierre  de  sable  jaune  à  deux  faces  représentant  dans 
une    niche   grossièrement  entaillée,   d'un   coté   Cérès,    de 


('j  Musée  de  Trêves.  L'étude  des  iuscrii)tious  de  la  Cirilas  Trc- 
virorum  a  dans  cette  ville  s])écialenieut  contribué  à  la  ])réi)aration 
du  tome  XIII  du  Corpus  i/iKcrij>tionuin  Itttiiiiinim,  que  voici  mainte 
nant  publié. 

(-J  In  li(onorein)  d(omiis)  dfininae)  Ai)nni[ni  Graïuw]  et  Sironae. 
La  suite,  contenant  le  nom  du  dédicant  était  sur  l'autre  face.  — 
N"  4^S  du  catalogue  du  musée  lapidaire  dressé  i)ar  F.  Hettxer. 

—  V.  plus  haut  :  DIVINITÉS  ;  ces  détails  se  comi)létent. 

(3j  Ibid.,  N's  4!)5,  5(ji,  592. 

(■')  Ibid.,  X"  (>-.  Dca  Mcrciin'o  suri niiiij.  Saiiliis  XoniidcJii  filfins) 
aedes  dnas  cum  suis  ornuiDentis  et  Irlburnu  (tribunal  r.  s.  l.  ni. 

(Sj  Ibid.,  N^Si. 


—    219    — 

raiid'c  TTerciilc.  On  remiirqnera  lo  caractère  classique 
(le  CCS  i)ctits  inoninnents  élevés  sous  l'inspiration  de 
la  vie  romaine  régnant  dans  les  camps  du  Rhin .  A 
Naltcnlicim  cntr'autres  restes,  on  a  lr(»ii\(''  nnc  piciTC 
milliaire  élevée  sur  la  route  de  Trèx'es  à  Cologne  sous  le 
règne  d'Hadrien  (').  Une  inscription  analogue,  défectueuse, 
s'est  également  rencontrée  qui  daterait  de  l'an  189  du 
règne  d'Anton  in  le  pieux. 

A  l'Est, dans  la  circonscription (-)  de  Wittlicli  qui  s'étend 
entre  la  Kyll  et  la  Lieser  provenant  du  pays  des  Mar  ou 
lacs  volcaniques,  près  de  Bertrich,  on  a  relevé  cette 
inscription  que  nous  avons  mentionnée  au  sujet  de  la 
mythologie  topique,  des  déités  Vcrcaiia,  et  Mediina  nym- 
phes des  sources  salutaires  (^).  C'est  non  loin  de  là  qu'a  été 
exhumé  un  groupe  en  marbre-albâtre  de  Diane  chasse- 
resse avec  ses  deux  lévriers  (^).  L'œuvre  est  plutôt  mé- 
diocre; mais  elle  témoigne  que  là,  comme  partout,  se 
rencontre  la  déesse  de  la  chasse. 

Le  touriste  connaît  ces  lacs  d'eau  bleue  qui  s'étendent 
comme  en  une  coupe  dans  le  creux  de  quelqu'ancien  cra- 
tère ;  le  pays  est  désert,  surtout  dans  ces  parages  de  Daun  ; 
là  le  Mosenberg  élève  son  sommet  dénudé  où  plus  rien  ne 


(')  Ibid.,  N"  f)  ;  Ini\pferatori)]  [Cae]s(ariJ  diin  Traja[ni  P]artluci 
fili(o)  d\ivi]  Xeruae  n[ep]oti  Trajafnjo  Hadriano  Aiig(iisto)  pontif(ici) 
max(imo)  trfibiinicia  )  potest(ateJ  V  co(n)ti(uli)  III  p(atri)  p(atriae)  a 
col(oniii)  Aug(iista)  inil(lia  passuum)  XXII. 

('-)  Le  relevé  par  cercles  permet  aisément  de  suivre  sur  la  carte  le 
travail  arcliéologi(iue  et  de  comprendre  l'importance  de  l'extension 
romaine.  On  i)eut  consulter  sjjécialemcnt  les  cartes  de  VEifelfiihrer 
(Trier,  Stephanus,  1890)  publié  par  Vlufelnerein.  La  grande  carte 
de  W.  LiEBEXow  est  particulièrement  complète. 

(3;  De(abus)  Vercaiie  et  Mediuie  L(uchis)  Tfilius/)  Acc(e)piiis  u.  s. 
l.  m.  —  F.  IlKTTNER.  ibid.,  n"  iii  ;  l'original  est  à  Sigmaringen. 

{■^)  Ibid.,  noG5^.  Reproduction  en  plâtre;  l'original  de  ce  groupe 
appartient  au  prince  de  IloUenzollern. 


—    220    — 

végète  si  ce  n'est  le  conrt  cliardoii  sortant  d'iin  rare  gazon  : 
or,  dans  ce  cercle  de  Dann,  au  Nord  de  Bitbnrg,  les 
Romains  ont  laissé  des  traces  non  seulement  de  leur  pas- 
sage, mais  do  Icui"  prise  de  possession  et  de  leur  séjour 
p(;rmanent  ;  sous  rinfluence  de  la  Iréquentation  de  la 
grand'route  ci-dessus  mentionnée,  des  monuments  grands 
et  petits  se  sont  élevés  prés  de  l'ancien  E^origiiiin  (Jilnke- 
ratli).  Des  fragments  de  toute  sorte,  chapiteaux,  débris  de 
colonnes,  de  monuments  funéraires  (!'),  nous  retenons  [)our 
mémoire  ce  bas-relief  curieux,  partagé  en  deux  tableaux  : 
un  cisiiim  ou  voiture  rapide  à  deux  roues,  un  voyageur  et 
le  cocher;  en  dessous  un  bateau  à  voile  carrée,  avec  deux 
nautes  :  c'est  le  voyage  par  deux  voies.  IMus  loin,  près 
de  Gerolstein,  on  a  découvert  la  tablette  votive  qui  nous  a 
révélé  la  déité  Cniva  (-),  autrement  inconnue  et  qui  est 
d'origine  celtique.  L'inscription  fait  mention  d'un  temple 
que  M.  yictorius  lui  élève,  laissant  de  plus  pour  l'entretien 
une  somme  qu'on  peut  évaluer  à  25,ooo  francs.  I.a  date 
indiquée  par  les  consulats  est  l'an  124  après  J.-C. 

Au  Nord  comme  au  Midi  de  l'Eifel,  le  culte  s'est 
répandu  des  divinités  classiques,  celtiques  aussi  par  voie 
d'adjonction.  C'est  ainsi  que,  toujoui's  en  remontant  dans 
les  bois,  dans  le  Cercle  de  rriim,  à  Miirlenbacli,  est  sorti 
de  terre  le  dieu  inconnu  Caprio  associé  aux  honneurs 
rendus   à   la  maison  impériale  (^J  ;  à  Winringen  (^j,  on  a 


(')  Ibiil.,  34,  23-2,  24;>-245,  aSo,  2O8-273,  '2-(î,  3o3,  009,  "Gi,  176. 

("')  Caivae  deae  aedent  omni  sua  impensa  donavit  Mfarcii.s  1  Viclovius 
PoUentiiifiis  )  et  ob  jjcrjwluaiii  tiilelam  ejiisd(eiii)  aedis  dédit  (sester- 
tinm)n(uininum)  cfentntn  luillia  ).lJedicatiim  (ante  diein  )  tertiiim  Xonfas) 
()ct(obresJ  Glabrioiw  et  Torquato  cofnsidibns)  n.  s.  l.  m.  —  Ibid.. 
11"  112;  trouvé  à  Pelm  près  Gerolstein. 

(•■')  Ibid.,  noii3:  «  In  h(onorem)  dfomus)  dfininae).  Den  Caprion\i\ 
Teddiatius  Prinuis . 

(')  Ibid  ,  nos  5(j_  joy^  ^y-^ 


—    221    — 

trouvé  la  tête  d'une  Minerve  de  grandeur  naturelle,  telle 
petite  tète  humaine,  une  autre  de  lévrier,  et  la  statuette 
mutilée  d'un  jeune  dieu. 

A  Alirweiler,  non  loin  de  lîlaukeiiheini  et  des  soui'ees 
de  la  grande  canalisation,  il  s'est  rencontré,  servant  à  la 
cuve  baptismale,  nue  base  dédiée  à  quatre  divinités  : 
Jupiter,  Minerve,  Hercule,  Cérès  ;  l'inseï  iption  est  nue 
dédicace  à  Jupiter  (').  Là  encore  le  christianisme  a  l'ait 
servir  à  son  triomi)he  tel  monument  payen  ;  dans  certaiiuîs 
constructions  il  l'a  même  fait,  nous  l'avons  dit,  en  i)laçant 
visiblement  le  petit  monument  S(;ns  dessus  dessous. 

A  priori,  on  devait  bien  supposer  que  l'Eifel,  situé  entre 
Trêves  et  Cologne,  avait  forcément  subi  l'influence 
romaine.  Dans  quelle  mesure,  suivant  quelle  extension, 
on  n'a  pu  en  jnger,  au  défaut  des  textes,  que  par  les 
recherches  archéologicpu's;  elles  ont  démontré  plus  qu'une 
traversée  :  une  occupation  permanente,  et  c'est  là  un  fait 
qu'il  importait  de  relever  encore  dans  l'histoire  de  l'Ar- 
denne  proprement  dite,  dont  l'Eifel  constitue  une  partie 
notable. 

Sans  doute,  il  faut  laisser  aux  archéologues  et  aux 
épigraphistes  allemands  l'exploration  des  environs  immé- 
diats de  Trêves,  du  terrain  historique  de  la  Trévirie  du 
Sud.  C'est  là  un  sujet  d'une  importance  particulière  qui 
dépasse  nos  limites  locales  ;  il  n'a  d'ailleurs  pas  manqué 
de  provoquer  depuis  longtemps  une  suite  d'études  (-)  con- 
stituant, pour  employer  le  mot  allemand,  toute  une  «  litté- 
rature );  belgo-riunaine.  Nous  n'avons  à  lui  demander  ici 
(pie  des  renseignements  complémentaires  sur  les  villas 
connues,   plus  rares  dans  le  Nord,  nombreuses  dans  les 


(1)  Hettner,  o;j.  c/7.,  n"  aG  :  /.   O.  M.  L.  J'isinius  Celsus. 
(•)  V.  notamment  le   Catalogue  aUemtnul  du   Musée  lapidaire  île 
Tréoes,  p.  292. 


régions  du  Sud  ;  ils  complètent  ceux  que  nous  livrent 
les  fouilles  faites  sur  le  sol  de  la  Belgique  d'aujourd'hui. 

A  Trêves,  la  ville  moderne  s'étant  principalement  super- 
posée à  l'ancienne,  ce  n'est  qu'exceptionnellement  qu'on  y 
peut  recueillir  des  renseignements  sur  des  habitations 
particulières.  On  cherche  dans  les  campagnes;  on  n'y 
retrouve  plus,  naturellement,  les  demeures  du  pauvre, 
l'habitation  primitive,  une  hutte  ronde,  qui  persista  long- 
temps. 11  en  est  cependant,  au  musée  de  Metz,  une  repré- 
sentation :  la  déesse  locale  Xantosvelta  porte  cette  hutte 
sur  la  main. 

Mais  les  établissements  des  grands  propriétaires  ont 
laissé  dans  le  sol  leurs  fondations  et  leurs  débris.  Le  siège 
de  l'exploitation  rurale  étend  en  un  vaste  carré  ses  bâti- 
ments successivement  élevés  ou  modifiés  au  fur  et  à 
mesure  des  besoins  ;  au  centre,  une  vaste  cour  pavée  de 
dalles,  et  telles  quelles  d'ordinaire. 

La  dimension  de  la  cour  témoigne  de  l'importance  de 
l'établissement  :  d'une  centaine  de  mètres  dans  les  petites 
villas,  elle  occupe  jusqu'à  20  ooo  mètres  carrés,  deux 
hectares,  auprès  des  plus  grandes.  Dans  l'Eifel,  la  cour  à 
Ravensbeuern  mesure  i44  mètres,  à  Stahl  90  mètres,  à 
Bertingen  120  mètres.  Ce  sont  des  propriétés  de  moyenne 
grandeur  à  côté  de  la  célèbre  villa  de  Fliessem. 

Sur  un  côté  s'élevait  généralement  la  demeure  du  maître, 
poui'vue  de  l'hypocauste  traditionnel  et  de  bains.  Elle  est 
souvent  luxueuse,  pourvue  de  tout  ce  que  pouvait  procurer 
le  confortable  du  temps.  C'est  à  son  étendue,  au  nombre  de 
ses  pièces  chauffées,  décorées,  pavées  de  mosaïques  ou  de 
carrelages  vernis,  qu'on  reconnaît  la  i-ichesse  et  le  luxe  du 
l)ropriétaire  aussi  bien  dans  les  villas  d'exploitation 
rurale,  vrais  chefs-lieux  de  latifundia,  que  dans  les  mai- 
sons de  ])laisance,  qu'elles  fussent  des  ijavillons  de  chasse, 
séjours  d'été,  ou  sièges  de  magistrats  et  emi:)loj'és 
impoi'tants, 


—    223    — 

On  ranj^c  ])anui  les  maisons  (}v  plaisance  les  villas 
qui  i)i-()t"ilcnt  leur  toit  en  ligne  droite,  longue  parfois  de 
loo  mètres  et  plus  ;  elles  pouvaient  toujours  se  déve- 
lop2)(M-  en  s'entouranl  d'annexés  à  usage  de  remise,  grange 
ou  d'ofricines  diverses.  Ainsi  seraient  dans  l'Eifel  ') 
maisons  d'agiénient  ou  de  luxe,  les  établissements  de 
Xennig,  de  Lentersdorl",  celui  d'Oberweis  surtout  qui 
peut  servir  de  modèle  dans  ce  geni'e.  La  construction 
mesure  60  mètres  de  longueur  sur  iG  de  profondeur, 
mais  elle  a  des  ailes  enserrant  du  côté  du  Sud  une 
véranda  ;  tandis  qu'au  Nord,  un  long  corridor  sépare  de 
la  faeade  et  du  froid,  tout  l'intérieur. 

L'exposition  choisie  est  généralement  au  midi,  à  mi-côte, 
à  proximité  d'une  source,  à  défaut  de  la(|uelle  on  retîou- 
rait  à  une  canalisation. 

La  cour  des  habitations  en  ligne  droite  avait  la  forme 
d'un  enclos  extérieur,  et  quant  aux  toits,  à  une  ou  à  deux 
pentes,  ils  étaient  ici  couverts  parfois  d'ardoises  (il  en  est 
au  musée  de  Francfort),  plus  souvent  en  minces  plaques 
de  pierres  blanches,  plus  généralement  encore  en  tuiles 
plates  ou  courbées,  et  l'on  employait  le  mortier  pour  les 
bien  relier. 

Dans  la  construction,  les  angles  étaient  particulière- 
ment consolidés  :  les  murs  extérieurs  étaient  recouverts 
d'un  enduit. 

Les  principales  pièces  d'habitation  étaient  assez  vastes, 
de  16  à  20  mètres  carrés,  et  le  sol,  ordinairement,  était 
recouvert  d'un  carrelage.  Une  ou  deux  salles,  l'atrium 
d'abord,  avait  un  pavement  de  mosaïque,  et  le  mélange 
des  tesselles  blanches  et  noires,  habituel  en  Italie,  est 
remplacé  par  des  dessins  syméti'iques  composés  de  petits 
cubes  blancs  et  rouges,  verts  ou  jaunes  ])arfois,  L'enlaee- 


(1)  F.   ITettxer,  Ziir  KuUur  nnn   Germnuicii  niul  Callin   Belg-icii, 
pp.  i5-i8. 


224    — 

ment  de  demi-lunes  était  un  des  motifs  préférés.  Au  Musée 
archéologique  liégeois,  un  grand  fragment  de  mosaïque 
provenant  de  la  villa  do  Jupille  présente  ces  demi-lunes 
supportées  par  un  pied,  ce  qui  leur  donne  la  forme  conven- 
tionnelle du  pin  i)arasol  ;  dans  une  autre  do  la  même 
provenance,  les  tesselles  rouges  ne  sont  que  des  petits 
cubes  tirés  de  tuiles  découpées. 

Naturellement,  c'est  la  décoration  intérieure  qui  a  fait 
reconnaître  ces  constructions  allongées  pour  des  villas  de 
plaisance.  Mais  il  va  de  soi  aussi  cpie  toute  reconstitution 
intérieure  est  rendue  plus  que  difficile  par  l'état  des  lieux  : 
nn  bout  de  mur  d'un  pied  ou  deux  et  à  l'intérieur  un 
fouillis  d'éboulis.  Cependant,  un  examen  patient,  des  frag- 
ments caractéristiques,  la  comi>araison  de  divers  éclian- 
tillons,  n'ont  pas  laissé  de  donner  des  résultats.  Il  en 
ressort  que  la  peinture  imitait  le  marbre;  ou  que,  plus 
compliquée,  elle  séparait  la  paroi  en  plusieurs  champs  : 
de  la  plinthe  de  teinte  sombre,  partaient  des  pilastres  ou 
montants  serrés  allant  jusqu'à  la  frise  reliée  par  des  ban- 
deroles ;  il  n'y  avait  pas  que  des  dessins  symétriques  ou 
des  perspectives  architecturales,  on  rencontrait  aussi  des 
sujets  empruntés  au  règne  animal,  un  paysage  ou  des 
plantes,  des  Amours  dansant  (comme  à  Oberweis),  le  tout 
sur  un  fond  généralement  de  couleur  rouge.  Les  décora- 
teurs apportaient  d'Italie  le  genre  à  la  mode,  et  l'on  peut 
croire  que  nos  villas  du  Nord  reproduisaient  le  style  des 
établissements  ruraux  italiens  des  IP  et  III''  siècles, 
que  nous  ne  connaissons  que  par  des  imitations;  c'était 
certainement  un  sujet  importé  d'outre-monts  que  celui 
admiré  par  Ausone  et  qui  s'étalait  à  ses  yeux  sur  la  mu- 
raille, dans  l'appartement  d'un  ami  de  Trêves  :  «  l'Amour 
tourmenté  dans  les  Enfers  par  les  femmes  qu'il  avait  fait 
souffrir...  » 

A  se  re])(n"ter  loin,  ils  furent  les  bienvenus  chez  les 
Belges,  ces  gens  de  métier  qui  ap])ortaient  du  Midi  l'art 


de  composer  le  fameux  mortier  romain,  t-j-lui  de  faronnei' 
la  tuile,  les  tu,yaux  des  ai)[)areils  de  eluiulTe,  et  des  déri- 
vations d'eau,  les  tailleurs  de  ])ierre  qui  avaient  dans  la 
main  les  motifs  de  déeoratious  iiahituels  aux  iiioiiiimcnts 
votifs  ou  funérairt's,  ([iii  connaissaient  la  i'ormnie  des 
inscriptions.  Aussi  l'histoire  de  Tindusti-ic;  est-elle  inlinic- 
ment  liée  à  celle  des  monuments. 

Dans  tout  le  Haut-Pays,  le  bois  et  la  i)ierre,  bien  autre- 
ment abondants  que  vers  \c  Has-lMiin  on  la  lîasse-Meuse, 
fournissaient  sur  place  des  matériaux  de  construction. 
Aux  environs  de  Blankenlieim,  on  trouva  de  bonne  heure 
une  sorte  de  marbre,  et  au  témoignage  d'Ausone,  les  scies 
fonctionnaient  continuellement  dans  la  vallée  de  la  Ruwer, 
débitant  la  pierre  dure. 

D'autre  part,  la  découverte  de  divers  établissements  de 
potiers  à  Saneta-Barbara  (Trêves) ,  près  de  Speicher 
dans  l'Eifel  même  ou  non  loin  d'Asberg  (Asciburgiiun), 
montre  que  les  Romains  avaient  rendue  indigène  la  fabri- 
cation, d'abord  étrangère,  de  la  teri-e  dite  Sainienne,  ce 
fin  mélange  de  glaise  oxydée  par  le  minerai  de  fer  et 
glacée  d'un  rouge  vif  qui  va  jusqu'à  la  couleur  pourpre. 

Mais,  c'est  dans  l'établissement  des  salles  chauffées,  si 
nécessaires  dans  les  pays  du  Nord,  indispensables,  (|u'on 
peut  le  mieux  apprécier  les  services  rendus  par  h^s  arts 
industriels  à  la  construction.  Il  s'agit  de  l'hypocauste  et 
de  l'emploi  du  verre  0)  plus  fréquent  qu'en  Italie  nunne. 

On  appliqua  simplement  aux  habitations  privées  le  sys- 
tème de  chaufferie  en  usage  dans  les  bains  romains  pour  la 
salle  chaude  ou  tiède,  calidariiim  ou  tepiduvium.  Un  grand 
four  ou  fourneau  servi  par  l'extérieur  prodiguait  la  flamme 
et  la  chaleur  de  la  braise  aune  chambre  très  basse,  étayée 
par  des  piliers  fornu'?s  soit  de  ma(;ounerie  et  plus  générale- 

(')  F.  Hettxer,  op.  cit.,  pp  19-20. 


-    '2'26    — 

nient  de  rondelles  de  terre  euite  ;  insérés  dans  les  ninrs,  des 
tiihnli  ou  tuyaux  larges  de  8  à  i5  eentimètres,  verticaux, 
montant  des  coins  jusqn'au  l'aîte,  absorbaient  la  fumée; 
ou,  sur  les  côtés,  enfermés  horizontalement  les  uns  sur  les 
autres,  distribuaient  la  chaleur.  Pai-  dessus  le  carrelage 
de  l'appartement  immédiatement  supérieur,  au  rez-de- 
chaussée  même,  l'habitant  se  trouvait  être  dans  une  sorte 
d'étuve  dont  le  degré  de  chaleur  diminuait  à  mesure  qu'on 
s'écartait  du  centre  du  foj^er,  à  l'autre  bout  de  la  pièce  par 
exemple,  ou  bien  dans  les  pièces  adjacentes,  encore  direc- 
tement ou  indirectement  chauffées. 

Mais  tout  cela  suppose  un  appartement  clos  pour  la 
conservation  de  l'air  chaud  ;  et  éclairé,  faute  de  quoi  l'on 
se  serait  littéralement  trouvé  dans  un  four,  et  il  fait  là, 
ainsi  qu'on  dit,  aussi  noir  qu'il  y  fait  chaud.  Aussi  l'usage 
direct  de  l'hypocauste  implique-t-il  l'emploi  du  verre  à 
vitre.  On  retrouve  rarement  celui-ci  en  Italie,  pays  chaud. 
On  en  a  cependant  constaté  la  présence  à  Pompéi:  la  villa 
de  Pline  en  était  notamment  munie;  pour  les  villas  du 
Nord  l'emploi  du  verre  était  tout  naturellement  recom- 
mandé. Le  manque  de  soin  lors  des  fouilles,  la  fragilité  du 
verre,  le  pillage  et  l'exploitation  des  ruines  ont  fait  qu'on 
le  retrouve  rarement.  Il  en  est  resté  cependant  assez 
d'échantillons  divers  et  importants  pour  constater  l'usage  : 
par  exemple  dans  une  villa  près  Homburg,  dans  une  autre 
près  Wiistweiler  (Ottweiler)  ;  de  même,  on  a  relevé  une 
vitre  encore  enchâssée  dans  le  plomb,  provenant  de  la 
villa  près  AVellen  sur  la  Moselle  ;  de  Beckingen  sur  la 
Saar,  on  a  une  vitre  parfaitement  claire.  D'ailleurs  il  s'est 
trouvé  en  France  près  St-Révérien  (Nièvre),  une  vitre 
mesurant  60  x  ^o  centimètres.  Enfin,  on  fait  observer  que 
les  grands  monuments  de  Trêves  même,  pourvus  d'hj^po- 
caustes  et  percés  de  larges  baies,  ne  pouvaient  guère  sans 
le  verre,  être  utilisables.  C'est  là  de  l'induction,  à  côté  de 
preuves  certaines  ;  car  il  y  a  mieux,  et  c'est  un  fait  abso- 


huiicnl  rcinar(|iial)lr,  (jik'  la  (Iccoiivêrlt'  (riine  t'abriciuc  de 
verre  à  Cordel  (')  dans  l'Intel  :  de  très  nombreux  débris, 
une  quantité  de  réeijjients,  des  bâtons  de  verre  ron^e  et 
vert  destinés  à  enjoliver  la  faeon  ,  ont  été  mis  an  jour, 
et  le  visiteur  peut  étudiei'  la  trouvaille  dans  une  des  salles 
du  Musée  de  Trêves.  Ainsi,  des  carreaux  de  vitres  d'une 
dimension  assez  restreinte,  épais  mais  translucides,  con- 
tribuaient en  hiver  au  confort  du  Belgo-romain  en  sa 
villa  ;  on  jouissait  d'ailleurs  là,  en  été,  d'un  climat  plus 
agréable  que  celui  de  l'Italie. 

Certaines  dépendances  de  luxe  embellissaient  le  séjour 
de  grands  propriétaires  :  on  peut  citer  dans  ce  genre  le 
vivier  d'ordre  classique  retrouvé  dans  les  fossés  de  la 
vieille  Burg  féodale  de  Welsclibillig  (Cercle  de  Trêves), 
Le  bassin,  alimenté  par  deux  jets  d'eau,  a  la  forme  d'un 
rectangle  de  58  mètres  de  long  sur  près  de  i8  de  large,  et 
il  est  agrémenté  de  six  absides  formant  saillie  ;  lui-même 
était  entouré  d'une  balustrade  continue,  coupée  de 
pilastres  ;  au  dessus  de  chacun  de  ceux-ci,  un  buste  ou 
Hermès  :  on  n'en  a  pas  récolté  moins  de  69  (-),  tombés  dans 
la  forme  du  bassin.  A  calculer  les  distances  régulières,  il 
devait  s'en  trouver  112.  Ils  sont  en  calcaire  jurassique,  et 
quant  au  travail,  sa  valeur  très  différente  a  fait  penser  à 
un  maître  expérimenté  dirigeant  ses  praticiens.  Les  figures 
représentent  des  Romains,  des  Grecs  illustres  ;  et  si  cer- 
taines d'entr'elles  ont  un  caractère  purement  idéal,  il  en 
est  qu'on  peut  regarder  comme  des  portraits,  ceux  ])eut- 
être  de  la  famille  riche  qui  possédait  le  domaine  du 
Welschbillig  d'alors  ;  ils  devaient  se  trouver  dans  la  partie 


(')  A  i5  kilomètres  de  Trêves  sur  la  Kyll  ;  ou  peut  se  demauder 
si  le  nom  même  de  la  localité  ue  vieudrait  pas  de  cordella,  corde- 
lettes ou  bâtonnets  de  verre  V 

(-)  Au  Musée  provincial  de  Trêves,  et  étudiés  par  feu  le  lu'of. 
directeur  F.  Hettxer. 


-    228    — 

du  iiiilieu,  et  il  ou  est  de  différents  âges.  A  noter  surtout, 
vu  l;i  rareté  ilu  fait,  des  tètes  de  femmes  celtes  :  figure 
reposée,  d'aspeet  plastique  ;  au  cou,  le  torique  gaulois 
terminé  par  un  anneau  ou  une  petite  demi-lune  ;  les  che- 
veux, coui)és  sui'  le  front,  retombent  lisses  sur  les  épaules 
et  la  nu(pie.  On  achète  leur  photographie. 

C'est  surtout  sur  les  bords  de  la  Moselle  que  se  sont 
élevées  les  villas  de  hixe,  construites  par  les  grands  de  la 
Cour  impériale  de  Trêves.  Le  poète  Ausone,  au  iv*^  siècle, 
en  célèbre  (')  les  beautés  variées  :  de  l'une,  le  maître  du 
logis  s'est  ménagé  la  vue  sur  les  terres  et  les  bois,  l'autre 
se  cache  au  fond  d'une  anse  dans  les  prés,  telle  est  érigée 
sur  la  crête  des  rochers  ;  ici  un  iitriiim,  grande  pièce 
luxueuse,  là  une  colonnade,  et  dans  le  lointain  l'on  voit  la 
fumée  des  thermes,  des  bains  chauds.  Ce  n'est  pas  autre- 
ment qu'on  décrirait  aujourd'hui  les  caprices  architectu- 
raux des  villas  de  Spa;  aussi  le  poète  rappelle-t-il  les  villes 
de  bains  et  de  plaisance  connues  de  l'antiquité,  et  il  com- 
pare l'art  des  constructeurs  mosellans  à  celui  des  fameux 
architectes  —  ceux-ci  fussent-ils  mythologiques.  Toujours 
est-il  que  ces  villas  servirent  de  modèles  et  ceux-ci,  répétés 
dans  le  Nord  de  l'Ardenne,  y  propagèrent  la  civilisation 
du  temps,  arrivée  à  son  derniei"  période.  Tout  cela  a  dis- 
paru aussi  complètement  qu'on  voit  s'éclipser  aujourd'hui 
une  vue  photographique  lumineuse  projetée  sur  l'écran. 
J)e  temps  en  temps  cependant  on  retrouve  des  substruc- 
tions  dans  les  vignes. 

Devant  la  colline  où  s'étagent  les  maisons  de  la  petite 
ville  luxembourgeoise  de  Remich,  par  delà  la  rivière,  on  a 
mis  au  jour  le  pied  des  murs  de  la  villa  deNeunig  (-),  une  de 
celles  qu'a  pu  voir  Ausone.  Le  déblai  savamment  exécuté 
en  laisse  remarquer  le  plan  réel  et  c'est  à  notre  connais- 


(i)  Mosellu,  vv.  2();V349. 

(2)  U»ie  brochure  descriptive  se  veml  sur  les  lieux. 


-     1220    - 

sauce  le  meilleur  plan  /('/•/•/('/{  qui  existe  en  la  matière.  Ou 
remarque  une  descente  vers  quelque  souterrain,  beaucoup 
de  petits  appartements,  un  xyste  ou  jardin  intérieur 
entouré  d'une  colonnade,  une  colonne  môme  a  pu  être 
redressée  ;  ce  qu'on  admire  surtout,  c'est  la  mosaïque  de 
Yatriiun,  la  plus  belle  connue  après  celles  du  Latran  :  au 
centre,  la  musique  accompagnant  le  spectacle,  à  savoir  un 
orgue  hydraulique  et  la  trompe  ;  des  combats  de  gladia- 
teurs contre  des  fauves;  on  retrouve  môme  le  cl()^vn  de  nos 
cirques,  l'Auguste,  un  esclave  luttant  contre  un  âne 
sauvage. 

L'ensemble  des  constructions  s'étend  en  ligne  droite  sur 
un  espace  d'environ  i5o  mètres. 

Il  y  eut  toujours  des  rivières  à  la  mode  :  c'est  aujour- 
d'hui le  Rhin  ou  la  Loire,  ce  fut  jadis  la  Garonne  et  la 
Moselle.  Celle-ci  fut  plus  d'une  fois  célébrée,  Ausone  le 
dit  lui-môme  (');  si  d'autres  chants  ont  disparu,  son  idvlle 
nous  est  restée. 

Le  poète  salue  la  rivière  à  laquelle  les  Belges  doivent 
une  ville  méritant  d'ôtre  le  siège  de  l'empire  ;  promenant 
son  regard,  il  contemple  des  villas  qui  semblent  suspen- 
dues sur  les  rives,  des  coteaux  couverts  de  vignes,  les 
méandres  d'une  eau  qui  s'écoule  avec  un  discret  murmure, 
et  il  le  dit  en  vers  virgiliens  : 

Culmina  vilLiriim  pewlentibns  édita  ripis 
Et  nirides  Baccho  colles  et  amoena  fliienta 
Siihter  labentis  tacito  riimorc  Mosellae  {-). 

Miroir  de  l'onde,  assaut  de  plaisanteries  entre  bateliers 
et  passants,  caractère  des  riverains,  luttes  nautiques,  en 


(')  Mosella,  vv.  245  et  suiv.  —  Eu  même  temps  que  ce  poème,  uous 
possédous  la  courte,  mais  élégaute  description  d'un  voyage  sur  la 
Moselle,  écrite  au  vi«  siècle  par  Fortuuat,  De  navigio  siiu,  X,  <j. 
V.  plus  loin. 

(2)  Mosella,  vv.  75-i49. 


15 


—  2do  — 

bateau,  à  la  nai^e,  un  peu  de  mythologie  gracieuse,  tels 
sont  les  traits  généraux  du  tableau.  11  en  est  de  particu- 
liers. 

On  se  plaisait  à  cette  époque  aux  énumérations  qui  de 
prime  abord  semblaient  défier  les  règles  du  mètre,  qu'il 
s'agît  de  noms  de  personnes,  géographiques  ou  autres  ;  ici 
le  poète  recense  la  gent  à  écailles,  tous  nos  poissons  de 
rivière,  en  observateur,  pêcheur  peut-être,  en  gourmet 
nous  ne  savons,  car  son  ami  Symmaque  dans  une  lettre  (') 
lui  demande  non  sans  malice  où  il  a  pris  ces  bandes  de 
poissons  divers  éclos  dans  son  poème,  mais  qu'on  n'a 
jamais  vus  sur  sa  table?  Quoiqu'il  en  soit,  le  catalogue 
est  juste  (-)  et  il  ne  nous  est  pas  indifférent  de  revoir  à 
pareille  distance  un  pécheur  (^j  à  la  ligne  dans  les  attitudes 
naturelles  à  ce  sport  captivant.  Epervier  ou  traîneau,  le 
filet  n'est  d'ailleurs  pas  oublié,  et  pourquoi  ne  ferions-nous 
pas  ici  mention  de  tel  hameçon  de  l'époque  conservé  à 
Namur.en  bronze,  le  coude  bien  ouvert  et  la  pointe  acérée, 
d'assez  grande  dimension  d'ailleurs  pour  nous  donner  nue 
haute  idée  et  du  pécheur  et  du  poisson? 

Bacchns,  d'autre  part,  règne  sur  ces  collines  et  en  pré- 
sence du  gai  travail  des  vignerons  montant  et  descendant 
sur  les  côtes  couvertes  de  pampres,  Ausone  n'oublie  pas 
de  célébrer  la  vigne  (^),  devançant  tous  ceux  qui  l'ont 
chantée  sur  les  rives  germaniques.  Certes  l'illustration  est 
directe  quand  on  voit  deux  grands  reliefs  de  Neumagen 
représenter  chacun  un  bateau  chargé  de  fûts  descendant 
la  rivière  :  la  joie  qu'inspire  une  heureuse  récolte  est 
encore  peinte  dans  les  traits  des  vignei'ons  et  des  nauton- 
niers.   A   quelle  époque  remonte  l'importation  ici  de  la 


(')  Episl.  Symmachi  ad  Ausoniiim,  Mosel   édit.  C.  IIosiUS,  p.  8i. 
('-')  Mosella,  vv.  75-14;). 
(3)  Ibid.,  vv.  240-28G. 
(*)  Ibid.,  vv.  lôo-iHy. 


—    '2U     — 

vigne  roiuaiiic?  On  nu  [);is  là  dessus  de  données  i-ertiiines, 
mais  il  (;st  probable  (j^ue  le  vignoble  niosellan  date  du 
second  sièele.  Ce  qui  ne  laisse  nul  doute  sur  son  ini})or- 
laiiee,  ce  sont,  avec  le  poème  d'.Vusone,  les  grandes 
découvertes  de  Xouioinn^'iis  ou  Neumagen  ,  celles  de 
(Ji'onsdorl",  et  le  nombreux  matériel  même  qu'on  a  pu 
retrouve)'. 

L'inspiration  abandonne  notre  poète  idyllique  en  face 
de  Trêves,  et  à  la  chanson  de  la  Moselle  succède  par 
malheur  un  véritable  pathos  dans  les  termes  duquel  on 
entrevoit  la  pourpre, des  gouverneurs, des  magistratsmuni- 
cipaux,  des  rhéteurs  ;  et  si  l'histoire  n'y  gagne  rien,  le  poète 
perd  aussi  à  garder  tant  de  dignité  officielle.  11  fut  préfet 
des  Gaules. 

Attardons-nous  encore  sur  le  bord  d'une  rivière  qui  avec 
la  Sûre  coule  au  Sud  de  l'Ai'denne.  et  trace  ainsi  les 
limites  extrêmes  de  notre  itinéraire  archéologique.  Du 
vi**  siècle,  le  poète  latin  Fortunat  nous  a  laissé  une  pièce 
de  vers  (')  où  il  décrit  élégamment  à  la  manière  d'Ausone, 
le  cours  de  la  Moselle.  Il  la  composa  à  l'occasion  d'un 
voyage  de  Metz  à  Andernach,  suivant  vraisemblablement 
Childebert  (SSo-SgG)  d'Austrasie  et  sa  mère  Brunehilde. 
Fortunat  reconnait  Trêves  à  la  grandeur  de  ses  ruines,  et 
l'expression  arrive  alors  à  la  hauteur  du  sujet  {").  D'autre 
part,  fait  remarquable,  le  poète  voit  encore  fumer  les  toits 
des  villas  qu'il  rencontre.  Il  préconise  les  vignobles,  les 
moissons,  il  est  encore  sur  un  rivage  heureux,  juciinda 
ieneiis  P).  Ainsi,  au  temps  des  ducs  et  des  comtes  francs, 


(1)  De  naoigio  sno.  X,  <j. 

{-)  Dncimur   lune   fïiivio  per   culmina  prison  senalns  |  Qiw   patet 
indiciis  ipsa  ruina  potens.  Ibid.,  vv.  22,  33. 

{^)Ibid.,  vv.  17-44. 

Actuellement   le   sol    de  Trêves   est  séparé  de  celui  de  la  ville 
ancienne    par    quatre    mètres    de    décombres  en   profondeur  ;   les 


—    2Ô2    — 

tandis  que  la  ville  capitale  avait  été  ravagée  par  les  inva- 
sions, un  domaine  utile  subsistait,  le  luxe  en  moins. 
Trêves  et  la  fin.  Rappelons  que  ce  fut  à  partir  de  la  deuxième  moitié  du 
me  siècle  que  Trêves  (')  joua  un  l'ôle  prédomiuant  ;  avec 
Postume,  la  ville  devint  résidence  impériale,  et  le  séjour 
d'autres  empereurs  n'empèelia  pas  d'3'  séjourner  les  préfets 
des  Gaules,  d'Espagne  et  de  Bretagne,  administrateurs 
civils  mais  temporaires  de  nos  contrées  ('-),  et  lointains 
successeurs  des  légats  de  l'époque  classique.  Leur  influence 
est  plutôt  collective  et  elle  résulte  chez  nous  de  la  proxi- 
mité du  siège.  Dominant  le  Kliin  et  les  Champs  Décumans 
en  partie  reconquis  par  Probus,  menaçant  la  Germanie, 
enrichie  par  le  commerce  et  le  trafic  des  fournitures  faites 
à  l'armée  (^),    cité   militaire   protégée    par   une   puissante 


travaux  d'une  distribution  d'eau  ont  fait  constater  dernièrement 
que  trois  rues  modernes  seulement  étaient  superposées  aux  an- 
ciennes, gardant  à  peu  i)rès  la  même  direction. 

(')  L'étude  de  ses  antiquités  a  donné  naissance  à  toute  une  litté- 
rature historique,  où  l'on  remarque  surtout  l'action  des  directeurs 
du  Musée,  et  des  deux  périodiques  de  Trêves  et  de  Bonn,  déjà  cités. 
Une  liste  sj^éciale  est  donnée  ad  calcem  dans  le  Catalogne  du  Musée 
lapidaire  de  Trêves,  ]).  292. 

{-)  La  liste  i)résentée  par  Hontheim  [Prodromiis  hist.  Treo.,  \t\).  5i 
et  52)  est  reprise  et  vérifiée  i^ar  Roui.ez,  Magistrats  romains  de  la 
Belgique,  pp.  45-55,  dans  les  Nouveaux  mémoires  de  l'Acad.  Roy.  de 
Bruxelles,  année  i844-  Une  vingtaine  de  noms  de  préfets  sont 
connus,  mais  les  détails  biographiques  ai)i)artiennent  à  l'histoire 
générale  dé  l'Empire,  plutôt  qu'à  celle  du  pays  :  ils  intéressent  les 
Constitutions  imi)ériales  et  le  Cursus  honorum  de  l'époque. 

(3)  Les  ateliers  de  Trêves  pour  la  fabrication  des  boucliers  et  des 
balistes  sont  mentionnés  dans  la  Notice  des  Dignités,  p.  i4G,  édit. 
de  Sceck  :  (fabrica)  Triberorum  scutaria,  Trib.  balistaria  ;  de  même, 
l'atelier  de  femmes  confectionnant  les  vêtements  militaires,  p.  i5i, 
procurntor  gynecii  Triberorum  ;  celui  de  la  monnaie,  p.  i5o,  procu- 
ralor  monelae  Trib.  ;  un  autre,  établi  en  vue  de  l'incrustation  sur 
armes,  p.  i5i>,  praepositus  branbaricariorum  sive  argentariorum 
Triberorum 


—   266  — 

em-eiiitc  de  plus  d'une  lieue  de  tour  o(  ville  de  luxe  aussi 
grâce  ù  l'entourage  immédiat  des  empereurs,  Trêves 
compta  parmi  ces  villes  qui,  dès  l'atteinte  portée  à  l'unité 
romaine,  attirent  l'attention  de  l'ancien  monde,  comme 
Arles  ou  Milan.  Au  ive  siècle  sa  prépondérance  est  assurée, 
et  elle  en  livre  encore  aujourd'hui  pour  témoignage,  une 
monumentalité  d'un  caractère  extraordinaire,  palais,  basi- 
lique, thermes,  amphithéâtre,  une  porte  militaire  qui  est 
tout  aussi  bien  un  arc  de  triomphe  encore  debout  pour  la 
gloire  de  Rome.  C'onstantin  se  phit  à  l'embellir  ainsi  ;  et  il 
faut  bien  le  remarquer,  ces  œuvres  d'une  architecture  si 
puissante,  datent  d'une  époque  de  l'estauration,  l'invasion 
des  Francs  et  Alamans  ayant  dévasté  la  ville  du  m''  siècle  ; 
seuls  l'amphithéâtre  et  les  piles  du  pont  de  la  Moselle  sont 
de  l'âge  plutôt  classique. 

Parmi  les  successeurs  de  Constantin  résidant  à  Trêves, 
il  faut  compter  Valentinien  I,  qui  fut  avec  Constantin  lui- 
même  un  des  vaillants  et  utiles  défenseurs  du  Rhin  au 
ive  siècle.  Ils  refirent  du  fleuve  une  vraie  bari-ière,  et  les 
travaux  de  fortification  mirent  les  populations  à  l'abri  pen- 
dant quarante  années,  jusqu'à  la  grande  invasion  de  ^oG. 
Après  Valentinien,  (Jratien,  élève  d'Ausone,  continua  en 
faveur  de  Trêves  la  préférence  que  le  premier  lui  avait  ac- 
cordée, de  même  aussi  Magnus  Maximus.  Lorsque  Valen- 
tinien II  transféra  son  siège  à  Milan,  que  la  Préfecture 
s'établit  à  Arles,  commença  la  décadence  déclarée  de  cette 
Rome  mosellane  qui,  grandissant  jusqu'au  moment  du  péril 
suprême,  avait  en  Occident  assuré  à  l'organisation  romaine 
une  période  de  survie  :  la  chute  de  Trêves  annonce  la 
ruine  même  de  l'empire,  au  point  dangereux  de  la  fron- 
tière germanique. 

Ici  [)araissent  nécessaires,  pour  l'intelligence  de  la  fin 
d'une  histoire,  cpielques  considérations  d'ordre  adminis- 
tratif, finaïu'ier  ou  militaire. 

Ce  fut  un  fait  significatif  que  la  retraite  forcée  vers  le 


-     234  - 

Sud  de  ces  directeui'S  puissants  qui  avaient  sous  eux,  siib 
(Uspositione,  comme  le  dit  cette  sorte  d'almanacli  impérial 
qui  s'appelle  la  Notice  des  Dignités  ,  toute  une  suite 
d\) fjfîciales  ou  gens  de  bureau  savamment  liicrarchisé.->  ;  tel 
le  personnel  de  la  Préfecture  à  Trêves,  dont  la  com])o- 
sition  reste  encore  suggestive  :  chef  de  bure.iu,  greffier  et 
suppléant,  teneur  de  livres, archiviste,  comptables  et  aides, 
rédacteurs,  commis  d'ordre,  scribes,  commis  spéciaux  ''). 
L'autorité  administrative  du  [)réfet,  uu  illimtre,  passait 
à  des  vicaires, /jo/2J/ne.s  considérables,  dirigeant  un  diocèse, 
et  chaque  diocèse  comprenait  des  provinces  ;  dans  nos 
contrées  notamment  subsistaient  la  Pi-cmière- Belgique 
avec  Trêves,  la  Germanie-Inférieure  avec  Cologne  i)Our 
métropole,  provinces  administi-ées  par  des  consulaires, 
personnages  plus  haut  placés  que  les  recteurs  ou  gouver- 
neurs ordinaii'cs. 

I^'administration  ronraine  sous  cette  forme  générale, 
aclievait  de  diriger  en  vu(î  de  les  exploiter,  les  Gaules 
ruinées  ;  mais,  créée  pour  régler  la  perception,  elle  va 
dispai'aître  dans  la  détresse. 

Dès  le  temps  do  Dioclétien  et  de  Constantin,  l'assiette 
de  l'impôt  avait  été  changée,  et  de  telle  sorte  que  rien  ne 
pût  lui  échapper  :  capitation  plébéienne,  YOr-argeni  ou 
Chrysargyre  prélevé  en  monnaie  sur  le  commei'cc  et 
l'industrie,  impôt  foncier,  corvées  et  prestations  en  nature, 
impôts  sur  les  fonctionnaires  eux-mêmes  ;  tout  avoir,  toute 
situation étaitatteinte par lefisc;  il  fallait  réparer  les  pertes 
subies.  Appellations  d'un  genre  particulier,  le  chef  de  l'ad- 
ministration financière  centrale  était  le  comte  des  largesses 
sacrées  ;  de  lui  dépendait  en  Gaule  un  conq)table  général 


(')  ('  ()//iiiiiiii  l'iri  i//iis/ris  jii-!icfi'(li  jiriiclorio  (jnllinriiin  :  /irini-cjis  ; 
rnrniinl.-iriiis  .•  luJjulor  :  roiiinieiilnriciisis  ,-  ii/i  ;iclis  ,-  iiiimcriirii  ;  siih 
luljnvnc  :  cnri}  c/iislolfii-iini  :  re^-crcnihiriii^  :  cxrc/ilDri-ti  ;  mljnlnres  ; 
siinriilarii.  u  .Vo////,-/  DiLinilulnm,  éd.  Seek,  ]».  ti;>. 


—  2.35  — 

et  (le  celui-ci  les  préposés  au  trésor,  dont  les  perce[)teurs 
procédaient  aux  exactions  'j  ;  et  tout  prélèvement  touillait 
dans  Vnrche  de  la  Prélecture.  Sans  doute,  par  rapi)lica- 
tion  d'un  système  savant,  qui  a  d'ailleurs  fait  école,  on 
n'avait  pas  entendu  ruiner  la  Gaule  pas  jîlus  que  d'autres 
provinces  :  le  sol  était  ici  des  plus  riches  encîore,  puisqu'il 
servit  ultérieurement  de  fonds  à  l'établissement  d'une 
grande  nationalité  ;  mais  toute  ressource  était  prématuré- 
ment frappée.  Suite  des  troubles  et  des  invasions,  le 
marasme  économique  régnait  et  l'on  en  tient  les  preuves  : 
plaintes  des  rhéteurs  du  temps,  disparition  des  métaux 
précieux,  pauvreté  de  la  frappe,  falsification  de  la 
monnaie,  remise  forcée  des  imjjositions,  notamment  par 
Constantin  et  Gratien.  Les  Gaules  épuisées  n'en  pou- 
vaient donc  plus  ;  les  i)rovinces  devant  se  suffire,  qui 
payerait  dès  lors  les  défenseurs  des  frontières  ? 

On  avait  imaginé  en  vue  de  simplifier  les  opérations  cm 
exactions  du  fisc  un  système  cpii  donna  des  résultats 
imprévus. 

Sans  doute,  un  état  de  })rospérité  supporte  bien  des 
erreurs  avec  leurs  conséquences  ;  mais,  sous  les  yeux  des 
Barbares,  au  milieu  de  la  détresse  générale,  dans  un  monde 
payeu  fondé  sur  l'égoïsme  et  l'omnipotence  de  l'Etat,  com- 
ment admettre  que  devant  une  administration  impitoyable, 
les  moins  malheureux  fussent  rendus  par  surcroît  soli- 
daires de  la  misère  de  tous  ?  (^ue  s'était-il  passé  ? 

Pour  assurer  l'unité  de  percepti(;n  sans  déchet  possible, 
on  distribua  le  territoire  en  portions  grandes  ou  petites 
mais   égales   en   valeur,    possédées   par   un   seul    ou   par 


(')  Conie.s  .siirj-;iriiiu  liivgiLioiinm,  Rntionalis  .sninniiiniin  Gnlliuriun, 
jjraejjosifi  tliesitiiroriim,  itrca  prefeclurae  (Nolitia). 

—  La  tablette  des  insignes  du  eoiute  des  largesses,  rei)résente  lui 
coffre-fort,  des  i)lateanx  et  des  saes  remplis  d'argent,  en  peinture. 
Voyez,  même  édition  de  la  Xolicc.  j».  i(S. 


236 


plusieurs  :  la  b;i^e  était  aiusi  non  [)Ius  le  nombre  de  jiij^ères 
possédés  par  chaeun,mais  xin  jn^'uin  commun,  bien  nommé 
si  l'on  pense  au  joug'  connu,  car  en  vue  de  la  satisfaction 
du  fisc,  il  enchaînait  certain  ensemble  de  contribuables, 
finalement  tout  l'ensemble.  Yoilà  })our  l'impôt  foncier  ; 
quant  à  la  capitation  personnelle,  elle  devenait  au  besoin 
également  collective.  Dès  lors,  cantonnés  forcément  dans 
une  corporation  officielle  dont  les  biens  étaient  retenus  et 
affectés  au  service,  les  gens  de  métier  devenaient  autant 
d'otages  professionnels,  et  travaillaient  pour  l'Etat.  Dans 
les  villes  organisées  municipalemCnt,  les  membres  de  la 
Curie,  les  décurions  ou  ciirialcs,  responsables  de  père  en 
fils  des  deniers  à  verser  par  leurs  commettants,  d'abord 
t^-rans  malgré  eux,  puis  ruinés,  ne  songeaient  plus  qu'à 
quitter  la  ville,  la  bourgade,  pour  la  cami)agne;  mais  où  et 
comment?  En  vue  de  rompre  la  chaîne  héréditaire,  ou  ils 
abandonnaient  leurs  biens,  préférant  la  liberté  ;  ou  ils 
en  venaient  à  ne  plus  contracter  d'union  légitime  ;  et 
quant  aux  corporati  ou  coUcgiali  qui  prenaient  la  fuite,  on 
lenr  donnait  la  chasse,  on  condamnait  à  toui-ner  la  meule 
les  personnes  qni  les  celaient. 

Pour  satisfaire  l'Etat,  runi(|ue  ménager  en  matière  de 
recettes  et  de  dépenses,  l'administration  avait  donc 
institué  un  socialisme  fiscal  ('),  qni  devenait  général.  Et 
l'homme  ainsi  vinculé,  prisonnier  d'autrui  dans  une  caste 
de  contribuables  où  l'on  était  solidairement  responsable, 
ne  savait  quel  moyen  inventer  pour  en  sortir  et  (juitter  le 


Cj  \'<jy.  Finck-Bkentaxo,  dans  la  licone  hebdoiuadnire,  octoljro  iroi  ; 
BOUCHARI:),  Etude  sur  Vadministrntioii  des  finnnres  de  I'eni}>ire  roiniiiu 
daus  les  derniers  temps  de  sou  existence  ;  Br.ocii,  La  Gaule  romaine 
dans  la  collcclion  citée,  ]»]).  280  et  suivantes.  —  .1.  P.  ^^'AI,TZI^■(;,  Etude 
Jiislori(jue  sur  les  corporations  professionnelles  c/icz  les  Jiomains. 
t.  II,  ])]).  i>S'5   et    suivantes  ;    3.'5()    et    suiv.  ;    Conclusions    ocmirales, 


-  237    - 

jou^\  La  violence  devenant. libératrice,  il  y  eut  liistoi'iijMe- 
inent  une  issne  :  l'invasion,  et  elle  se  fit. 

D'autre  part,  s'agit-il  de  l'année  au  iv''  siècle  i'',  il  faut 
encore  une  fois  parler  et  d'une  réforme,  et  d'un  insuccès 
fatal  :  les  événements  ont,  en  effet,  rendu  faciles  les  cri- 
tiques théoriques. 

Pour  rendre  les  légions  plus  mobiles,  on  les  affail)lit  et 
bientôt  ce  ne  furent  plus  ces  soldats  immortels,  comme  les 
api)elait  un  Grec,  à  savoir  ai)i)artenant  à  do  grandes  unités 
qui  ne  se  décomposaient  jamais.  La  dislocation  eut  pour 
effet  de  préposer  les  légionnaires  à  la  garde  du  Danube, 
couvrant  l'Orient  plus  ri(dje.  Pour  assurer  la  })aix  au 
dedans,  on  rappelle  des  troupes;  on  constitue  Vurmée 
d'escorte  accompagnant  l'empereur  ou  destinée  à  le  faire, 
les  Comitatenses  et  les  Pseudo-Comitatenses ;  mais  même 
la  fidélité  personnelle  disparaît  au  milieu  des  compétitions. 
Le  Romain,  ayant  perdu  le  goût  des  armes,  a  inventé 
Vaurinn  iironicum,  ou  le  remplacement  en  monnaie.  A  la 
frontière  l'iiénane,  les  troupes  de  couverture  sont  compo- 
sées généralement  de  soldats  étrangers,  ceux-ci  fussent-ils 
des  Lètes  teutons  ou  autres  gentils.  Les  Mattiaques,  Saliens, 
Eructères,  Eataves  (')  composent  des  Xiimeri  ou  corps  de 
troupes.  Un  nombre  de  Lètes,  les  Leli  Lagenses,  était 
notamment  établi  dans  les  environs  de  Tongres.  Des 
Barbares  vont  commander  en  chef,  et  l'armée  elle-même 
les  introduit  dans  Rome  qui  les  craint.  Fait  important, 
dont  les  conséquences  occupent  les  archéologues,  en  pré- 
sence de  l'insécurité  générale,  les  villes  isolées,  les  l)our- 


(*)  .J.  AsBACH,  travail  cité,  \^\^.  02-61  ;  AbwawUiingen  der  Grcnzarmce 
und  der  Grenzverteidigiitig  ;  les  sources  allemaïules  y  sont  iiidiciuées: 
T.  Iîi:u(iK,  Milinz  und  Vindonissn  ;  II.  DKr-BRiiCK,  Geschirlttc  der 
Krieg-kiinst  ini  Rulimen  der  j)oli(.  Geschiclite  ;  II.  Leunkr,  Aiiliiniiriim. 

(-')  Intrti  Giillias  cum  virn  illustri  magistrn  equilum  GuHiaruni  : 
Multiaci,  Salii,  Briicteri,  Batavi  (Solitia). 


—  238  — 

gades,  les  villas,  se  remparent;  alors  que  jadis  un  simple 
retraiiclicment  de  terre  avec  un  parapet  de  bois  assurait 
le  repos  à  la  légion  classique  tenant  bravement  la  cam- 
pagne, on  compli([ue  les  dispositifs  et,  en  faisant  abus  de 
la  fortification  locale,  on  prépare  le  morcellement. 

Kn  apparence,  pourtant,  les  troupes  ne  devaient  point 
faire  défaut.  La  Notice  des  Dignités  énumère  v')  avec  une 
complaisance  évidente  les  corps  d'armée,  les  Niinieri,  les 
auxiliaires  de  toutes  ces  nations,  constituant  un  état  mili- 
taire important,  s'il  ei^t  été  réel  ou  soutenu.  Mais  à  voir 
les  lésultats,  la  Xotice  n'a  enregistré  qu'un  plan  suranné, 
qui  rappellerait  assez  bien  aujourd'hui  la  Revue  fan- 
tastique des  troupes  de  Zedlit/.  Les  Gaules,  les  plus 
exposées,  auraient  dû,  avec  les  pays  associés,  compter  sur 
le  quart  de  l'armée  romaine  :  quand  Julien  arriva  à 
►Strasbourg  pour  livrer  aux  Germains  une  bataille  victo- 
rieuse, il  n'amenait  avec  lui  comme  troupes  de  renfort, 
que  treize  mille  combattants.  Le  prestige  du  nom  romain 
survivait,  mais  le  pouvoir  réel  disparaît  en  môme  temps 
que  les  quelques  hommes  d'élite  dont  l'histoire  personnelle 
occupe  le  iv*'  siècle;  et  au  milieu  du  siècle  suivant,  après 
Aétius,les  Francs  n'ont  plus  qu'à  prendre  définitivement 
possession  des  contrées  convoitées  depuis  longtemps,  et 
qui  avaient  été  l'objet  de  tant  d'entreprises. 

Un  demi-siècle  d'incursions  sur  tous  les  points  (^j  avait, 
à  la  fois,  épuisé  des  générations  de  guerriers  et  de  pilhxrds, 
et  le  pa3'S  lui-même. 


(^)  Ibid.,  Occid.  VII,  Disli-ibuliu  mimcroriiiu.  Coinine  les  Ncrvieiis 
L't  les  Sé(|uaiies,  les  Tongres,  soldats  de  la  i)reinière  heure,  conti- 
iHient  à  sei-vir  jiisquau  bout,  en  Illyrie  :  «  Intva  Illyricum  ciun  spec- 
liihili  comité  lUyrici,  sui^itlurii  Tiiiigri,  Tiingri  ». 

r-'j  \]\\i'  liste  soinniaii-e  et  chronologiiiue  des  incursions  franques 
est  présentée  par  AsiiAcii,  Znr  (ioscliichto  iind  Knltiir  des  rfimisr/ien 
liJieinliiiide,  Zeillnfel,    \)\)    (iO-GSi. 


-   239  — 

Drjà  ;i\;nit  la  fin,  KniiuMic  ('crivait  (V Aiif^iistodunuin 
ou  Autuii,  au  Sud  (le  la  Première  conuiu'  de  la  Secondo 
Belgique  :  «  Tout  le  lerraiu  (jui  était  autrefois  habitable, 
est  ein[)esté  de  marais  ou  licrissi'  de  broussailles.  A  ])ar(ir 
du  coude  que  fait  la  route  de  I>elgi(xue,  il  n'y  a  ])lus  (ju'un 
désert  inculte,  un  morne  silence.  La  voie  militaire  est  elle- 
luèiue  si  i-()cailleuse,  les  pentes  en  sont  si  raides  ([[w  des 
(diai'iots  à  moitié  pleins,  ou  même  \ide<,  peuvent  à  i)eine  y 
passer  \')  ». 

Ainsi  donc  disparut  une  ère  de  prospérité  établie  à 
la  mode  romaine,  ]nais  qui  était  sans  exemple  dans  nos 
contrées  et  dont  il  fallut  attendre  trop  longtemps  le  retour 
dans  l'isolement  et  au  milieu  des  guerres  locales. 

Comment,  malgré  le  cours  des  invasions  franques,  la 
Belgique  méridionale  et  l'Ardenne  restèrent-t-elles  ]>ays 
de  langue  romane  ? 

Les  Francs  Saliens  se  i-épandirent  du  Xord  vers  le  Sud, 
se  partageant  immédiatement  le  pays,  car  ils  cherchaient 
de  nouvelles  terres  et  visaient  à  s'emparer  des  sièges  à 
leur  portée  où  s'était  établie  l'aisance  ou  la  richesse.  La 
force  d'expansion  de  leur  i-ace  peut  se  mesurer  à  l'espace 
colonisé  par  eux  qui  se  termine  à  la  Lys  et  à  ce  i)rolon- 
genient  de  l'Ardenne  appelé  Forêt  Charbonnière  dans  les 
cités  gallo-romaines.  Sans  doute,  ils  en  percèrent  le  rideau, 
de  même  (pi'ils  franchirent  ce  long  et  mince  cordon 
(pi'était  la  route  forte  allant  de  Maestricht  à  Bavay  ;  mais 
alors  l'invasion  agraire  était  continuée  par  les  conquêtes 
royales,  ayant  un  but  politique  (-).  Au  Sud  de  la  coloni- 


(')  Pune^irici  veteres ,  i)assage  cité  par  M.  Emu,1£  Lkvassiclk  , 
Ilintoire  des  classes  oiiurières  et  de  V industrie  en  France  avant  178g. 

(-)  L'historien  (le.s  Francs,  (J.  Krinii,  dans  son  onvrage  sur  la 
Frontière  lingnisliijne,  I,  p.  53i,  t''tal:lit  »  la  différence  entre  la  con- 
quête francjue  suivie  de  la  colonisation  et  de  l'occupation  totale  du 
])a_vs  i>ar  les  concjuérants,  et  d'autre  part  la  conquête   purement 


—     24o     — 

sation  popuhiire  francpie  datant  de  la  première  heure,  tout 
le  pays  tombe  aussi  sous  la  domination  des  conquérants,  et 
néanmoins  subsistent  et  la  langue  et  les  mœurs  des  Belgo- 
romains,  pour  plusieurs  causes  :  une  civilisation  supé- 
lieure,  l'arrêt  des  invasions  au  profit  d'une  seule  race  déjà 
satisfaite,  l'intervention  intéressée  des  rois,  l'influence 
permanente  de  douze  anciennes  cités  romaines  qui,  à 
l'instar  des  légions  de  César,  formaient  une  cliaîue  allant 
de  Reims  à  Boulogne  (').  Il  faut,  à  la  frontière,  compter 
sur  les  points  d'appui  :  c'est  ainsi  encore  qu'au  Sud-Est, 
la  vallée  de  la  Meuse  servit  de  voie  émissaire,  et  toujours 
accessible  aux  idées  venant  de  la  Gaule  comme  elle-même 
en  découle,  elle  a  constamment  contribué  à  faciliter  chez 
nous  l'extension  la  plus  avancée  vers  le  Nord  de  la  langue 
française  ancienne  ou  moderne. 

Ainsi,  au  Sud,  le  romanisme  se  maintint  dans  les 
contrées  qui  devinrent  notre  îlaiuaut,  le  Brabant  wallon 
ou  le  Xamurois.  (^ue  se  passa-t-il  à  l'Est,  sur  les  points  qui 
intéressent  surtout  notre  sujet,  à  la  frontière  de  l'Ardenne 
belge  ? 

Comme  quand  arrive  une  inondation  menaçante  mais 
qui  ne  peut  cependant  tout  couvrir,  après  le  flux  se  marque 
la  ligne  de  la  laisse  des  eaux,  et  l'on  voit,  après  bien 
des  mouvements  contraires,  subsister  finalement  cette 
frontière  linguistique  qui  est  aujourd'liui  bien   marquée. 


])oliti(iue  faite  pour  le  compte  du  roi  et  sans  prise  de  possession 
par  le  peuple.  Cette  différence,  continue  l'auteur,  est  capitale,  elle 
explique  en  grande  partie  les  problèmes  relatifs  à  l'origine  du 
royaume  des  Francs,  et  c'est  la  toi)onymie  seule  (^ui  peut  les 
résoudre  ». 

(')  ((  Mi'frnjiolis,  cinihis  Jicmorum  ;  cirilas  Suessinmini,  Catalaii- 
noi-nni,  Alrubnlnm,  Ciimiiracensiitm,  Toniacensiiim,  Silnanectiiin, 
HeUdvafornm,  Ambiancnsitui),  Morinum,  lionniiensiuru  ».  —  Xotilia, 
édit.  citée  p.  3G5. 


—    24 1    — 

En  plein  milieu  du  Haut- Pays,  du  Nord  au  Suil,  court 
une  ligne  de  partage  entre  les  localités  de  langui;  rouiaue 
et  les  villages  de  langue  gernumiipie.  Les  noms  jouent  à 
cette  frontière  le  rôle  de  poteaux  indicateurs  ;  ici,  séparées 
par  des  bois  encore,  l'Ardenne  wallonne,  là  l'Ardenne 
allemande,  dont  les  dénominations  différentes  s'opposent 
par  groupes,  les  unes  aux  autres  ('). 

A  l'Est  comme  à  l'Ouest  il  y  a  la  grande  forêt  encore, 
qui  n'a  pas  dès  l'abord  constitué  d'obstacle  dirimant.  Les 
Francs  en  effet  la  traversèrent  dans  toute  sa  largeur. 
Trop  de  voies  romaines  les  y  conduisaient  et  l'Ardenne 
n'était  plus  telle  que  la  vit  César  ;  stratégiquement  par- 
tagée, mise  en  coupe  réglée  par  le  fisc  impérial  et  ses 
fermiers,  elle  offrait  à  la  vue  de  larges  trouées,  des 
chemins  sans  fin... 

Les  résultats  des  fouilles  nous  renseignent  d'ailleurs  suf- 
fisamment. Ils  nous  montrent  que  le  pays  de  Namur  lon- 
geant à  l'Ouest  le  Luxembourg,  fut  par  delà,  envahi  par 
les  hordes  franques  ;  et  l'on  retrouve  de  leurs  tombes  au 
centre,  en  plein  pays  ardennais.  Au  ^[usée  de  Xanuir 
s'étalent  des  trouvailles  d'objets  francs  égalant  les  décou- 
vertes intéressant  le  mobilier  belgo-romain.  Mais  si  les 
premières  tombes  franques  se  distinguent  par  le  luxe  des 
pièces,  celles  d'une  date  postérieure  apparaissent  comme 
étant  toujours  plus  pauvres.  Xe  pouvant  plus  piller,  les 
descendants  de  rares  résidents,  ont  pris  les  habitudes  du 


(')  Goé,  Jalliay  —  Eupen,  Munscliau  ou  Moiiljoic: 

Ligiieuville,  Bellevaux  (l'russej,  Petit-Thier,  Vielsalm  —  Amel, 
Meyeroile,  St-Vith; 

Wardiu,  Bastogne,  VilIei-s-la-Bonue-Eau  —  Winseler,  Ilarlauge  ; 
Aiilier,  Habay,  villages  wallons.  —  Martelange,  Pi-i-lé,  l'arette, 
Xobressart,  villages  allemands  ; 

Yance,  Chàtillon,  Saint-Léger—  Arlon,  Toernicli,  Habergy  ; 

G.  KURTH,  op.  cit.,  pp.  554-555. 


-    242- 

pays;  les  plus  iivcniureiix ,  ceux  de  la  dernière  heure, 
laissant  après  eux  la  ruine  ou  les  hautes  foi'êts  qu'ils 
dédaignaient,  se  sont  dii'igés  sur  les  riches  plaines  de  la 
Gaule  Belgique. 

Les  Ripuaii'cs  des  premiers  jours,  au  contraire,  attirés 
par  les  richesses  de  Trêves  comme  de  la  province  rhénane, 
se  sont  directement  emparés  du  tei-ritoire  qu'ils  ont  gardé 
en  suite  d'un  lotissement  devenu  permanent  ;  la  colonisa- 
tion s'est  faite  en  masse,  et  tout  élan  diminuant  de  force 
en  raison  de  la  distance,  il  est  venu  s'arrêter  aux  lieux  où 
s'échelonnent  d'une  part  les  noms  germaniques,  et  paral- 
lèlement les  vocables  romans. 

Cette  frontière,  reconnue  par  l'étude  de  la  toponymie, 
est  celle  qui  s'établit  seulement  après  la  première  phase 
de  la  conquête. 

Telle  l'ancienne  Arcadic,  notre  Ardenne  se  trouva-t-elle 
suffisamment  protégée  par  ses  montagnes  et  ses  forêts? 
lîien  au  contraire,  la  conquête  franque,  nous  venons  de 
le  dire,  a  été  complète  ;  seulement  l'état  du  Ilaut-Pays  qui 
nous  est  échu  en  partage,  témoigne,  comme  la  plus  grande 
l)artie  de  la  Gaule,  du  changement  total  opéré  dans  le 
mode  môme  de  la  conquête,  sous  l'influence  de  la  roj^auté 
franque.  Celle-ci  fait  passer  sous  son  pouvoir  politique  les 
provinces  et  les  provinciaux  ;  elle  retrouve  des  privilèges 
dans  les  pouvoirs  romains  mieux  reconnus,  et  ce  n'est  pas 
autrement  qu'elle  s'attribue  les  droits  de  l'administration 
impériale  sur  d'immenses  propriétés,  notamment  sur  la 
partie  encore  intacte  de  l' Ardenne  dont  nous  avons 
reconnu  plus  haut  le  caractère  de  domaine  fiscal  ('),  royal 
dans  la  suite. 

Sauf  les  cas  où  l'occupation  fut  partielle,  ce  dont 
témoignent  des  cimetières  francs,  l'Ardeune  belgo-romaine 
ne  fit  que  changer  de  maître.  Peut-être  même  l'invasion 

(^j  V.  j).  4o  :  La  forkt.  ugmaine  fiscai. 


-243- 

par  les  Geriiiains  du  pay^  des  Ti-cvircs  iM)in[)l(''leiiit'n( 
occupé,  valuL-ellc  à  notre  Ardeunc,  (jui  servit  si  souvent 
de  refuge,  uu  nouveau  continoeut  de  roaianisés  i'u<;itirs. 
Expulser,  expellcre,  n'est-ce  pas  le  terme  qu'emploie 
Tacite  parlant  de  l'invasion  des  Germains? 

Revenant  à  ce  vaste  territoire  romain  qui  eu  suite  d'une 
occupation  totale  et  permanente,  devint  et  reste  encore 
germanique,  nous  ne  devons  pas  oublier  ([ue,  si  là  tout  a 
été  emporté,  les  camps,  les  mœurs,  les  cro^'ances  et  la 
langue,  c'est  pourtant  dans  rAllemagne  d'aujourd'iiui,  dans 
l'ancienne  Remanie  rhénane,  comme  aussi  dans  la  'l'ré- 
virie,  qu'a  fleuri  le  pays  le  plus  romanisé  de  nos  contrées. 
Il  ne  devait  pas  devenir  roman,  tandis  (^uc  l'Ardenne 
occidentale,  belge  encore  aujourd'hui,  put  garder  au 
inoins,  grâce  au  langage,  une  certaine  i)art  do  riiéritage 
romain. 

J.  E.  Demahïeau. 


>N. 


^' 


il 


UARDENNE  BELGO-ROMAINE 


Table  des  Matières 


L'Ardenne.  i>aj;e  (5;  autels  à  la  déesse  Ardeiiiie.  (1.  7;  témoignages  des 
Mucieiis  sur  la  lorèl.  8,  9:  deseripliou  générale,  lo.  11;  hiil  de 
r()C'ciii>ati()ii  romaine.  12. 

La  conquête,  j).  12.  ("ami);igm's  d'Ardenne.  roiiti'e  les  Trévires,  i.'!-i4; 
contre  les  l';i)urons.  i4;  iliri'iciiité  d'i<lentil'ier  les  lieux.  i"')-i(;: 
eliil  ancien  du  pavs,  demeures.  l)étail.  (dievanx.  id-iy;  emploi 
du  1er  à  cheval.  iS:  rôle  im])orliinl  de  la  ca\iilerie  dans  la  coii- 
(piète  de  TArdenne.  i<):  l'Ardenne  \aste  rel'ngi'  naturel,  120-21. 

Ethnographie,  ]>.  21:  Snp])ression  du  nom  Khui'on.  les  survivants: 
les  Suinnpies.  dans  le  ])avs  de  Julincuiu  ou  Juliers.  il)id.  :  les 
Aduati(pies,  ibid.  ;  les  Tongres,  n'i;  les  Condruses;  les  Pémanes: 
les  Ciierosi.  ibid  ;  les  Sci^-ni,  les  Trévires,  24:  Celtes  on  (Jer- 
mains?  2"):  somenirs  des  Cidtes  2(>.  27:  l'unité  romaine.  2S:  la 
(Jennanie  eis-rliénane.  son  ])artage  et  son  extension  à  l'Ouest. 
;>().  "50,  '5i  :  délimitation  de  la  Basse  et  de  la  Ilaute-dleruianie.  .">o: 
délimitation  de  la  ]>asse-(jiei'manie  ('rongres-Cologne-  et  de  la 
Première  lielgicjue  (Trêves),  !>i.  ■^2. 

Administration,  p.  .'>2:  la  paix  romaine,  le  latin,  les  nneurs,  .'i'!  :  les 
(Jouverneurs  :  ])roconsuIs.  .'>4;  légats  consulaires  dans  la  IJasse- 
<;ermanie.  '!4.  '!">:  légats  prétoriens  de  la  lîelgi(|ue  Première. 
.'!.").  ■')().  ')7:  imi)ortance  des  inscriptions  étrangères  rcdatanl  le 
ciii-siis  Jioiioriini  ou  charges  exercées  dans  nos  contrées,  ibid.  :  le 
droit  ronuiin  et  la  distribution  de  la  justice.  '!S;  la  possession, 
le  lise,  et  les  im])(')ts.  '{S.  ."5!),  4<>- 

La  forêt  domaine  fiscaL  ]>.  4"-  dans  une  province  imiiériaie,  elle 
déi>end  du  lise,   et   l'ait   p.irtie  de  V:iiiei-  jnihliciis  mis  au  service 


16 


-   24(i   - 

des  besoins  de  l'Etal  et  soumis  ;iu  régime  des  eont-essioiis.  ^i: 
les  fisri.  l)ieiis  tenus  ou  provenant  du  fisc,  les  populi  fisculns. 
iliid.:  exemples  tires  des  aneiennes  eliartes  l'ranciues:  les  rois 
Iranes  se  substituent  aux  empereurs  romains  dans  l'exercice  de 
leurs  droits,  4^-  4'>'-  leurs  donations,  ibid. 

Villes  frontières,  p.  4>;  inlluence  de  C'()loj;ne  et  des  camps  <\n  lUiin. 
44.  4"):  de  Trêves,  ibid.i  (U-  Keims.  son  importance.  \i>.  ^- : 
l'Ardenne  reçoit  la  ci\  ilisation  romaine  des  villes  frontières.  !^><. 

Les  routes  et  la  carte.  ]>.  4'^-  aj;i*andissemenl  par  les  reclierclies  nou- 
velles de  la  carte  slatisticpie  de  l'occupation  ronniine.  4!)-  •*'  V^'^- 
leau  déserii(iue  des  l'agnes  traversé  i)ar  <les  voies.  .")o-.")i  :  diverli- 
eules  et  communications  usuelles.  r)i-5i>:  le  trace  de  la  voie 
Keims-Coloyne  à  travers  l'Ardenne.  ou;  l'embranchemenl  i)ar 
Arlon  vers  Trêves,  la  voie  verticale  de  Tonj;res  à  Trêves.  Vi: 
moyens  de  transport.  54'.  densité  de  la  iiojiulation,  "r.  i'elat 
ancien  et  le  temps  présent,  ô(). 

Les  tongres.  T.e  service  militaire  et  U's  effectifs  l)el^es.  \)]k  'i^'}-'^-. 
Aduntncn  Tuiii^roriim.  cité  romaine.  .")S  ;  les  soldais  lonj;res 
.servant  à  l'étranger  et  dans  les  cori)s  d'élite.  ')i.)  ;  les  inscrip- 
tions qui  les  mentionnenl.  (io.  bi  ;  la  naturalisation  romaine.  i>u. 
().'5  ;  le  dii)lômie  militaire  de  l'ienuille.  ().'5  ;  les  inserii)tions  rele- 
vées dans  la  cité  de  Tongres  ori;anisée  municipalement .  b4.  b"). 
Gb  :  influence  de  Coloj^ne  sur  Tonj;res.  b;  :  imi)ortance  de 
Tongres.  bS  :  Tongres  ravagée  par  les  Clnunjues.  son  relèvement. 
bi)  :  la  l'uine.  70:  les  trouvailles.  70. 

La  Meuse,  d'abord  négligée  i)ar  les  liomains.  ]>.  71  :  les  matelots 
tongres  et  la  flotte  (ierniani(|ue.  ibid.:  les  trois  forts  de  la 
Meuse,  au  teni])s  du  Has-Kmpire.  72  ;  les  rives  généralenuMit  dé- 
laissées, établissements  belgo-romains.  7.").  74  :   la    Haute-Meuse. 

Pays  de  Liège,  \).  7b:  l'inscription  de  Flémalle.  77;  les  objets  en 
bronze  trouvés  à  Angieur.  7S  :  Wi/jiuimunile  de  Poulseur,  71)  :  les 
insci'iptions  de  .Tuslenville.  Si  :  de  Tlieux.  S^  :  répigrai)lue  et  la 
nalui-e  de  la  pierre  indigène.  .Si>:  les  villas  anonymes  et  les  ////;// 
d'ordre  administratif  ou  militaire,  ibid  ;  caractère  des  objets, 
datant  du  Haut-Empire,  trouvés  dans  la  Basse-Germanie.  <S;>. 

Huy  et  le  Condroz.  \k  .S4  ;  situation  de  Iluy.  trouvailles  di'  monnaies. 
84-85;  le  territoire  des  Condruses. /j,'(i,'/;.s'  (Jondrustis.  8()  ;  nom- 
breuses villas,  la  grande  voie  ou  Tcr/e  chanssàc  et  les  diverti- 
ciilcs.  Ituiitili.  Sb  S7  :   noms  antiiiiu-s  des  riviei'es.  S7-,SS  :   Deonanl 


-  247  - 

ou  Diiiaiil.  SS  :  ;iiiti(iuitt's  à  ("iiiev  on  Ccuiiuciiiii.  Si):  r.l/)-.s 
funéraire  de  N'ervoz.  89.  qo  :  autres  rraf^iiients,  calruli.  ;jo-f}i  ; 
iiniiis  (le  rivières  ceitiiiues.  92  :  les  frôsors  de  monnaies,  leur 
sij^nit'ication.  <).">.  <)4  ■  période  de  troubles  sous  la  dominai  ion  des 
Tyrtins  de  (îaiile  :  invasions.  la  monnaie,  la  po])ulalion.  (i5.  <)().  97. 

Namur,  p.  <)7  :  les  cimetières,  inscriptions  sépulcrales.  <)S  :  celle  d'un 
hénéliciaire  du  consul,  <)()  ;  i)Oste  et  fonctions.  i(k\  ioi  :  imi)or- 
tance    de    Naniui*.    m'eus    et    oj)/)i<liiiii,    loi.    102. 

Les  villas,  p.  102;  à  litre  d'exemple,  la  gfande  villa  (rAntliée  : 
description,  trouvailles,  cimetières.  lo"}.  104  :  la  villa  de  Wan- 
cenne .  son  cimetière;  d'Arlansart  .  de  Serville.  lo")- io()  :  de 
lloncliine  et  sa  brasserie,  loiJ  ;  d'Al'  Sauvenière.  d'Arches 
igroui)e  de  Maillen),  107;  villa  de  .lemelle,  107-108;  caractères 
j;énéraux    des   villas.    loi).    110. 

Vallée  de  la  Lesse,  p.  110:  noms  celticjues  des  cours  d'eau,  ni  :  les 
i;rottes.    112:    ])o])ulations   successives,    ii'i.    114. 

Fortifications  locales,  p.  114:  la  résidence  beliio-romaine  de  l'iirfoo/:. 
ses  travaux  de  défense.  ii4-  ii">-  n'i.  117:  construction  forte  sur 
le  rocliei' d'Kprave.  117.  ii8:  le  CJiession,  près  Ilan.  ii<):  forte- 
l'esse  de  refui;*'  m  .lemelle.  120.  121  :  les  "ours  d'eau  souter- 
rains et  les  ])uits.  122:  sommets  habiles.  i2.'>:  légende  des 
fortins  luxembourgeois.  124:  la  paix  romaine.  124.  12."):  au 
temi)s  des  imasions  et  des  troubles  intérieurs,  nécessite  des 
fortifications  locah's.   de   forteresses  prixées.    12")  12(1. 

Populations  ardennaises,  p.  12I):  occupation  sous  la  domination  romaine 
du  centre  de  lArdenne  belge.  127.  128.  12;). 

Divinités,  p.  12;)  :  trouvailles  à  FovNoville.  près  IJaslogne  :  inscrip- 
tion votive  au  dieu  militaire  Entnrabus,  ruiiies  d'un  porticjue.  la 
statuette  de  bronze  I  r^ntarabus  ?.  l'io.  l'îi  :  inscriptions  dédica- 
toires  aux  grands  dieux  de  l'OIymix'  par  les  soldats  belges.  i.'52: 
èpithètes  locales  accomi>agnant  le  nom  des  dieux  romains,  \'X\\ 
divinités  loi)i<pies  :  den  Virudelhis ;  den  SnuHrsulis,  Vihniisa,  i."54; 
Xemetoii.i.  I)e;t  Cuiva.  Kponii,  \'\'>:  liicaiiainheda,  Hosmoi-ln,  \'M\; 
Vercana  et  Mediina,  Irouelloiia.  \''>-.  Le  culte  des  Matrones  ou 
Déesses  Mères.  i.'57  :  descrii)tion  de  M;i/fcs  figurées,  i;{8  :  pro- 
venance, rôle  i)rotecleiir.  i.'!;)  ;  nombreux  siinu)ms.  140.  i4' ^  «<;>- 
tuettes  diverses,  les  génies  féminins.  142:  fusion  dans  le  jian- 
théisme  des  cultes  romains  et  occidentaux,  cellicpies  wi  germa- 
niques. i4'>  ;   les  traces  des  cultes  payens  dans  les  documents  du 


-   248   - 

iii()yeii-;ii;c  :  S  Kt'iuaclc  dans  les  laitues.  144.  14");  iira(i(|m's 
cundanuiées.  i4'>:  misi'  à  l'iiulc.w  \);\r  U'  coiu-ile  îles  Ksliimes.  des 
actes  superstitieux  j)a\eiis.  enuiiiératioii.  147.  14^'.  coiiiiueiil 
l'évèque  Bun-liard  de  ^^'()l•llls  confessait  et  ]ninissait  ses  péni- 
tents siiperstili<Mix  et  relaps.  i4<).  l'x):  de  Hastoi^ne  à  Arioii.  To. 
1  ")  I . 

Arlon,  p.  i.")i  :  (pTetait  l'Arlon  rontain  ou  OnjUnumin  l'iciis  '/  i5i,  1512: 
dispersion  des  antiquités.  i5.'}  :  vestiyes  l)eij;u-r()nuiins  dans  les 
environs.  i5.">.  i54  :  au  Musée  ])roviiicial  :  les  jjctits  objets,  i,"),"). 
i5()  :  scènes  et  costumes  d'après  les  luoiiinnents  du  niusce  lapi- 
daire. i5G.  IJ7.  i5S.  i5<j.  iGo;  l'art  réaliste  des  Celtes  de  la  Tre- 
virie.  en  opposition  avec  le  style  conventionnel  i)rati([ué  sur  le 
Uliin:  monuments  de  Trêves  et  de  \eumaj.;en.  i(;o,  lOi.  i()2,  id'i: 
monuments  de  style  classi(iue  à  Arlon.  i()4,  i')5:  les  inscrijjtions 
lunéraires.  iGtJ.  1(17.  itJS.  i()():  le  reni]»art  ronuiin,  170:  noms  cel- 
ti(pies  des  coui's  d'eau.  170.  171.  17:2. 

Grand=Duché  de  Luxembourg,  j).  1712:  anciens  écrivains  et  arclieo- 
loiiues  luxembour;:;eois.  llrowerus  et  Masenius.  Ilontlieim.  15er- 
tholet.  A.  M'iltheim.  i7">.  174:  dis])ei-sion  de  la  collection  d'an- 
ti(pies  lormee  dans  le  jardin  des  PP.  Jésuites  de  Luxembourg;. 
17"):  descrii»tion  d'ai)rès  le  P.  Ilertliolel.  i~'>.  17(1.  177:  le  musée 
du  palais  d'Ernest  de  Mansfelil  à  Clauseu  i)res  Luxembourg;. 
177.  17S.  i7():  description  des  monuments  par  le  P.  .\.  Miltlieim. 
suivant  les  données  classiipies.  iSo.  iSi.  iSi>:  les  inscri])ti<)ns. 
dites  de  ManslelcK  à  Clausen.  iS'i.  1S4. 

Itinéraire  archéologiciue  d'Arlon  à  Luxembouri;.  1S4.  iS'): 
rai>idité  des  communications  chez  les  anciens  Ti'éxires.  iSG:  à 
Luxembourg;.  iSli:  la  cluqtelle  de  St-Quirin.  le  j;roupe  des  Trois 
\ieri;es.  187:  le  musée.  1S7.  iSS:  l'anticjue  bouri;ade  d'Andethanna. 
jSS. 

Le  (diexalier  L'h'i>c(iiic  de  la  liiissc-Moùliii-ic  et  son  I/iiiér.iifc 
iluiis  le  Lu.xeinboiin;'  i;x'rm;tni(juc.  iS():  le  Titcdber^.  iSi),  i<)o: 
Dalbeim,  canij)  su])i)osé.  virus  ou  bourj;a<le  inijjortante.  i<)0.  iiji. 
i(jL>.  i()."5:  lieux  ai'chéoloj;i(jues.  i<).'5.  i\]'^:  Kpternacum  ou  Kchter- 
nach.  villa  et  mosanjue.  i()."J:  la  (diasse.  les  instruments  et  les 
cliiens.  i()().  11)7:  Altrier.  localité  i'e])ulee.  n'élait  i)as  une 
station  militaii'c,  mais  un  a)iti(|ue  n'eus.  i()S.  i(|(),  200;  suite  île 
lieux  ar(diéoloj;iques  et  aiudens  cliemins  ou  Kicms  (\'oy.  plus  haut 
les  noies  des  i)aj;es  iS4-i'S().  i;;o,  p).'!.  iip  .  :>oo  :  monuments  anciens 
en   ])leiu    bois,    à   Altlinster.    Diekirch,    à   lîollendorl',   201-1204; 


-  ^49  - 


l'autt'l  i)aytMi  et  e-hi't'licn   iIc   IW-nlorr,  î>i ).")-:>( )(>;   (l'c'sors   de    mon- 
naies, u().">  1207. 

\/()('sliii^-  ou  Aivloiiiu'  Iiixciiilioiirjicoisc.  i>(>7  et  suiviiiiics;  Uî 
canton  (1  Vi'denni'  sons  k's  I'rj\nrs.  anti<nu's  localités.  i>oS--jio: 
découvert  es  diverses.  t>io.  121 1  :  extension  au  Nord  comme  au  Sud 
de  la  cixilisation  romaine,  ^11,  1:12:  canlons  de  ('ler\  aux  cl  de 
\\  ilz.  12112,  i2i'!;  noms  ccKiciues  de  localités  et  de  ri\ières.  12I)  1214. 

L'Eifel,  p.  121"):  anti(|ne  économie  rni'ale.  i>remieres  causes  de  la 
civilisation  romaine:  la  grande  \  oie  de  'l'rèves  à  ('oloj;ne.  21")- 
L>i(i:  la  distribution  d  eau  aux  camps  du  Rhin,  217:  les  li-ouvaillcs 
(laus  les  districts  de  ri'".irel.  même  dans  la  jjartie  déseiMicpie. 
21S-2121  :  rt'iiseijinemiMits  complcmentaii-es  sur  les  villas.  fl'cN- 
jiloitation  ou  de  plaisance.  2'2i>-2i>."{:  décoration  intérieure.  1224: 
application  des  arts  industriels.  i2i>."):  rii\  i)ocans(e  et  l'emploi  du 
^  erre  à  vitre.  i22()-2i27  voy.  i)lus  haut  les  r///«.s- belles.  p)t.  ioi2-ii>()); 
raiiti(iue  vivier  de  la  villa  de  W'elsclihillij;,  12127  --^-  ^'■'^  villas  de 
la  Moselle,  12128:  la  villa  et  la  mosaï(]ue  <le  Xennig.  1212S-1212! ( :  l'idylle 
de  la  Moselle,  d'Ausone,  i>i2<)-i2.'5i  :  les  bords  de  la  Mcjselle  au 
temi)S  (le  Fortunat,  \  i"  siècle.  i2.'îi. 

Trêves  et  la  fin,  ]>.  2"5i2:  im])orlance  de  la  ville  sous  les  ])réfets  <Ics 
(ilaulcs.  2.'Î2:  les  empereurs  iréviriens.  2.')'î:  rej;ne  de  la  bureau- 
cratie. •S\\:  administration  financière,  malaise  cconomi<|ue  cl 
socialisme  i'iscal.  i2r)-2'>():  insuflisance  de  l'orj^anisation  mili- 
taire. i2.'}7-238:  les  invasions  successives  et  la  chute  du  jtouvoir 
l'omain,  i2.'ÎS-i2')<). 

("onunent  la  ]>e!j;i(iue  meridiouale  et  l'Ardenne  restèrent  t-lles 
l)ays  de  langue  romane'/  Invasion  des  Saliens  au  Nord,  des 
llipiiaires  à  l'Est:  une  frontière  linguisti(iue  établie  entre  les 
l»ays  •■■ermani(pies  ou  wallons,  en  suite  de  la  différence  entre  la 
contpiète  fran(jue  suivie  dune  occui)ation  po])nlaire  et  definiti\e 
et.  d'autre  i)art.  les  con(iuètes  royales  jjonrsuivant  ensuite  un 
but  i)oliti(pie:  les  grandes  propriétés  du  fisc  impérial  l'ont  jtartie 
alors  du  <lomaine  j-oyal.  et  l'Ardenne  aujourd'hui  belge.  <i"i  i'" 
releva.  i)Ut  conservei-  les  traditions  de  son  ancieu  langage. 
!>.  12'i!).  —  Fin. 


LA  LOTERIE  A  LIÈGE 

DANS  LES  SIÈCLES  PASSÉS 


Kxcitev  cette  passion  du  jeu  (]ui,  a  toutes  les  cixxjucs. 
a  ])oussé  riioiunie  à  eourii-  la  ehauee  i)out'  s'eui-idiii-  rapi- 
dement, n'a  jamais  présenté  de  difficultés.  Aussi  la  loterie 
a-t-elle  existé  chez  tous  les  i)euples,  y  comi)ris  la  Chine  où 
elle  reste  pins  vivace  que  jamais  et  sous  des  formes  variées. 
Sans  vouloir  repoi'ter  leui's  investigations  jus(ju"au  déluge 
pour  en  découvrir  l'origine,  d'aucuns  se  plaisent  à  croire 
que  les  Hébreux  et  les  Egyptiens  nourrissaient  pour  ce 
genre  d'opérations  une  véritable  ])rédilection. 

Les  renseignements  sont,  du  moins,  plus  ])récis  (piaiit 
à  l'usage  ({u'en  faisaient  les  Romains.  A  l'issue  des  sjxm-- 
tacles  gi-atnits  donnés  lors  des  saturnales,  on  disti"il)uail  à 
la  multitude  des  tablettes  carrées,  décorées  du  nom  iVupo- 
]>horeta,  et  portant  des  chiffres.  Ensuite,  étaient  tirés  au 
soi't  de  nombreux  numéros  (pii  faisaient  gagner  aux  heu- 
reux possesseurs,  des  chevaux,  des  vases  pi'écieux,  des 
esclaves  môme,  voire  des  palais,  tous  cadeaux  dus  à  la 
munificence  consulaire  ou  impériale.  D'après  Suétone, 
Auguste  aurait  introduit  la  pratique  de  tii-ei-  au  sort, 
à  la  fin  des  festins,  maints  objets  de  valeurs  variables,  au 
moyen  de  billets  vendus  à  beaux  et  bons  sesterces  comp- 
tant, au  profit  de  l'Empercnir. 


—    2D2    — 


Le  cruel  Néron  s"cll'()r(;a  de  (l('vel()[)[)er  ranioiir  de  ce 
jeu  dans  les  musses.  Durant  les  l'êtes  dites  de  «  l'éternité  de 
l'empire  »,  par  l'intermédiaire  d'employés  spéeiiinx,  il 
mettait  en  vente  des  milliers  de  billets,  eii  Taisant  miroiter, 
ainsi  (ju'on  le  l'ail  de  nos  jours,  la  beauté  et  la  rieliesse 
des  lots,  l'armi  eeux-ei,  il  y  en  avait  de  jurandes  consé- 
quences. Xéron  n'exposa- t-il  pas  un  jour,  en  loterie, 
des  îles  entières  avec  leur  population  '/ 

Sous  Domilien,  surtout  sous  lléliogabale,  réi)uté  par 
ses  idées  «>r(>tes(pies  et  <4()uailleuses,  à  céjté  de  lots  som])- 
tueux,  il  s'en  i-encontrait  des  rantaisistes,des  ridicules:  dix 
ours,  dix  autruches,  des  chevaux  morts,  des  livres  de 
sable,  (h's  mouches,  un  cliien  crevé,  jusque  dix  coups  de 
bfdon,  lots  effets  parfois  dv  jeux  de  mots,  comme  de  nos 
jours,  dans  les  tombolas  de  salon,  on  gagnera  un /t'/ic/-/o/27e 
(cou[)e-})ai)ier),  une  ])aire  de  souliers  (deux  sous  liés),  un 
poi-lc'feuille  (branche  d'arbre). 

Tel  était  l'engouement  des  Romains  i)our  ce  divertisse- 
ment (pie,  à  en  croire  plusieui's  auteurs,  le  fameux  cri  : 
])iinciu  et  circciises,  en  dépit  des  traducteurs  exacts,  n'au- 
rait jamais,  dans  la  pcmsée  du  peu])le,  signifié  autre  chose 
que  vive  la  loterie,  celle-ci  étant  souvent  gratuite  en 
l'occuri-ence.  Laissons  les  spécialistes  résoudre  le  pro- 
blème. Il  n'en  est  pas  moins  patent  que,  chez  les  Romains, 
la  passion  du  jeu  prit  des  proportions  si  scandaleuses  que 
les  lois  réputérent  infâmes  les  joueurs  de  profession. 

Les  Komains,  en  envahissant  les  Gaules,  y  amenèrent-ils 
a\('c  eux,  leurs  ])enchants  désordonnés  poui-  la  loterie '/En 
tout  cas,  nous  savons  par  Tacite,  que  les  Germains  se 
montraient  des  plus  passionnés  pour  les  jeux  de  hasard  et 
(|u"ils  n'hésitai(mt  ])as,  à  bout  de  ressources,  à  jouer  sur  un 
coup  de  d('s,  leu)'  personne  et  leur  liberté  ('j. 


(»j  TACn'E  :  dernuinin,  ciq).  '2\. 


—    '20O    — 

11  fallut  (jtiG  le  c'iii-islianisinc,  ]):ir  la  voie  des  conciles, 
à  [)artir  de  celui  d'Klvire,  de  Tau  oo^,  usât  de  uiesiires 
rigoureuses  et  énergiques,  ])oiir  refréner  ce  qu'il  consi- 
déi'ait  à  1)on  droit  un  a  ice  ca])ital  ','•, 

(^uant  à  la  loterie  nu'Mue,  l'invasion  des  Barbares  l'en- 
gouffra pour  longtemps  dans  les  bi-unies  de  l'oidili. 

C'est  seulement  au  xiv'  ou  au  commencement  du 
\v*' siècle  qu'elle  ressuscita  en  Italie,  sous  le  ciel  bleu  de 
laquelle  ce  dangereux  divertissement  avait  eu  autrefois 
une  tro])  vive  prospérité.  Un  marchand  vénitien  ou  génois, 
\incen/.o  Flars,  à  bout  d'expédients  en  vue  de  se  débar- 
rasser de  marchandises  de  hauts  prix,  se  rajjpela,  sans 
doute,  les  coutumes  de  ses  ancêtres.  Il  imagina  la  mise 
en  loterie.  I.e  truc  réussit  et  fut  renouvelé  si  fructueu- 
sement que  l'adroit  Italien  se  vit  i)romptement  dans  une 
l)ril]ante  condition  financière. 

Les  imitateurs  ne  firent  pas  défaut.  L'innovation  eut 
bientôt  la  consécration  officielle.  Ainsi  édifia -t -on,  à 
Venise,  avec  le  produit  d'une  loterie  à  la  fin  du 
XV''  siècle,  la  maison  où  était  remisé  le  Bucentaure. 
Des  ]);u'ticuliers  italiens,  ])ensant  récolter,  à  leur  tour, 
des  fcntunes  faciles,  tentèrent  de  ré[>andre  ce  mercanti- 
lisme de  hasard. 

Avant  qu'elle  inventât  l'institution  qui  devait  jx'u  à  jx'u 
amener  leur  disparition  et  en  prendre  le  nom,  indifférem- 
nu'nt  avec  celui  de  mont  de  piété,  l'Italie  nous  avait  «léjà 
envoyé  une  plaie,  disons  une  pléiade  d'usuriers,  t'onnus 
sous  le  terme  générique  de  Loiuhaiuls.  Elle  aussi  dota  de 
la  loterie  les  peuples  voisins.  On  l'y  connut  d'abord  sous 
l'expression  Manque  du  mot  italien  biaiico=  «blanc»,  parce 
(pie  les  billets  blancs,  en  ce  jeu,  étaient  natui-ellement  plus 
nombreux  que  les  noirs,  que  ceux  spécifiant  les  nuMil)les 
ou  auti-es  objets  à  gagner  x^ar  les  possesseurs  de  ces  billets. 

(')  Amlt.  Rendu  :  Jeu.  Pari  et  Marchés  de  bourses,  p.  5o. 


—    2;'>4    — 

En  France,  lu  loterie  rencontra  une  adversaire  acharnée 
en  Marguerite  de  \'alois.  Sur  sa  demande,  on  vil  accoui  ir 
à  Paris  le  savant  Jean  Ih'iai'd,  vice-cliancelier  de  TTui- 
versité  de  T^ouvain  (jui,  drs  l'an  i520,  a^■ait  soutenu  en 
chaire  une  thèse  condamnant  l'immoralité  de  la  loterie. 
Ses  efforts  n'ébranlèrent  pas  François  1*^^',  cai*  ce  derniei- 
donna  à  celle-ci  la  sanction  royale.  L'an  iSSg,  il  octi-oyait, 
à  un  sieur  Jean  Laurent,  le  privilège  d'organiser  des 
loteries  dans  le  royaume,  moyennant  une  redevance 
annuelle  de  20,000  livres  toui-nois. 

Dans  redit  d'octroi,  le  Roi  i-ecommandait  la  loterie  à 
son  bon  peuple  comme  fort  en  honneur,  disait-il,  <(  dans 
les  villes  de  Venise,  Florence,  Gènes  et  autres  cités  bien 
policées,  fameuses  et  de  grande  renommée  ».  En  manière 
de  l'éponse  aux  détracteurs,  il  proclamait  morale  la  nou- 
velle institution  financière,  «  en  ce  qu'elle  détournoyt 
nobles,  bourgeois  et  marchands  enclins  et  désii'ant  jeux  et 
esbattemens,  des  jeux  dissolues  où  aiu'uiis  consojnment 
leur  bien  et  substance  ». 

L'édit  réglementait  la  loterie  dont  les  billets  devaient 
être  cédés  an  prix  de  10  sons  6  d(Miiei"s,  et  assurait  la 
loyauté  des  tirages  par  les  meilleures  garanties.  Au  fond, 
François  I'''"  envisageait  i)lutôt  les  bénéfices  qu'en  retire- 
rait le  trésor  épuisé  par  le  minotaure  de  la  guerre.  Les 
mesures  adoptées  n'étaient  point  toujoui's  observées,  loin 
de  là.  Aussi  les  blancpies  continuant  produisirent  des 
désordres  des  plus  scandaleux.  A  nuiintes  reprises,  dans 
la  suite  du  siècle  et  au  suivant,  le  Pai'lement  dut  interve- 
nii-  ])()iir  su])])riiner  les  abus  et  les  fraudes.  Il  fit  même 
saisir  ])lusieurs  loteries  installées  en  diffiu-entes  villes 
«  à  la  ruine  des  habitants  d'icelles  ». 

Pendant  quelque  temps,  la  France  se  ti'ouva  de  la  sorte 
l)lus  ou  moins  débarrassée  de  ce  qui  était  devenu  [)our 
elle  un  véritable  fléau. 

l'hi   noti'c  pays,   du   moins,   lionimagc   soit   rendu   à    nos 


—   2:ri    — 

aïeux,  la  lolcric  n'a  jamais  rcNrdi  ccl  ((iliciix  cai'aclrrt;. 
(  "cpciKlaiil,  U's  lU'lgcs  oui  (Ml  riioiineur,  si  lioiiiicin-  il  y  a, 
(le  la  possrdoi-  a\aiil  les  l-'i'aiirais.  Bni^cs  en  a  eu  les  j)r(''- 
inisscs  le  i>  l'i'x  ricr  l44'''^-  Dans  rin(cr\all('  de  nciii'  aiméos, 
ti'ci/c  loteries  y  ont  ét(''  oi'nanisc'es.  1/an  i47i)»  Tédilite  de 
la  \'enise  du  Xord  animait  eu  recours  à  pareil  systènu; 
l'inaneier  ])our  parer  à  la  pénurie  de  ses  l'essourees  ordi- 
naires, exein])le  ([ui  l'ut  sui\  i  par  Biaixelles  en  i5o5  (')  et 
repris  i)ar  I)ru<;es  niènie  en  i;"Si()    '-'t. 

Ce  furent  là  des  exce])tions.  Xos  i)ères,  dès  le  ])rin('ipe, 
et  (Ml  règle  ])resque  constante,  ne  se  servirent  de  la  lotei'ie 
(|u'en  l'aveni"  d'ixuivres  de  (diai'ite,  de  piété,  ou  dans  un  l)ut 
artisti(pie.  Ainsi,  Tan  i")i(),  (Miai"l(»s-(^uint  autoi-isa-t  il  une 
lotei'ie  ])our  aidei'  «  la  gi'ande  confrérie  de  ^lonsieur  Saint- 
(ie(tr<>('s  et  l'église  St-Pieri'e,  à  ^falines  »,  à  «  subvenii" 
anx  besoins  et  gi'andes  affaires  d'icelle  confrérie^  ».  A 
Malines  encore,  l'an  i55(),  un  artiste^  peintre,  Dori/.i,  livi'ait 
anx  hasards  d'une  tombola  une  longue  série  de  [x'intures, 
de  statues  en  niarbi'e  et  d'autres  objets  artisti(pies  (pTil 
eût  été  diffieile  de  débiter  autrement  (•'•. 

.\  cette  époque,  dans  les  loteries  générales,  des  coffi-es 
ou  coffrets  faisaient  l'office  des  futures  roues  de  foiiune. 
On  y  ])laçait  d'al)oi'd  les  l)illets  blancs  ou  nuls  i«  l)lanc(jues 
et  nicliilz  n),  puis  le  coffre,  fei'uié  à  deux  sei'rures,  était  le 
])lus  souvent  confie''  aux  mains  du  chef  de  la  ville,  tandis 
((ue  les  deux  clefs  seulement  restaient  en  i)ossession  de 
l'organisateur  de  la  loterie.  Quant  aux  numéros  gagnants, 
en  \ue  de  garantir  (la\antau('  la  sincérité  du  tirage,  on  ne 


I*)  Lu  Flandre,  iSG7-i,S(;S,  t.  I,  j)])    .5,  80,  iGo. 

('-)  Ril)liolliè(Hie  i-oyale  de  Bruxelles,  aneioii  tonds  van  ilulilieni, 
manuscrit  r).SS. 

3)  Voir  des  détails  sur  cette  loterie  dans  la  notice  intitulée  :  l'ne 
loterie  de  tableaux  et  d'objets  d'art  à  Matines  en  lôog,  par  CtJHDKM.ANS, 
Malines,  H.  Dessain. 


—  256  — 

k'S  mêlait  aux  autres  ({uc   vérification    laite   et   devant   la 
l)()[)ulatioii  awseinblée  à  sou  de  trompe  et  à  eris  ré[)étés. 

Déjà,  en  ce  temps,  effectivement,  les  administrateurn 
du  jeu  se  livraient  à  une  proi)agande  effrénée.  Ils  lan- 
çaient des  hérauts  à  tous  les  carrefours,  tandis  qu'ils  dis- 
tribuaient à  profusion  partout  les  i)rospectus  les  ])lus 
séduisants.  Aih\  de  mieux  exciter  la  cupidité  des  badauds, 
les  lots  étaient  d'ordinaire  étalés  sur  l'une  des  grandes 
])laces  publiques. 

Il  n'avait  pas  fallu  longtemps  pour  voir  se  multiplier  à 
l'excès,  dans  certaines  de  nos  provinces,  l'emploi  de  ce 
genre  de  spéculation.  Dès  le  2  mai  i526,  le  Conseil  de 
Flandre  avait  été  placé  dans  l'obligation  de  formultn* 
une  ordonnance  défendant  toute's  les  lotei'ies,  révoquant 
même  les  autorisations  accordées,  en  en  exceptant  seule- 
ment celles  octroyées  par  l'Empereur  et  par  l'archi- 
ducliesse  Marguerite,  «  aux  églises,  aux  couvents,  aux 
villes  et  aux  communes  (')  ».  Les  excei)tions  seules,  on  le 
constate,  étaient  déjà  elles-uK'mes  nombreuses. 

Constatation  à  faire  également,  à  });irtir  de  leui-  origine, 
la  concession  des  loteries  forma  l'une  des  i)rérogatives  du 
l)ouvoir  souverain.  Ainsi,  dans  ce  même  xvi^  siècle,  en 
divers  pays,  des  édits  interdirent  sévèrement  d'entre- 
prendre semblable  opération  sans  être  muni  des  autorisa- 
tions principales.  Au  Luxembourg,  une  oi-donnance  du 
()  février  1576  défendit  à  tous  officiei's  de  justice  de  laisser 
])ublier  ou  établir,  sous  peine  d'une  amende  de  1,000  i-caux 
d'or,  n'importe  quelle  loterie  qui  n'aurait  point  fait  l'objet 
d'un  octroi  princier. 

Au  territoire  liégeois  naturellement,  le  privilège  d'établir 
des  lotei'ies  releva  de  même  du  chef  de  l'Ktat  dès  cette 
é))oque ,     car    le    ])a\s    de     Liège    ne    s'était    ])<)int    laissé 


('j  Archives  de  l'Etat  à  Gaud.Oi'donnniifes  <ln  f'oiiseil  de  Flandre, 
reg.  années  i5ii-i558,  lltt.  U,  fu  G4  v. 


—  2;>7    — 

(levaiK-er  par  ses  \ oisins  dans  rexei'cice  do  ce  nouveau 
mode  de  spéculation.  Les  jeux  de  luisard  n'y  avaient-ils 
pas  rencontré  de  trop  nombreux  adhérents  depuis  des 
temps  très  reculés?  La  Loi  Muée,  du  \)  octobre  IUH7,  (jui 
modifiait  les  anciens  Statuts  criminels  de  la  ("ité,  dut 
[)révoir  les  abus  des  maisons  de  Jeux  («  spellius  »)  et  les 
moyens  de  les  supprimer  ('>.  La  défense  de  tenir  ces  éta- 
blissements de  jeux  est  i)lus  formelle  encore  dans  les  Sta- 
tuts de  la  Cité  approuvés  le  6  avi-il  i328,  par  le  Prince 
Adol2)lie  de  La  Marek  '-i/J'oujours,  le  soin  de  i-é])i'imer  les 
infractions  en  la  matière  dépendit  du  souverain  mayeur 
représentant  le  Prince.  Mais  tel  était  l'atti'ait  de  ces  jeux 
sur  une  partie  de  la  population  que  l'autorité  crut  devoir 
useï'  de  ([uel(|ue  toléi'ance  durant  une  partie  de  riii\ cr. 
Hen)ric()urt  nous  révèle, dans  son  Patron  delà  Teniporaliic, 
que  le  mayeur  pouvait  permettre,  à  cei'taines  conditions, 
la  tenue  de  «  grans  jeux  de  deis  (dés)  »,  depuis  la  fêle 
Sainte-Catherine  jusqu'à  celle  de  la  Purification  (^). 

Cette  protection  officielle  du  vice,  en  somme,  avait  évi- 
demment ]>our  but  de  diminuer  ses  effets  malfaisants. 
Songez  (pi'au  xiv'"  siècle,  les  désœuvrés  se  livraient  aux 
jeus  de  dés,  de  slont  (espèce  de  jeu  de  paume),  aux 
hochets,  ou  à  d'autres  jeux  de  hasard  juscpie  dans  les 
cimetières  et  dans  les  cloîti'es  des  collégiales.  Force  fut 
d'insérer  une  clause  spéciale  dans  la  Paix  de  Jeneffe,  du 
23  juin  i33o,  pour  mettre  fin  à  d'aussi  criants  abus. 

Le  croirait-on  ?  En  i^H'j,  moins  de  \  ingt  ans  après  la 
destruction  de  la  cité  par  les  flammes  vengeresses  du 
cruel  Charles  le  Téméraire,  et  alors  que  la  ville  et  le  pays 
restaient   plongés    dans    les    horreurs    d'ardentes    luttes 


(')  BuUMANS,   Recueil  des   Ordunnunces  de  lu  Priiicijiaule  de  Liège, 
série  i"",  j).  84,  art.  3"). 
1")  II).,  id..  ]>.  1S7,  nrt.  .'î^. 
i,'*j   Coiiliuues  du  l'itys  de  IJe^e,  t.  I,  J».  liSy. 


—    2DO    — 

civiles,  les  divers  pouvnii-s  publies,  le  l'rinee,  les  maîtres 
et  conseillers  de  la  Cité  jugeaient  encore  nécessaire  de 
détendre,  d'une  façon  toute  particulière,  par  un  cri  du 
Perron,  «  de  tenir  des  maisons  de  jeux,  de  l'aeiliter  la  pi-a- 
ti(pie  des  joueurs  de  faux  dés  »  et  des  autres  Ircinellciirs, 
d'en  tirer  (quelque  profit,  soit  en  les  protégeant,  soit  en  les 
hébergeant  ('i.  Cependant,  la  paix  de  Saiiit-,Jae(|ues  pro- 
mulguée la  même  année,  a\ait  l'ait  connaître  les  peines 
graves  qu'enconraient  ceux  qui  exerçaient  ou  favoi'isaient 
le  jeu  d'une  manière  qnelconque  (-). 

Le  terrain,  on  le  voit,  paraissait  tout  préi)aré  au  pays 
de  Liège,  ponr  y  imi)lanter  la  loterie  et  la  développer  i-ous 
ses  différents  aspects.  On  ignore  l'année  précise  oii  elle  y 
fut  introduite;  mais  nous  savons  (ju'elle  devait  être  en 
faveui'  à  la  fin  du  xv''  siècle.  Cliaque  année,  dès  lors,  des 
individus  à  l'esprit  mercantile  profitaient  de  la  foule 
énorme  qn'attirait  le  vaste  cliani])  de  foire  de  Liège,  pour 
y  installer,  sous  d'ami)les  étaux,  une  (juantité  d'objets  en 
étain,  en  bois  ou  en  autres  matériaux,  à  gagner  journelle- 
par  la  voie  du  soi-t.  liCs  baraques  à  loteries,  en  i-evètant 
des  formes  plus  ou  moins  variées,  et  nonobstant  des 
éclipses  irrégulières,  se  sont  perpétuées  sur  nos  foires 
jus(|u'à  l'èpocjue  moderne. 

Au  début  du  wr'  siètde,  ce  jeu  commercial  était  (pialifié 
ici  de  blancs  el  noirs,  ])arce  (pie,  comme  nous  l'avons  dit, 
il  se  composait  de  Inllets  blancs,  les  perdants,  et  de  billets 
noirs  on  mar(jués,  les  gagnants.  Comment  douter  de  la 
vogue  dont  il  jouissait  alors,  ipiaml,  l'an  l'ub,  tandis  (pic 
la  ville  renaissait  à  ])eine  de  ses  cendres,  on  \(»it  l'un  des 
plus    opulents    ])ersonnag<'s    de    l'ejxxpie,    le    nol)l(^    comte 


(')  Arrhives  de  l'ICtat  ii  I.ic^e  :  .Mainlciiionls  et  Ci'is  du  l'erroii, 
années  i4S()-i4S(),  1'"  (i^  v.  —  Recueil  des  Orddiin.-iiices  de  lu  /'rinci/iiiiilé 
dp  Liei;e,  série  i''f,  j).  ;5i). 

i-'j  Rpciu'il  des  Ordonnuuccs  de  lu  l'j-incijinnle,  s.  i'é",  J)J).  747-74'^- 


—    2Df)    — 

Excrard  ilc  La  Marck,  i^rand  iiiayeur,  parent  du  prince 
régnant,  réserver  formellement,  dans  nn  eontrat  spéeial,  à 
la  eomtesse  sa  femme,  les  profits  on,  si  l'on  veut,  les  rede- 
vances qu'il  ])ercevait,  de  par  sa  haute  eharge  judieiaire, 
«  du  jeu  de  l)lanc  et  noir  de  la  dite  four  (foire)  (')  ». 

.Iiis(prà('e  moment,  toutefois,  la  loterie  ne  ])araît  avoir 
été  exploitée  elie/  nous  (ju'en  des  proportions  très  l'es- 
treiutes,  à  titre  plutôt  de  curiosité  et  d'amusement.  Elle 
devait  être  limitée  au  jeu  forain.  Xos  vieilles  chroniques 
ne  signalent  aueune  loterie  générale  à  Liège  avant  celle 
qui  y  fut  organisée  vers  le  milieu  du  xvi''  siècle  pour  four- 
nir les  fonds  nécessaires  à  l'édification  de  la  chapelle  des 
Frères  Lollards  en  Volière.  Les  lots,  formés  d'objets 
artistiques  et  de  ménage,  en  étain,  furent  exposés  long- 
temps «  devant  les  degrés  de  l'englise  de  S^  Lambert  sur  le 
Marchiet  I-' ».  Situé  en  plein  centre  du  mouvement  com- 
mercial de  la  grande  cité,  le  lieu  d'ex])Osition  était  pro])i('e 
à  exciter  l'attrait  de  la  multitude  i)oui'  le  gain  facile.  Afin 
de  populariser  plus  encore  la  loterie,  le  billet  se  vendait 
UQ  demi-patar  de  Brabant.  Néanmoins,  et  malgré  la  vive 
sympathie  des  Liégeois  pour  les  dévoués  Frères  Cellites, 
la  tombola  ne  produisit  point  le  chiffre  de  recettes  espéré; 
il  y  eut  à  recourir  à  d'autres  moyens  pour  subvenir  aux 
dé])enses  de  l'achèvement  deréglise. 

Le  public  de  Liège  ne  nmnifestait-il  alors  dentrain  que 
pour  le  jeu  forain  considéré  comme  récréation  ])roductrice 
parfois?  Se  refusait-il  à  se  prononcer  en  faveui- des  lote- 
ries en  grand  dont  les  mises  (exigeaient  des  versements 
assez  onéreux  souxcut?  On  encore  l'autorité  répugnait-elle 
à  y  recourir?  Le  fait  est  qn'ancinu'  autre  tentative  d'entre- 


l'j  Ai'cliivcs  (le  i'IClat  ;i  Licye  :  iM-lievins  de  IJc^^c,  <  )l)Iij;alioiis, 
rei;.  "i  //(  l'inc.  —  C.  DK  lîOK.MAN  :  Les  Jù/wniiis  de  l;i  soiircruine  Juslice 
(le  Liég(\  [.  II,  ]).  4")<j. 

''■')  Uiiivcrsili'  de  l.iéf;e  :  manuscrit  4'>">,  '"  ---• 


—  26o  — 

prise  scnil)lable  n'a  ctr  rciioiivelce  à  Li(''ge  ({u"a  la   lin  du 
xvi«  siècle. 

Par  suite  d'un  concours  de  circonstances  très  t'imcstes, 
les  finances  communales  se  trouvaient  dans  le  pins 
l)itoyable  état.  Pas  possibilité  d'effectuer  divers  travaux 
d'utilité  publique  d'une  urgence  extrême,  notamment  la 
restauration  des  portes  et  remparts,  raclièvement  de  la 
luille  aux  blés,  sur  la  Batte,  la  construction  du  ipuii  dit 
maintenant  de  Maestriclit,  du  pont  Magliin,  ({ui  devait 
former  le  prolongement  de  ce  quai,  au  dessus  des  Fossés, 
iem])lacés  actuellement  pai'  la  place  Magliin  ;  l'établisse- 
ment aussi  d'un  pont  entre  la  rue  de  l'Etuve  et  l'emplace- 
ment des  bâtiments  universitaires,  jadis  occupés  par  le 
collège  des  Jésuites,  unique  en  ce  tcmi)s  à  Liège.  Es])érant 
ainsi  obtenir  les  ressources  i)ropres  à  réaliser  ces  travaux, 
le  Conseil  de  la  Cité  sollicita  du  Piùnce-Evêque  Ernest  de 
Uavière  son  consentement  à  rorganisati(m  d'un  grandiose 
rifjlag'e.  Ce  mot  local  était  alors  synonyme  de  lotcn'ie,  bien 
que  ce  dei'uier  nom  fut  déjà  usité.  Il  a  été  transformé 
idtérieurenient,  i)ar  contraction,  en  rHffh'.  Le  cliel'  de 
l'Etat  liégeois  accéda,  le  23  septembre  i">()^,  au  voeu  de  la 
Cité,  par  un  document  où  il  eut  soin  de  rappeler  ses  droits 
absolus  en  la  matière,  ('ette  lettre  étant  inéilite,  iu)us  en 
donnons  ici  le  texte  : 

<i  KuNi:sT,  par  la  yràce  de  Dieu,  etc. 

»  A  tous  ceulx  (jui  t-es  présentes  veroiit,  salut,  scavoir 
faisons. 

»  Corne  i»ai'  nos  très  cliiers  et  féaux  les  liurj-niestres 
de  nostre  Cité  de  Liège,  nous  ayt  picca  esté  reniostré 
conie  pour  le  bien  et  i)roffit  de  nostre  dite  Cité,  ils  dési- 
reraient faire  et  dresser  en  ioelle,  certaine  lotterie  ou 
rifflaige  si  que  bonement  ne  poi-oient  fiiire  sains  notre 
p/éiiliible  scen  et  consenlenient,  nous  sui)pliant  ]>artant 
|tar  iceulx,  i)()ur  ce  est  il  que  nous,  les  vuillans  en  ce 
fa\driser  et  aiant  prius  de  ce  bonne  information,  avons 
à  iceulx,  de  noti'c  aulliorité  princi|)alc,  accordé  et  con- 
sentv,  ax-cordons  et  consentons,  ])ar  ces  i)résentes,  de 


—    26l     — 

faire  et  dresser  en  notre  dite  Cite  la  dicte  lotterie  et  rif- 
flaye,  à  leurs  coustes  et  despens.  ()r<lonons  parlant  et 
commandons  à  notre  grand  et  souverain  officier  et 
maveur  de  notre  ditte  Cité  de  I.iege,  son  lieutenant  et 
tous  autres  cuy  ce  pora  toucher  ou  regarder  <|ue,  à 
iiosdis  burginestres,  ils  ne  fâchent  ou  <lonnent  an  droict 
laditte  lotterie  ou  rifflagc  ou  ce  (|ui  en  déi)end  aucun 
einpeschenient  ou  distourhier,  ains  les  laissent  paisil>le- 
ment  faire  et  dresser  icelle  à  leurs  i)restes  et  despens, 
comme  dit  est,  car  tel  est  notre  i)laisir. 

»  Donné  en  notre  chasteau  <le  Freiziughen,  s<jul>z  notre 
nom  et  cachet  secret  le  -SM  de  septembre  i^>\)\- 

Ekni;st  i'j  ». 

l*()iir  un  second  essai,  la  Cité  voulait  un  eoup  de  niait rc. 
Uai'enient  dans  les  ])rovinees  ou  dans  les  ]Kiys  voisins,  on 
avait  projeté  une  loterie  ])lus  iuiportante.  Les  lots,  dont 
la  valeur  était  estimée  à  un  total  de  plus  de  i5<).ooo  florius 
de  Brabant,  coniportaient  entr'autres  un  splen<li<l»'  manoir 
somptueusement  aménagé.  Le  i)rix  de  la  souscription  se 
trouvait  fixé  à  un  réal  de  Castille  ('-). 

Réuni  le  21  déeend>re  pour  accélérer  l'exécution  de 
l'entreprise,  le  Conseil  de  la  Cité  résolut  l'envoi  d'une 
lettre  aux  diverses  villes  de  la  principauté  et  des  Pays-Bas, 
nommément  Anvers,  Malines,  Bruxelles,  Louvain,  Maes- 
trielit,  Huy,  Namur,  Dinant,  pour  les  engager  à  participer 
à  l'œuvre  liégeoise.  Oyez  en  (piels  termes  alléchants, 
l'Administration  de  Liège  cherchait  à  intéresser  ses  con- 
s(XMirs  des  autres  villes.  La  lettre  est  du  14  janvier  159;")  : 

«  Nobles,  sages  et  diserez  sr^^ 
très  chiers  et  esjjécialz  Amis 
.)  Nous  avons,  ])Our  l'utilité  et  i»roffit  de  cesle  notre 
dite  Cité  de  Liège,  érigé  et  mis  sus  unne  loterie  dont  luig 

(1)  Archives  de  l'Etat:  Conseil  de  la  Cité,  Uecès,  reg.  années  i".<)'<- 
ir)()5,  f"  189  V". 

I-)  Monnaie  espagnole  émise  <lans  les  l'ays  -  lias,  alors  sous  la 
dominatiou  de  l'Espagne. 


—  262  — 

pris  serat  uuue  belle  et  luaguificqiie  maison  de  plaisance 
bien  proche  de  la  dicte  cité  et  de  la  rivière  de  Meuse, 
entorée  d'eawe  et  pont  leviclie,  avec  jardins  fruitiei-s  et 
potagiers  d'entre  trois  à  quatre  boniers  tous  encloz  et 
enfermez  de  murailles,  lédilication  et  construction  de 
(pioy  at  costé  plus  de  trengte  mil  florins  de  Braibant.  Et 
\  seront  autres  pris  de  rentes  liéritaublcs  l)ien  iissif^nées 
iliypotliéquées},  ensemble  diverses  notables  joweaux  en 
piereries,  cacliaus,  brasseletz,  couppes  et  tasses  dorées 
et  non  dorées  en  très  bon  nombre:  aussy  en  plussieurs 
autres  densrées  de  touttes  sortes,  si  l)ien  que  l'ung  i)armi 
l'autre  surjtassent  le  nombre  de  huyt  à  nueff  mil  ])ris  et 
en  valeur  cent  cinquante  mille  florins,  à  laquelle  lotterie 
tireront  tous  ceulx  qui  y  voront  mettre  ou  quelcque  autre 
en  leur  nom  et  ce,  en  mcsme  instant  qu'ils  auront  donné 
argent  et  tireront  autant  de  billetz  qu'ils  auront  donné 
de  realz  de  Castille  ou  deniers  d'Ernestus.  Et  tombant  à 
(juelcque  pris,  luy  serat  en  mesme  instant  délivré  fran- 
cliement  et  librement. 

»  Et  commencerat  la  tirée  à  ...  (■■^icj  jours  de  mois  de 
février  prochainement  venant. 

))  De  quoy,  Mess'^  i)our  maintien   de  bon  voisinage, 
n'avons  volu  faillir  advertir  \'(is  Seig"^'**,  affin,  s'il  y  at 
(juclcques  uns  qui  ayent  délibéré  y  attendre  la  l'orlune, 
il  puisse  faille  son  debvoir  et  sur  ce 
»  Nobles,  sages  et  discrez  s^» 
très  chiers  et  esi)ecialz  Amis, 

»  Prierons  le  (,'réateur  maintenir  Vos  Seigneuries  en  sa 
Sainte  (iràce,  nous  recommandant  bien  affectueusement 
au.\  vostres. 

»  De  la  Cité  de  Liège,  le  xii^'  jour  de  janvier  i5()."). 
»  Les  Bourgmestres,  .Jurés  et  Conseil  de 
la  Cité  de  Liège 
Vous  bons  \'()isins  et  .\mis  (')  m. 

Avec  une  aussi  superbe  assurance  et  a\ee  des  ])r()messcs 
aussi  entraînantes,  les  elicfs  de  la  eité  ne  eraignaieiit  pas 
de   j;agiiei-    un    éléphant    a    la    loterie.    Ils    virent    ('(dle-ci 


(')  Conseil  de  la  Cite  :  Recès,  reg.  années  kk^;]-!;")»)"),  f'^  ]8S-i.S<). 


—  263  — 

«Icvcnir  pour  eux  au  moins  aussi  cnibaiTassautf.  Poun|uoi 
avairiit-ils  t-omniis  la  bévue  de  vc.'iulrc  la  peau  de  l'ours 
avant  île  l'avoir  abattu?  X'était-ce  pas,  de  leur  part,  une 
iniprudenee  ou  une  ini])udenee  eonpable,  (l'annoncer  en 
janvier  le  tiraj;'e  de  la  loterie  à  organiser  ])ar  eux,  pour  le 
mois  suivant.  Deux  mois  i)lus  tard,  en  axi'il,  on  en  était 
toujours  à  la  période  de  tâtoniu'meni . 

Pleins  de  eonl'ianee  en  la  pi-omjjtc  réussite  de  l'entre- 
]>rise,  de  nombreux  mareliands  et  bour<;'eois  de  Liège 
a\aient  avancé  depuis  lonf>tem])s  des  l'ournitures  \ariées 
et  de  liants  prix,  pour  servir  de  lots.  Continuellement  et 
vainement,  ils  réclamaient,  à  l'autoiité  communale,  1<'  paie- 
ment de  leurs  marchandises.  Cette  affaire  devint  le  cau- 
clieinar  du  magistrat  de  la  ville.  Finalement,  l'Adminis- 
tration de  la  cité,  désireuse  de  se  soustraire  de  n'importe 
(quelle  façon  aux  reproches  réitérés  des  créanciers, 
renonça  à  poursuivre  elle-même  l'établissement  de  la 
loterie.  A  ses  dépens,  elle  avait  a])précié  les  inconvéniimts 
du  système  de  la  régie;  elle  y  substitua  le  fermage  qui 
offrait  un  avantage  plus  modeste  mais  assuré.  Ainsi 
céda-t-elle,  le  18  avril  1595,  le  ])rivilège  lui  octroyé  i)ar 
Ernest  de  Bavière  à  deux  ])articuliers  de  Liège,  Jean 
A\'alleran  et  Jean  d'Avenues,  moyennant  le  versement,  au 
pi'ofit  de  la  caisse  communale,  d'une  somme  de  4,000  flt)rins 
de  Brabant  (*). 

Devenue  une  affaii-e  ])ri\èe,  la  loterie  réalisa-t-elle  les 
espérances  (pi'on  avait  fondées  sur  elle'!'  C'est  i)eu  i)ro- 
bable.  Chose  certaine,  il  ne  fut  i)lus  parlé  d'entreprises  de 
ce  genre  à  Liège  avant  longtemps,  iaiulis  (pi'à  Anvers  le 
magistrat  se  voyait  obligé  d<'  ])rendi'e,  le  17  juillet  i(Jo7, 
une  ordonnance  si)èciale  ])our  diminuer  le  chiffre  abusif 
des  loteries;   (|u'en   Hollande,   l'engouement  ('tait  des  i)lns 


(')  Conseil  de  la  Cité:  Recès,  n'g.  unj.'y-unft,  i.  '^^n  v"  et  2">ii. 


-  264  - 

intense;  qu'en  Italie,  qu'en  Angleterre  même  ce  jeu  deve- 
nait la  base  d'un  système  financier  sur  lequel  reposait 
l'Etat,  la  source  la  plus  féconde  des  levenus  publics. 
La  ville  de  Londres  seule,  en  six  mois,  ne  couvi'it-elle  pas 
une  loterie  de  3o, 000,000  de  francs,  somme  fabuleuse,  si 
Ton  se  reporte  à  l'époque  ? 

A  Liège,  tout  au  jdus,  descendait-il  de  temps  à  autre 
ipielque  marchand  ad  ln)(\  qui  venait  tenter  d'écouler  ses 
marchandises  en  fornuint  de  petites  loteries  à  tirer  séance 
tenante.  Encore  devait-il,  afin  de  réunir  les  badauds,  faire 
précéder  le  tirage  de  mimique,  de  chants  ou  d'exercices 
acrobatiques.  C'est  de  cette  façon  que  voulait  agir  en 
mai  i">97,  un  nommé  van  Hulst,  sur  l'hippodrome  de  Liège 
—  entendre  la  place  du  Théâtre  — .  L'endroit  choisi  déi)en- 
dant  du  territoire  claustral  de  l'église  S'-Lambert,  le  spé- 
culateur eut  à  solliciter  le  consentement  du  chapitre 
cathédral.  Celui-ci  l'autorisa  seulement  à  exposer  là  ses 
marchandises  durant  une  quinzaine  de  jours  O. 

La  froideur  du  public  liégeois  pour  les  loteries  impor- 
tantes finit  pourtant  i)ar  se  dissiper.  Jamais,  sans  doute, 
Liège  ne  montra  pour  elles  un  attrait  désordonné.  Klle  y 
attacha  à  la  fin  <lu  xvii'  siècle  et  au  xvim'  un  i)uissant 
intérêt. 

II. 

En  a-t-on  déjà  fait  la  l'emarqm^  curieuse?  La  tombola 
(]ui  triomphe  de  nos  jours  en  divers  pays,  fut  longtemps 
supplantée  par  la  vraie  loterie,  à  laquelle  elle  avait 
donné  naissance. 

C'est  du  milieu  du  x\  11''  siècle  que  date  l'avènement  d'un 
système  spécial  de  la  loterie  appelé  bientôt  tontine,  du 
nom  de  Laurent  Tonti,  l'inventeur.  Ce  Tonti,  banquier 
florentin  à  idées    financières    hasardeuses,    se    rendit    en 


(';  (';illi('<lrak'  S'-Lainhert  :  Coiicliisioiis  capitulaires  du  11  mai  l'i);. 


—  265  — 

I-'i-aiicc  ctobliiil  en  i():">,'>,  iiii  cdil  loyal  raiilorisanl  à  ciM-rr 
la  Soc'iéti'  (le  la  Tonliiic  royale  11  h'agissait,  eu  .soiiiiiie, 
(l'émet tro  des  emprunts  sur  leiites  viagères,  (ra])rès  des 
bases  ])r()p()rti<)iin(''es  à  l'âge  des  rentiers,  le.-(puds  se  ti'ou- 
vaieiit  divis(''s  en  un  certain  nombre  de  classes  Lu  part 
d'un  défunt  profitait  aux  survivant»;,  de  sorte  que  le 
i-evenu  du  capital  des  rentes  finissait  i)ar  i)assei-  tout 
entier  au  dernier  vivant  de  la  classe.  L'ai)pui  (pie  leur 
prêta  Mazarin  ne  suffit  i)as  à  fair(^  réussir  les  routines, 
Louis  XIV  (pii  voulut  aussi  se  servir  de  cet  ex[)édient  sur 
une  vaste  échelle,  parvint,  par  ee  moyen,  à  doter  Paris  de 
pompes  à  incendie,  à  y  construire  l'église  St-Sulpice,  aiusi 
(pie  d'autres  édifices  religieux  et  hospitaliers,  voii-e  l'iiô- 
])ital  général,  où,  comme  on  l'a  dit,  les  «  rentiers  »  (pic  la 
tontine  avait  ruinés  trouvaient  un  grabat  pour  mourii-. 

La  mise  en  action  de  la  tontine,  rendit,  d'ailleurs,  à  la 
loterie  ({uehpie  ])eu  délaissée,  une  vitalité  nouvelle.  Si 
Louis  XIV,  afin  de  fournir  des  ressources  à  l'Etat,  oi"ga- 
nisa  une  loterie  de  lo  millions  de  livres,  dans  laquelle  le 
gros  lot  donnait  droit  à  une  rente  viagère  de  3oo,ooo  livres, 
l'Allemagne  ne  demeura  pas  en  arrière  et  rapp(da,  en  ce 
genre,  les  fastes  des  Romains.  En  1692,  elle  forma  une 
loterie  au  ca])ital  de  3o, 000, 000  ;  la  souscription  était  de 
20  fr,  minimum.  Citons  quehpies-uns  des  lots  :  une  ville 
entière,  29  villages,  un  palais  considéi-able,  00,000  arpents 
de  bois,  4,000  ai'pents  de  terre,  deux  manufactures  !  Hi-cf, 
])()ur  la  France  et  l'Allemagne,  comme  pour  l'Italie  et 
l'Angleterre,  la  loterie  constitua  le  plus  clair  des  revenus 
du  Trésor  publie. 

C'était  presque  partout  une  véritable  frénésie.  Ce  jeu 
prit  même  les  caractères  les  jdus  ridicules,  sui'tout  eu 
France. 

La  superstition  devait  fatalement  s'en  mêler.  Des  cir- 
constances les  plus  banales  on  s'effor(;ait  de  tii-er  la  révé- 
lation des  numéros  gagnants.  L'on  exi)loitait  évidemment 


-   2GG  - 

\r>.  songes  cl,  suivanl  les  rèvcs,  les  visioiiDiiires  préten- 
daient i)()ii\()ii'  iii(li(|uer  les  eliirrrcs  ap[)elés  à  soi^tir  au 
jtrocliaiu  tour  de  roue.  ^lais  les  systèmes  se  contredisaient 
à  (jui  mieux  mieux,  l^uliu,  des  livres  de  «  seci'ets  merveil- 
leux »  lançaient  <j;ravemeut  les  proeeclés  les  jdus  sau<'i"enus 
à  employer  en  l'oeeurrenee. 

r.es  lé<>islateurs  eux-mêmes  favorisèrent  la  lotei'ie.  En 
l'^ranee,  au  eommeueement  du  xviii''  siècle,  l'on  avait 
observé  (pie  le  sexe  faible  cédait  plus  aisément  (pie  le  sexe 
fort  à  la  tentation  de  la  fortune  fortuite.  Des  maris,  mé- 
contents à  bon  droit  des  folies  (pie  leurs  compagnes 
commettaient  ainsi  au  détriment  du  ménage,  voulurent  y 
mettre  le  holà,  [j'autorité  intervint  poui-  ])ermetti'e  aux 
femmes  mariées  (rac(piérir  des  billets  sans  le  consen- 
tement de  l'époux,  voire  de  jouir  et  de  disposer  elles- 
mêmes  librement  des  lots  (pii  leur  écherraient. 

On  alla  plus  loin  encore  dans  les  Pays-Bas  autrichiens, 
sous  le  règne  de  Marie-Thérèse.  Cette  impératrice,  étant  à 
(^ourt  d'argent  en  1708,  et  voulant  en  obtenir  an  moyen 
d'une  «  liOterie  royale»,  déclara,  i^ar  lettres  patentes 
datées  de  Vienne  le  6  février  1758,  ({ue,  nonobstant  tous 
édits,  ordonnances  et  coutumes  contraires,  les  deniers  des 
pupilles,  mineurs,  majorats  et  fondations  pieuses  pou- 
vaient être  employés  à  l'achat  des  billets.  En  outre,  les 
magistrats  et  administrateurs  des  corps  ecclésiastiques  et 
séculiers  étaient  autorisés  à  lever  à  frais  les  deniers 
nécessaires  à  l'achat  de  telle  (piantité  de  billets  (pi'ils 
jugeaient  utiles  ''). 

Nos  pères  eurent  le  bon  esprit  de  irim])orter  aucune  de 
ces  extravagances  au  pays  de  Liège.  Ici,  pourtant,  nous 
l'avons  dit,  la  loterie  avait  repris  faveur  vers  la  fin  du 
XVII**  siècle,  sous  des  foi'mes  diverses.  Un  des  jeux  de 
hasard  le  plus  en  vogue  à  Liège  même,  voilà  deux  cen- 

(*)  B'>»  J.  Th.  1)K  1\A.M)T  :  Xutice  sur  les  Luleries  en  Uelaitiue. 


-  oG;  - 

tailles  (raiinécs  est  (.leveiui  <l('[)uis  longloinps  un  jeu  cxclii- 
sivenient  eiil'anliti.  Il  consiste  à  pi(iiK'r  avec  une  ('•|)in;;lc 
les  tranches  'l'un  livre  fei-iné  en  lequel,  à  des  places  déter- 
minées, l'on  a  [)osé,  soit  des  billets  oauuants,  soit  —  c'est 
le  cas  pour  les  enfants  —  des  tulipes  ou  autres  lleurs. 
(^uand,  ce  (pii  se  produit  le  ])lus  souvent,  l'épingle  t'ait 
ouvrir  le  livre  à  des  pages  vides,  l'on  perd  ;  (piaud  elle 
rencontre  un  billet  ou  des  fleurs,  le  joueur  gagne.  Sei'ait-c(? 
de  là  que  viendrait  l'expression  «tirei*  son  épingle  du  jeu  »? 
(^uoi  qu'il  en  soit,  voici  en  quels  ternies  un  si)éi'ulateur  cpii 
s'autorisait  de  la  permission  du  Piince-Evèque  .Tosepli- 
Clément  de  Bavière  annonçait  la  mise  en  prati<pie  dans  la 
capitale  liégeoise,  d'une  partie  de  semblable  loterie,  (piil 
(jualifiait  encore  de  blHiKjue.  Nous  les  re[)roduisons  d'a[)iès 
un  prospectus  de  l'époque,  le  seul  (jui  subsiste  vi'aisembla- 
blement  et  qui  fait  partie  de  notre  colleetion  particulière  : 

«  Avec  Pkr.mission 
«  de  Son  AUesxe  Sérénissinie  L'Icctoriile 

«  Mkssielrs  ET  Dames,  vous  estes  advertis  ([uil  se  tient 
dans  cette  Ville  une  Blan<iue,  (pii  est  à  picquer  dans  un 
livre,  eousistaul  eu  toutes  sortes  de  beaux  Miroirs  dorez 
et  autres,  plusieurs  i)ièees  d'Argenteries  et  autres  Mar- 
chandises et  galanteries  de  France  et  d'Angleterre. 

«  L'on  picifue  chatiue  épingle  pour  un  demi  Kscaiin  et 
on  tire  pour  deux  Kscalins  Jamais  à  faute  ;  rcniai'(|ue  (pie 
le  moindre  jtrix  que  vous  tirerez  vaudra  votre  argent  ou 
le  Marchand  le  recevra  pour  ini  Kscaiin,  et  le  gros  ju-ix 
est  le  Cheval  d'Espagne  ou  20  Pistole  en  cas  de  relus,  le 
residù  à  proi)ortion. 

«  Elle  se  tient  ù  ih'stdile  blanche  (levier  le  l'.ihiis  où  les 
curieux  pourunt  s'iulresser  depuis  les  S  heures  du  matin 
jusqu'à  ()  heures  du  soir  tous  les  jours.  » 

C'étaient  là  de  simples  amusements  mercantiles.  Mais, 
à  la  même  époque,  Liège  devint  le  siège  de  loteries  de 
valeur,  très  sérieuses,  toutes  faites  dans  un  but  d'utilité 
publitjtu'  ou  religieux.  Ainsi,  en  l'année  1717,  dans  l'espoir 


—  tidS  — 

de  luilt'i'  rachèveincul  du  nouvel  lIoLel-de-Ville,  les  bourg- 
mestres et  le  Conseil  de  lu  CiLé  eom binèrent  une  vaste 
loterie  de  3()o,oo()  éeus,  divisée  en  24  classes  ou  loteries 
mensuelles  de  ^o.ooo  florins  de  Brabant  chacune.  Les 
primes  devaient  être  réparties  comme  snit  à  chaque  tirage  : 
une  de  5, 000  florins;  une  de  4><><><>;  wne  de  3, 000;  deux  de 
2,000;  quatre  de  1,000;  six  de  800;  dix  de  4<>o;  vingt  de  200; 
cinquante  de  100;  cent  de  5o  et  deux  cent  quarante  de 
3o  florins,  soit  en  tout  435  primes  important  5o, 000  florins. 
Le  bénéfice  que  la  Ville  eomptait  en  retirer  consistait 
dans  la  déduction  d'un  dixième  sur  tous  les  lots  gagnants. 
Le  succès  ne  couronna  pas  l'idée  financière  de  l'édilité 
liégeoise.  On  avait  eu  beau  fixer  le  prix  du  billet  à  un 
seul  florin  ;  le  chiffre  des  souscriptions  pour  le  i^i-emier 
tirage  n'atteignit  que  4<>><><><>  florins  au  lieu  de  5o,ooo,  bien 
qu'on  eût  procédé  au  tirage  le  17  juillet  1717,  à  la  place 
du  5  juillet. 

Pour  les  séries  ultérieures,  radministiation  dut  en 
réduire  considérablement  l'importance.  Ce  fut  en  vain. 
Le  deuxième  tirage  ne  se  fit  que  le  11  septembre.  iG,ooo 
billets  seulement,  de  quatre  escalins,  avaient  été  écoulés, 
tandis  qu'on  en  avait  jjrévu  4<»,o()o.  Les  autres  classes  ne 
réussirent  guère  mieux  (')  et  le  Conseil  n'eut  d'autre  alter- 
native, i)our  obtenir  les  fonds  nécessaires,  que  de  recourir 
à  des  emprunts  directs  à  3  j).  c.  environ. 

Faire  prospérer  la  tombola  présentait  d'autant  plus  de 
difficullé  pour  la  Ville  que  les  deux  années  i)récédentes,  une 
autre  souscription  avait  été  ouverte  en  vue  de  faciliter  la 
reconstruction  de  l'église  paroissiale  S'''-Aldegonde,  à  côté 
de  la  collégiale  S'-Denis.  Cette  souscription  traîna  aussi 
en  longueur.  Visiblement,  le  public  liégeois  se  méfiait  des 
loteries,    même    lorscju'elles    étaient    organisées    pai-    des 


(ij  Manuscrit  uâ^,  p.  5,  à  l'Uni vei'sité  de  Liège, 


—  liGç)  — • 

i^i'iis  (le  proliilc.  L;i  mise,  fixée  (riilionl  ;i  un  «liieai,  fui 
rédiiile,  en  I7i(>,  a  deux  esealins.  l'mir  eiile\cr  loiile 
craiiilc  an  |)iil)lie,  le  eiii-e  de  S'' -  A  Idegoiide  erni  nienic 
devoif  ])r()niet  t  rc  la  reslitntion  dn  d()iil)Ie  de  la  sonsei-ip- 
tion  si  le  tirage  ne  s'effeci  na  il  ])as  à  la  dale  iiMli(|née. 
Il  n'y  a\ait  i)as  moins  de  i'),()()()  prix  d'nn  inipoft  total  de 
l'io.ooo  floi'ins,  le  dixiènie  dncpH'l,  ici  encore,  formait  le 
IxMicfieo  de  l'inMix  l'e'  i)roielé('  '''. 

Tne  xiii^^taine  d'années  plus  tard,  en  I7')(i,  l'on  reeoiinil 
de  non\'eau  à  la  lotei'ie  poni'  recruter  les  fonds  nécessaires 
à  la  réédificalion  <le  l'église  paroissiale  S'-Georgcs,  rue 
Féronstrée.  Comme  sul)\ eut  ion.  la  Cite  sonsci'ivil  deux 
t'onts  billets  fixés  (diaeun  à  deux  florins  de  I>i-al)ant. 

Après  avoir  fait  servir  la  loterie  à  la  l'cconstruet  ion  de 
rilôtel-de-\'ille  et  d'édifiées  religieux,  il  fut  tente  de  la 
faire  eoopéi'er  à  l'érection  du  premier  théâtre  public 
de  Liège.  A  cette  lin,  le  prince  .lean-Tlièodore  de  Bavière, 
en  son  Conseil  privé,  accorda,  l'an  1746,  à  la  Chambre 
S'-.Iean-Baptiste,  (j[ui  C()m])renait  les  deux  anciens  métiers 
des  drapiers  et  des  retundeurs,  «  la  permission,  ih)\iv  le 
terme  de  vingt  années,  de  faire  et  collecter  une  loterie 
de  ()(),ooo  florins  de  Brabant  de  cai)ital  par  an,  ])armi  le 
denier  ordinaire  de  profit  qui  devra  être  applique  —  ])(>r- 
tait  l'acte  -  à  la  rédemption  des  argens  que  l'on  aura  jjris 
à  frais  pour  cette  enti'cprise  »  (■).  II  ne  fut  point  usé  de 
cette  autorisation,  la  Chambre  susdite  n'ayant  ])u  décou- 
vrir amateur  poui-  la  location  du  théâtre. 

Ce  qui  ne  manquait  pas  chez  nous,  c'étaient  des  tombo- 
las privées,  clandestines.  Celles-là  atteignaient  sûrement 


l'iXous  j)ublioiis  en  annexe  à  titre  de  si)écimen,  le  texte  d'un 
avis-rck'lame  distribué  en  faveur  de  cette  loterie.  Ce  ])rosi)eetus,  le 
seul  connu  actuellement,  fait  partie  de  notre  collection  i)articulière. 

i-)  Conseil  Privé  :  Dépêches,  rej;.  1745-174;),  1"  \-  \o.  aux  Archives 
de  l'Etat,  à  Liège. 


18 


—    270   — 

leur  but.  Toulc  i)t'rs(^iniic  ayant  un  nicnhlc  gênant  on  des 
marcliandisL's  cniban'assantcs,  les  mettait  en  loterie.  \'on- 
lant  eoiiper  court  à  la  multiplication  de  ces  opérations  ins-o- 
lites,lePrince  Georges-Louis  de  Berglies  lan('a,le  i8  lévrier 
173G,  un  édit  interdisant  sévèrement  les  loteries  pai-ti- 
culières  (').  Comme  il  n'en  était  guère  tenu  compte,  le 
Prince  revint  à  la  charge  le  5  février  i'Joq  et  déclai-a 
((  que  ceux  qui  contreviendront  à  la  défense,  de  même  <pie 
l'imprimeur  qui  en  »  aui'ait  (c  imprimé  les  plans  »  encour- 
raient a  outre  la  ])rivati()n  de  leur  métier  resi)ectif.  une 
amende  de  12  florins  d'or  »  ('). 

Malgré  ces  défenses  réitérées,  d'autres  violations  des 
règles  établies  se  produisirent,  d'où  nouvelle  intervention 
du  même  Prince  le  29  septembi'e  174'^  :  «  Ai)prenant  » 
expose-t-il  en  son  édit,  «  que  quantité  de  loteries  étran- 
gères se  publient,  s'impriment,  s'affichent  et  se  collectent 
dans  notre  capitale,  nos  villes  et  le  plat-pays,  sous  diffé- 
rents noms  souvent  inconnus  ou  peut-être  supposés,  sans 
avoir  fait  conster  de  leur  réalité,  et  sans  en  avoir  demandé 
ni  obtenu  ijréalablement  notre  permission  et  voulant... 
l)i'évenir  les  trom])eries  et  les  préjudices  que  le  public  en 
j)()urroit  souffi'ir,  nous  défendons...  d'annoncei",  faire 
annoncer,  imprimei-,  afficher  ou  collecter  aucune^  loterie 
étrangèi'c,  dans  toute  l'étendue  de  nos  Etats,  et  d'en  faire 
l)ublier  ou  distribuer  les  ])lans,  sans  notre  permission,  à 
peine  de  ."^o  l'ioi-ins  d'or  d'amende  »  (^). 

111. 

('('jx-ndant,  une  exploitation  de  hasard,  d'un  genre 
inconnu  jusipu'  là,  ayant  ])ris  naissance  en  l'^'i'ance,  tendait 


(ij  Conseil  Privé  :  Protocole,  rcg.  i-^\-\-.\i),  K  i."7.  —  Recueil  des 
Ordonnances  de  la  Pvincijtanlé  de  Liège,  s.  o,  t.  I,  j).  (iSS. 

C-j  1(1.  1(1.,  !•;.■),  reg.  i';.3.S-i74o,  K  i5().  —  Recueil  des  Ordonnances 
de  la  Principauté  de  Liège,  s.  3,  t.  I,  j),  ~'2'i. 

{^1  Recueil  des  Ordonnances  de  la  Principauté  de  Liège,  s.  3,  t.  I, 
p.  807. 


—  2:t  — 

;'i  ru\:iliir  les  jjays  a<ljiiccii ts.  d  Li'  <^i-an(l  ;ni  du  Jaisciir  «le 
loU'fic  '.  a  <'ciit  IJulTon,  «  est  de  [H'c-suntor  de  «^rossos 
soiiinics  a\  t'c  de  t  rrs  petites  ])r(>l)al)ilités  >;  '''.  Nul  ne  sa^■ait 
mieux  ap])!!»]!!!'!'  ee  ])iiiu-ip('  (pie  l'italion  Casanova.  Il  se 
l»résenta  à  Paris,  peu  a\aiit  le  unlieu  du  \\ m'"  siècle,  avec 
un  u()U\'eau  plan  de  loterie  basé  sur  les  combinaisons  (pu- 
])cuvent  l'ornier  entre  eux,  tous  les  nombres  i  à  9o,  et.  (jui 
se  retrouve  assez  bien  dans  noti-e  jeu  de  loto.  Si  l'amateur 
plaçait  une  [)etite  somme  apjxdée  mise  sui-  un  des  9o  nom- 
bres, il  jouait  Vextrait,  et  si  ce  nombre,  fixé  d'avance, 
sortait,  le  gain  était  d'ordinaire  de  i5  fois  la  mise.  L'umbe 
ou  la  mise  sur  deux  nombres  gagnait  270  pour  un  :  le  leine, 
sur  trois  nombres,  gagnait  5,5oo  pour  un  et  le  (juitlcrnc, 
mise  sur  quatre  nombres,  75,000  pour  un.  Faut-il  ajouter 
que  la  ehance  du  gain  était  exti'êmement  minime  i)our  le 
jonenr?  T.es  proportions  se  trouvaient  done  renversées  en 
laveur  de  l'administrateur  de  l'affaire.  Qu'il  suffise  de 
savoir  (pie  le  premiei-  tii'age  donna  2,000,000  de  livres,  sur 
laquelle  somme  Casanova  empoclia  pour  sa  part  ()0(),ooo 
livres.  D'ffet,  sans  doute,  de  l'amour  de  la  nouveauté,  le 
loto  i)assa  })romptement  à  Gènes,  à  Konu',  à  Venise,  à 
^filan,  à  Xaples,  à  Vienne.  Marie-Tlièi-èse  l'introduisit  en 
ses  provinees  des  Pays-Bas,  l'an  1760,  dans  le  l>ut  de  lui 
faire  dotei'  chaque  annc'c  ïo  à  (io  jeunes  filles  <le  ces  menues 
l)rovinces. 

Le  nouvean  mode  de  loterie  pénétra,  vei's  ce  moment, 
an  ])ays  de  Liège  et  y  fut  enij^loyè  maintes  fois: 

Tel  ne  fut  i)oint  le  système  adopté  i)ar  la  Société  d'étran- 
gers à  laquelle  le  Prince  Jean-Théodore  de  Bavière 
accorda,  en  1762,  la  permission  d'établir  tlans  la  priuei- 
Ijanté  une  loterie  sous  le  titre  Loterie  de  Lic\i>-e.  Vn  sicMir 
Sébastien  T'etit,  demeurant  rue  Vinâve  d'Ile,  en  était  le 
directeur.    Cette  entreprise  devait  se   composer   de    cent 

Cj  Homme,  Arithmétique  morale. 


mille  billets  de  5o  livres  de  France,  soit  un  capital  énorme 
(le  5  millions.  Il  était  convenu  <|ne  les  66,000  lois  ga;;i)aiits 
avec  les  huit  grosses  i)rimes  sortiraient  en  cinq  tirages 
écliclonnés  de  six  en  six  semaines,  tandis  (jue  les  billets 
s'acquittaient  en  cinq  termes.  Le  bénél'ice  avoué  des 
sociétaires  consistait  dans  les  10  pour  cent  à  retenir  sur 
la  valeur  des  lots  gagnants  et  des  primes. 

Le  premier  tirage  eut  lieu  le  1''''  juin  i7()2;  le  dernier, 
(jui  compi'emiil  les  neui' dixiènu's  du  ca])i1al  avait  été  fixé 
au  14  avril  1760.  Dans  l'intervalle,  Jean-Tbéodore  de 
Bavière  étant  trépassé,  l'administration  de  la  i)rinci])auté 
passa  au  chapitre  catliédral  sede  vaciintc.  L'attention  du 
chapitre  fut  attirée  promptement  sur  cette  grave  opération 
financière.  Il  apparut  à  ses  yeux  (jue  la  loterie  était  un 
véiitable  vide-bourse  des  habitants.  Après  en  avoir  fait 
examiner  les  conditions,  rapporte-t-on,  il  trouva  que  la 
société  n'avait  fourni  pour  tout  cautionnement  que  des 
lettres  de  change  des  sociétés  mêmes,  déposées  en  pays 
étrangers,  lettres  dont  la  validité  n'était  pas  constatée  et 
qui  n'importaient  que  le  modique  total  de  200.000  livres  : 
Le  corps  chapitrai  supprima  la  loterie  le  1''  mars  1763 
et  en  interdit  le  tirage.  Les  sotdétaires  recoururent  à 
la  Chambre  impériale  de  Wetzlaer  et  en  retirèi-ent  un 
mandement  en  leur  faveur.  Le  chapitre  le  croyant  obtenu 
par  siib  et  obreption,  n'y  eut  aucun  égard  et,  le  12  avril,  il 
renouvela  le  décret  de  suppression  de  la  loterie.  Les  socié- 
taires, frustrés  de  leurs  bénéfices,  intentèrent  un  procès 
en  dommages-intérêts  au  chapitre  devant  la  Chambre  de 
Wetzlaer  encore,  mais  ils  furent  déboutés  de  leur  demande 
quelques  années  plus  tard  (';. 

Les  idées,   en  cette  matière,  se  multipliaient  dès  lors. 
En    1739,    le    3   mars,   l'emprunt   à   primes,    tel   que  nous 


(')    Daris  :    Hisloije    du   Diocèse    el    de    ht    Principauté    de    Liège, 
i-:j^-i8'fj,  t.   I,  ]).  'lo'i. 


reiitendons  de  nos  jours  faisait  son  a|)[)arition  à  Bruxelles, 
sous  les  auspices  de  l'inapérati'ice  Marie-Thérèse.  Il  se 
montait  à  .'}  millions  un  (|uart  de  florins,  ré[)artis  en  lo.ooo 
obligations  pcn'tant  ■^  p.  c.  d'intérêt  i)endant  lo  ans  et 
garanties  par  les  Etats  de  Ijimbourg',  de  Luxembourg  et 
de  Hainaut.  (^^uant  aux  i)rimes,  il  y  en  avait  une  «h; 
So.ooo  florins,  une  de  20.000,  deux  de  8.000,  etc;.,  enfin 
8.5oo  obligations  étaient  remboursables  par  3oo  florins. 

La  loterie  la  [)lus  communément  pi-at i(|uée  au  pays  d(; 
Liège,  vers  ce  temps,  était  celle  (ju'on  (pialifiait  de  rn/le. 
11  s'agissait  plutôt  là  d'une  tombola  eu  i)etit  comité.  Un 
seul  objet  remarquable  se  trouvait  d'ordinaire  livre  au 
hasard  du  soi't,  auquel  ])renaitpart  un  cercle  très  restreint 
d'amateurs.  Ainsi,  en  février  1769,  fit-on  à  Uége,  une 
rafle  d'une  pompe  à  feu  (machine  à  vapeur)  en  cuixic 
rouge,  d'une  valeur  de  80  louis,  au  moyen  de  ^o  billets  à 
deux  louis  (').  C'était  souvent  le  possesseui"  ou  l'inventeur 
d'un  api)ai'eil  soit  précieux,  soit  curieux,  (jui  le  mettait  de 
la  sorte  en  lotei'ie.  Le  '2.3  nmrs  1770,  on  i)Ouvait  lire  l'avis 
ci-après  dans  la  Gazette  de  Liège  : 

a  II  se  raflera  le  3i  mars,  vers  les  5  heures  ai)res-iiiitli. 
chez  Messieurs  Soiroii,  derrière  Sf-Paul,  une  pendule  à 
carillon,  qui  joue  treize  airs  différents,  changeant  d'air  à 
clia(iue  heure  naturellement  ;  la  boete  est  garnie  en  bronze 
doré,  le  cadran  en  émaille  porte  112  pouces  de  grandeur, 
la  dite  i)ièce  est  divisée  en  35  billets  à  deux  louis  le  billet. 
Les  amateurs  i)Ourront  i)rendre  des  billets  chez  M.  Hoii'on, 
ou  chez  le  .s'  lionntn,  qui  en  est  l'artiste,  sous  la  Tour 
St-Lambert.  » 

Parfois,  le  Prince  autoi'isait  aussi  certains  marchands 
qui  voulaient  li(|uider  leurs  affaires,  à  se  débarrasser  des 
marchandises,  par  une  loterie.  Il  usa  de  ce  droit,  notam- 
ment   l'an     1774.    l'iivers    l'iioi'loger    liégeois    très    connu, 


1,'j  Gazelle  de  Liège  du  lô  février  i7'j<j- 


-  274  — 

Dieiidoiiiu'  S;ii-loii,  1(mju('1  fit  aniiDiicci'  iiiu'  «  lolorir  de 
pciulules  et  iiioiitres  tant  en  or  ({n'en  ar<;enl,  sous  rinsi)ee- 
tion  du  comte  de  Berlayniont  de  la  Chapelle,  eoininiss;ire 
nommé  d'autorité  ])rincipale  l'j  )>. 

Les  particuliers  n'obtenaient  point  seuls  des  octrois  de 
loteries.  Divers  couvents  en  re(;iirent  également  à  la  niènie 
époque.  Les  Frères  Mineui's  de  la  rue  llors-Chàteau  n'en 
organisèrent  pas  moins  de  trois.  La  troisième  eut  lieu  en 
1765  et  se  divisa  en  trois  classes  ou  tirages,  (pii  se  taisaient 
dans  la  cour  du  couvent.  Le  ])rieu!é  du  l'aul)()urg"  Saint- 
Léonard  organisa  de  même  une  loterie  en  1765.  On  y 
gagnait  «  3oo  lots  d'assurance  »  (jui  jouaient  «  gratis  dans 
la  classe  de  faveur  ». 

Ce  qui  i)ullidait  alors  dans  la  priuci])auté ,  c'étaient 
les  réclames  et  sollicitations  de  tous  genres  pour  les  lote- 
ries étrangères.  En  l'année  1765,  pour  ne  citer  que  celle-là, 
on  exploitait  i)ul)liquement  à  Liège  les  loteries  suivantes  : 
Loterie  impériale  et  royale  des  Pays-l^as  ;  —  loterie  du 
comté  de  Bouchoven,  entre  Bois  le  Duc  et  (Jorcuni,  con- 
sistant en  (c  10.000  lots,  5.000  prix  remportans  et  48  récom- 
penses ))  avec  mises  de  2  floi'ins  argent  de  Hollande,  de  3, 
de  6  florins,  etc.,  suivant  les  tirages;  —  loterie  de  lîoliil- 
mersdorf,  en  Franconie;  —  loterie  électorale  palatine  de 
Mannlicim,  avec  dépôt  de  3oo.ooo  flor.  d'empire  ;  — loteries 
(le  la  ville  de  Oemen  ;  —  de  Ravestein;  —  de  Dortmund; 
—  loterie  électoi'ale  de  Cologne  «  avec  dépôt  de  100.000  l'io- 
riiis  de  France  (sic)  et  autant  de  gagnants  (pie  de  ])ei'- 
dants  »,  etc. 

Ii^lles  se  continuèrent  non   moins  nombreuses  les  années 


('j  La  distribution  des  billets  ne  semble  pas  avoir  obtenu  grand 
succès,  car  après  quelciues  mois  d'attente,  Sarton  annon(;a  (lue  le 
tiraj^e  de  la  loterie  ne  se  leraK  pas;  il  i-emboursa  le  prix  des  l-illcis 
(b'iivrés  cl  vendit  ses  marchandises  au  prix  coulanl  '(i:i:cllc  de 
/.{('••■e  des  II  avril  et  17  août  1770,. 


ullt'i'iciircs.  I']rt'r;iy(''  de  leur  uiiiKiplicid'-  cl  des  (h'-hordrcs 
(ju'cllos  aiiiciiaiciit  dans  les  riiuinccs  pi'ivccs  l'i,  le  Prince 
Charles  d'Oultrenioni,  par  édit  du  29  avril  1771,  interdit  la 
colleete  de  la  plupart  d'entre  elles,  même  de  celle  concédée 
au  i)rieuré  S'-Léonard  1''.  Tue  autre  raison  Tineitait  à  agir, 
il  a\ait  ouvert  à  son  tour  uiu'  loterie  de  bienfaisance  dans 
toute  la  princi[)auté,  en  laveur  de  l'établissement  d'un 
liôpital  général  destiné  à  mettre  un  terme  à  la  plaie  de  la 
mendicité.  S'il  fit  exception,  dans  son  édit  d'interdiction, 
pour  les  loteries  de  Cologne,  de  Mannheim  et  de  quelques 
autres,  c'est  parce  qu'il  savait  que  la  lotei'ie  liégeoise 
jouirait  dans  les  lieux  d'où  elles  énumaient,  du  droit  de 
réciprocité.  C'est  le  20  mars  [)récédent  (^)  que  Son  Altesse 
avait  octroyé  aux  Etats  le  privilège  de  se  servir  d'une 
loterie  pendant  cinq  ans  dans  le  but  indiqué  (*'.  Elle 
comprenait  un  capital  de  340.000  florins,  partagé  en 
«  10.000  lots  gagnans  et  36  primes  ».  Son  succès  fut  très 
l)ai'tiel  ;  elle  n'était  })oint  à  son  terme  en  1779. 


(1)  On  f()ni|)t;iil,  eu  l'i'n  ,  que  lu  loterie  iiéiioise,  celles  de 
Mannheiiu,  de  Mayeiiee,  d'Au^sbonri;,  «le  Visbourj;,  de  Paris,  etc., 
enlevaient  plus  de  4<JOOoo  l'Ior.  annuellement  du  i)a\s  de  Liéye. 
(Etat  primaire,  rey.  Loteries.  K  228,  années  17G5-1771,  aux  Aroliives 
de  l'Etat.) 

(-1  Par  une  ordonnance  du  i-  juin  1771,  complétée  i)ar  ledit  du 
jo  octobre  suivant,  Charles  d'Oultremont  exiy:ea,  en  outre,  que  tous 
les  collecteurs  et  distributeurs  de  billets  de  loteries  étrangères 
autorisées  se  lissent  connaître  «  au  bureau  général  de  la  loterie 
octrovée  à  ses  Etats  du  pays  de  Liège  et  comté  de  Looz  ». 

Un  autre  édit  déclara  toutefois  (juc  l'interdiction  ne  deviendrait 
exécutoire  qu'après  le  plus  i)roehain  tii-age  des  loteries. 

(•')  Etat  primaire,  reg.  17G5-1771,  K  228,  aux  Archives  de  l'Etat, 
à  Liège. 

(')  lu  mandement  du  cliapitre  cathédral  sede  vnennie ,  du 
'A\  octolire  1771,  autorisa  la  contiiuiation  delà  loterie  (Cathédrale  ; 
Décrets  et  (  )r<Io]iii;nices,  reg.    1771-1772,   E  274,  /;)  fine). 


-  276  - 

En  attendant,  malgré  les  défenses  formelles,  les  loteries 
étrangères  se  répandaient  de  plus  belle,  dans  le  pays,  voii'e 
en  se  servant  indireetenient  de  la  «  Loterie  de  Liège 
octroyée  par  Son  Altesse,  sous  la  direction  et  garantie 
des  Etats))'').  En  vertu  (run  cdit  du  pi'inee  Velbruek,  du 
4  février  1779,  cette  loterie  se  fit  sous  forme  de  loto  avec 
les  combinaisons  d'extraits,  ambes,  ternes  et  (puidernes  ('-). 
Les  abus  ne  cessèrent  point,  même  après  les  nouvelles  dé- 
cisions prohibitives  prises  ])arle  I*rince  Velbruek  en  dates 
des  3i  mai  et  25  octobre  1779.  Au  contraire,  ils  s'aggra- 
vèrent, comme  le  Prince  le  constata  lui-même  dans  une 
dernière  ordonnance  contre  les  loteries  étrangères,  publiée 
le  16  février  1782.  Dans  le  style  prolixe  de  l'époque,  il 
signale  ces  personnes  qui  osaient  forjner  «  à  l'instar  du 
bureau  général  ])av  nous  octroyé  )),  écrit  le  chef  de  l'Etat, 
«  des  bureaux  particuliers  et  d'autorité  privée,  soit  par 
association  ou  autrement,  en  établissant  des  collecteurs 
et  rece\ant,  sous  divers  noms  empruntés,  des  jeux  (ou 
mises)  sur  toutes  sortes  d'instituts,  et  même  sur  les  nôtres, 
])oussant  l'audace  jusqu'à  vouloir  séduire  et  engager  sous 
l'appât  d'un  gain,  les  collecteurs  autorisés  par  l'Adminis- 
tration générale  des  lotos  de  notre  principauté  à  leur 
remettre  leurs  jeux  et  listes,  et  à  manquer  ainsi  à  la  foi  de 
leur  engagement,  ce  qui  n'est  déjà  que  trop  souvent  arrivé 
au  grand  préjudice  de  ceux  (pii,  à  rai)pui  de  la  garantie 
])u1)li(pie  dont  tout  collecteur  autorisé  et  fidèle  est  muni, 
sont   dans  le  cas  d(^  confier  leurs  jeux  à  des  collecteurs 


l'j  Les  tirages  de  cette  dernière  se  faisaient  parfois  à  l'Hôtel  des 
Etats,  à  Liège,  parfois  à  l'Hôtel-de- Ville,  en  i)rèsence  de  l'Adminis- 
trateur général,  de  deux  conseillers  de  la  cité  et  d'un  notaire.  Des 
tirages  avaient  lieu  aussi  à  Huy,  à  llasselt,  et  à  Verviers.  La  mise, 
en  T7"H,  était  de  22  fl    to  ;  mais,  en  i;S'},  il  y  en  a\nit  à  un  l'ioi-in. 

('-')  Voir  à  Fiinnexe  II  le  texte  irmie  rcclîiuic  de  l'an  17;;»,  ilonl 
l'oriniiial  fait  ])artie  de  notre  t'ollection  i)articulière. 


—  277   - 

privés,  (|tii  ;il)iisc!i(  de  leur  coiitiaiicc  et  de  celle  du  piildie, 
on  luciiie  temps  (ju'ils  Hian(|ueiit  à  hi  loi  de  leur  eoiiti-iil 
avec  radniiuistration  générale  autorisée  ('   ». 

De  temps  à  autre  seulemeni,  on  Noy.iil  surgir  des  tom- 
bolas si)éeiales,  indigènes,  (pii  méritaient  recdlenu-nt  d'être 
eneouragées.  ("avait  été  le  cas  i)our  la  loterie  de  l'hôpital 
général;  ee  le  fut  encore  pour  la  i)etite  tombola  organisée 
eu  1780  par  la  Société  libre  (rKmulation  au  i)rol"it  des 
artistes  liégeois.  Toujours  heui-eux  de  témoigiu'i'  de  l'inté- 
rêt qu'il  attachait  aux  beaux-arts,  le  Prince  N'elbinudc 
envoya  10  louis,  tandis  que  les  particuliers  souscrivii'ent 
1200  billets  à  un  petit  écu.  Le  total,  soit  3. 120  florins,  fut 
employé  à  l'achat  de  difféi'entes  œuvres  dues  à  des  artistes 
liégeois  de  genres  variés,  œuvres  destinées  à  servir  de 
prix  aux  tirages  du  i'-'  et  du  2  avril  de  la  même  année  »-». 

Ces  utiles  tombolas  formaient  malheureusement  des 
exeeptions.  Pour  mettre  fin  aux  scandales  dont  les  loteries 
en  général  étaient  l'objet,  il  n'existait  (ju'un  moyen.  C'est 
eelui  qui  fut  employé  immédiatement  aj^rès  la  mort  du 
])riuce  Velbruck.  A  Stavelot,  le  26  janvier  1780,  un  man- 
dement du  i)rinee  Abbé  Jacques  de  Hubin,  interdit 
d'exposer  en  loterie  ou  ])ar  une  autre  voie  du  sort,  des 
marchandises,  meubles,  bètes  et  objets  quelconques  ■''). 
A  Liège,  on  avait  ])ris  les  devants  et  d'une  façon  ])lus 
catégorique.  Le  ])rince  Wdbruek  mourut,  on  le  sait,  le 
3o  avril  1784  (^uehpies  jours  ])lus  tard,  le  7  mai  ])oui'  éti-e 
])lus  i)récis,  le  chapitre  cathédral  administrant  le  pays 
sede  vacante,  publiait  un  édit  défendant  formellement 
l'organisation  ou  la  collecte  de  toutes  espèces  de  lotos  et 


(')  Recueil  des  Ordonnances  de  lu  Principanlé  de  Liéi^e,  s.  ">,  t.  II, 
]..  871. 

(-')  Nous  i)nblions  en  annexe  (n"  TII)  la  liste  <le!^  objets  ai-lie1es, 
avec  les  noms  des  artistes,  telle  quelle  lut  ilressée  à  ré])0(jue. 

(^)  Vn,LERS,  Codex  Stabulelo  Malmundarius,  p.  1127. 


<k'  loteries  dans  le  paxs  de  Liège  a  sous  peine  res])eelive 
de  eonliscatioii  des  billets,  et  d'une  amende  de  lo  florins 
d'or,  ])ayal)]e  à  raison  de  cluKiue  billet  par  tout  eolleeteur, 
vendeui'  ou  disti-ibuteui- (^')  ». 

Cette  fois,  si  eei'taiiis  spéeulateurs  i)ar\  inrent  eneore  à 
éluder  les  défenses  porté(;s,  en  établissant  le  siège  de  leur 
jeu  sur  un  territoire  voisin,  à  Otliée  par  exemple,  qui  ne 
relevait  pas  du  pays  de  Liège,  ee  furent  là  des  exceptions. 
Les  loteries  générales  avaient  vécu  dans  notre  prinei- 
l)autè.  Tout  au  i)lus,  fut-on  encore  témoin  de  l'une  ou 
l'autre  i)etite  t()ml)ola  (juc  le  Prince  Hoensbroeek  per- 
mettait, très  rarement  d'ailleurs,  afin  d'aider  l'un  ou 
l'auti'c  artiste.  Le  ])eintre  Aubéei)ut  se  dèfaii'e  de  la  sorte 
en  juin  1789,  de  nuiints  de  ses  tableaux.  Ils  furent  mis  en 
loterie  au  ])rix  d'un  petit  écu  par  billet  r) 

En  France,  au  contraire,  les  loteries  allaient  leur  })lein. 
Un  arrêt  du  Conseil  d'Etat,  en  date  du  00  juin  1776,  avait, 
il  est  vi'ai,  sui)i)rimè  toutes  les  loteries  pai'ticulières; 
mais  le  but  véritable  était  de  favoriser  la  création,  la 
même  année,  d'une  vaste  opération  financière  sous  la 
dénomination  :  «  Loterie  royale  de  France  ».  C'était  une 
spéculation  immorale  cpii  l'apportait  chaque  année  de 
nombreux  millions  à  la  caisse  de  l'Etat,  et  qui  faisait 
rougir  de  honte  les  hommes  mêmes  chargés  de  l'adminis- 
trer ("i,  à  la  veille  des  événements  sociaux  de  1789. 


f)  liecncil  des  Ordonnances  de  lu  PiincipauLé  de  Liège,  s.  3,  1.  II, 
]).  S<)o. 

f-j  Gazette  de  Liège  (hi  s»)  mai  i^Sj) 

(■^)  Dans  .son  rapport  au  Roi,  le  Contrôleur  général  de  la  Loterie 
(lisait  en  1788  :  «  C'est  toujours  avec  peine  que  V.  M.  reçoit  le  compte 
(le  cette  partie  de  ses  revenus,  mais  le  goût  cffriiné  du  public  pour 
cette  espèce  de  jeu  et  l'ardeur  avec  latpielle  il  porterait  des  sommes 
consid(*ral)les  aux  loteries  ('(i'an<ïères,  s'il  n'en  existait  ])oint  en 
l'raiicc,  ne  permeUenl  point  ;"i  \'.  M.  de  ])r<*n(h'e  le  i)arti  (jue  toutes 
les  considiirations  morales  ou  ])oliti(pu's  lui  inspireraient  ». 


-    ^70  — 

IV. 

A  peine  l:i  Révolution  fiit-ellc  piot-hiniée  à  Lié^e  que.  à 
l'eneonlre  tloK  lois  existantes,  la  i)i()))agande  des  lotei'iew 
étrungèi'es  i-(^[)rit  avec  un  entrain  nouveau.  Clie/  nos 
voisins  du  Sud,  ces  loteries  lurent  proliibées,  ainsi  <iue  les 
tombolas  particulières  ;  mais  la  Lotei'ie  l'oyale  subsista. 
Son  maintien  lut  même  eonsaeié  orfieiellenient  par  un 
déeret  du  u8  Dendéniinire  un  II  (19  octobre  1793)  ;  mais  se 
ravisant  bientôt,  la  (Convention  nationale,  i)ar  un  déeret 
des  25-20  briunaini  un  II  { i.'viti  no\  enil)re  179'))  —  publié  en 
l^elgique  le  0  thermidor  an  T  (24. juillet  1797)  —  puis  sur 
le  rapport  de  M.  de  Talleyrand,  lequel  déelai-ait  la  loterie 
((  [)lus  immorale  que  le  biribi  »,  supprima  la  Loterie 
nationale. 

A  vrai  dire,  la  loterie  subit  alors  les  soubresauts  géné- 
raux de  l'époque.  Cinq  mois  après  cette  prohibition  de  la 
Loterie  nationale,  le  2  germinal  an  II  (22  mars  1794)1  un 
autre  déeret  ne  lui  substituait-elle  pas  la  loterie  dite  des 
biens  nationaux?  Il  s'agissait  d'aliéner  désoiMuais  i)ar  mode 
de  loteries,  toutes  les  nuiisons  et  tous  les  biens  appartenant 
à  l'Etat.  Cette  mesure  n'eut  pas  plus  de  fixité  que  les  ])ré- 
cédentes.  Elle  n'eut  même  point  d'exécution,  chez  nous 
en  tout  cas. 

Un  nouveau  changement  s'annon(;a  au  bout  de  peu  de 
ternies.  L'art.  90  de  la  loi  du  g  vendémiaire  an  VI  (00  sep- 
tembre 1797)  releva  l'ancienne  loterie  de  l'Etat,  (|u'un 
arrêté  du  j-  vendémiaire  (8  octobre)  suivant  réorganisa, 
sous  h^  nom  de  «  Loterie  nationale  »,  en  lui  donnant  jjIus 
de  développement  (jue  jamais.  Au  lieu  de  deux  tirages 
mensuels  qu'elle  avait  sous  la  royauté,  elle  allait  en  avoir 
i5  tous  les  mois. 

Voici  les  noms  des  receveurs  de  cette  institution  nom- 
més ])our  le  dé])artement  de  l'Ourthe  : 

A  Liège,  les  citoyens  Devillers,  Dugucl,  Nicpict,  Ilaleng, 
imprimeur,  et  Dantliinne,  aîné; 


—   28o  — 

A  Vcioiers,  le  citoyen  Decliainps^; 
.1  Limbourg,  le  citoyen  Lonliienne  ; 
,1  Ilny,  le  citoyen  Guérin; 
,4  Visé,  le  citoyen  Sartoi'ius. 

L'F-nii)ire  connut  l'cttc  loterie  d'État  sous  la  qualifica- 
tion d'impériale,  désignation  transformée  en  roj'a/e,  à  la 
restauration  de  la  nionarcliie  légitimiste  en  i8i5,  jusqu'à 
l'abolition  définitive  à  la  date  du  i''''  janvier  i836.  Dix  ans 
auparavant,  la  loterie  avait  aussi  fini  de  vivre  officielle- 
ment en  Angleterre. 

Chez  nous,  tandis  qu'il  interdisait  les  loteries  étrangères 
ou  i)articulières,  le  Régime  hollandais  avait  remis  en 
honneur,  on  mieux  en  vigueur,  la  loterie  d'Etat  sons  l'ap- 
ix'llation  <(  Loterie  de  la  Belgique  »,  i)ar  l'arrêté  des  com- 
missaires généraux  du  8  mai's  i8i4-  Ce  jeu  officiel  ne 
survécut  ])as  à  la  domination  du  roi  Guillaume. 

A  peine  la  Révolution  de  i83o  avait-elle  été  proclamée 
que,  par  un  arrêté  du  i3  octobre,  le  Gouvernement  provi- 
soire abolissait  radicalement  la  loterie  nationale  «  comme 
établissant  un  impôt  immoral  et  onéi'eux  sur  le  ])euple  ». 

Quant  à  la  question  des  loteries  en  général,  elle  a  été 
réglée  parla  loi  du  3i  décembre  i85r,  et  par  les  articles 
3()2  à  3o4  du  Code  pénal  de  1867,  substitués  aux  articles  3 
à  6  de  la  dite  loi.  lui  somme,  les  loteries  sont  interdites, 
à  l'exception  de  celles  exclusivement  affectées  à  des  actes 
de  piété  ou  de  bienfaisance,  à  rencouragement  de  l'indus- 
trie et  des  beaux-arts,  ou  encore  d'œuvres  d'utilité  pu- 
blique; à  condition  que  ces  loteries  aient  été  autorisées  au 
préalable  soit  i)ar  le  Collège  échevinal,  soit  par  la  Déi)U- 
lation  permanente,  soit  par  le  Roi,  suivant  le  rayon  dans 
liMjuel  on  v(uit  les  établir  :  la  commune,  la  ])rovince  ou  le 
l'oyaunic. 

TllKOl).   (JoBKHT. 


ANNEXE  I 

.1   lu  plus  ^rnnde  gloire  de  Dieu  et  de  lu  très  suinte 
Vierge,  Refiig-e  des  Péelwurs. 

LOTERIE 

ESTARLIE    POUR   LA    RÉÉDIFICATION     I)K    l/E(;LISK 

PAROISSIALE  DE  S"'-Ali)e<;oxi)e  EN  Lik<;k 


Le  Curé  de  S'^'-Aldegonde  ne  sonhaitant  rien  tant  que 
de  finir  une  fois  la  Loterie  établie  par  S.  A.  S.  K.,  pour 
la  réédification  de  son  église,  et  j^révoiant  qu'elle  ti-aîne- 
rait  encore  en  longueur  au  préjudice  des  particuliers  (]ui 
y  ont  mis,  en  la  laissant  sur  le  pied  d'un  Ducaton  le  Billet, 
déclare  que  la  dite  Loterie  sera  remise  sur  le  pied  de  deux 
escalins  le  Billet  sans  diminuer  aucun  des  gros  Lots  du 
Plan  à  un  Ducaton,  et  le  dixième  sera  bon,  ainsi  qu'il  est 
à  voir  par  le  plan  sous-inséré,  ce  qui  donnera  uue  facilité 
entière  à  tout  le  monde  d'y  prendre  part  :  C'est  pourquoi 
l'on  espèi-e  que  le  Public  concourra  d'autant  plus  volon- 
tiers à  la  remplir,  que  le  tantième  en  provenant  doit  servir 
à  bâtir  une  Demeure  au  Seigneur  et  que  les  Ris([uans 
auront  toujours  quelques  mérites  devant  Dieu  quand 
même  le  sort  viendroit  à  ne  pas  leur  être  favorable  :  Et 
pour  contribuer,  autant  qu'il  est  possible  à  l'avancement 
de  la  dite  Loterie,  l'on  donnera  deux  pour  cent  à  ceux  (pii 


—    282    — 

prendront  cent  Billets  à  la  l'ois.  Ainsi  l'on  exhorte  eenx 
(|iii  vcnlcnt  y  risquer,  de  le  l'aire  iiieessaniuient  et  sans 
délai,  piiis(|u'on  la  tirera  inlailliblenient  et  sans  iXMuise 
ultérieure  au  lu  Décembre  [)roehain  à  i)eine  de  double 
l'estitution.  Et  eomme  beaucoup  de  personnes  ont  pi'is 
des  Juillets  à  nn  Dueaton,  on  leur  rendra  cinq  Billets  à  la 
place,  ou  l'argent  s'ils  le  souhaitent  :  Et  afin  que  la  dite 
Loterie  se  tire  au  tenis  fixé,  le  dit  Curé  constituera  deux 
personnes  pour  aller  de  maison  en  maison  collecter  les 
Billets  que  l'on  souhaitera  d'y  mettre. 

Plan  de  la  nrrK  Loterie. 


I  de  4f>0" 4-^*<^f^ 

20  de  looo 20.000 

20  de     5oo 10.000 

24  de     3oo 7.200 

200 5.600 

r. 


28  de 
40  de 
55  de 
Go  de 
90  de 


100 4.000 

80 4-4**** 

60 o.Goo 

5o 4-5<^*o 


i5o  de  40 G. 000 

172  de  3o 5.160 

200  de  20 4-o^^f) 

3oo  de  i5 4*5oo 

1000  de  10 10.000 

3976  de    5 19.880 

G864  de    2  '/s 17.260 


10.000  prix 


i3o.ooo  fl. 


Hors  desquels  ])T'ix  on  i-etiendra  un  dixième  poui"  bâtir 
l'Eglise  susdite. 

Les  collecteurs  à  Liéu'c 


Dans  la  maison  Pastorale, 

Le  s''  Sauveur,  dans  sa  maison  en  Souverain  Pont  et  à 
la  grande  Halle, 

Le  s''  Stephani,  dans  sa  maison  en  la  rue  du  ^'erdbois, 
et  au  Comptoir  du  Bi'az,  sur  la  Batte, 

Et  le  s''  Velar,  au  coin  de  Souverain  Pont, 


ANNEXE   II 

PLAN 
DES    LOTOS 

de  lu 

PUIXC'IPAITK    DE    LIÉ(;K 

SOUS     LA     l'ROTKCTIOX     ET     (JARANTIK 

DE   Son  Altesse  Celsjssime 

En  verlii  d'un  dépôt  réel  el  inaltérable  de  cent  mille  //"  /)/)'  de  Liéf^v, 
lequel  est  entre  les  m.iins  de  M""'  la  Douairière  de  Cradi  de 
Horion,  etc.,  et,  en  outre,  d'une  somme  de  cinquante  mille  florins 
en    espèces   déjiosée  dans   la   caisse  de   l'Administration. 


Ce  Lotto  établi  sur  les  pi-incipes  rôiulamentaux  do  «'(jlni 
de  Gènes  et  de  la  plupart  des  antres  (]ni  Font  snivi,  con- 
siste en  quatre-vingt-dix  nombres  depnis  i  à  90. 

De  ces  90  numéros  mis  successivement  et  par  ordre  dans 
un  étui  séparé,  et  renfermés  de  suite  publiquement  et  tour 
à  tour  dans  une  roue  de  fortune,  l'on  en  tire  à  elia(jue 
tirage  cinq  l'un  après  l'autre  qui  prescrivent  le  gain  ou  la 
perte  de  tous  les  intéressés. 

De  trois  en  trois  semaines  on  procédera  à  un  nouveau 
tirage,  chaque  personne  aui-a  donc  l'occasion  de  tenter 
souvent  fortune. 

La  grande  simplicité  de  l'opération  publique  du  tirage 
répond  de  la  fidélité  qui  y  sera  observée. 


-  284  - 

Le  premier  tirage  du  Lotto  dans  la  ville  de  Liège  sera 
exécuté  le  27  avril  1779;  les  épu({ue.s  de  ceux  (|ui  se  feront 
dans  d'autres  villes  du  pays  seront  aussi  annoncées  suc- 
cessivement. 

Chacun  est  maître  du  choix  de  ses  nombres,  chacun  est 
libre  d'en  Fixer  la  quantité;  cliacun,  enfin  peut,  à  son  gré, 
faire  la  distribution  des  mises  et  donner,  à  son  billet,  le 
prix  (juil  désire. 

Cette  loterie  offre  différentes  combinaisons,  différents 
jeux,  et  différentes  manières  de  tenter  fortune,  elles  ont 
chacune  leur  dénomination  particulière  ;  savoir,  l'Extrait 
déterminé,  Extrait  simple,  Ambe,  Terne  et  Quaderne. 

l<]xtrait  déterminé,  c'est  parier  cpic  tel  nombre  sortira 
de  la  roue  de  fortune  ou  le  premier,  ou  le  second,  ou  le 
troisième,  ou  le  quatrième,  ou  le  cinquième. 

On  a  gagné  un  Extrait  déterminé  lorsqu'on  a  deviné 
l'ordre  de  sortie  d'un  des  cinq  luunéros  extraits  de  la  roue. 

Chaque  Extrait  déterminé  rend  septante-cinq  fois  ce 
(ju'on  y  a  placé  ;  hi  Lotterie  reçoit  par  Exti-ait  déterminé 
depuis  dix  sols  jusqu'à  cinquante  floi-ins  de  Liège. 

L'Extrait  simple  est  la  rencontre  d'un  ou  de  i)lusieurs 
nombres. 

Celui-ci  a  gagné  un  Extrait  qui  a  deviné  un  des  cinq 
numéros  qui  sortent. 

Chaque  Extrait  est  payé  quinze  fois  ce  qu'on  a  mis 
dessus. 

La  Lotterie  accepte,  par  Extrait  simple  depuis  un  sol 
jusqu'à  mille  florins. 

L'Ambe  est  la  rencontre  de  deux  numéros  ;  celui-là  a 
gagné  une  Ambe  qui  a  deviné  deux  numéros  des  cinq 
sortis;  chaque  Ambe  reçoit  deux  cents  soixante  et  dix  fois 
ce  qu'on  a  mis  dessus. 

La  Lotterie  accepte,  par  Ambe,  depuis  un  sol  jusqu'à 
soixante  florins. 

Le  Terne  est  la  rencontre   des   trois   numéros   :   on   a 


—  28,-^  — 


gagne  un  'rci'iic,  lorsqu'on  a  (k;\iné  trois  numùro.s  des  einq 
sortiii. 

Chaque  Terne  ])r()dui(  einq  mille  trois  eents  fois  ee  qu'on 
y  a  plaeés. 

La  Lottei'ie  reeoifc,  par  Terne,  depuis  un  sol  jusqu'à 
vingt  florins. 

Le  Quaderne  est  la  rencontre  de  quatre  nombres  ;  on  a 
gagné  un  Quaderne  lorsqu'on  a  deviné  quatre  numéros  des 
cinq  sortis  ;  chaque  Quaderne  rend  soixante  mille  fois  ce 
qu'on  y  a  placé. 

La  Lotterie  reçoit  par  Quaderne  depuis  un  sol  jusqu'à 
vingt  sols. 

Comme  l'on  ne  peut  connaître  l'importance  du  billet  que 
l'on  veut  jouer,  qu'en  connaissant  la  quantité  d'Extraits, 
d'Ambes,  Ternes  et  Quadernes  qui  résultent  de  la  quantité 
des  numéros  que  l'on  a  choisis,  nous  donnons  ici,  à  cet 
effet,  la  table  de  progression  que  nous  avons  poussée  à 
dix-huit  numéros. 


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J,es  lots  seront  accjuittés  sur  le  inèiiic  pied  (jiic  In  mise  ; 
sans  retenue  quelconque  ni  admission  d'aucun  arrêt  dans 
le  même  bureau  où  le  ponte  aura  payé  sa  mise  et  cela  ne 
se  fera  que  conl'orinément  aux  listes  originales  envoyées 
par  les  receveurs  à  l'Administration  établie  à  Liège. 

De  sorte  (jue  si  un  receveur,  par  inadvertence  ou  autre- 
ment, auroit  omis  d'enregistrer  dans  sa  liste  un  jeu,  un 
ou  plusieurs  numéros,  ou  posé  d'autres  que  ceux  choisis, 
en  tout  événement  l'on  devra  s'en  rai)])()rtei-  à  la  liste  ori- 
ginale du  receveur,  et  s'j^  conformer,  et  le  ])()nte  ne  i)ourra 
en  aucun  cas  s'en  prendre  à  l'Administration. 

Et  si  par  la  difformité  des  Chiffres,  il  venoit  à  naître 
(piehpie  doute  sur  un  nombre  et  que  le  temps  ne  })ermit 
})as  d'en  avertir  le  receveur,  alors  il  devra  s'en  tenir  à 
l'interprétation  du  réviseur  sermenté. 

C'est  pourquoi  l'on  exhorte  les  receveurs  à  prendre^  soin 
(pie  leurs  chiffres  soient  bien  formés,  enregistrés  selon 
leurs  rangs  et  d'apporter  dans  la  formation  de  leurs  listes 
tout  l'ordre  et  la  propreté  possible. 

Pour  l'ordre  de  <'om])tabilité  l'on  avertit  ceux  qui  auront 
gagné,  de  i'é])éter  leurs  lots  dans  l'espace  de  deux  mois  à 
dater  du  jour  de  chaque  tirage,  parce  que,  ])assé  ce  terme, 
ils  seront  nuls  et  comme  non  arrivés. 

Toute  liste  ou  note  des  jeux  arrivés  au  Bureau  général 
de  l'Administration  après  le  tirage,  ne  pourra  être  admise 
dans  aucun  cas  ;  c'est  pourquoi  on  prie  MM.  les  pai'ti- 
culiei's  ainsi  ([ne  les  receveurs  de  s'empresser  toujours  à 
expédie^'  leurs  jeux  de  bonne  heure. 

L'on  ne  fera  que  très  i-arement  usage-  de  la  clôtui-e  des 
numéros  et  de  la  restriction  des  mises  ;  l'on  ne  les  em- 
l)loyera  même  qu'autant  que  la  solidité  et  l'honneur  de 
l'établissement  l'exigeront  ;  ceux  donc  qui  seroient  dans 
le  cas  de  diriger  leurs  mises  sur  une  suite  combinée  de 
lirag(»s,  [)ourront  les  éviter  en  ])i'enant  d'avance  avec 
TAdminist ration  générale  des  arrangements  ])articuliers  ; 


-   288  — 

ce  moyen,  qui  rend  leurs  spéculations  libres,  écarte  éga- 
lement tout  sujet  de  plainte  et  de  mécontentement. 

Enfin,  toutes  les  personnes  qui  voudront  s'intéresser  à 
cette  loterie  pourront  s'adresser  directement  au  Jiurcau 
général  de  l'Administration,  à  Liège,  et  se  servir  de 
l'adresse  de  Monsieur  Le  Ducq,  Conseiller  de  S.  A.  C.  à 
Liège  ;  leurs  ordres  seront  remplis  avec  toute  la  célérité 
et  exactitude  possible. 


A  Liège,  de  l'Imprimerie  de  C.  l'r.OMTECX,   Imprimeur  de  Mgrs 
les  Etats. 


ANNEXE   m 

LOTERIE  EN  EAVEUR  DES  ARTISTES  LIÉGEOIS 

ORGANISÉE  PAU  LA  SoClÉïÉ  d'Em  L  J>  ATION   ES   l~Hli. 


Liste  et  prix  des  objets  achetés  aux  artistes  poiiv 
servir  de  lots  : 

X"»  Florins 

1.  Un  porte-moutre  sculpté  en  bois  et  doré,  pur 

M.  Toinbay,  prix  24  louis 4*^^ 

2.  Une  pendule  de  table,  par  M.  Sarton,  prix 

20  louis 39o 

3.  Un  bas-relief,  par  M.  Mélotte,  prix  20  louis  .     39() 

4.  Un   tableau   représentant   une   Caverne    de 

Voleurs,  par  M.  Defrance,  prix  i5  louis    .     2()2.i(> 

5.  Une  pendule  à  remontoir  placée  sur  (quatre 

colonnes  de  marbre,  par  M.  Jacquet,  prix 

12  louis 234 

6.  Un    porte -montre,    sculpté    en    bois,    par 

M.  Vivroiix,  prix  7  louis     ..'....     i3G.io 

7.  Une  miniature  représentant  la  Sculi)ture  tail- 

lant le  buste  de   S.  A.  C,   par  M.  Hoiif, 

prix  6  louis 117 

H,  Un  tableau  représentant  une  nicre  tenant 
son  enfant  au  sein,  par  M.  Aubéc  fils,  i)rix 
5  louis • 97-^0 


—     2(10    — 


[).  Deux  bouquets  de  fleurs,  peints  eu  l'er  blaue, 

par  MM.  Tamet,  prix ()() 

10.  Deux  petits  tableaux  de  marine,  par  M.  Hmi- 

.so/i,  prix  4  louis 78 

11.  Deux   tableaux  de  marine,    par  M.  Dreppe, 

[)rix  4  louis 78 

12.  Un  tableau  représentant  le  sacrifice  d'iplii- 

génie,  par  M.  Wiart,  prix  4  louis.  ...  78 
i3.    l'n    porte-miniature    sculpté    en    bois,    par 

jNI.  Colinet,  prix  4  louis 78 

14.  Un   tableau  représentant  le  l'établissement 

du  Perron  de  Liège,  par  M.  Coclers,  prix.  Go 
i5.  Denx  dessins  à  la  plume,  représentant  des 

Vues  de  Liège,  par  M.  Fayii,  prix   ...       60 

16.  Un  trophée  de  musique  sculpté  en  bois,  par 

M.  Piitman,  prix 5o 

17.  Un  dessin  à  la  plume,  représentant  une  vue 

de  Liège,  par  M.  Fayn,  prix 4'* 

18.  Un    tableau    grotesque,    représentant    deux 

buveurs,  ])ar  M.  Levoz,  pi-ix  2  louis  et  demi       4^-^^ 

19.  Un  tableau  représentant  une  figure  de  fou, 

par  M.  Thys,  prix  2  louis 39 

20.  Un    tableau    représentant     un     chat,     par 

M.  Lebrun,  prix  2  louis 09 

21.  Un  bouquet  sculpté  en  bois,  par  M.  Piilinan, 

prix 20 

22.  LTn  dessin,  par  M'"''  Defraiice,  prix.      .     .     .       if).io 

23.  Deux  bouquets  de  fleurs  peints  et  encadrés, 

par  MM.  Tamet,  prix i4 

24.  Une  fontaine,  en  fer  blanc,  avec  son  bassin, 

peinte  en  fleurs,  par  MM.  Tamel,  prix.  .  22 
2'>.    Deux  estiim])Os  gravées  d'nprès  ('arles  Van 

Loo,  ])ar  M.  (îodin i3 


—  2f)l    — 

2G.    ITii     DU'dailloii     en     acier    (laiiias([iiiiir,    par 

M.  Fag'ol,  prix  un  demi  louis  .....         (j.i3 

27.  Un  médaillon  en  acier,  par  le  mrmc,  \n-'\x  nn 

demi  louis g.i') 

28.  Un  petit  porte-montre  sculpté  en  bois,  ])ai' 

M.  Jacquet,  prix  .">  coui'onnc.-j 14. 12.2 

2().   rd.     id.,     par  M.  Mestreit,       id 14. 12.2 

3o.  Une  lampe  à  pompe,  en  fer  blanc,  peinte  pai- 

M.  Tamet,  prix 7 

3i.     Td.          id.               7 

32.  Un  dessin,  par  M.  Godin,  prix 5 

33.  Un  service  en  fayence  de  la  Manufacture  de 

Liège,  prix 37.7 

34.  Une  garniture  de  tasses  à  café,  thé,  chocolat, 

avec  tout  ce  qui  y  appartient,  de  la  même 
Manufacture,  prix 23. (> 

35.  Différentes  pièces  de  la  mcmc  Manufacture.       T})-I-2 

36.  Td.  id.  id.  .       i8.5 

Somme  totale,         florins     3i20.oo 


B  U  L  L  E  T  I N 


L'INSTITUT    AIICHEOLOGIQUE  LIEGEOIS 


BULLETIN 


1)K 


WTim  mimmm 


LIEGEOIS 


TOME    XXXIV 


1904 


I.MpRiMERiK  Liégeoise,  TIexri  Poncelet 

SocijLtk  anonymk 

KiE  DES  Ceakisses,  52,  LiÉCE 


NOTE 


STATUETTE    EN    BRONZE 

DE  l'Époque  romaine 

PROVENANT    DE    TONGRES 

ET     CONSERVÉE    AU    MUSÉE    DE     LEYDE 


On  sait,  par  les  quelques  iiieutions  qui  en  ont  été  laites 
jadis  (^),  que  des  antiquités  remarquables,  datant  de 
l'époque  romaine,  furent  découvertes  autrefois  à  Tongros, 
vers  l'époque  (1817)  où,  aux  portes  de  cette  môme  ville, 
était  exhumé  un  fragment,  aujourd'liui  célèbre,  de  borne 
leugaire. 

La  plupart  de  ces  objets  furent  dispersés  et  passèrent 
dans  des  collections  étrangères,  sans  laisser  de  trace  en 
Belgique. 

Au  cours  d'un  récent  voyage  en  Hollande,  j'ai  eu  la 
l)onne  fortune  de  retrouver  deux  de  ces  antiques   dans 


(1)  CldEI.I,,  Mémoire  sur  un  fragment  de  colonne  milliaire  trouvé 
à  Tongres,  dans  le  Bulletin  de  l'Académie  royale  des  Sciences  et 
Belles-Lettres  de  Bruxelles,  t.  III  (i83G),  pp.  3:1-3:2  (note);  A.  G.  B. 
ScilAVES,  La  Belgique  et  les  Pays-Bas  avant  et  pendant  la  domination 
romaine,  2«  édition  (18::),  t.  II,  p.  35:;  (Ch.-M.-T.  Thvsj  Tongres  et 
la  Fontaine  de  Pline  iiS8.'>).  pp.  'J>-\)Z-  ^'^^- 


-  ^94  - 

Tune  des  vitrines  du  Musée  de  Leyde  qui  passait  depuis 
longtemps  ])our  en  avoir  recueilli  un  certain  nombre. 
Grâce  à  la  bienveillante  intervention  de  M.  le  D'  R.  Jesse, 
conservateur  du  susdit  Musée  {Rijki^  Muséum  van  Oud- 
hedeii),  j'ai  obtenu  l'autorisation  de  les  publier  et  de  les 
reproduire  (^). 

On  pourra  juger  par  la  planche  ci-jointe  de  l'intérêt 
particulier  qu'offre  l'un  de  ces  bronzes  -'i. 

Il  représente  un  personnage  trai^u,  nu,  ithyi)liallique, 
barbu,  à  longue  chevelure  bouclée  et  au  nez  aquilin,  dont 
les  reliefs  anatomiques,  puissamment  rendus,  dénotent 
une  force  corporelle  peu  comnuine. 

L'expression  énergique  du  visage,  comme  l'intensité  du 
mouvement  que  trahit  l'ensemble  de  la  statuette,  ré])ond 
bien  à  l'admirable  modelé  du  toi'se  et  à  la  vigueur  que 
l'artiste  a  su  donner  aux  hanches  et  aux  i-eins  de  la 
figurine. 

Le  bas  du  corps  est  traité  en  raccourci,  montrai\t  des 
jambes  courtes  et  écartées,  dont  la  réduction  n'a  d'autre 
but  que  de  faire  mieux  ai^paraître  le  phallus  dispropor- 
tionné dont  est  jjourvu  le  personnage,  sorte  de  nain  à 
l'allure  herculéenne.  Le  modeleur  a  calculé  l'opposition 


(1)  Je  dois  (les  remerciinents  tout  spéciaux  à  M.  le  D""  R.  Jesse 
pour  la  grande  obligeance  avec  laquelle  il  m'a  fourni  les  rensei- 
gnements les  i)lus  détaillés  sur  les  diverses  antiquités  d'origine 
belge  (trouvées  en  Belgique)  que  possède  le  Musée  de  Leyde. 

Je  signalerai,  dans  une  note  destinée  au  Bulletin  de  la  Société 
scientifique  et  littéraire  du  Linit)uurs>;  les  (luebpies  autres  ol)jets  de 
])rovenance  tongroise.  que  j'ai  rencontrés  à  Leyde. 

(-)  Ce  bronze  est  entré  au  Musée  de  Leyde  en  i8i>3,  après  avoir 
d'abord  fait  partie  de  la  Chambre  des  raretés  (Kabinet  ran  zeldzaam- 
Iieden)  de  la  ville  d'Ctrecht. 

Le  catalogue  du  conservateur  L.  .1.  F.  Jansseu  (De  Grieksche, 
liomeinsclie  en  Etrurischc  Monunienten  van  liet  Muséum  van  Oud- 
heiten  te  Leydeu)   n'eu   fait  nénnmoiiis  ])as  In   moindre  mention. 


-   29.^    - 

do  ces  détails  pour  prodiiiro  l'crrcl  visé  ;  artiste  liabilo, 
mais  travaillant  en  plein  déver<j^()ndage  ! 

Le  corps  est  creux;  la  tôle,  munie  (riiiic  (•liaruiér(\  se 
lève  et  se  rabaisse  à  volonté,  ])eruiettant  ainsi  de  i-emplir 
le  récipient  d'un  liquide  ([ui  s'éclia])])ait  ensuite  ])ar  le 
membre  viril,  percé  à  cette  Tin. 

Aux  épaules,  dans  le  dos,  sont  soudés  deux  anneaux  ; 
à  chacun  de  ceux-ci  est  assujettie  une  cliaînetto  do  suspen- 
sion de  o'"i2  environ  de  lon<;ueur. 

La  figurine,  d'une  hauteur  totale  de  o"M4-'  ^^^  l'ccou- 
verte  d'une  légère  patine  verdâtre  ;  sa  conservation  est 
des  plus  reniarc[uables. 

La  reproduction  (planche  IX)  dis])ense  de  toute  des- 
cription plus  détaillée  (*>,  que  n'autoriserait  du  l'cste  pas 
le  caractère  trop  spécial  de  la  pièce  ;  celle-ci  ne  peut  sus- 
citer que  quelques  réflexions. 


Si  l'on  a  prétendu  voir  dans  ce  petit  bronze  une  fon- 
taine ['},  on  peut  d'autre  part  le  considérer  aussi  comme 
étant  simplement  un  vase  à  parfum,  d'un  type  peu 
ordinaire  et  d'une  facture  des  plus  originales. 


(1)  .Je  crois  cependant  atile  de  lairc  remarquer  ici  que  la  liy:urine. 
que  j'ai  pu  examiner  à  loisir,  ne  i)orte  aucune  trace  d'un  bouton 
])Iacé  dans  le  dos  et  sur  la  pression  duquel  les  libations  (!)  qu'on 
faisait  dans  la  statuette,  s'écoulaient  par  le  membre  viril.  Cudell 
qui  relate  ce  détail  {loc.  cit.,  p.  372,  note),  montre  bien  par  là  «ju'il 
a  décrit  un  objet  qu'il  n'a  jamais  vu. 

(-)  C'est  encore  l'attribution  de  Cudell.  dont  l'avis  est  fondé  sur 
le  fait  (ju'à  proximité  de  la  statuette  a  été  découvert  «  un  i)etit 
bassin  de  bronze,  incrusté  d'argent  et  monté  sur  un  trépied  de 
même  métal  >^.  —  S'il  s'agit  de  deux  olqets  diffei'euts  (bassin, 
trépied),   le  i)rciiiier  est  jx-rdu  ;  (|uanl  au  second,  ([uc  je  rciirodiiira j 


296 


Les  vases  de  ce  genre  présentent  une  grande  diversité 
de  formes  :  tels-  figurent  des  personnages  (  Ethiopiens  ) 
accroupis  (^)  ;  tel  autre  affecte  même  la  forme  d'une  ourse 
assise,  les  deux  pattes  de  devant  posées  sur  deux  bou- 
cliers ronds  entre  lesquels  se  dissimule  «  un  héros  »  (-)  ;  un 
autre  encore  représente  un  acteur  debout  *^)...  Il  n'est  pas 
enfin  jusqu'aux  récii^ients  en  forme  de  tète  humaine, 
qui  ne  soient  recensés,  et  l'on  en  possède  aujourd'hui  de 
multiples  spécimens  (''),  parmi  lesquels  deux  ont  été 
exhumés  à  Tongres  même  (J'). 

Ce  sont  là  toutefois  des  vases  proprement  dits,  c'est  à 
dire  munis  d'une  base  ou  d'un  pied  ;  celui  du  Musée  de 


avec  une  note  dans  le  Bulletin  de  lu  Société  scientifique  et  littéraire 
du  Limbourg,  c'est  le  type  ordinaire,  mais  très  ornementé,  «le 
trépied  (brûle-parfum  qu'on  retrouve  fréquemment  dans  les  sépul- 
tures belgo-roinaines  (à  Omal  notamment).  Cf.  Bulletin  de  l'Institut 
archéolog-ifjue  liégeois,  t.  XXIX,  p.  i()i.  note  3. 

Il  n'y  a  donc  là.  semble-t-il.  aucune  matière  à  ra])j)rocliement 
enti'e  la  statuette  et  ce  trépied  (avec  bassin)  (pii.  du  reste,  sont  d'un 
mérite  bien  inéj;al  sous  le  rapport  du  travail. 

(1)  B.VBEl.ox  et  Bi-.VXCHET.  Catalogue  des  bronzes  antiques  de  la 
Bibliothèque  nationale,  ji.  44'-  ii°  '^n  •  V-  44--  n"  i<^i4- 

(-)  IBID..  p.  355,  n"  Si>o. 

(3)  E.  DE  Meester  de  I{A\Esteix.  Catalogue  descrij)tif  du  Musée 
de  Ravestein,  t.  I.  j).  3()3.  n'^'  4î)3. 

(■*)  Voy.  notamment,  B.vbei.ox  et  Beaxciiet.  op.  cit.,  p.  44"^.  ""  ioi8; 
DE  Meester  de  R.westeix,  ounr.  cité,  t.  I,  pp.  4i)'-  <^<  suiv.,  ii"s  ~3(), 
737,  738,  740;  FRiEDRrcHS,  Kleinere  Kunst  und  Industrie  im  Alterthunx, 
Vasen  in  Form  von  Kôpfen,  n"s  i564  et  suiv.  ;  Y.  DuRUV.  Histoire  des 
Romains,  t.  VI,  p.  r)4<)  ;  Bulletin  de  la  Société  pour  la  conservation  des 
monuments  historiques  d'Alsace,  IP  série,  t.  XXII,  pp.  4-5  (planclie). 

(5)  Vase  en  forme  de  tête  humaine,  dans  la  collection  de  M""  V» 
IIuj'gen-Devis  à  Hoesselt-lez-Bilsen  [L'ancien  Pays  de  Looz.  no  fi  du 
i>r>  mars  i8;)8,  \^.  38).  —  Buste  de  femme  avec  anse,  faisant  ])artie 
de  la  collection  de  Mme  ("hristiaens-van  der  Ui.jst  à  Tow^veti  (Bulletin 
de  la  Société  scicnti/î(iur  et  littéraire  du  Limbourg,  1.  XVI II.  ]>.  25: 
Comjile  rendu  du  (Jongrès  archéologique  et  historique  de  Tongres, 
p.  21>5). 


—  297  — 

r.cydc,  ;m  contraire,  sans  point  (r:i])])ui,  ('-tiiil  «Icslincî 
;i  être  suspendu  ;  il  eonstitueruit  donc,  sous  ce  rapjiorl. 
un  type  i^eu  eomniun. 


Ce  qui,  aux  yeux  de  tous,  le  caractérisera  surtout,  c'est 
son  caractère  licencieux,  sur  lequel  il  convient  de  n'insister 
(|u'au  ])oint  de  vue  pliil()lo<^i(luc.  J^es  pires  nxj'urs  prati- 
quées sous  le  règne  de  certains  empei-eurs  ont  ins])ii'(''  des 
imitations  figurées  qui  les  rappelaient  nettement,  telle  la 
l'orme  phallique  du  vase  à  boire  on  d'un  personnage  distil- 
lant et  distribuant  des  parfums... 

Il  a  môme  été  créé  un  substantif  dliabitude  :  di-ilopolu 
=  qui  poculo  in  Priapi  formam  facto  bibit  (');  phallopoUi 
a  le  même  sens.  Le  terme  j)haUoviiroboliis  enchérit  encore, 
par  le  dernier  substantif  qui  entre  dans  sa  composition 
{bolos  =  hanstns  on  gorgée).  On  le  trouve  dans  la  T/e  de 
Pertinax,  par  Jnlins  Capitoliiuis  (-),  et  cette  recension  de 
vocables  spéciaux  concorde  avec  le  mot  plus  connu  de 
.luvénal  :  Vitreo  bibit  ille  Priapo(^)  ou  le  terme  flétrissant 
de  Pline  if'  :  pcr  obscenitates  bibere,  l)oire  dans  l'obscénité  ! 

Qu'on  veuille  donner  un  nom  à  la  statuette  du  Musée  de 
Leyde  et  l'appeler  un  Priape  [''),  un  Silène  ou  —  sous  une 
dénomination  générale  —  un  pygniée  simplement,  elle  n'en 
constitue  '  pas  moins  un  spécimen  remarquable  de  ces 
l'eprésentations    ithy])halliques    si    ré])andues  à  répo(|ue 


(')  FOUCEI-I.INI.    Tolitis  lulinitii/is  hwicoii.  s.  v ". 

■-!  Srriplores  Ilislorinc  Aiii^iistnr.  Ilelniiis  Ih-rlinnx  Jiilii  C.tipi- 
tolini.  c.  S. 

(3)  Sat.  II,  V.  <).-). 

(••)  Ilist.  Nnl..  XXXIII.  I  :  (c  //;  /lociili.s  liliidine.s  celure  junul  et  /x-r 
obscenitates  bibere  ». 

(--)  Il  importe  de  rapprocher  la  statiiede  du  Musée  île  I.cydc  d'uii 
iiiléressaul  ]ie<it  bronze,  e^saleineul  découverl  î\  Tonp:res,  et  i|ui  fjiii 
aujourd'liui  partie  des  collectious  du  Musée  ;u'elK'()l()j;i(iue  de  Lic^e. 


-    2Ç)8    - 

rouiaiiic  cl   que  l'on  a  relrouvées  inèinc  i)arini  des  objcis 
(rusa<;'e  exclusivement  domestique  ('). 

Comme  le  vase  maintenant  célèbre  de  llerstal,  le  bronze 
(le  Tong-res  caractérise  ))ien  les  idées  philosopliicxues  ou 
plutôt  immoi'ales  de  la  l'iclie  société  romaine  qui  vivait 
dans  nos  contrées  aux  premiers  siècles  de  notre  ère;  tous 
deux  sont  dignes  d'aller  compléter  les  collections  du  Musée 
scvrel  de  Xaples. 


11  n'est  guère  douteux  que  la  statuette  provienne  direc- 
tement d'Italie;  la  perfection  et  la  délicatesse  dn  travail, 

—  1!  rcpi-csenlc',  coiiiiiu'  le  in'cc-cdenl.  un  i)i'i'.s()iiii;igx'  nu  et  itlivj)luil- 
]i(lU('  a  la  musculature  i'oi'lenu'iit  at-t-usée  et  a  été  décrit  comme 
liiAurant  un  l*ria])e  iBiiIlelin  île  l'Inslitiil  archéologique  liégeois,  t.  X, 
])]).  227-1241.  planche). 

In  Iii'onze  du  même  type  existe  au  Musée  de  Vienne  (K.  \  ox 
Sackkn,  Die  Antiken  Bvonzen  des  K.  K.  Miinz-  iiiid  Antiken  Ciibinels 
in  ]l'ieii.  \)].  XXVI.  l'ij;.  7:  Sai..  Rkinac  II.  Répertoire  de  lu  slatiiaire 
grec(/iie  et  romaine,  t.  II.  ]).  5o.  no  i),  ainsi  (j[u'à  la  Eibliotlièiiue 
Nationale  à  Paris  iliABi;r,ox  et  Br,.vx(  iikt,  Catalogne  des  bronzes 
anlitjnes  de  la   Bibliothèijne  Xalionale.   ]).   i>l8.  11°  5oi)). 

lue  fij^urine,  i)résentant  de  nombreuses  similitudes  avec  celle  de 
I.eyde  sous  le  rap])orl  de  ras])ect  «général,  a  été  ])ub]iée  jadis  ])ar 
de  Caylus  (Recueil  d'anti<juilés  égyj)liennes,  étrusques,  grecques  et 
romaines,  t.  VII.  1)1.  3i>,  lij;.  \)  et  rej)roduite  par  S.  Reinacli  («/'.  cil., 
t.  II,  p.  r)(i4,  ôi  connue  rei)résentant  un  Pvgmée. 

Ce  savant  a  com])aré  ailleurs  (Description  raisonnée  du  Musée 
de  Saint- (jermain-en-Laye  :  Bronzes  figurés  de  la  Gaule  romaine, 
]).  210,  n"  i()7)  le  bronze  du  Musée  de  Liège  à  certaine  statuette  du 
Musée  de  Xarbonne,  re])résentant  un  «  Pygmée  combattant  ». 

Cj  Au  Musée  de  Nai)les  notamment  sont  conservés  trois  i)etits 
vases  en  terre  cuite  en  l'orme  de  i)ersonnages  à  longue  verge  creuse 
sei'xnnt  de  r()l)inet  d'écoulement  ou  de  suçoir.  —  Ci'.  Roux  \:v  BARRÉ, 
Hcrculanum  et  Pomjici.  t.  \III  (Musée  secret),  ]).  iSo.  ]>!.  4<)  et  4^. 

11  est  intéressant  de  rapprocher  ces  trois  vases  du  bronze  de 
Tongres.  vu  l'analogie  (pie  ces  dillerents  objets  présentent  entre 
eu.\. 


PlaxciiI';   IX 


Statuette  ex   bronze   i>e   i/époque  romaine 

pi'oveiiaiit  de  Toiigres  et  consei-vée  au  Musci'  de  Loyde. 

(Grandeur  réelle.) 


—  209  — 

iiid(''i)on<l;iinni('ri(  du  caraclrrc  six'cial  de  la  ])iè('c,  ])a- 
l'aissent  ext'liirc  d'ciublre  la  supposition  d"mic  falirical  ion 
indigène. 

Ameiiéo  à  Toii^rcs  par  (juchpu'  fond  ioiinairc  cixil  ou 
niilitaii'c  \cuu  du  Midi,  la  l'i^ui'inc  aura  oruc  l'un  des 
api)artcnien(s  de  sou  habitation  jus(|u'au  jour  où  cet  ol)j<'t, 
à  la  mort  de  son  iiroprictaii'c,  aura  ac('ouipa,i;U('  les  cendres 
di'  eelui-ci  dans  une  sépulture. 

C'est  en  efl'et  d'un  lond)eau  «pie  doit  avoir  v\r  retirée  la 
statuette,  car  on  i-ai)p()i'te  (pTidle  fui  découxerte  avec;  le 
petit  trépied  en  l)ronze  au  milieu  de  (h'bi-is  de  ])oteiaos  et 
de  vases  en  Aerre. 

Quelle  qu'ait  été  sa  destination,  on  peut  alTirmcu-  «pTelle 
constitue  l'un  des  plus  beaux  bron/es  déeouNcris  juscpi'à 
ee  jour  en  Belgique  et,  à  ce  titre,  on  ni»  peut  que  regretter 
davantage  qu'une  œuvre  aussi  rcnuirquable  soit  allée 
enrichir  les  collections  d'un  musée  étranger. 

L.    TxKXAlU). 


L'ÉLECTION 
ET    LE    COURONNEMENT 

DE   L'EMPEREUR   MATHIAS 
1612 


Henry  d'Eynatten,  seigneur  de  Tiloy,  Abée,  Scr3',0atre- 
louxlie,  St-.Teau-Sart,  etc.,  avait  recueilli,  dans  un  registre 
commencé  par  lui  en  1608,  de  nombreux  renseignements 
relatifs  au  Pays  de  Liège  :  assemblées  des  Etats,  ordon- 
nances, mandements,  subsides,  tailles,  impôts,  etc.,  de 
même  que  des  extraits  d'ouvrages  tels  que  YEpistre  des 
Princes  (1374),  Des  Etats  de  France  et  de  leur  puissance 
(i588)  et  autres  publications,  devenues  rarissimes,  ayant 
trait  au  gouvernement  des  peuples. 

Ce  manuscrit  '^),  fort  bien  conservé,  contient  aussi  la 


l 'j  Ai'cliives  (le  la  ville  de  ITuy.  Il  ])or(e  comme  entête  :  Ce  i-egre 
contient  aucunes  proposition  de  S.  A  .  Ser.  faicls  a  ses  J-.'siuts  de  son 
Pais  et  principauté  de  Liège,  les  uns  avec  annotations  faicls  par  nous 
séjournant  aux  dits  Estais,  et  autres  clweses  y  descripts  semants 
d enseignements  et  mémoires.  Le  tout  corne  les  avons  peu  recueillir  en 
divers  temps,  non  par  ordre  de  dates  come  nous  cuissons  bien  désiré 
les  y  inscrire  par  copie. 

Henry  de  Eynatten.  .V'  de  Tilloy .  dAubée,  Scry.  Onlrelouche, 
SlJean-Sarl.  etc. 


Ô02 


r(;lu(i()ii  (lu  \(>yaL;c  c(  du  scjour  faits  ;ï  l'^i'aucforl  en  iGiii 
par  le  Priuce-Evèque  l-'cidinaïul  de  Bavière  (uii,  en  sa 
((ualité  d'Electeur  du  St-Einpire,  se  rendit  en  cette  ville 
pour  prendre  part  à  l'élection  et  au  couroiinenient  de  l'Em- 
pereur Matliias. 

Nous  ne  croyons  pas  que  cette  relation  ait  été  publiée  et 
elle  nous  paraît  sufi'isaniiuent  intéressante  pour  être  tirée 
de  l'oubli. 

Certes,  le  lecteur  trouvera  que  son  auteur,  qui  accom- 
pagnait le  Prince,  s'est  complu  à  rapporter  des  laits  sans 
grande  importance,  et  dont  la  répétition  peut,  avec  raison, 
paraître  fastidieuse,  mais,  d'autre  part,  il  y  rencontrera 
maints  détails  curieux.  Toutes  les  formalités  de  l'élection 
impériale  y  sont  notées  avec  un  soin  minutieux,  de  même 
que  les  céi'émonies  du  couronnement  et  les  fêtes  données 
à  cette  occasion  ;  on  y  trouve  aussi  des  indications 
piciuantes  sur  les  Princes-Electeurs. 

Pour  aider  à  rintelligence  de  ce  «  i)rotocole  ')  ,  (piehpies 
mots  de  préambule  sont   nécessaires. 

Kn  vertu  de  la  liiille  d'or,  (pii  réglait  la  constitution  de 
l'empire  d'Allemagne,  l'élection  des  Empereurs  avait  lien 
à  Erancfoi't,  dans  l'antique  hôtel  de  ville  existant  encore 
aujourd'hui. 

Les  Electeurs  étaient  au  nombre  de  sept,  en  souvenir  des 
se])t  chandeliers  de  l'Apocalypse  :  les  archevêques  de 
Mayence,  de  Cologne  et  de  Trêves,  le  Poi  de  Bohême  le 
comte  palatin  du  Phin,  le  duc  de  Saxe  et  le  margrave  de 
Brandebourg.  Ces  hautes  fonctions  étaient  héréditaires  ; 
d'inq)ortantes  prérogatives  en  découlaient  et  ceux  qui  les 
exerçaient  prenaient  une  larg(;  i)art  au  gouvernement  de 
l'Empire. 

r^a  Bulle  d'or  datait  de  i')5()  et  avait  été  octroyée  i)ai' 
('liarles  IV  ;  elle  était  ainsi  désignée  parce  qu'elle  portait 


un  sceau  en  or.   Ou  lu  consei'vc  à   rfancforl    couiun;  une 
précieuse  relique. 

En  1G12,  ^[iithias,  archiduc  d'Autriche  (i 557-1619)  ancien 
gouverneur  général  des  Pays-Bas,  ')  ])ctit-fils,  par  sa 
mère,  de  Charles-Quint,  tut  élu  empereur.  IjCS  opérations 
et  cérémonies  nécessitées  par  sou  élection  et  par  son 
couronnement  durèrent  [)rès  d'un  mois  et  demi.  I>e  tous 
les  points  de  l'Empire,  de  nombreux  princes  se  rendirent 
à  Francfort  pour  y  assister. 

La  relation  qu'on  va  lire  rend  compte,  par  le  nH>nu,  des 
faits  auxquels  cet  événement  donna  lieu. 

Pour  la  facilité  du  lecteur,  nous  avons  supprimé  la  plu- 
part des  abréviations,  ainsi  que  le  signe  diacritique 
surmontant  les  u  ;  par  contre,  nous  avons  placé  des  accents 
sur  les  e,  là  où  cela  était  nécessaire  et  suppléé  à  l'absence 
de  i)onctuation.  Les  mots  en  italiques  sont  so\ilignés  dans 

le  texte. 

K.  Dinois. 


(')  Les  Ksjja^iiols  le  iiommaiciil   \r  (,rc//ler  du  Tncilnnu-   laiit    son 
aiiloi'itc  ('lait  liiniléc. 


PROTOCOLLE  DES  CIIOESES  AVENUES 
A  LA  JOURNEE  IMPÉRLALE  A   FRANCFORT 

MAI  AN  1612 


10  mai  1612,  jeudi,  partis  à  midi  de  Lirge  et  venu  loger 
à  Meer,  et  avons  mis  4  heures. 

Protocolle  et  me=       it  mai,  logé  à  Hestreux  en  la  maison  du  comandeur  qui 

moriai   depuis  gg^^^^  absent,  et  avons  eu  G  heures  de  chemin, 
ntre  partement 
de  Liège  pour 

le  Waldach  a        ^^     samedi   re])as    à   midi    à    Duren   chez  monsieur   de 
Francfort.  '■ 

Herstal  et  logé  à  Vernich,  et  avons  cheminé  ce  jour  huict 
heures. 

i3,  Dimanche,  déjeusné  a  Vernich  et  arrivé  à  2  1/2  à 
Bons. 

14,  séjourné  a  Bonne  et  y  est  arrivé  monsieur  de  ^\'aroux 
avec  autres  gentilhommes. 

Ambassade.  i5,  séjourné  à  Bonne,  et  ce  jour  est  venu  le  nonce  de 

Coloigne  disner  avec  S.  A.  Ce  mesme  jour  y  est  arrivé  le 
Baron  de  Rabat,  frère  du  Comte  de  Foix,  come  ambassa- 
deur vers  S.  A.  de  la  part  du  duc  de  Nevers. 

16,  séjourné  à  Bonne,  et  ce  jour  l'ut  faicte  la  publication 
de  l'ordre  à  observer  à  la  court,  et  l'establissement  des 
hauts  officiers,  assavoir  le  comte  Hogenzolrn  grand  mre 


—    007>     — 

dhostel,  Moiisei}^ncur  de  GvoysbcccU  prciniev  gciitilhomc 
de  la  Chambre,  Monsieur  Bongall,  grand  esciiir,  Monsieur 
Ileinelich  Maresclial,  Vrects  inre  dhotel.  (/e  jour  est  arrive 
le  eomte  de  Salme  à  Bonne. 

17,  Jeudi,  partis  du  mattin  a  7  heures  do  Bonne,  passé 
proche  d'Andernach  et  demie  heure  plus  haut  avons  passé 
le  Rhin  qui  nous  at  retarde  deux  bonnes  heures,  puis 
somes  venus  loger  en  une  villette  nomée  Engers  où  S.  A 
at  trouvé  l'Electeur  de  Trêves  qui  incontinent  (après 
s'estre  entresaluez)  en  est  parti,  y  laissant  Monseigneur 
Mettrenich  son  nefveu,  le  maresclial  d'Oest  et  plusieurs 
autres  cavalliers  pour  servir  S.  A.  qui  y  fut  défrayé  avec 
toute  sa  courte  ;  ceste  ville  est  pais  de  Trêves,  nous  y 
arrivasmes  assez  tardt.  Ceulx  d'Andernach  presentarent 
le  vin  et  firent  une  belle  salve. 

18,  Vendredi,  repcu  a  midi  a  Montebant  villette  de 
Trêves,  y  ayant  S.  A  esté  défrayé  avec  sa  courte.  Logé  au 
soir  a  Limborch  aussy  défrayé  par  l'Electenr  de  Trêves. 
Avons  fait  cejourdhuy  8  heures  de  chemin.  L'on  y  a  salué 
S.  A.  avec  une  belle  scopetrie  de  canons,  faconeaux  et 
mosquetz. 

19,  Sambedi,  Logé  a  Connixstejm,  pais  de  Maj'euce,  ou 
S.  A.  a  esté  défrayé.  Avons  mis  8  heures  sans  débrider. 
Les  salves  des  canons,  faconeaux  et  mosquets  ont  esté 
très-belles. 

20,  Dimanche,  S.  A.  a  esté  partie  du  matin  entre  3  a 
4  heures  avec  tous  les  comtes  de  sa  suytte  et  sa  garde 
seulement  pour  aller  a  Hurt  deux  heures  de  Connixstein 
s'aboucher  avec  l'Electeur  de  Maience,  puis  est  retourné 
a  midi,  et  somes  partis  a  une  heure  et  arrivez  a  cincque 
heures  a  franckfort  en  fort  bel  ordre  et  avec  grand 
applaudissement  du  peuple,  lequel  S.  A.  salua  du  chapeau, 


')()(j 


00  (juc  les  autres  princes  iriuoit'ul  l'uiol  a  leiii'  arrivée.  Ce 
mesme  soir,  S.  A.  a  esté  visité  de  la  part  de  l'Electeur  de 
Saxe  et  le  mesme  soir  Monseigneur  de  Groysbeeck  ni  visilé 
Saxe  de  la  pai-t  de  S.  A.  après  souper  acoompagné  de 
^Monsieur  de  Fenste. 

21.  Lundi  de  bon  mattiu  S.  A.  a  visité  l'Electeur  de 
Maiance.  Tncontineut  après  H.  A.  a  faiot  semblable  com- 
pliment a  oelluy  de  Saxe,  s'estant  entresaluez  avec  grandes 
caresses,  rencontrés  et  conduits  iusques  a  la  porte,  de  la 
est  retournée  chez  Maïence  ou  elle  at  0U3'  la  messe  avec 
nne  très  belle  musicque  et  demeuré  disner  avec  ledit  de 
Maienoe.  Ce  iour  environ  les  oincque  heures  après  midi 
est  entré  l'électeur  de  Trêves. 

22.  S.  A.  at  du  mattin  ouy  sa  messe  et  s'en  est  allé 
trouver  l'Electour  de  'l'rèvcs.  Les  princes  sont,  i>oui'  la 
première  fois  esté  au  Conseil  sur  la  maison  de  la  ville 
depuis  les  8  lieures  jusques  a  XI  heures.  Retonrnant  du 
Conseil,  S.  A.  s'est  mise  au  carooe  de  Trier  (^)  et  at  otté 
disné  avec  lu^-. 

23.  Los  Princes  sont  du  mattin  esté  en  conseil,  après 
midi  S.  A.  at  visité  l'administrateur  du  Palatinat  ou 
estoient  ses  deux  frers  et  le  jeune  prince  Palatin  avec  le 
prince  Christian  d'Anhalt. 

Ce  mesme  iour  environ  les  six  heures  du  soir,  le  Koy  et 
la  Re3'ne  d'Hongrie  sont  arrivez  a  Franckfort,  Luy  a 
cheval  et  elle  on  caroce  accoijaigné  de  deux  dames  au 
môme  caroco,  et  autres  trois  caroces  avec  belles  damoi- 
sellos.  Et  ors  (|uil  ayt  (îsté  suyvi  on  chemin  do  irais  nulles 
persanes  et  dix  huit  eenl  chenuiix  comprins  deux  eeiits 
caches,   cochottcw  et  chariots,   si  no  luy  at  il   esté  jx'i'mis 

('j  Trêves. 


—  007  — 

(renlror,  sinon  avci'  deux  ccMit  clievanx  conic  les  anlros 
l-'l(H'l(Mii's,  suyvant  l'ordre  de  la  Bulle  d'or. 

Soiibdain  Tarrixée  i\n  Koy,  il  se  niisl  en  earoee  pour 
aller  visiter  l'I^leeleur  de  Maienee,  et  de  faiet  sy  en  allât, 
et  Maienee  estant  en  eheniin  eontraire  pour  venir  visiter 
le  Roy,  se  faillirent.  Sa  majesté  passât  outre  et  attendit  le 
retour  du  dit  Eleeteui-  qui  fut  ineontinent  après.  Ils 
-'entresaluèrent  aAee  plusieurs  sortes  de  earesses  et  eoni- 
plinients,  l'attendant  le  IJoy  à  l'eseaillier. 

Le  Roy  ni  avec  liiy  en  Princes,  Comtes  cl  Barons 
insques  an  nombre  de  nonant. 

S.  A.  prétendoit  visiter  le  Koy  ee  nuisnie  soir,  et  a  eest 
effect  envoia  le  comte  de  Hogenzolrn  ])our  en  denuinder 
la  permission.  Le  Roy  envoia  vers  S.  A.  son  grand  mre 
dliostel,  le  comte  de  Furstenbei'gli  jiere  du  (;omte  de 
llolfesteyn,pour  compl.ii'  et  faire  ses  (>.xeuses  d'autant  (juil 
estoit  tardt.  S.  A.  ne  les  at  rencontré  (pie  ius(|ues  a  sa 
densiesme  cliambre. 

Slefeld,  évesque  de  \ienne  ai  ce  mcsinc  jour  du  niattin 
visité  S.  A.  laqnel  estante  en  léglise,  fut  ledit  évesque 
entretenu  par  messieurs  de  Groysbeecd-:  et  Bokkolt  iuscpies 
a  la  messe  finie  que  S.  A.  fut  de  retour. 

S.  A.  le  traicte  de  (Her)  et  les  autres  Princes  le  ti-aictent 
de  (Furliebden). 

24  may.  Jeudi  de  bon  mattin  l'Electeur  de  Trêves  at 
visité  le  Ro3^ 

S.  A.  a  faict  de  nn'me  que  Ti'èves  n'estoit  encoire  sorti, 
le  Roy  l'estant  venu  rencontrei"  (mi  la  i^reniiei'c  chambre 
proclie  la  montée  et  ee  fust  fort  caresses. 

S.  A.  a  aussy  visité  la  Royne,  belle,  jeune  et  grasse  (sic) 
])i'incesse. 

Les  gentil/hommes  de  S.  A.  ont  baisé  la  main  du  lîoy. 

Les  six  elee1(Mirs  ont  esté  en  uiaHin  jiis(pies  a  \i  liriircs 
en  conseil. 


—  3o8  — 

Ce  niesnie  ioiir  apics  midi  \v  lîoy  a(-  visité  Trêves  et 
])uis  après  sa  visite  S.  A.  (jiii  al  rencontré  et  reeondui  sa 
majesté  iusqiies  au  earoee,  aiaut  duré  la  visite  une  bonne 
dem3'o  heure. 

Dispute.  11  y  at  une  dis})ute  entre  les  Electeurs  et  eelluy  de  Saxe, 

lequel  comme  grand  niareschal  de  l'Empire,  prétend  par 
son  vice  niareschal  le  comte  de  Papeden,  de  mettre  les  pris 
sur  les  vietiiailles  et  autres  sortes  de  eonsoinptioiis  eu  la 
ville  de  frauekfort  et  ses  environs,  et  les  Electeurs  ne  luy 
veuillent  permettre  ny  admettre  a  antre  qualité  que  de 
simple  Electeur  en  ceste  conjoncture  do  Wal-dach  ('). 

25  Vendredi.   Les  Princes  ont  esté  en  conseil. 

Le  magistrat  faict  visité  par  toutes  les  maisons  pour 
faire  sortir  tous  les  étrangers. 

Apres  midi,  l'administrateur  et  le  jeune  l'rince  Palatin 
ont  visité  S.  A. 

L'Electeur  de  Saxe  a  l'ait  de  mesme  au  soir  assez  tard. 

Le  comte  de  Hanault,  qui  a  espousé  la  seure  du  comte 
Philippe  Ringraeve,  at  disné  avec  S.  A. 

Princes   débout=       ^■'^  Prince  d'Anhalt,  le  duc  Albrecht  de  Holsteyn  et  les 

d^Franckfort^   deux   frers   de   l'administratenr,    ont   esté    contraints    de 

sortir   la  ville,    comme    n'aiants    que    cognoistre   a   ceste 

élection,  et  sont  allez  trouver  le  Lantgrave  de  Hesse,  qui 

est  a  Cronenburgh  a  trois  lieues  dicy  avec  3oo  chevaux. 

26  mai.  A  sept  heures  du  mattin  les  Princes  Electeurs 
sont  allés  an  conseil,  le  Roy  at  esté  appelé  et  sont  tout 
sei)t  venus  s'asseoir  ])ul)liquement  en  la  grande  sale  de  la 
maison  de  la  ville  avec  l'ordre  snyvant 

Premier  l'administrateur 
2  Le  Roy 

^^ances.  3  Maienco 

(1)  Jour  d'éleclion  (WaUUag), 


—  009  — 

4  Trier 

:")  ( '()l()i,i;ii(' 

(;  Saxe 

y  l'odclcls  ail  nom  de  ItraiHlchoi-cli. 

Le  cancclicr  <U'  Maicucc  a(  Icii  aux  Princes  a  haute  xoix 
plusieurs  arlieles  de  la  lîulle  d'oi-  a  obsei'ver  en  senil)lal)le 
eonjonelure. 

Les    Princes    ayants    e(»niinunie(|iie     par    ensenil)le    la 

dessus,  ont  iaiet  appeller  les  magistnits  iiiiX(juels   al    esté        Maj;islrats 

de 

Iaiet  semblable  leeture,  qui  ont  levé  les  doigts  et  juré  sur     Franckfurt 

le  s'  Evangile  d'observer  le  tout  et  de  ])rotéger  et  main- 
tenir les  l'rinees  contre  tous  cenl/  (jiii  prétendroient  les 
troubler  en  cest  élection. 

127.  Dijnanclie.  S.  A.  at  ouy  la  messe  et  le  sermon  a\ ce 
Mayenee  et  Trier  aux  prescheurs  et  Mayence  (^st  venu 
disner  avec  S.  A. 

Le  Roy  et  la  Royne  ont  du  mattin  ouy  la  grand  messe  a 
réglise  Nre  Dame  proche  de  nre  court,  avec  une  rare 
musicqne. 

28.  Lundi  du  mattin,  après  la  messe,  rKlecteur  de 
Trêves  at  visité  S.  A. 

Les    Princes    ont   esté    en    Conseil. 

29  mardi  an  mattin,  après  la  messe,  les  Princes  ont  esté 
en  Conseil. 

A  midi,  le  comte  W'alrave  de  AValdeck  et  le  Haron  de 
Flecksteyn  ont  disné  avec  S.A. 

30  mercredi.  Les  Princes  ont  esté  en  Conseil.  A  midi  at 
disné  avec  S.  A.  le  comte  de  Furnstenbergli  grand  mr'' 
dliostel  du  Roy  et  ses  trois  filz. 

A])res  midi,  S.  A.,  le  Roy,  la  Royne, ont  ouy  les  vesjjres 
en  léglise  de  nre  Dame  avec;  belle  musiccpie. 


—  oio  — 

La  HoviK'  estoit  au  cweiii'*!!!  costr  droiet  sans  balde(|iiin 
cl  le  lîoy  au  ('()st('  ^aiiclic  a\('c  iiiig  baldeqnin  soulz  UmiucI 
il  al  liiT  S.  A.  aii[)i-('s  de  liiv. 

Il  jeudi  jour  de  rAscciilioii,  le  Roy,  la  Royiic  cl  S.  A. 
ont  ouy  la  messe  et  le  sernion  a  léglise  de  nre  Daine,  avec- 
la    incsnie    ccréinouic    et    iimsic(|ue   corne   dessus. 

A  midi,  ri''le('teur  de  Saxe  at  disué  avec  S.  A.  Ledit  de 
Saxe  était  au  haut  bout,  a  sou  eosté  droiet  S.  A.  Lui;- 
trencdiaut,  eonite  de  Swart/euboureli,  le  eorate  de  liell'e- 
steyu,  de  Zegei",  uire  de  Saxe  a  i;auelie,  le  baron  Poppcl 
i>rHnd  cancelier  de  liohcsinc,  eueoires  deux  de  Saxe,  i)uis 
tous  uo/  eomtes. 

Leî<  Prince  sont  esté  forl  nUdi^res,  et  ont  beu  uussbro- 
derchnp  '  ,  disant  velny  de  Siixe  (jii'il  voulait  que  le  diable 
enijtortast  qui  ne  le  fai.soit  de  bon  cœur.  Il  baisa  S.  A. 
])lu!-ieurs  l'ois  en  signe  d'alTeetiou.  Le  cliapou  du  Uoy  y 
eliauta  fort  jolyuicnt,  les  trompettes  et  les  taïuboui's  de 
euyvre  y  sounareut.  L'on  y  l'ist  uug  grand  Rauss  i-'.  S.  A. 
le  reconduit  jusques  a  la  porte  où  ilz  beuvoit  encoires,  // 
Diamant  chantoit  Saxe  en  montant  a  cheval.  S,  A.  at  donné  a  Saxe 
ung-  diamant  de  deux  mille  rix. 

JlKG. 

Le  i)remier  de  Jung,  les  Pi-inces  ont  esté  au  Conseil. 

A  midi,  ont  disné  avec  S.A.  l'Evesque  de  Vienne  Slesele, 
Barbitino,  ung  estropié  appelle  le  Baron  de  Walbourg  et 
le  comte  de  Serensteyn. 

A])res  nndi,  S.  A.  a  esté  a  (dieval  ti-ouver  le  duc  de  Saxe, 
et  après  avoir  discouru  ])ar  ensemble  une  bcmue  demye 
heure,  ont  monté  tout  deu.x  a  cheval  et  se  sont  embarccpié 

(i|  ('(iiirriilcriicllciiiciil. 

{')  l)i;l)iniclie  (le  boisson.  —  Jùi  iillciii;iii(l  luodcriu',  on  dit  «  Uausclu). 


—    OTI    — 

;i\('('  foule  Iciii'  siiild  pour  proniciici'  sur  la  rixièrr  de 
>r('yiu',  aimits  uioii1(''  conti'c  le  flux  uiu'  domyc  licuri'  par 
(U'ia  le  pont  a\(,'c  toutes  soi-les  (rallégi'csscs,  la  inusiecpie, 
les  Iroinpotles  a  deux  ])arlies,  avec  eliaeiin  les  tanihoiii-s 
de  euyvre,  le  eliappon  du  Koy  (pii  se  l'aisoit  ouyr,  et  puis 
uiii>'  loulast,  de  \  in  sur  la  burcq  (]ui  l'aisoit  hoii'e  eeiilx  (pii 
eu  voloiet.  TiCs  ri'iuces  sont  retire/,  en  la  \  ille  api'cs  liiiiet 
heures  du  soir. 

T,e  2'  (le  juni;  samhedi,  les  Princes  oui  <]e  n)a(iin  esté 
en  Conseil. 

')^'.  S.  A.  al  ouy  la  messe  et  le  sermon.  Le  Koy  ni  la 
IJoyne  ny  ont  esté,  ors  que  leur  masie(|ue  y  estoil. 

L'Kleeteui-  de  Trêves  at  disné  auprès  de  S.  A.,  oii  estoit 
anssy  le  bai'on  de  Donna,  Poppel,  s>'riiiul  ruiicelicr  de 
liohesme,  Monsieur  Ilorsl,  le  comte  dl^bei'steyn.  le  comte 
(l(ï  Seristeyii. 

Ce  mcsine  jour  Mnycnce  ul  Iruiclc  Snxc,  où  le  Roy  les 
;if  esté  surprendre  et  disnat  avec  eulx,  bien  (ju'il  ny  l'uisl 
esté  invité. 

4''.  Les  Princes  ont  esté  an  conseil. 

A  midi,  ont  disné  avec  S.  A.  le  comte  (Jeorge  Frédéric 
de  Ilogenloo  de  la  suite  du  Roy,  le  comte  d'Eldembrug-,  le 
comte  de  Mansfelt,  deux  comtes  de  Waldeeck,  un  comte 
de  Hai'deeck,  le  prévost  de  St  Se  vérin,  Heer  jaeob,  grand 
audiensier  de  l'eu  Empereur. 

Trier  ul  truielé  Saxe,  le  Koy  y  est  oeiiu  u  In  dcsserle  et 
S.  A.  estant  levée  de  sa  table  c^  (juict  de  ses  liostes  est  allée 
trouver  la  compagnie  chez  Trier,  ou  ilz  ont  bien  et  joly- 
nient  ben.  S.  A.  a  cdiangé  de  cha[)eau  avec  Saxe. 

5''.  Les  Princes  sont  aile/,  au  Conseil. 
S.  A.  at  disné  en  sa  cliambi'e. 


—    OI2    — 

6'^.  Les  Princes  sont  estes  en  (Jonseil. 

A  midi,  S.  A.  a  disné  aiii)res  de  l'administrateni'  du. 
riait/,  ou  estoient  a  table  rEleeteur  de  Mayence,  le  prince 
Palatin,  le  comte  de  Hanaut  et  le  Ringraeve. 

Au  soir,  S.  A.  at  soupe  auprès  du  lîoy  en  son  jardin  ou 
estoit  Saxe.  La  Uoyne  assise  au  haut  bout  tenant  la  main 
droicte,  et  S.  A.  au  mesme  haut  bout  a  la  main  gauche.  Le 
lîoy  estoit  du  costé  de  la  Royne  et  Saxe  de  l'autre  costé. 
.S'.  .1.  nt  acquis  le  Roy  pour  pcre  S:  la  Royne  pour  luere 
par  alliance. 

7''  Jung.  Les  l*rinces  ont  depuis  les  liuicts  heures  du 
mattin  jusques  a  douse  heures  et  demie  esté  au  Conseil. 

1/administrateur,  Saxe  et  Podelets  sont  sortis  de  la 
chambre  ordinaire  du  Conseil,  et  se  sont  retirez  a  part  en 
une  autre  chambre  où  ilz  ont  conféré  ensemble  une  bonne 
heure. 

Chasse.  Après  midi,  le  Uoy,  la  Royne,  Tadministrateur  et  Pfaltz 

ont  esté  a  le  chasse  que  le  comte  d'Isembourgh  avoit  faict 
préparer  a  une  bonne  demye  heure  de  franckfort  en  ung 
lieu  nome  Suenbach.  S.  A.  ny  les  autres  princes  ecclésias- 
ticqs  ny  sont  estez,  ors  qu'ilz  en  aieit  esté  requis.  Le 
Lantgraeve  de  Hessen  et  sa  femme  y  estoient.  Le  marquis 
d'Anspach,  le  prince  d'Anhalt. 

L'on  avoit  résolu  de  passer  oultre  à  l'élection  pour 
demain,  mais  pour  certaines  difficulté/,  survenues,  le  jour 
est  remis  a  mercredi. 

8.  Les  pi'inces  ont  esté  au  Conseil. 

A  n)idi  ont  disné  avec  S.  A.  l'évesque  de  Nitry  en 
Hongrie,  le  grand  escuir  du  lîoy  Barbitius. 

Excès  en  boire.  Au   soir  aiani   soupe,  est  nllée  environ  les  huict  heures 

che/  Saxe  (pii  avoit  la  suecade  sur  sa  table.  11  la  vint  ren- 


mal  sonant. 


—  6l6  — 

contrer  a  la  porte  puis,  rciuontcz,  se  mirent  a  table  ou  ils 
denieurareut  jusijues  après  une  heure  du  inaKin  et  lisrent 
un  rauss  de  grand  excès.  Vax  ceste  conipaignie  estoient  le 
comte  Hogenloo,  le  comU;  Kingrave,  le  S'  de  Sensieli,  le 
comte  de  Hanaut  et  autres. 

A  la  table  de  rdecleur  de  Sax(;  au  soir,  iiug  des  siens 
en  pied  api)uie  (•outr(;  la  chaise  du  S'  de  Sensieli,  se  U'\ant 
le  dit  Heusich  pour  laii'c  la  révcrance,  l'autre  tonil)at  par 
terre  et  tirât  le  siège  sur  luy,  ne  pouvant  de  soy  mesujc  se 
relever.  Il  le  fallut  remporter  pour  la  grande  charge  de 
vin  qu'il  avoit  pris. 

Le  comte  de  Hanaut  dict  a  ces  deux  Electeurs  :  seyde  Propos 

glienedichster  hurnfiinst  und  heren  ben  vol  inussicli  nocli 
eyn  mal  driiicken,  soe  miissisch  bcy  deii  a  ne  rame  ni  en 
cotsen  ('). 

Le  Comte  de  la  Marck  se  retirant  en  ung  coing  ])onr 
rendi'e  son  eau^^e,  trouvât  (ju'il  pissoit  sur  un  home  vvre 
couché  par  teri'C,  et  ne  sen  appercut  jusques  a  ce  (piil  luy 
vid  lever  ung  pied  en  haut.  Le  dit  S'  comte  s'en  allât. 

.Sa.ve  se  /'achat  que  S.  A.  beiwoit  de  Veauive,  disant  que 
son  ventre  luj'  estoit  aussi  cher  qu'un  autre,  parce  qu'il 
beuvoit  le  vin  pur,  et  dict  a  monsieur  de  Frentz,  coppier 
de  S.  A  :  Tu  vaux  aussi  peu  que  ton  mre,  a  i-aison  quil 
donnoit  de  l'eauwe  a  S.  A. 

9  Jung.  Sambedi.  Les  Princes  ont  esté  au  Conseil  et  le 
Roy  de  mesme,  mais  il  s'est  retiré  en  une  particulière 
chambre  avec  ceulz  de  son  Conseil. 


l'i  PliisicMu-s  mois  (le  ce  i>assaj;e,  déiialuré  i)ai'  le  (•lir()iii(iiicin', 
sont  inèiue  coinj)lètenK'ii(  eslroi)iés  :  ('"est  ainsi  ini'il  laul  ccrtai- 
neinenl  voir  «  cluui'iirst  »  dans  «  biirnriinst  ".  «  w en  »  dans  i<  lien  n, 
ete. —  On  ])<)urrait  traduire  la  ])lirase  coninie  snit  :  Messieurs  les 
électeurs,  si  vous  ni"ol)li;;('/.  encore  à  lioire.  je  devrai,  je  \ous  lassui'e. 
rendi'e  iroriie. 


4 

S.  A  ;it.  avec  le  lîov,  otiy  les  xcsprcs  ci)  r(\nlisL'  (le  lire 
(laine,  Sn  mnjcsic  niuiit  mis  sur  son  inanteaii  la  llioisoii 
d'or. 

H).  Jour  (le  la  l'enllieeoust  du  lualtin  a  sept  heures 
S.  A  at  ouy  la  messe  basse  a  lY'^lise  de  lire  daiue.  Pen- 
dant ee,  monseigneur  at,  de  la  part  d(»  S.  A.,  visite;  le  Roy 
et  la  Koyiie  malade,  avec  compliments  et  excuses  de  ce 
(juil/.  ne  se  voii'ont  a  la  grand  messe. 

Les  Electeurs  de  Maience,  de  Trêves  et  S.  A.  ont  ouy  la 
giand  messe  a  la  grande  (_^glise  de  S'  Barthélémy  et  de  la 
ont  tous  disnc  a\ ce  ^Nlayence. 

Il  est  resoux  (jiu.'  rdection  se  i'erat  merei'edi  prochain, 
et  s(»  sont  accordez  les  Princes  (pie  chacun  Electeur  aurat 
lors  avec  soy  XII  personnes  dedens  le  coeur  de  la  grande 
église,  où  ladite  élection  se  ])nblierat.  Le  sur])lus  de  leurs 
courts  serat  dedans  l'église. 

11.  S.  A.  at  ouy  la  grand  messe  et  le  sermon  avec  le  Koy 
en  l'église  nre  dame.  La  Royne  n'y  at  j)as  esté. 

A  midi  S.  A.  et  Trêves  ont  disné  chez  le  Roy  a  trois 
seulement  à  table.  Sa  majesté  les  at  rencontrez  et  recon- 
duits jus(pies  a  l'escaillier,  s'excusant  sur  les  gouttes  (pi'il 
n'allait  ])lns  avant. 

12.  Du  mattin  avant  les  sept  heures,  S.  A.  et  Trêves  ont 
esté  trouver  Mayence  en  sa  maison  où  ils  ont  conféré 
ensemble  a  trois  jusques  a  neuff  heui-es,  et  ])nis  aiant  ouy 
la  grand  messe,  se  sont  retirez. 

Ce  mesme  jour  a  midi  vSaxe  a  traité  le  Roy,  S.  A  et  l'admi- 
nistrateur de  Ileydelberg.  Le  Roy  estoit  au  haut  bout, 
S.  A  au  droict,  l'administrateur  a  gauche  et  Saxe  au[)rès 
de  S.  A. 


—  ol;)  — 

K).   I)ii  iiiatliii  ;i  s('|)(  liciiiTs,  le  Koy  cl   les  Princes  Mlcc- 

Iciirs  ont  este  sur  la  maison  de  la  \  ille  où  ilz  se  sont  \csliis 

(le  leiii's  lial)its   éleeloraux   hors  mis  (jiic  indininisl niicur  Mabit 

des  Electeurs. 
du   Piuiitiiiut   n'uvoit   (juc    l'huhil   diieal,   axce    le    Ixtunel 

({uari'é    l'ouré    de   i)elites    liennines.   et    les   antres   estoient 

ronds,  le  Roy  a\()it  la  eonronne  de  lioliesnie  sur  son  (diielT. 

La  Royno  cstoit  a  une  l'eiiestre  a  ro])]»osi(e  de  la  maison  Roine. 

de   la    ville   avce    inig'   drap   de    xcloux    ron_i;('    pendant    an 
delioi's  ])()ur  les  veoir  ])asser. 

En  ('est  exqiiipag'C,  le  Roy  et  les  princes  (''lecteurs  ont 
monté  sur  leurs  clievaux  bien  t^'  richement  eaparassone/., 
aiant  oelny  de  Saxe  une  nu'daille  de  diamant  an  IVont 
estiince  a  cent  mille  Rix  dacMar  et  ont  marcdie  en  Tordre 
suyvant. 

'l'ous  les  gentilzlionimes  allants  jx'sle  mesle  de\ant  eulx  .L'ordre  tomme 

de])nis  ladite  nnnson  de  vide  jus(|ues  a   le^lise  de  S'  l>ar-       teurs     mar^ 

tlK'lemv.  ^'"•.'^"^  ^J   !^ 

maison    de    la 

ville   jus(|ue   a 

Ti  ;      •      j      7  ;  1  r    ■  v     '/'  1  l'église  S'  Bar= 

Ils   marchoient    deux  a   deux.    Muience   ci    1  rêves    les       theiemv   audit 


premiers,  ^laience  aiant  la  main  droiete. 


Franck  fort. 


Le  Roy  et  S.  A.  les  suivoit.  S.  A.  avoit  la  main  droiete. 

Puis  Saxe,  l'administrateur  et  le  ])ar()n  de  Podelets  au 
nom  de  Brandebourcli,  Saxe  an  milieu  et  Vadminislrateur 
au  eost('^  droiet. 

Les  six  princes  avoient  chacun  leurs  mareschanx  niar- 
chant  devant  eulz  a  cheval  en  maldra])  avec  leurs  esjx^'es 
('lectoralles  dans  leurs  fourreaux  dor  on  dorez. 

Ces  maresehaux  estoient  telz  :  Mareschaux. 

Celluy  de  S.  A.  le  comte  de  Ririerschel  au  nom  de  son 
])ere  mareschal  lu'ri'ditaire  de  ('oloii;ne. 

(Jellny  de  Mayence,  Iloudeker. 

Celluy  de  Trier,  le  coronel  d'I-lirt. 


—  3i6  — 

Cclluy  du  Roy,  uu^  S'  de  Lcip,  inarcsclial  hért-diUiire 
de  Bolicsmc. 

Celluy  do  Saxe,  le  baron  de  l*a])enlieyju. 

Olliiy  d(^  radministratenr,  le  colonel  Helmstiit. 

Tous  ces  princes  sont  entrez  en  mesine  ordre  en  léglise. 

J'odelets  marchait  derrier  le  dernier.  Chacun  Pi-ince  n'at 

eu   (juc   XII   des  siens  autres  d'eulx  au  cauir.  La  i-est  de 

leurs  courts  estoit  denicui'ee  eu  le  l'cst  de  l'église. 

Ordre  que  les  j^^.,^.   entrée  au   coeur   lut   tel: 
iiSrs  Electeurs 

tenoient  en  en-  rpj.j^^.   j^   j,i,emier. 
trant  a  S'  Bar=  '■ 

theiemy    en  Maience  le  second. 

Francfort.  r,      .     ,      o 
S.  A.  le  3^ 

Saxe  4^ 

Le  Roi  le  S*". 

L'administrateur  le  6'^. 

Et  Podelits  le  7^ 

Ordre  des  séan»        Trier    avoit    son   siège   seul   unz  peu   eslevé   au    milieu 
ces    en    ladite 
église.  du  coeur  aux  sièges  des  chanoines. 

De  son  costé  droict  estoit  Maience  le  premier. 

Le  Roy  second. 

L'administrateur  le  troisiesme. 

Aux  sièges  du  costé  gauche  estoient  : 

S.  A. 

Saxe. 

Podelits. 

Et  avoient  tous  ces  princes  chacun  leurs  mareschaux 
devant  eulz  avec  les  espées  électorales  et  leurs  grands 
chainberlains. 
Ceux  qui  ne  vou=  T/on  y  at  incontinent  chanté  le  Veni  s"^  spiritus  et  y 
sont  tous  demeurez,  mais  comme  l'on  commencoit  la  messe, 
Saxe,  Pflats  et  Podelits  en  sont  sortis  avec  beaucoup  de 
leurs  gens  et  se  sont  retirez  dans  la  sacristie  richement 
tapissée. 


lurent  ouyr  la 
messe. 


'{,- 


La   liicssc    finie,    cliacun    csl    lelounir    en    sa    place  an         Serment 
coeur    où    Maieuce   proposa   le    serment    a    faire    par    les 
Electeurs  suyvant  la  Bulle  d'Or. 

Trier  a  pris  le  serment  de  Mayencc  et  Mayenee  celluy 
de  Trier  et  par  conséquent  ceulz  de  tous  autres  Electeurs. 
Ma3^ence  at  commandé  a  son  secrétaire  de  tirer  note 
de  ce  que  s'estoit  passé  et  l'omologuer  pour  mémoire  per- 
pétuelle, d'autant  plus  que  Maieiice  est  cancelier  de  l  Em- 
pire. 

Ce  secrétaire  at  requis  tous  les  assistants  présents  d'en 
estre  tesmoius. 

Cela  faict,  l'on  at  encoires  chanté  Veni  S'®  Spiritus  puis 
sont  allez  au  conclave  où  ilz  sont  demeuré  une  bonne 
heure. 

Sortis  de  cette  conférance,  le  lloy  entre  Maience  et 
S.  A.,  ont  assis  le  Roy  sur  l'autel.  S.  A.  estante  a  la  main 
droicte  du  Roy  et  Maience  à  gauche  et  tous  les  autres 
estoient  du  costé  de  Maience,  et  sont  ainsy  demeurez  en 
l)ied,  le  Roj^  assis  comme  dit  est,  durant  le  Te  Deum 
Laudamus  qui  se  chantoit  a  trois  cœurs,  l'un  estoit  la 
musicque,  le  deuxiesme  les  orgues  et  le  troisiesme  tontes 
les  trompettes  et  tambours  de  cu^^vre  des  princes,  qui 
faisoient  ung  grand  tintamar  ;  les  tambours  s'appellent 
par  les  allemauts  Herbencken. 

Toutes  ces  cérémonies  achevées  au  cœur  les  Princes 
en  sont  sortis  et  montez  sur  ung  théâtre  dressé  eu  l'église 
tapissée,  au  milieu  duquel  estoit  nng  siège  enrichi  de  drap 
d'or  ung  peu  relevé,  et  couvert  d'ung  beau  tapis. 

Laquel  chaire  sans  Baldeqnin  estant  présentée  au  Floy 
par  Mayenee  il  at  accepté  et  sy  est  assis. 

Trier  estoit  assis  a  l'opposite  du  Rroy,  le  visaige  vers 
Sa  Majesté,  S.  A.  a  gauche,  Mayenee  et  les  autres  a  la 
main  droicte. 


—  3i8  — 

Roi  Mathias  pu-        Lors  le  Prévost    de  ^Jayciu-c  ai  leu  et  publié  a  hante 
blié    empereur  i      ,^        ,,      i  •  • 

le  13 Jung  1612.  voix  que  le  Roy  ^latliuis  cstoifc  esleu   lloy  des  Komaiiis   '» 

et  futur  empeieur. 

Après  ceste  publication,  Papenliem  donna  l'espée  a 
Saxe  la  tirant  habillement  hors  du  fourreau  le  bout  en 
haut,  et  Saxe  l'aiant  en  sa  main  en  fist  iing  petit  tour 
en  riant  et  regardant  Podelits  qui  représentoit  ]îraiide- 
bourg. 

L'on  donnât  a  l'administrateur  le  monde  '■')  et  a  Podelits 
le  sceptre. 

Ils  sont  remontez  a  cheval  en  cet  éqnipaige  avec  toutes 
leurs  trompettes  et  tambours,  chacun  en  leurs  rangs 
jusques  a  la  maison  du  Roy  où  les  Princes  l'ont  reconduit 
sans  descendre  de  leurs  chevaux. 

Le  Roy  avoit  sa  couronne  avec  le  chapeau  en  Bonnet 
en  la  main,  les  remerciant  jusques  a  ce  qu'ilz  fuissent 
retirez. 

Trier  marchoit  devant  tout  seul  avec  une  houssine  en 
la  main. 

Saxe,  l'administrateur  et  Podelits  le  suyvoient  avec 
l'espée  nue,  le  monde  et  le  sceptre  en  mains.  Puis  mar- 
choit le  Roy  entre  Maience  et  S.  A.  Ne  faut  omettre  que 
soubdain  que  Papenheym  eut  donné  l'es^^ée  a  Saxe,  tous 


(1)  Les  Empereurs  d'Allemagne  ])renaieiit  le  titre  de  Roi  des 
Romains  avant  d'être  couronnés. 

Antérieui'ement,  le  couronnement  exigeait  des  cérémonies  mul- 
tiples et  longues  :  après  l'élection,  le  Roi  des  Romains  était  conduit 
dans  la  petite  ville  de  Rlieinstein,  près  de  Coblence,  où  il  confirmait 
les  privilèges  des  électeurs  ;  ])uis  il  se  rendait  à  Aix-la-Chapelle  ;  il 
y  recevait  la  couronne  d'argent  ;  ensuite  à  Monza,  près  de  Milan, 
la  couronne  de  fer  ;  enfin,  à  Rome,  celle  d'or  ;  le  Pa])e  le  proclamait 
Empereur.  Ai)rès  (^linrles  (Juiiit,  on  se  borna  au  seul  courouueiueut 
à  Francfort. 

(2)  Globe. 


Olf)    — • 

les  autres  niarcscliaiix  inirciil  les  leurs  les  poiutiis  eu  bas  Espées. 

iivee  les  fourreaux,  puis  se  retirereul. 

Podelits  n'avoit  antre  liabit  que  son  oïdinaire. 

Cejourdliuy  a  midi  ont  disné  avee  S.  A.  le  eonite  de 
Walsteyn ,  Laiitliossnieyker  de  lîoliesiue,  le  comte  de 
Maiisfeldt,  capitaine  des  gardes  du  Roy,  le  comte  Rin- 
graeve,  doctor  Wacker  de  la  suite  du  Roy,  le  comte 
Frédéric  de  Solms,  le  comte  de  SNvaetzenbourcli,  le  comte 
de  Pappensteyn  et  Helfeysten. 

Est  a  noter  que  les  princes  eclésiastiques  avoient  robes  Ri»bes. 

d'escarlatte  et  les  souliers  de  veloux  rouge. 

i4-  Jeudi  ont  disné  avec  8.  A.  Tadministrateur  Ilenricli 
Troupis  Baron  de  Walbourg,  son  fils,  trois  comtes  de 
Furnstenberclijdenx  comtes  de  Solme,le  comte  Ringraeve, 
le  filz  du  comte  Jean  de  Nassauw. 

S.  A.  at  du  mattin  esté  promener  a  elieval  hors  la  ville,      Lant^ravine. 
at  rencontré  La  Lantgravine   de  Hessen   en   son   caroce 
({111  n'at  ocsté  son  masque  pour  .siiliier  S.  A. 

Le  Lantgrave  Manrits  de  Ilessen ,  son  filz,  sa  feme, 
l'ambassadeur  d'Espaigne,  don  Baltasar  de  Zuniga,  le  duc 
de  Cobburg  ont  cejourd'liui  entré  en  la  ville. 

i5.  Vendredi  les  princes  Electeurs  ont  esté  au  Conseil 
du  mattin,  où  at  esté  resoud  (jiie  le  couronnemenl  du  Roy 
soy  ferai  le  dimanche  en  liuict  jours. 

A  midi  ont  disné  avec  S.  A.  Rarbitius  et  lieer  Lambreclit 
mre  dhostel  de  la  Royne. 

Après  midi  sont  arrivez  en  la  ville  le  nKii-({uis  d'Anspacli, 
le  lantgrave  Lodovic  de  d'Ermstat,  le  prince  d'Anhalt,  le 
prince  de  Brandebonrcli. 

i6.  Les  Princes  ont  esté  du  mattin  jusques  a  dix  heures 
an  Conseil. 


Nonces.  Après  midi,  sont  venus  visiter  S.  A.   deux  nonces  iipos- 

tolicques,  l'ung  appelé  Placido  de  la  Mana,  évesque  de 
Melfy  au  roiaulme  de  Naples,  et  Antonio  Vescano  de 
Pistoya,  résident  a  Coloigiie.  S.  A.  les  a  receu  an  dessus 
des  degrez  et  reconduits  iusques  en  bas  de  la  première 
montée,  Melfy  at  eu  la  préséance  et  S.  A.  lui  at  donné  le 
devant  en  entrant  et  sortant.  Monseigneur  de  Groesbeeck 
les  at  rencontrez  et  reconduits  a  la  porte. 
Ambassadeurs.  Apres  leur  partement,  don  Batazar  de  Suniga,  ambas- 
sadeur d'Espaigne  et  don  Baltazar  de  Marradas  ont  eu 
audience  de  S.  A.  laquel  les  at  receu  et  reconduit  audessus 
de  la  montée,  et  monseigneur  les  at  reconduits  jusques  a 
leur  caroce. 

Puis  après  ont  eu  audience  Guillaume  Ancelle  mre 
dhostel  et  conseillier  du  Roy  de  France,  et  le  S^  de  Bonge, 
président  de  France  a  Prague,  rencontrez  par  S.  A-  ^  la 
porte  de  la  sale  qui  vat  en  l'antichambre  et  les  at  recon- 
duits jusques  a  la  porte  de  la  sale  qui  vat  aux  degrez,  et 
monseig''  a  faict  semblable  debvoir  comme  aux  autres. 

17.  Dimanche  du  mattin,  Mayence  est  venu  trouver 
S.  A.  qui  l'at  rencontré  a  la  porte  de  sa  maison,  et  ont 
ainssi  par  ensemble  allé  a  pied  pour  ouyr  la  messe  a  légiise 
de  Nre  Dame.  Le  Roy,  la  Ro3'ne,  Trier,  et  les  deux  nonces, 
l'ambassadeur  d'Espaigne  et  celuy  de  Florence  y  ont  aussi 
esté. 

La  messe  est  célébrée  par  l'Evesque  de  Nitry,  le  Roy 
estoit  avec  la  Royne  soubz  le  baldakin  rapproché  de  l'autel 
du  costé  de  l'Epistre,  derrière  eulz  estoient  Mayence  et 
Coloigne.  A  l'autre  costé  du  cœur  estoit  Trier,  au  milieu 
du  coeur  y  avait  un  bang  où  estoient  les  deux  nonces  et 
les  ambassadeurs. 

Le  nonce  de  Melfy  avoit  la  préséance,  celluy  de  Coloigne 
auprès  de  luy. 


—    02I    — 

Mayeuce  at  donné  l'eamve  béniste  au  Ro}'  et  à  la  Royue, 
leur  at  aussi  donné  a  baiser  l'Evangile  et  la  Croix. 

Aprôs   kl   messe,   tous   les   princes   estants   retirez,    le 
Jcusne  prince  Electeur  de  Brmideboiirch  est  venu  trouver     Brandebourch. 
S.   A.  qui  l'at  rencontré   &  reconduy  a  la  porte  et  luy 
donné  l'entrée  et  sortie  des  chambre  devant. 

Cejourdliuy  S.  A.  at  disné  chez  Saxe,  ou  estoit  l'Elec- 
teur de  Mayence  et  iceulz  trois  princes  ont  dansé  a  trois  ;  Danses. 
a  la  fin  de  ceste  danse,  Mayence  fist  uue  cabriole  ;  Hz  se 
baisoient  l'un  l'autre  eu  signe  de  grande  alïection. 


i8«.  L'on  at  esté  en  Conseil.  Le  duc  de  Neubourg  est 
arrivé  en  ceste  ville  cl  ni  soupe  avec  S.  A.  laqucl  luy  al 
donné  le  haut  bout  de  la  table  et  la  préséance  a  toutes 
entrées  des  chambres. 


Neubourg. 


iQ^  Mardi.  Les  princes  sont  tous  allez  en  Conseil.  A 
midi  S.  A.  at  disné  chez  Trier. 

.    20.  Les  princes  encoires  en  Conseil. 

Apres  midi,  l'ambassadeur  de  Florence  at  eu  audience 
de  S.  A.  et  les  autres  ambassadeurs. 


de  Maience 
leur  évesque, 
de  ne  point 
faire  aucune 
procession  en 
la  ville  de 
Franckfort. 


21.  .Tour  du  sacrament,  les  princes  ayant  auparavant  Le  magistrat  sup- 

■      1  1      j-   •        1  •  T       •  4^1     1-  P"^  l'Electeur 

résolus  de  laire  la  procession  ordinaire  aux  catholicques 

par  les  rues,  les  Burgemres  ont  supplié  l'Electeur  de 
Mayence,  protecteur  des  églises  catholicques  et  évesque 
de  Franckfort,  que  ceste  procession  ne  sortisse  ses  effets 
pour  beaucoup  de  considérations,  et  d'autant  que  ces  céré- 
monies n'estoient  en  usaige  en  ladite  ville  et  que  ce  n'eu 
estoit  la  coustume, 

Maj'^ence  at  reparti  que  la  coustume  en  at  esté  devant 
eulx  et  leurs  pères  et  rjue,  de  tout  temps,  ceste  solennité 
avoit  esté  observée  aux  églises  catholicques,  qu'il  est  en 
son  diocèse  et  ({ue  de  ceste  authorité  sienne,  il  veut  (jue 
ceste  procession  se  fasse  et  que  l'on  se  gardasse  bien  dy 


.)22    — 

donner  empesehemeut  si  on  ne  vonloit  (ju'une  procession 
se  convertisse  en  Vespres  (a  suppléer  siciliennes)  i'). 

S.  A  at  esté  trouver  Trier  en  sa  maison  devant  sept 
heures  du  niattin  ;  ilz  sont  allez  ensemble  a  l'église  St  Bar- 
thélémy où  Mayence  estoit  désia,  le  Roy  y  est  venu,  et 
soubdain  après  avoir  chanté  Tantum  ergo,  sont  avec 
rianibeaux  partis  de  ceste  église,  et  allez  avec  des  croix, 
coni'anons  et  prebtres  jusques  a  l'église  des  prescheurs 
proche  la  maison  de  Mayence,  où  le  Ro}^  la  Koyne  et  les 
autres  princes  et  ambassadeurs  catholicques  ont  ouy  la 
messe  célébrée  par  Mayence  :  ilz  ont  marché  en  l'ordre 
su  y  van  t. 

L'ordre  tenu  par       Lélecteur  de   Mayence   estoit  soulz   le   baklequin   vesti 
les    électeurs 
leRoy.laReynè  pontificalement,  accompaigné  de  divers  prebtres  notables, 

ces^"a^l1anT'"à  ^^  portoit  le  S^  Sacrement.  Ceulx  qui  portoient  le  baldakin 

léglise    des  estoient  le  comte  de  Furtensberch  et  trois  autres  comtes 
prescheurs. 

de  la  chambre  du  Roy. 

Derier  ce  baldakin,  marchait  le  Roy  seul  a  pied,  un 
petit  flambeau  de  cire  blanche  en  la  main,  et  a  teste  nue, 
la  thoison  d'or  ceint  sur  son  manteau. 

Derier  luj^  estoient  Trier  et  Cologne  avec  flambeaux, 
Trier  au  droist,  après  les  deux  nonces  Meli'y  au  droict, 
après  les  ambassadeurs  d'Espaigne  et  de  Florence. 

Hz  ont,  en  ceste  ordre,  entrez  en  ladite  église  des  pres- 
cheurs avec  leurs  chantres,  trompettes  et  Ilerbecken  son- 
nants, chantants  et  jouwants  par  rues  et  dans  léglise. 
Mitre.  Devant  le  baldakin   y   avait  iing  père   (|ui  portoit  sut-   un 

coussin  la  riche  mitre  archiéi)iscopale  de  Maience. 

Dans  la  dite  église,  Mayence  a  chanté  la  messe,  le  Koy 
et  la  Uoync  estoient  assis  au  coeur  soubz  le  baldakin  du 
coste  d(;  l'Epistre. 


(^)  liC  iiia^islrMl  riMloiilail  smiis  doiUc.  en  dcniaiKhiiit  la  siqiprcs- 
siou  de  la  procession,  des  li'ouliies  i)ou\aiit  iiailre  de  la  préseiiee  de 
nombreux  protestants  à  Franelorl. 


-  323  — 

Trier  estoit  derier  uulx,  et  S.A.  derrier  liiy  de  mcsme 
costé. 

Au  milieu  estoient  les  nonces  et  les  ambassadeurs  aussy. 

Keyctsel  tenoit  le  bassin,  ung-  Sclioenbergli  le  pot  doré 
l)our  laver  les  mains,  Iloneker  et  li^-penbergli  tenoient 
les  serviettes. 

Trier  at  donné  l'Evangile  et  la  Paix  a  baiser  au  Roy  et 
a  la  Royne,  avec  les  cérémonies  et  compléments  requis. 

La  messe  finie,  que  l'on  pensoit  rapporter  le  Sacrement 
a  l'église  S*  Barthélémy  où  il  appartient,  Mayence  est 
demeuré  malade  et  at  esté  reconduit  en  sa  maison  et  mis 
an  lict.  L'ordre  de  la  procession  rompu  pour  le  rapport 
(lu  sacrement  avec  la  mesme  révérance  d'auparavant,  le 
lîoy  et  les  autres  princes  catliolicques  estants  retirez  aussy 
en  leur  particuliers,  après,  tous  les  auti'cs  Electeurs  ont 
disné  avec  le  Roy. 

Est  a  noter,  que  Saxe,  Hessen  et  autres  princes  protes- 
tants avec  leurs  femmes,  scavoir  celles  qui  y  estoient,  soy 
sont  retrouvez  aux  fenestres  pour  veoir  repasser  la  pro- 
cession in  amplissima  forma,  mais  la  maladie  de  Mayence 
l'at  empesclié. 

22.  Les  princes  ont  esté  en  Conseil  hors  mis  celluy 
de  Mayence  qui  se  portoit  encoires  mal. 

Après  le  conseil,   S.   A.  et  Saxe,  accompaigué  du  filz 
de  Lantgraive  de  Hessen  et  autres  seigneurs  sont  allez  chasse  de  cerffs. 
a  la  chasse  proche  d'Ermstat,  où  le  lantgraire  Lodwick 
de  d'Ermstat  l'avoit  faict  prépai-er.  Hz  ont  pris  qnclqnes 
trent  cerffs  et  biches,  tant  tire:-  (jne  conrns  avec  les  lances. 

L'administrateur  donnât  sa  lance  en  terre  après  ung 
cerff,  laquel  se  rompant,  faillit  d'avoir  du  mal,  si  ung 
laquay  n'eust  abilement  l'ctenu  le  cheval  par  la  bride. 

liC  comte  Efucsf  de  Mniisfolt  \-  culbutât  avec  son  c-Iicn  al, 


-  324  - 

Le  niesme  jour  soiil  lU'i'ivez  après  midi,  le  due  de 
Wurtembergh  et  le  marquis  de  Dourlaelit.  L'adminis- 
tratice  palatine  y  est  aussy  arrivée. 

Une  biche  sautât  sur  la  croupe  du  cheval  du  jeune  duc 
de  Brunswick,  qui  cuidat  mettre  l'home  et  le  cheval 
par  terre. 

23.  Les  Princes  furent  en  Conseil. 

Apcès-midi,  S.  A.  at  ouy  les  vespres  avec  le  Roy  et  la 
Roy  ne  en  l'église  de  Nre  Dame. 

Cérémonies  24.  Dimanche  jour  S' Jean,  fut  le  Roy  Mathias  couroné 

du  coronement      ^  ^  <•  i.       i  ■  i  -    '  •  i. 

de  l'Empereur.     Empereur,    et    y    furent    observées    les    cérémonies    et 

solemnitez    suyvantes    en    l'église    de    S*   Barthélémy   à 

Franekfort. 

L'Electeur  de  Maience  fut  le  premier  à  l'église  parce 
qu'il  se  préparoit  pour  célébrer  la  messe.  Il  s'y  vestit  des 
habits  pontificaux  d'archevesque  avec  la  mitre  et  la  croze 
fort  riches. 

Le  Roy  y  est  arrivé  entre  8  et  9  heures  accompaigné  de 
24  princes,  et  les  électeurs  de  Saxe  et  l'administrateur 
vestus  de  leurs  habits  électoraux  et  Podelits  au  nom  de 
Brandebourch  avec  le  sceptre  en  la  main,  Saxe  l'espée  et 
l'administrateur  le  monde,  lesquels  suj'voient  le  lloy  en 
leurs  habits  électorals.  Les  électeurs  de  Trier  et  Cologne 
y  sont  venus  vestis  de  leurs  habits  électoraux  d'avant  les 
sept  heures  du  mattin.  Hz  ont  (juitté  ces  l'obes,  et  se  sont 
vestus  de  surplis  et  de  chappes  de  drap  d'or  fort  riches. 

A  l'arivée  du  Roy  en  l'église,  Mayence,  Trier  et  Coloigne, 
accompaignez  de  l'évesque  de  Nitry,  et  le  suffragan  de 
Mayence,  tous  deux  mitres,  ont,  en  leurs  équipaiges  avec 
la  t  et  le  baston  d'argent  où  pendent  les  scelz  de  rEin])ir(' 
que  l'on  portoit  devant  eulz,  rencontré  sa  IMajesté  jus(jues 
a  la  p(n'te  de  l'église.  Où  s'an-estant  et  après  les  j-évérances 
faictes,  Mayence  leut  ((uelques  oraisons,  puis  le  conduireut 


—   d23   — 

(levant  le  grand  antel,  où  l'on  avoiL  préparé  ^on  hiège  sous 
ung  baldakin  de  drap  d'or. 

Cliacnn  Electeur  avoit  son  siège,  Trier  estoit  au  costé 
droict,  Coloigne  a  ganclie  et  les  trois  autres  du  costé 
droict.  Tous  les  autres  princes  estoient  au  costé  gauche 
sur  ung  long  l)an(\ 

Les  deux  nonces,  et  les  ambassadeurs  d'Kspaigne  et  de 
Florence  estoient  au  milieu  de  l'église  derier  Sa  Majesté. 
L  e^7/.s'e  estait  tapissée  pur  terre  de  drap  roug-e. 

ÏjG  Roy  fut  amené  i)ar  Trier  et  Coloigne  proche  de 
l'autel  où  il  s'agenouillât  sur  un  careau  de  drap  d'or; 
Mayence,  debout,  se  i-etourna  vers  Sa  Majesté,  et  lent 
encoires  quelques  suffrages  et  prières,  puis  fut  recondui 
par  Trier  et  Coloigne  soubz  son  baldakin. 

La  Royne  estoit  sur  un  théâtre  au  dessus  de  Coloigne 
accompaigiiée  d'uug  grand  nombre  de  princesses,  com- 
tesses, dames  et  damoiselles  de  qualité. 

Mayence  commençât  la  messe,  deux  chanoines  de 
Ma3'ence  le  servoient  de  diacre  et  subdiacre.  L'Epistre 
finie,  le  Roy  fut  encoires  amené  i)ar  Tiier  et  Coloigne  sur 
le  careau  de  drap  d'or  proche  l'autel.  Maj-ence  luy  fist 
certaines  interrogations  en  lattin,  a  chacunes  desquelles 
Sa  Majesté  l'espondit  volo  ;  on  leut  loi's  toutes  les  litanies. 

Le  Roy  approcha  l'autel  de  plus  j)rès  et  niist  la  main        Serment. 
dessus,  puis  /ist  le  serinent  (jue  Mayence  luy  disait.   11    se 
mist  en  genoux  sur  le  mesme  careau  i)r()clio  l'autel. 

Trier  et  Coloigne  luy  ont  osté  son  habit  électoral, 
demeurante  Sa  Majesté  avec  une  robette  de  drap  d'or 
tirant  sur  le  pourpre. 

L'électeur  de  Maience  l'oindit  i)remiei'  d'une  t  sur  la 
teste,  à  la  poicti'ine,  au  nue  du  col  et  au  bras. 

Puis  tous  les  électeurs  l'ont  mené  (>n  la  sacristie  où  ilz 
ont  demeuré  une  bonne  heure. 

lùi  sortant,    il    estoit    vesti    de   la    j-oebe    impériale    de 


—  326  — 

Cliarleuiuiyiie  l'aictc  de  drap  d'or.  II  se  reinist  sur  le 
carcan  proche  l'autel,  où  Mayence  luy  donne  le  sceptre, 
l'espée  de  Charlemaigne,  et  uii<>'  aneau  d'un  beau  et  riche 
diamant. 

Trier  et  S.  A.  luy  misrent  la  chappc  d'iùnpei'eui-,  le 
monde  en  sa  main  et  la  couronne  de  TEnipeieur  Cliarle- 
maigne,  apportée  d'Aix,  sur  sa  teste.  En  cet  équipaige,  il 
fut  recondui  par  lesdis  deux  princes  soubz  son  baldakin. 
FiUy  osta  sa  coui'onne  et  la  tint  en  sa  main  tout  le  temps 
de  la  messe,  et  tous  les  électeurs  se  i-emisi-ent  en  leurs 
places. 

Apres  l'J^^vangile  et  le  Credo  ,  l'Empereur  allât  a 
lOrirande,  et  olTi-it  une  pièce  d'or  releie  de  la  grandeur 
d'ung  Ivix  daeldei',  et  la  messe  se  continua. 

.Vpres  que  Mayence  eut  consacré  et  communié  a  l'autel, 
Sa  .Majesté  s'approchât  et  communiât  ;  il  ne  voulut  le 
cai-eau  que  on  Iny  présentât,  ains  se  mist  les  genoux  sur 
le  degré  de  l'autel  tapissé,  que  Ton  attribue  à  sa  vénérance 
de  sa  communion. 

Trier  dt)nnat  l'IOvangile  et  la  Paix  à  baiser  à  rr^mpei'eur. 
La  messe  achevée,  Sa  Majesté  l'ut  derechieff  conduit  de 
son  baldakin  à  l'autel  sur  son  careau  comme  auparavant. 
Lors  Mayence  l'ist  i)lusieurs  belles  oraisons  ponr  la  béné- 
diction de  Dieu,  et  toutes  sortes  de  bonne  heure  et  pros- 
périté à  Sa  Majesté. 

Api'ès,  riùn])ereur  l'ut  condui  })ar  tous  les  Electeurs 
vers  nng  troesne  haut  relevé  et  richement  tapissé  avec  ung 
siège  et  baldakin  de  drap  d'or,  qui  luy  cstoit  })réparé  du 
cosié  du  C(X'ur,  oi'i  il  s'est  assis,  et  jjendant  (piil  si  ache- 
niinoit,  toutes  les  trompettes  et  herbecken  faisoit  ung 
gi-and  fanfai-re  en  l'église.  Trier  et  Couloigne  allarent  se 
dévestii-  de  l(Mirs  chappes  et  se  revestirent  de  leurs  habits 
électoiaux ,  puis  relournarent  vers  Sa  ^Majesté  sur  1<^ 
troesne,  où  estoient  tous   les  auti-es  électeurs,   hors  mis 


—    027    — 

Mnyencc,  qui  pour  sa  ilrbilitc,  n'y  [)eul  alh'r.  Ll-'inporeur 
list  cUxsept  chevaliers  qui  s'esttiut  mis  en  genoux  Sa 
Majesté  leur  tlonnat  de  l'espée  nue  sur  resi)aule. 

L'on  clumtat  Te  deum  laudmniis,  et  les  trouipclles  et 
herbeeken  eories^jondoieut. 

L:i  Royne  partit  la  ])reniièr('  de  l'église  seule  en  sa 
earoee,  snyvies  d'autres  eiirosses  ])laines  de  ])rineesses  et 
dames  de  qualité. 

l)(q)uis  l'église  ius(jues  a  la  maison  de  la  \  ille,  il  y  a\()i( 
un  pont  de  bois  couvert  de  draj)  rouge  sui-  le(|uel  ces 
i-aroees,  l'Empereur  et  tous  les  Princes  marelioient.  l^lle 
montât  avec  toutes  ces  dames  sur  la  maison  de  la  ville  oii 
les  bancquets  estoient  prépare/. 

L'Emi)ereur  suyvit  tost  après  a  ])ied  soubz  un  baldakin 
])orté  par  six  comtes  de  la  chambre  de  Sa  Majesté. 

Saxe  avec  l'espée,  l'administrateur  avec  le  monde,  et  le 
comte  Hans  Jorich  de  Hogenzolrn  marelioient  devant  a 
pied,  ledit  comte  avec  le  sce])tre  estoit  a  eosté  senestre, 
Saxe  au  milieu  et  l'administrateur  au  costé  droiet. 

Entre  ces  princes  et  l'Empereur  jnarchoiont  trois  héraux 
avec  casaeques  d'armes  de  toillc  d'or  de  Hongrie,  de 
Bohesme  et  d'Austriehe,  a  teste  nue  avec  une  bagette 
blanche  en  sa  main,  et  le  héi'aut  de  l'J^^mpire  mai'choit 
derier  tout  proche  du  baldakin. 

Trier  au  costé  droiet,  Conloigne  à  gauche  marelioient 
derier  ledit  bahhikin. 

Et  dei'ier  eulx  y  avoit  ung  a  cheNal  (|ui  semoit  or  et 
urgent  par  les  rues. 

L'I'jnpereur  et  rimpératiaee  axnieiit  .i  deux  leur  table 
a  i>art,  au  haut  bout  de  la  sale  au])res  des  l'enestres  qui 
regardent  sur  la  })lace  soubz  ung  l'iehe  baldakin  le  dos 
contre  les  fenestres. 

A  leur  op])Osite,  avoit  ''rri(M'  sa  table  seide  et  à  pari, 
comme  tous  les  autres  Electeurs,  il  a\t»il  le  \  isaige  conlie 
la  veue  de  leurs  Majestez. 


-  328  — 

Au  c'osLé  (li'oid  (le  la  sale,  esloit  la  place  pré2)arée  pour 
May  cil  ce,  lequel,  a  cause  de  son  indisposition  ne  soy 
retrouvât,  aiiis  retournât  de  l'église  en  sa  maison. 

Du  niesme  eostc  an  dessonbz  de  Mayence,  estoit  raduii- 
nistrateur  seul  a  sa  table. 

Au  costé  gauclie  de  la  sale,  estoit  le  premier  S.  A.  de 
Couloigne  a  sa  table  seul. 

Plus  bas  que  ladite  A.  au  inesme  costé  estoit  Saxe  aussi 
seul  et  a  part. 

Tous  les  électeurs  avoient  chacun  leur  baldakin  et  leur 
buffet. 

Hz  estoieiit  servis  de  leurs  gentilliommes  de  la  Chambre 
qui  portoicnt  leur  viande  comme  troupis. 

L'adniiiiistrateur  fut  a  cheval  quérir  le  premier  plat  de 
l'Empereur  à  la  cuisine  où  se  rotissoit  le  beuff  (^). 

Schench  von  L'Imborch  luy  donnât  a   boire,   le   comte 
Hans  Joi'ick  de  Hogenzolrn  a  laver. 
La  Marck.  Le   comte   de   la   Marck   fut  trenchant  i'-)   de  S.  A.  de 

C'Onloigne  et  celui  de  Rifferscheyt  coppier  (^\ 

Derier  Trier  estoit  son  buffet,  et  derier  ce  buffet  y  avoit 
deux  tables  séparées,  où  estoient  assis   tous   les  princes 
sans  baldakin. 
Palatin.  A    la   première    estoit  'au   haut    bout    le    ieune    prince 

Palatin  a  la  main  droicte,  auprès  de  luy,  au  senestre, 
au  mcsme  haut  bout  un  autre  Palatin  qui  at  espousé  la 
feme  de  radministrateur,  puis  le  marquis  d'Aiispacli, 
le  landgrave  T.odovick  de  d'Ermstat,  le  marquis  de 
Dourlach,  de  Poden,  le  duc  de  Wirtembergh,  le  duc  de 


')  (""c'iait  un  usaf;e  ti-adiliomu'l  :  ce  hci'iif.  ri'iii])li  du  volailles  e( 
(le  diverses  viandes,  élail  doinié  au  i)eu])le.  coiiiine  on  le  verra  ])lns 
loin. 

(-)  Eeuyei"  Iranclianl. 

('■'j  (^ui  déeoupail   la   \iaiide, 


{'oljburgli,  le  jeusnc  priiici;  de  Hriindeboiircli,  le  laii(lj;i'avo 
Maiiritz  de  liessen,  et,  le  prinee  Cliritjtiaeu  d'AiihalL  tous 
à  eeste  table. 

A   la  deuxièsinc  table,    i)lnsieui's   ieiiiios   i)rin('es. 

Toutes  les  princesses  luangeoieiit  en  une  cbambre  nn 
peu  plus  bas. 

Et  les  comtes  en  un  autre  au  dessoub/  des  i)rineesses. 
Hz  y  demeurèrent  jus(pies  a  ('inc(|ue  lieures,  lioi-s  mis 
(|ue  rimpératrice  partit  la  première  et  se  letii-at  vers 
sa  maison  accomj)aignée  de  toutes  ses  dames  et  pi-in- 
cesses   en   carosses. 

L'Empereur  retournât  a  sa  maison,  tous  les  comtes 
et  gentilhommes  marclioient  devant  a  pied,  puis  les 
24  princes  a  cheval  et  les  électeurs  avec  Sa  Majesté  aussi 
a  cheval,  iceulx  Electeurs  habillez  électoi-alement  et  Sa 
majesté  de  la  roebe  impériale  et  la  couronne;  sur  sou 
chieff. 

Celluy  de  Trier  marclioit  le  premier,  Saxe  avec  l'espée 
au  milieu,  l'administrateur  au  droict  avec  le  monde,  et 
Hozenzolrn  a  gauche  avec  le  scheptre.  S.  A.  de  Couloigne 
suyvoit,  les  hérauts  d'armes  en  leur  ordre,  puis  Sa 
Majesté,  laquel  fut  ainsi  reconduite  iusques  à  sa  maison 
et  y  entrarent  les  Electeurs,  ou  aiants  demeure  demye 
heure,    se   sont   retirez. 

L'on   at  rosty  un  beuff  farcy   de  volailles,   cossons  et         Beuff. 
autres  animaux,   duquel  estant  porté   une  pièce  a  l' Em- 
pereur, le  rest  at  esté  donnée  au  pillaige  a  qui  en  vouloit, 

et  la  maison   de  planche   qui  pour  ce  regard  fut  érigée.  Maison 

1  i.    -i  •  »  •        •  j  i-  .        1        .         «Je  planche, 

chacun  en  omportoit  une  pièce  si  avidement,  (pie  loml)ant 

une  partie   du    toict,    ung  garçon  en   fut  tué. 

Ung  fontaine  de  vin  blanc  et  rouge  coulât  sur  le  mai'<'hé   Fontaine  de  vin. 
par  plusieurs  canaux  iusques  a  trois  heures  après-midi. 

Il  y  avoit  sur  le  marché  ung  grand  monceau  d'aveine  (')  Aveine. 


('j  Avoine. 


dans  lequel  Saxe  entrât  ins(|ues  an  veiilre  de  «on  elieval 
aiaiit  luu;  mesure  d'argent  quil  inist  plaine  d'aveine, 
puis  avec  un  rouleau  d'ai-gent  le  roulât  sui-  la  dite  mesure 
comme  s'il  Teust  voulu  vendre  :  après,  jccta  ceste  aveine 
au  loinji,-  et  s'en  retoui-nat,  laissa  le  dit  monceau  au  pillaige. 
Drap  roujje  j^q  mesme  pilaige  se  i'ist  du  drap  rouge  qui  estoit  sur 
le  [)ont,  qui  fut  déchiré  et  découpé  par  plusieurs,  et  y 
eut  aucunes   persones  grièvement  l)lessées   et  tuées. 

25  Jung.  Lundi.  Le  landgraive  Mauritz  de  Ilessel  Slesel, 
évesqne  de  Vienne  et  l'ambassadeur  de  Florence  ont,  du 
mattin,  visite  S.  A. 

8.  A.  at  soupe  chez  le  lantgraive  de  Hessen,  où  y  avoit 
plusieurs  S^s  et  princesses. 

26.  Mardi.  Fut  l'impératrice  couronnée  avec  les  mesmes 
solemnitez  qui  furent  observées  au  couronement  de  l'Em- 
pereur en  l'église,  hors  mis  les  interrogatoirs  qui  luy 
furent  faietes  en  lattin,  et  aucunes  semblables  choeses. 

Elle  estoit  suyvie  de  25  carosses  en  allant  et  retournant 
de  l'église  toutes  remplies  de  dames. 

Leurs  Majestés,  tous  les  princes  et  princesses  ont  disné 
sur  la  maison  de  la  ville,  l'Empereur  c*v:  l'Impéi-atrice  à 
part,  comme  dimanche  dernier,  luy  au  costé  droict. 

"^l'ous  les  Electeurs  ensemble  a  une  table. 

Tous  les  autres  princes  avoient  leur  table. 

Et  les  princesses  de  mesme  en  la  mesme  sale. 

27.  Mercredi.  Ont  les  Princes  esté  en  Conseil. 

Banquet  de  S.  A.        S.  A.  a  faict  ung  très  beau  bancquet  a  midi,  où  sont  estez 
de  Couloigne 

L'administrateur  en  haut  bout  a  droict. 

Saxe  proche  de  luy  a  gauche. 

Le  duc  de  Cobburgh. 

Le  <luc  de  AMi'temberffh  et  deux  siens  frers. 


0.)I      — 

J.c  iiiar(jiiis  (l"Aiisj);n'li. 

Le  (lue  (le  W'eynu'jcii. 

Le  lanlgi'avo  de  Hesscii  et  son  l'il/. 

Lelantgrave  de  d'I'>nnstal  i?v:  ses  deux  IVei-s. 

Le  ieniie  Prince  Palatin. 

Le  ieune  Prince  de  Brandebonrgli. 

Le  duc  de  Brnnswiek, 

Le  duc  de  Holsteyn. 

Deux  marquis  de  Badeu. 

Marquis  de  Dourlacli. 

Deux  frères  de  radiuinistrateui'. 

Le  duc  de  Poniere.    ■ 

Le  Prince  d'Anluilt. 

Le  duc  de  Linienborcli. 

Hz  se  liastarent  fort,  parce  que  l'EnipercMir  vouloit 
courir  la  bague  avec  eul/  coninie  ilz  fisrent  ai)iès  midi  et 
l'Empereur  rcm[)ortat  une  fois. 

Au  soir,  Monseigneur  fut  chez  le  Lantgrave  de  d'iu-mstat 
où  soupoit  le  duc  de  Saxe. 

Hz  partirent  environ  les  lo  heures  du  soir,  et  allarent  Danse, 

vers  la  maison  de  la  ville,  où  Leurs  Majestéz  et  tous  les 
Pi'inces  &  Princesses  vindi'ircMit  au  bal  (pii  dui-at  ius(iues 
à  trois  heures  du  matin. 

28  Jeudi.  Les  Princes  ont  esté  en  Conseil. 

S.  A.  at  cejourdhuy  disné  chez  Saxe  avec  i)lusieui's 
autres  princes  ainnt  ce  repas  duré  his(jue.'<  mix  10  heures 
au  soir. 

Ceiourdliuv,   Monseigneui'  al  doniu'  de  la  i)ai't  de  S.  A.       ..*:*1^'?"^^ 
"  *^  Médailles. 

les  médailles  et  chaesnes  a  huict  cavalliers  &  ministres 
de  l'Electeur  de  Saxe. 

29.  Saxe  est  parti. 

L'ambassadeur  d'J^spaigne  al  (mi  audience  à  S.  A. 


3o.  Au  soir  M'  sont  allumez  les  l'cux  arLificiclz  et  bruslé 
le  eliasteuu  sur  la  rivière  de  Meyne  plain  de  i'uzées,  gre- 
nades et  autres  gentilesses  fort  admirables. 

Prima  July.  S.  A  at  ouy  la  messe  en  l'église  nre  Dame 
avec  l'Empereur,  rTm[)éi'atri('e  c*s:  Mayenec. 


LES  ORIGINES 
DE  LA  Sculpture,  de  la  Gravure 

ET    DE    LA 

Peinture  chez  uHomme  fossile 


liésiiiiK'  d'iiiu'  Coniiiuiiiiciilion 
fuite  à  ht  sctince  de  Vliistittil  du   -jS  [(■oricr   IQO^. 


Xous  voyons  apjjai'aîtrc  les  prcinièi-es  luanifestations 
artisti(|U('s  v\w/.  rHomiiic  fossile  \  cn-s  la  lin  de  rage  du 
Mannnouth  et  surtout  pendant  Tâge  du  Renne,  c'est-à-dire 
])endant  la  seconde  moitié  de  la  période  ([uaternaire.  Ces 
manifestations  ai'tisticpies  consistent  eu  gravures  au  ti-ait, 
en  scul[)tur(!s  en  demi-bosse  e(  en  ronde  l)oss<',  en  pein- 
tures, sur  pierre,  sur  os,  sur  ivttire  ou  sur  rochers. 

Quoique  les  pièces  graxées  au  burin  de  silex  soient 
beaucoup  plus  fréquentes  que  les  objets  sculptés,  rien  ne 
l)r()uve  que  l'Homme  se  soit  exercé  à  la  gravure  avant 
d'aborder  la  sculpture. 

Les  gravures  et  les  scul])turcs  sur  pierre  sont  i-elative- 
ment  rares,  les  gravures  sur  os  et  sur  coiiic  de  cci'\  ides 
beaucoup  plus  communes  ;  on  en  connaît  i)lus  de  d<Mi\ 
cents  spécimens. 


Les  sculptui'es  sont  presque  h)uj()ni-s  en  ivoire  de 
mammoutli.  Les  sujets  traités  sont  de  diverses  eatégories. 
11  faut  d'abord  eiter  les  simples  traits  parallèles,  les  qua- 
drillages, les  zigzag's,  les  chevrons,  i-arenient  des  lignes 
ondulées.  Viennent  ensuite  les  re]>résentations  d'animaux 
qui  sont  presqu'aussi  abondantes  que  les  dessins  géomé- 
triques. Ces  animaux  sont  surtout  des  mammifères  et  le 
plus  souvent  :  le  bœuf,  le  bison,  le  elieval,  le  renne  et  le 
mammouth  ;  (pudtpu'fois  des  ])oiss()ns  sont  l'eprésentés  et 
très  rarement  des  oiseaux  ou  des  reptiles.  Les  représenta- 
tions luimaines  sont  rares;  comme  gravures,  on  possède 
un  chasseur  d'anroch,  une  femme  de  Laugerie-Basse,  des 
bras  et  des  mains  isolées;  il  y  a  aussi  quehjues  sculptures 
de  femmes,  provenant  de  Brassempoux,  faites  en  ivoire  et 
une  tête  d'homme^  en  os  de  la  cavcM'ne  de  Verlaine  (Bel- 
gique). 

La  gi'ande  majorité  de  ces  gravures  et  sculptures  datent 
de  l'âge  du  Benne,  du  Quaternaire  sui)érieur  ;  elles  sont 
l'œuvre  des  hommes  fossiles  de  la  race  de  Laugerie-Basse 
(Cro-Magnon)  que  l'on  a  encore  appelés  les  troglodytes  de 
la  Vézère,  les  Magdaléniens,  les  chasseurs  de  Rennes. 

Ces  i)roductions  artistiques  présentent,  à  côté  d'une 
grande  naïveté  d'exécution,  un  sentiment  très  vrai  des 
formes  et  des  attitudes,  nous  permettant  de  reconnaître 
la  plupart  des  animaux.  Tantôt  l'artiste  a  exécuté  son 
œuvre  sur  des  fragments  quelcon([ues  d'os  ou  d'ivoire  ; 
avec  môme  des  surcharges,  comme  s'il  s'était  simplement 
exercé  ou  amusé  à  ce  travail.  Tantôt,  la  gravure  ou  la 
sculpture  est  adaptée  à  la  forme  naturelle  ou  artificielle 
de  l'os,  de  la  corne  ou  du  morceau  d'ivoii'e.  Ce  sont 
surtout  les  manches  de  i)oigna]'ds,  les  ])ointes  de  sagaies, 
les  harpons  qui  sont  ainsi  ornés,  ou  bien  les  énigmatiques 
bâtons  de  commandement.  11  y  a  aussi  des  objets  de 
parure  gravés  ou  sculptés;  perles  et  plaques  de  colliers, 
pendeloques,  etc. 


Les  Priniilifs  (luaternaircs  ne  so  sont  i>as  contentés  de 
figurer  des  animaux  isolés,  ils  ont  ([uelquel'ois  groupé 
leurs  sujets,  tenté  des  ensembles,  (|ue  nous  ])ouvons  consi- 
dérer comme  les  jjremiers  (ableaux.  Ils  ont  été  en  général 
tort  malhabiles  dans  ces  premiei's  essais  de  composition 
artibtiipu'.  Ce  sont  oi'dinair(Muenl  des  enfilades  d'aninniux, 
l)lacés  les  uns  derrière  les  autres,  oii  les  ra])])orts  et  les 
ju'oportions  sont  foi't  défectueux,  (^iiand  il  leui'  ai'rixait 
de  reiiroduire  deux  aninuiux  à  côté  l'un  de  l'aiiti-e,  ils 
indi(juaient  également  ])ai"  des  traits  de  inènu'  valeur  les 
parties  se  cachant  mutuellement. 

Dès  ces  débuts  delà  gravure  (!t  de  la  scnl))lnre,  nous 
voyons  rilomme  utiliser  en  même  tcm])s  la  couleui-,  c'est 
presqu'exclusivoment  du  rouge  et  du  noir.  Souvent  les 
objets  de  parure  en  ivoire  sont  teintés  ])ar  de  la  ])oudre 
d'ocre  ou  d'oligiste.  On  a  retrouvé  à  Si)y  les  tubes  à  cou- 
leur de  l'Homme  contemp(U'ain  du  ^lammoutli  :  ce  sont  des 
os  creux  de  cygne  qui  étaient  encore  reuii)lis  de  ])ou(lre 
d'oligiste. 

Des  cailloux  i)ortant  des  traces  de  peintures  à  l'oci-e 
rouge  représentant  des  traits  ])ai"allèles,  des  lignes  en 
zigzags,  ont  été  rencontrés  dans  des  dé])ôts  de  cavernes  de 
la  fin  du  (i^uaternaire. 

.le  veux  surtout  m'ari'êter  aux  fameuses  gravures  et 
peintures  de  parois  dans  les  cavei'nes  dont  il  a  été  (question 
dans  ces  dernières  années. 

En  1875,  l'abbé  Marcel  de  Sautuola  découvrait  des  gra- 
vures et  des  peintures  rouges  et  noires  sur  les  ))arois  et 
sur  le  plafond  d'une  grotte  obscure,  à  Altamira  près  de 
Santander  et  il  les  attribuait  à  l'Homme  de  l'âge  du  Renne. 
Les  gravures  au  trait  représentent  des  bisons,  des  clievaux 
et  des  cervidés;  les  peintures  figurent  un  troupeau  de  bisons 
plus  grands  que  nature,  dans  toutes  les  attitudes,  mêlés  à 
d'autres  bovidés,  à  un  élan,  un  cerf  et  un  sanglier.  Enfin, 
sur  ces  parois  un  grand  nombre  de  signes  géométriques 


336 


étaient  peints.  On  fut  alors  très  inc-i'inliilo  au  sujet  de  cette 
découverte.  Pour  les  uns,  ces  gravures  et  ces  fresques 
étaient  beaucoup  plus  récentes  que  les  dépôts  recueillis 
dans  cette  grotte;  x)Our  les  autres,  l'abbé  de  Sautuola  avait 
été  l'objet  d'une  mystification.  Mais  voici  (pie  depuis 
deux  ou  trois  ans,  on  a  découvert  en  France  hait  grottes, 
dans  la  Gironde,  la  Dordogne  et  le  Gard,  à  parois  ornées 
de  gravures  et  de  peintures,  ayant  complètement  la 
même  facture  que  celles  d'Altamii'a  et  contenant  les  mêmes 
dépôts  et  les  mêmes  objets  de  l'industrie  magdalénienne. 
A  ces  dessins,  gravures  et  peintures  sur  roclier  représen- 
tant des  animaux,  étaient  jointes  comme  à  Altamira,  des 
figures  triangulaires,  tectiformes  exécutées  à  côté  ou  sur 
les  animaux.  M.  Moissan,  de  l'Institut,  a  fait  l'analyse  des 
couleurs  des  fresques  de  la  grotte  de  Fond  de  Gaume  et  il 
a  reconnu  que  ce  sont  des  ocres  formés  d'oxyde  de  fer  et 
d'oxyde  de  manganèse. 

On  peut  donc  affirmer  aujourd'hui  cpic  les  gravures  et 
peintures  murales  de  certaines  grottes  obscures,  sont 
l'œuvre  de  l'Homme  fossile  de  l'âge  du  Renne,  car  i)lu- 
sieurs  fois  on  a  ])u  constater  : 

1°  (^ue  ces  productions  ai'tistiques  étaient  complètement 
recouvertes  par  des  dépôts  vierges  de  tout  remaniement  et 
d'âge  parfaitement  établi;  2"  que  ces  gravures  et  peintures 
nuirales  sont  identiques  de  style  aux  gravures  et  sculi)tures 
sur  os  et  sur  ivoires  recueillies  dans  ces  mêmes  cavernes; 
3"  ([ue  les  sujets  représentés  sont  des  animaux  dis])ai'us 
de  la  région  ou  même  de  la  surface  du  globe. 

(.'(îs  gravures  et  ces  fresques  était-elles  exclusivement 
des  manifestations  artistiques  destinées  à  orner  des  pai'ois 
de  grottes  où  ne  }>énétvait  pan  lu  lumière  du  jour  et  où  l'on 
ne  voit  ]>as  les  traces  de  foyers  fi'é(|iients  ? 

L'etlmograiîliie  comi)aré('  di's  ])euplades  sauvages 
actuelles  jette  une  singulière  lumière  sui-  cette  question. 

Les  gravures  et  sciiljjtiircs  des  l<]s([iiinunix,  les  gravures 


sur  parois  des  piMiplades  saluirieinies,  l(>s  peintures  sur 
rocher  des  Boseliismancs  reproduisant  l'image  de  tel  ou  tel 
animal,  ont  jiour  but  d'assurer  au  i)ossesscur  de  l'image 
une  influence  d'ordre  magique  sur  l'objet  réel  qu'elle 
représente,  de  donner  une  pi-ise  sur  l'objet  «  désirable  », 
et  cela  d'après  de  très  anciennes  croyances  antéi-ieures  au 
fétichisme  ou  à  la  religion  actuelle  des  dites  peuplades. 

Les  Ariintas,  peuplade  du  centre  de  l'Australie,  étudiés 
par  Spencer  et  Gillen,  ont,  ainsi  que  les  Peaux-Rouges 
américains,  une  figure  d'animal  comme  symbole  ou  totem 
de  la  tribu.  Ils  peignent  en  grand  l'image  de  ce  totem, 
l'Emon  par  exemple,  sur  les  parois  de  grottes  obscures. 
A  certains  moments,  les  hommes  accomplissent,  en  ])ré- 
sence  de  ces  peintures,  une  cérémonie  «  VinlicJiiiinui  n  (pii 
a  pour  l:)ut  d'assurer,  par  des  moyens  magiques,  la  multi- 
])lication  de  l'animal  totem,  utile  à  la  ti'ibu. 

Or,  il  se  fait  que  les  motifs  des  gravures,  sculi)tures  et 
surtout  peintures  sur  paroi  des  préhistoriques  sont  emprun- 
tés presqu'exclusi veulent  à  des  animaux  «  désii-ables  )>  et 
dont  ils  faisaient  leur  nourriture.  Déjà  en  187(5  un  Hclge, 
'SI.  Bernardin,  de  Melle,  avait  émis  l'idée  que  les  images 
d'animaux  gravées  et  sculptées  des  chasseurs  de  Renne 
])réliistoriques  seraient  des  syml)olcs  de  })eu})lades  à  culte 
totemicjue  comme  les  Peaux-Rouges.  Cette  idéea  été  reprise 
aujourd'hui  par  Ilamy,  Capitan,  l'abbé  Breuil  et  Reinach. 
Xos  gravures,  sculptures  et  peintures  de  l'Homme  fossile 
ne  seraient  pas,  d'après  ces  archéologues  et  ethnographes, 
de  simi)les  objets  d'art  dans  l'acception  moderne  du  mot, 
mais  des  objets  d'évocation  mystique.  Devant  ces  pein- 
tures murales  préhistoriques,  les  Magdaléniens  de  l'âge 
du  Renne  auraient  accompli  des  cérémonies  magiques  dans 
le  but  de  s'approprier  ou  de  voir  se  multiplier  ])our  eux  : 
bœufs,  bisons,  chevaux,  cervidés  et  mammouths,  dans  le 
but  encore  de  les  attirer  an  voisinage  de  la  caverne. 

Fne  foi-me  de  la  survi\ancc  de  celle  ci-oyance  d'un   rap- 


—  338  — 

port  magique  entre  le  possesseur  d'une  image  et  l'objet 
réel  qu'elle  représente  aurait  subsisté  jusqu'au  Moyen  âge 
en  Europe,  c'est  V envoûtement.  Une  autre  forme  de  la 
survivance  de  la  même  croyance  chez  les  peuples  orientaux 
actuels  et  spécialement  chez  les  Arabes  est  celle  que  le 
possesseur  de  leur  image  a  un  pouvoir  sur  eux.  Ce  serait 
la  raison  pour  laquelle  ils  ne  veulent  pas  se  laisser  repré- 
senter ou  photographier. 

Le  rapprochement  des  fresques  préhistoriques  et  des 
peintures  sur  roches  des  Boschismanes  et  des  Australiens 
me  paraît  judicieux  et  leur  commune  signification  très 
probable.  Mais  faut-il  voir  dans  toutes  les  x^rodwctions 
artistiques  de  nos  Primitifs  fossiles  exclusivement  des 
objets  d'évocation  magique,  je  ne  le  pense  pas.  //  eut 
d'autre  part  très  possible  que  Vorigine  et  en  partie  le  iléoe- 
loppement  de  l'art  primitif  chez  V Homme  fossile  soit  lié 
intimement  à  des  pratiques  mystiques  utilitaires. 

Julien  FEAIPONT. 


Contribution  a  l  Histoire 

DES 

ÉTATS  DU  Duché  de  Limbourg 
AU  xviip  Siècle 


S'il  faut  en  croire  le  savant  liistorien  Ernst  ('),  le 
Limbourg  et  les  pays  d'Outre-Meuse  n'auraient  pas  eu 
d'Etats  à  l'époque  où  ils  avaient  des  souverains  parti- 
culiers, c'est  à  dire  avant  le  xiv''  siècle  ;  d'après  lui,  ils 
n'y  apparurent  que  sous  le  règne  de  Pliilip])e  le  Bon, 
établis  à  l'instar  de  ceux  du  duché  de  Erabant.  Cette 
(piestion  de  l'origine  des  Etats  limbourgeois  mériterait 
des  reclierclies  approfondies,  ([ui  ne  i)euvent  Irouvcu- 
])lace  ici  ;  mais  sans  avoir  des  preuves  positives,  nous 
croyons  pouvoir  avancer,  que,  comme  dans  les  autres 
principautés  lotliaringiennes,  les  I^tats  existaient  dès  le 
xiiie  siècle,  tout  au  moins  en  fait,  sinon  reconnus,  dans 
les  terres  d'Outre- Meuse. 

Les  Etats  provinciaux  furent,  dans  notre  pays,  la 
bas(^    de    la    constitution    l'i    :     k    ils    constituaicMit,     dit 


("'i  .\(jlici;t  (le  rcbiis  slitliinm  proiuncinc  Liniburi>viisis .  par  S.  I'. 
Krnht.  dans  h'  Comple-vcndu  de  lu  Coniiiiissioii  royale  d'IIislnire. 
licsi'i-ic.  t.  XII,  pp.  12S5-2S7. 

-1  Au  sujet  (le  rorganisaliou  des  K(als  i)rt)viuciaux  l'u  jïiMu-ral. 
cf.  (J.vciiAlu».  Collection  de  (loriiiiieiils  inédits,  I.  1.  l'ri-ci.s  du  ri'-^iinc 
pi'Dviucial  ;  l'oi  l.l.irr.  Les  C.onslitiitions  n.-ition.-iles  f>elges  de  l'uneien 
réginw  (Hruxc'lles  1S74  .  eh.  \'  :  l'oi  i.i.KT.  Histoire  politique  niitiu- 
nale,  t.  II,  passiui. 


—  040  — 

]\r.  Poullot,  une  puissance  intermédiaire  entre  le  pi-iiice 
et  les  sujets,  puissance  qui  ne  gouvernait  pas,  mais  qui 
empêchait  cpi'on  ne  gouvernât  tyranniquement  au  nom 
(lu  prince.   » 

Leur  origine  ex])li(jue  les  di'oits  et  l(»s  prérogatives 
dont  ils  jouirent  jusqu'à  leur  suppression  à  la  fin  du 
xv!!!*^  siècle.  Comme  nos  souverains  ne  pouvaient  impo- 
ser arbitraii'ement  leurs  suj(*ts  ni  exiger  d'eux  toujours 
et  partout  le  service  militaire,  ils  durent  avoir  recours 
à  des  assemblées  où  les  différents  organismes  de  la 
société  étaient  représentés  et  qui  étaient  cliargées  de 
voter  les  subsides  ;  les  groupes,  une  fois  constitués,  ten- 
dirent à  se  rapprocher,  et  ce  fut  leiii'  réunion  qui  constitua 
les  Etats. 

Leurs  principaux  droits  consistaient  dans  le  fait  d'incin- 
giirer  le  souverain,  d'admetti-e  les  patentes  de  ses  officiers 
et  rei)réseutants  ;  on  les  consultait  i)()ur  les  mesures  à 
l)rendre  en  faveur  du  développement  de  l'industrie  et  du 
commerce,  de  la  construction  des  routes,  etc.  ;  ils  avaient 
le  droit  de  faire  des  remontrances  et  de  présenter  des 
réclamations  écrites  au  souverain  ou  à  son  délégué,  et 
surtout  c'étaient  eux  seuls  qui  pouvaient  voter  l'impôt 
direct  et  indirect.  Droit  important,  cai-  il  leur  permit  à 
plusieurs  reprises  de  faire  admettre  leurs  réclamations 
contre  les  projets  d'organisation  ou  les  abus  des  repré- 
sentants du  prince.  Au  début  du  xviii'^'  siècle,  ils  étaient 
en  possession  du  droit  de  répartir  et  d'administrer  l'impôt 
(pi'ils  avaient  voté  ;  ils  nommaient  les  employés,  rece- 
veurs, commis  divers  chargés  de  le  percevoir  ;  c'étaient 
eux  qui  accordaient  des  secours  à  l'agriculture  et  à 
l'industrie,  en  un  mot  devaient  veiller  à  la  bonne  adminis- 
tration et  au  développement  économique  de  leur  i)rovincc. 


Au  moment  de  la  guerre  de  la  succession  (ri']s]>agne,  les 
Etats  du  duché  de  Limbourg  et  des  pays  d'Outre-Meuse 


-  ;i4i  - 

(■'taiiMit  i'(\i;is  ])ar  la  grando  ordoiiiiaiicc  du  G  frvrier  ifi.So  <'•, 
])ort(''0  i)ar  C'iiai'les  II  pour  roniôdicr  aux  abus  (c  sur  le  lait 
des  assemblées  tant  générales  (lue  particulières  des  Etats 
es  dis  pays,  non  seul(M>ieii1  i)ar  la  rr(M|uen('('  des  dittes 
assemblées,  niais  aussi  i)ar  le  grand  nonibi-c^  des  compa- 
rants du  tiei's  état.  « 

Comme  en  Brabanl,  en  llainaut,  les  I-Uatsdu  Liml)oui-g 
com})i-enaient  trois  corps  :  l'ordre  ecclésiasticpie  (pii  était 
rei)résenté  par  les  abbés  de  \'al-I)ieu  et  de  Rolduc,  et  plus 
tard  par  nn  chanoine  d'Aix-la-Cliai)elle,  admis  aux  Etats 
((  ob  notiibilem  taxain  qiiani  idem  capitiiliini  habet  in 
matricula  ecclesiasiicoruin  »  -).  L'Etat  noble  comprenait 
les  descendants  des  anciennes  familles  nobles,  ])ossédant 
danslepays  un  bien  noble  ainsi  qu'une  seigneurie iilaqnelle 
étaient  attachés  les  droits  de  haute,  moyenne  et  basse 
justice.  Quant  à  l'Etat  tiers,  il  était  composé,  selon 
l'art.  10  du  règlement  de  1680,  pour  le  duché  de  Lind)ourg 
de  neuf  représentants,  choisis  de  deux  en  deux  ans  })ai'mi 
les  officiers  communaux  les  plus  ca])ables  :  trois  pour 
le  quartier  ^vallon,  et  deux  pour  chacun  des  bans  de 
Baelen,  A^';dhorn  et  Montzen. 

L'organisation  des  Etats  des  pays  d'Outre-Meusc  était  à 
l)eu  près  identique  à  celle  du  duché,  sauf  pour  le  pays  de 
Eauquemontqui  ne  comprenait  pas  d'Etat  ecclésiastique  (■'. 

Le  règlement  de  1680  contenait  encore  plusieurs  stipu- 
lations intéressantes  :  les  assemblées  générales  des  l^^tats 
ne  pouvaient  avoir  lieu  que  sur  la  convocation  du  gouver- 
neur de  la  Province,  avec  l'autorisation  du  prince  ou  de 


(^)  PlaccaerU'ii  eiide  ordomuinllcn  omi  Iicl  Ilcrloi^doni  nuii  linibtint, 
t.  VI,  p.  2". 

(-)  ERNST.  op.  cit.,  p.  2S(). 

(3)  Erxst,  oj).  cit.,  p.  290.  Les  olïiciers  conimiuiaiix  étaient  (l'ordi- 
naire choisis  par  un  corps  électoral  composé  de  tons  les  chefs  de 
famille  qni  ]»ayaient  nn  escalin  de  conlri1)iition  foncière  f.\  rchincs 
du  Liinboiiri>-,  passim.  aux  arcliives  de  l'Ktat  à  Liéye  . 


—  342  — 

son  lieutenant  :  le  haut  drossard  do  cliacun  des  quatre 
pays  convoquait  les  membres  des  Etats  de  son  district; 
le  tiers  état,  pour  éclairer  sa  religion  dans  certains  cas 
obscurs,  avait  le  droit  de  s'adjoindre  un  certain  nombre 
de  personnes  capables  et  bien  renseignées;  la  députation 
des  trois  membres  de  l'Etat  devait  comprendre  un  ecclé- 
siastique et  deux  nobles  du  Limbourg,  un  ecclésiastique 
ou  un  noble  délégué  par  les  autres  pa.ys  d'Outre-Meuse  ; 
(luant  au  tiers  état,  il  y  envoyait  deux  députés  poui-  le 
Limbourg,  et  un  pour  chacun  des  trois  autres  pays.  Cette 
députation  —  députés  ou  commissaires  —  devait  gérer  les 
affaires  d'administration  courante,  préparer  les  travaux 
des  assemblées  générales,  exécuter  les  décisions  prises 
l)ar  le  cori)s  des  Etats,  etc.  ('). 

Telle  était,  en  résumé,  l'organisation  des  Etats  du 
duché  de  Limbourg  au  début  du  xviiie  siècle.  A  i)eine  le 
gouvernement  autrichien  avait-il  pris  ])ied  dans  notre 
l)ays,  qu'il  voulut  (*omi)léter  certains  points  d'adminis- 
tion  :  le  i>i  février  1703  parut  un  l'èglement  relatif  à 
l'élection  des  députés  des  seigneuries  du  duché  de  Lim- 
bourg :  les  commissaires  des  seigneuries  de  Hervé,  Esneux, 
Sprimont,  Baugnée,  Tavier,  La  (,'hai)elle,  Yillers-aux- 
Toiirs,  Wodémont  et  Lont/.eu,  devaient  être  choisis  au 
nombi-e  de  ceux  qui  sei'aient  désignés  par  ces  commu- 
miutés  pour  faire  l'élection  '-).  Comme  quelques-unes  de 
ces  localités  n'avaient  que  peu  d'impoi'tance,  il  fut  décidé 
(|ue  les  villages  de  Tavier,  Haugnée  et  Villers-aux-Tours 
n'auraient  cpi'un  seul  député  pour  donner  voix  dans  le 
choix  des  commissaires  des  seigneuries  1^'. 

Pendant  les  années  suivantes,  le  gouvernement  do 
Vienne    eut   trop   peu    de    loisirs    pour   s'occuper   de    la 


(^j  IN)ri,[.i;r.  l/is/airc  jKjli/ifiuc  niilidiiiilc.  t.  11.  ]).  4!)0. 
(-)    liocueil  (les    /ois    cl    ordotinnnrcs    des     Pnys-Iins    niili-ichicus, 
3«  séi'ie,  t.  I,  p.  ()2.'5. 
(3j  Ibidem,  t.  II,  p.  G5G, 


réforme  administrative  de  nos  provinces.  Mais  l'année  1714» 
qui  marque  la  fin  des  hostilités  entre  les  Puissanees, 
ramena  l'attention  sur  les  Etats,  surtout  après  que 
Charles  VI  eût  renouvelé  hi  patente  du  comte  de  A'al- 
sasine,  nommé  gouverneur  et  capitaine  génériil  du  Lim- 
bourg  et  des  pays  d'Outre-Meuse  ('). 

Le  jour  même  où  le  comte  de  Valsasine  i-emettait  sa 
patente  aux  Etats  assemblés,  il  leur  présentait  un 
mémoire  contenant  dix-sept  questions  ;  il  demandait  des 
explications  sur  Torganisation  des  Etats,  quel  règlement 
les  régissait,  s'ils  avaient  des  différends  entre  eux,  s'ils 
avaient  des  griefs  à  avancer,  enfin  quelles  contestations 
leur  étaient  suscitées  par  les  Liégeois  ').  Les  Etats  élurent 
alors  une  (Commission  pour  examiner  les  différents  points 
et  y  présenter  un  projet  de  réponse  :  ce  fut  pour  l'i-tat 
ecclésiastique  et  noble  du  Limbourg  l'abbé  de  liolduc,  le 
baron  de  Woelmont  et  le  comte  d'Eynatten  ;  i)our  le  tiers 
état  M]\r.  de  Tiège  et  Putters,  et  pour  les  trois  autres 
pays  les  sieui-s  Crahay  et  Bombaye  •''.  Ceux-ci  se  l'éu- 
nirent  au  mois  de  mai  1714  et,  après  plusieurs  séani'cs, 
rédigèrent  une  représentation  à  Son  Excellence  ^ronsieur 
le  (Gouverneur,  ofi,  reprenant  (juestion  par  (|uestion,  iN 
exposèrent  l'état  administi-atif  (lu  diu-lié,  les  réclamations 
qu'ils  croyaient  pouvoir  faire,  et  surtout  leurs  luttes 
contre  les  Liégeois  (■'\ 

C'est  à  la  suite  de  cet  échange  de  vues  (pie  fut  [xirté 
l'édit  du  17  septembre  171.4  qui  renouvelait  quelques  pres- 
criptions de  l'ordonnance  de  i()8o  et  réglementait  d'autres 
points  :  après  avoir  i-éédité  les  articles  relatifs  aux  assem- 


(1)  lieciieil  des  lois  et  ordonnuii'cs  des  Piiys-Iius  uulrichicns. 
.'}«  série,  t.  II.  p.  5o(). 

i-i  Ibidem,  t.  II.  p.  55o.  note  i. 

(•'j  Rec'ès  (les  Etatts  iln  dnché  de  IJnil.oiir--.  1.  X\I1I.  t.  iS.  ;iii\ 
ai'cbives  de  l'Etat  à  Liège. 

(^)  Voyez  l'appendice. 


-  '^44  - 

blées  générales  et  particulières,  au  nombre  des  députés  du 
tiers  état,  les  procès  des  Etats  et  des  Communes,  l'ordon- 
nance stipulait  que  les  hauts  drossards  devaient  faire 
respecter  l'ordre  et  rétablir  la  tranquillité  au  sein  des 
assemblées   des   Etats    «  auquel    commandement   chaque 

membre  devra  obéir à  peine  d'être  tenu,  en  cas  de 

désobéissance,  comme  réfractaire  et  rebelle  aux  ordres  de 

Sa  Majesté  »  l'i. 

* 

Cette  organisation  des  J^tats  i-esta  telle  que  nous  venons 
de  la  décrire  jusqu'à  la  fameuse  ordonnance  du  29  janvier 
1778  qui  fondit  les  états  des  quatre  paj's  d'Outre-Meuse 
en  un  seul  gi'oupe.  divisé  en  trois  états;  seul  l'état  tiers 
subit  des  transformations  :  le  nombre  de  ses  députés  fut 
augmenté  et  les  mandats  furent  autrement  répartis  sur 
tout  le  territoire  (-). 

Cependant  les  Etats  ne  vécurent  j^as  en  ])aix  continuelle 
pendant  tout  ce  laps  de  temps.  A  plusieurs  i-eprises,  sur- 
tout sous  le  règne  de  Marie-Thérèse  ^^',  il  fut  question  de 
les  ti-ansformer  ;  mais  le  gouvernement  central,  agissant 
avec  prudence  selon  son  habitude,  entreprit  de  mettre 
plus  d'uniformité  et  plus  de  régularité  dans  cette  adminis- 
tration par  trop  disparate  et  compliquée  des  Etats 
1  imbourgeois.  La  dis^jarition  des  gouverneurs  lui  facilita 
considérablement  la  tâche,  en  mettant  les  Etats  directe- 
n)ent  en  contact  avec  les  grands  dicastères  et  les  Conseils 
administratifs  de  Bruxelles. 

Ces  hauts  fonctionnaires,  qui  avaient  joué  un  rôle  si 
important  au  xvi*^  siècle,  avaient  vu  leur  influence  singu- 
lièrement battue  en  brèche  au  xvii"^  siècle.  Outre  ses  attri- 


'    Rertwil  lies  lois  cl  oriloiinunces  des  J^ny.s-Ihis  aiilrirhicns.'ic  série. 
I.  II.  !>.  :")")(). 

{-j  (i.\CIlAIU).  O}).  cit.,  ]).  ")i>. 

(^)  Cf.   PiOT,  Le  règ-ne  de   Murie-Therèse  d tins  les  l'nys-Ilas  nulri- 
c  lue  lis  ^  p.  84. 


—  345  — 

butions  militaires,  judiciaires  et  administratives,  le 
gouverneur  du  Limboui-g,  représentant  le  pouvoir  central 
auprès  des  Etats,  jouissait  auprès  de  ceux-ci  de  préro- 
gatives importantes  l'j  ;  c'est  lui  ([ui  les  faisait  convociucr 
par  les  hauts  drossards  sur  l'ordre  d(^  la  Cour  de 
Bruxelles,  il  présidait  leurs  assemblées,  il  leur  exposait 
les  motifs  de  réunions,  les  demandes  du  souverain,  et 
après  le  vote  du  subside,  il  devait  aider  les  Etats  dans  la 
perception.  Mais  ici,  comme  dans  les  autres  pi-ovinces  des 
l*ays-Bas,  les  gouvei-neurs  virent  diminuer  leur  autorité  ; 
(c  à  partir  de  la  fin  du  xvii''  siècle,  dit  M.  Poullet,  le  déve- 
loppement graduel  des  institutions  et  les  modifications 
insensibles  de  l'état  social,  à  partir  du  x\iii''  siècle,  l'action 
directe  des  souverains,  tendirent  d'une  manière  constante 
à  diminuer  l'autorité  des  gouverneurs  de  province  au  profit 
de  celle  du  gouverneur  général  des  Pays-Bas.  »  '■'  lui  172:"), 
le  pouvoir  central  se  réserva  le  droit  de  nommer  tous  1(îs 
éclievins  de  la  Haute  Cour  de  Limbonrg,  et  (m  172S,  il 
enleva  aux  gouverneurs  la  collation  de  tous  les  autres 
offices  auxquels  ils  avaient  nommé  jusqu'alors.  Aussi 
lorsqu'on  1754,  le  mar(|uis  de  Boui'nonville  vint  à  dispa- 
raiti'c,  le  gouvernement  de  Bruxelles  ne  songea  pas  un 
seul  instant  à  le  remplacer  :  il  chargea  purement  et  sim- 
l)lement  le  haut  drossard  du  ducln''  de  remplir  les  fonc- 
tions du  gouverneur  au  civil  et  au  militaire  et  lui  a(fiil)iia 
la  mission  de  convoquer  les  Etats  et  de  traiter  avec  eux. 
(^uel  était  ce  personnage  (|iii  ;ill;iit  jouer  un  rolc  si 
inq)or(ant  dans  l'administration  du   duché  ?  J'cndaut    les 


C)  CL  au  sujet  clos  gouveniciirs  :  Poriirr.  ï.cr  fCûunpi-neur<t  de  pvn- 
vince  dnits  les  itnciens  Ihiys-lius.  diiiis  le  /.'(///.  de  l'Acnd.  roy.  dt- 
lielgiiiuc,  i>e  série,  l.  XXX^'.  j)]).  iH^  et  siiiv.  —  IIahkts.  Les  iromn-r- 
neurs  des  duchés  de  Limbourg  el  de  (iiieldre.  dans  les  Piddicnliiins 
de  la  Société  Jiistoriqae  et  archéologique  de  Miieslric/d.  i.  \I\'.  \>.  iSi. 

(-')  Poullet,  Les  Conslitiitions  inilioiudes  belges  de  l'unrieii  régime 
p.  ijGc). 


—  34^5  — 

siècles  antérieurs  à  la  domination  antriehienno,  les  dros- 
sards  avaient  exercé  des  fonctions  plutôt  judiciaires  ; 
ayant  une  origine  commune  avec  le  drossard  de  Brabant, 
ceux  des  (juatre  pays  d'Ontrc-Meuse  en  étaient  arrivés  à 
jouer  un  rôle  secondaire  ;  ils  n'étaient  plus  que  des  agents 
chargés  de  transmettre  les  ordres  envoyés  par  le  canal  du 
Conseil  de  Brabant.  Mais  eux  aussi  virent  leur  rôle 
changer  au  cours  du  xviii^  siècle,  sous  rinlluence  des 
idées  centi'alisatrices  du  gouvernement  imi)érial. 

Xous  avons  déjà  dit  que,  sur  l'injonction  des  gouver- 
neurs, ils  étaient  en  droit  de  convoquer  les  Etats  de  leur 
district.  Le  8  sej^tembre  1714»  l'emperenr  Charles  \l 
taisait  publier  un  règlement  provisionnel  pour  les  hauts 
drossards  ainsi  que  pour  les  officiers  et  gens  de  police  de 
la  i^rovince  de  Limbourg:  il  chargeait  les  premiers  de  faire 
observer  les  prescriptions  de  Tédit  de  1680  relatives  à  la 
convocation  des  Etats,  au  nombi'c  des  députés  de  l'état 
tieis,  à  la  fréquence  des  assemblées,  et  ils  devaient  veiller 
au  maintien  de  la  paix  au  sein  des  réunions  des  Etats. 
Ees  drossards  avaient  en  outre  la  haute  surveillance  sur  les 
officiers  des  villages  et  bans  de  la  province  ;  ils  devaient 
enfin  se  transi)orter  deux  fois  i)ar  an  dans  les  communautés 
de  leur  district  et  «  s'informer  sur  le  lieu  si  tous  ces  dits 
points  s'observent  et  s'exécutent  et  ils  donneront  après 
chaque  descente  sur  le  lieu  part  au  procureur  général  de 
l'état  où  ils  ont  trouvé  les  choses  ».  Ces  dernières  stijau- 
lations '''  établissaient  l'importance  du  rôle  administratif 
de  ces  officiei's  qui  ne  tendaient  à  rien  moins  qu'à  sup- 
])lanter  le  gouverneur  de  la  province. 

Une  ordonnance,  poi'téc  quelques  années  plus  tard  à  la 
suite  d'une  requête  adressée  par  le  baron  de  A\'o(istenraedt, 
liaiil    di-ossard   de   la    \illc   et   duché   de    Liml)onrii',    nous 


('j    Recueil    des    lais    cl   ordonnunces    des    Pays-Bas    .iiilric/tiens, 
•Je  série,  t.  II,  ]>.  j4'>- 


-347- 

éclaire  sur  leurs  attributions  judiciiiires  (*)  :  tontes  les 
actions  intentées  dn  cliet'  de  blessures  avec  effusion  de 
sang',  ainsi  qne  les  amendes  qui  en  résultaient,  devaicnl  en 
;i]»i)arteiiir  aux  liants  drossards,  tandis  ({uc  les  auti'cs 
causes  étaient  du  ressort  du  niayeur  de  Linibour»;'  ;  c'est 
le  haut  drossard  également  qui  convoquait  les  éclievins  d(i 
la  haute  cour  pour  procéder  à  la  visite  des  chemins  royaux. 
Ces  prérogatives  leur  i)ai'urcnt  insnlTisantes,  et  nous 
allons  voir,  qu'avec  ra])])ui  de  certains  nicmbi-cs  du 
gouvernement  de  Bruxelles,  ils  tentèrent  de  s'immiscer 
dans  les  discussions  des  Etats  et  de  jouer  le  rôle  de  con- 
trôleur délégué  })ai'  le  pouvoir  central. 


La  seconde  moitié  du  règne  de  Marie-Thérèse  l'ut  parti- 
culièrement fertile  en  tentatives  de  réformes  de  toute 
espèce.  Xon  seulement  l'impératrice  et  ses  conseiHci's 
surent  défendre  à  la  fois  avec  tact  et  énergie  les  droits  du 
gouvernement  contre  les  entre])rises  des  Etats,  mais  bien 
plus,  Marie-Thérèse  parvint,  en  agissant  avec  beaucouj) 
de  prudence,  à  faire  «  de  nombreuses  brèches  dans  l'édifice 
quelque  i^eu  vermoulu  des  privilèges  provinciaux  »  i-j. 
C'est  surtout  dans  l'histoire  du  duché  de  Limbourg  au 
xviii^  siècle  que  l'on  trouve  des  preuves  de  cet  interven- 
tionnisme, qui  annonçait  déjà  a  le  despotisme  éclairé  »  de 
Joseph  II. 

Après  la  guerre  de  sept  ans,  le  gouvernement  impérial 
avait  entrepris  de  mettre  de  l'ordre  dans  les  finances, 
bien  embrouillées,  de  la  province  de  Limbourg.  Les  deux 
guerres  qui  avaient  occupé  les  vingt  i)remières  années  {\u 
règne  de    ^Nlarie -Thérèse,   avaient   considérablement    con- 


(V)  Recueil  des  lois  et  ordoiinnnces  t/es  /';iys-/';is  niilficfiieiis, 
o^'  série,  t.  \',  ]).  57IJ  (i()  iio\L'mbi'c'  i';!"'  • 

•'  Disc.vn.i.iis.  Les  Pays-Bus  sous  le  rèff/ie  de  Mni-ie-Tliérèse 
(Bruxelles  i8;3;,  pp.  i^ô  et  suivaules. 


-  34S  - 

tribué  à  endetter  les  Etats  et  les  Communautés,  par  suite 
(les  cliarges  militaires  qu'ils  avaient  eu  à  supporter.  Aussi 
dès  1763 ,  on  nomma  des  commissions  spéciales  pour 
rétablir  le  crédit  des  Etats,  administi-er  les  imi)ôts, 
Yéril'i(M'  la  perception  des  subsides  iM, 

En  même  temps,  le  gouvernement  de  Bruxelles  mani- 
festait l'intention  de  réformer  cette  administration  com- 
pliquée et  d'unifier  les  Etats  des  quatre  pays  d'Outre- 
Meuse.  C'est  au  milieu  de  ces  graves  discussions  qu'éclata 
le  conflit  entre  le  Drossard  et  les  Etats. 

Le  règlement  de  iGSo,  dont  il  a  déjà  été  question, 
laissait  plusieurs  points  d'administration  dans  l'ombre. 
A  plusieurs  reprises,  le  gouverneur  général  des  Pays-Bas 
avait  dû  prendre  des  mesures  pour  ramener  les  Etats 
à  des  idées  moins  particularistes;  certaines  velléités 
d'indépendance  de  leur  part  avaient  même  obligé  les 
gouverneurs  de  la  province  à  agir  plus  fortement,  surtout 
au  i)oint  de  vue  des  assemblées  des  Etats  et  des  excès 
qu'elles  occasionnaient.  En  17 iG  et  en  1752,  notamment, 
ils  durent  faire  republier  les  prescriptions  relatives  à  la 
tenue  des  séances,  contenues  dans  l'ordonnance  de  1680  (•). 
Vax  17GG  encore,  un  édit  de  l'impérati-ice  défendit  aux  Etats 
de  tenir  des  assemblées  connues  sous  le  nom  de  Jointes, 
qui  étaient  la  cause  de  grands  frais  et  aggravaient  la 
situation  déjà  singulièrement  obérée  de  la  province  :  le 
niand(unent  déclai'ait  que   l'article    iG   (pii   accoi'dait   aux 


M)  lu  (les  ])riiicii)iiiix  i'()ii;i,n<'s  (lui  conti'ibua  piiissaiiuiu'iit  à 
ri'iiÉcttrc  (le  Tordre  dans  les  l'iiiauces.  lut  la  laineuse  Joiiili-  des  udiui- 
iiislriilions  et  des  ii/fuires  de  siibNides,  créée  dés  l'jl!)-  i"e()r};aiiisée  en 
1752,  et  surtoul  par  le  déercl  du  i. "5  octobre  i7'>4,  dont  rinstilution 
devait  être  si  utile  à  la  l'ois  aux  habitants  du  l'avs-lîas  et  au  trésor 
])ublic  (\'o\e/  au  sujet  de  cette  or.nanisation,  l'on.i.i'.r.  Coimtitutions 
nnlioiiides.  pp.  47*'  »'t  suivaiitesi. 

I -j  Ileciieil  des  lois  el  onlonnances  des  J'uys-liits  utilrichicns, 
3«  série,  t.  III,  y).  i>7,  t.  \'1I,  p.  140. 


-  Mo  - 

députés  la  l'acuité  de  s'adjoiiuh-e  quel(|ucs  perHonnes,  pour 
s'éclairer  dans  certains  cas,  était  suspendu  et  que  toutes 
les  affaires,  ne  ressortissant  pas  aux  députés  ordinaires, 
devaient  être  remises  à  une  prochaine  assemblée  générale 
des  Etats.  Si  qucl(]ue  cas  urgent  se  présentait,  il  fallait 
s'adresser  au  haut  di'ossard  du  district,  (|ui  pouvait 
demander  au  gouvernement  la  permission  de  convocj^uei-; 
et  si  l'affaire  i)ressait  tellement  qu'on  ne  pût  attendi-e,  le 
drossard  pouvait  faire  la  convocation,  à  cluirge  d'en 
informer  immédiatement  le  gouvernement  ('). 

Le  1  Ole  de  cet  officier  était  considérablement  augmenté  ; 
aussi  les  Etats,  déjà  indisposés  par  ces  édits,  allaient-ils 
s'opposer  avec  énergie  à  de  nouvelles  tentatives  des 
hauts  daossards,  pour  accroître  leur  importance  dans 
l'administration  de  la  province. 

Un  incident  accessoire  fit  éclater  bientôt  le  conflit  qui 
existait  à  l'état  latent  entre  ces  deux  oi-ganismes. 

Au  mois  d'août  1766,  un  différend  s'éleva  entre  le 
drossard  de  Fauquemont,  de  Brienen,  et  le  marquis  de 
Hoensbroeck,  membre  des  Etats  et  lieutenant  de  la  Cour 
féodale  de  ce  pays  ('-)  :  la  cause  en  était  tout  autant  des 
difficultés  personnelles  qu'une  affaire  d'administration. 
Le  marquis  de  Hoensbroeck  adressa  plusieurs  requêtes 
au  gouverneur  général,  Charles  de  Lorraine  ;  d'après  lui, 
de  Erieuen  aurait  refusé  de  convoquer  les  Etats  de  Fau- 
quemont pour  la  tenue  d'une  assemblée,  au  jour  qui  lui 
avait  été  indiqué,  dans  le  but  d'examiner  les  comptes  du 
receveur  ;  le  drossard  expliquait  son  refus  par  le  fait  que 
lui  seul  avait  le  droit  de  fixer  le  jour  et  l'heure  des 
réunions  des  Etats.  Le  litige  fut  soumis  au  conseiller 
fiscal  du  Brabant,    Cuylen,  qui  fut  chargé  d'entendre  le 


(ij  Recueil  des  lois  ci  ordonnances  tles  l'uys-Uns  auli-ichiens, 
.'}<"  série,  t.  IX,  j).  3o-. 

('-)  Voyez  à  ce  sujet  le  dossier  n"  i>2()  (8.S()  ancieni  du  Conseil  priné 
aux  archives  iiénerales  du  Rovauiue. 


drossard  et  de  donner  son  avis  sur  les  plaintes  des  Etats 
de  Fauquemout. 

En  même  temps  que  le  prince  Charles  de  Lorraine 
commissiounait  Cuylen  pour  examiner  cette  affaire,  le 
Conseil  des  finances  envoyait  anx  Etats  du  Limbourg  un 
mémoire  relatif  aux  attributions  administratives  des  hauts 
drossards  et  qui  débutait  par  la  phrase  suivante  :  <(  l'inter- 
vention des  hauts  drossards  des  pais  de  Limbourg,  Fau- 
quemont,  Daelhem  et  Kolduc  aux  assemblées  et  délibéra- 
tions des  Etats  de  la  Province  composée  de  ces  quatre 
X)ais  est  sans  contredit  une  des  premières  et  des  plus  impor- 
tantes prérogatives  attachées  à  ces  emplois  i^)  ».  Après  avoir 
établi  que  l'origine  de  ce  droit  se  perdait  dans  l'antiquité, 
et  que  c'était  à  cause  de  cela  que  l'ordonnance  de  1G80  ne 
l'avait  stii)ulé,  l'auteur  anonyme  du  mémoire,  continue  eu 
disant  que  c'est  seulement  en  1741  que  les  Etats,  à  l'occa- 
sion d'un  différend  survenu  avec  le  haut  drossard  de 
Dalhem,  s'avisèrent  de  lui  contestei-  cette  prérogative, 
sous  prétexte  qu'il  n'était  pas  qualifié  comme  membre  de 
l'Etat  noble  et  que  sa  seule  qualité  de  haut  drossard  ne 
pouvait  l'autoriser  à  assister  aux  séances  et  à  prendre 
part  aux  délibérations  (-).  Il  examiuait  ensuite  les  diffé- 
rents articles  du  règlement  de  1680  (|ui  constituaient  les 
X)rincipales  bases  des  droits  du  drossard  et  ajoutait  un 
argument  caractéristique  :  les  drossards  de  la  partie  des 


(^j  Registre  aux  reccs  du  Limbonrii.  i'"  7--  ]>■  -''•  i^">^  arcliives  de 
l'Etat  à  Liège. 

(-')  Eu  \~\i,  le  subside  extraordiuaire  (]ui  avait  déjà  été  rejele  une 
fois  ])ai'  les  Etats,  l'ut  resouniis  à  une  nouvelle  seanee  ;  au  cours 
des  discussions,  le  haut  di-ossard  de  Dalliem  lit  valoir  les  suites 
lâcheuses  que  ce  refus  pouvait  enli-ainer.  Aussitôt  un  membre  de 
l'Etat  voulut  lui  imi)oser  silence.  I>"ou  plainte  du  haut  drossard  au 
Gouverneur  général,  enquête  auprès  des  Etats  (jui  protestent  contre 
les  i)rétentions  de  cet  officier,  et  après  ])lusieurs  mois,  le  Gouver- 
nement de  Bruxelles  renvoyait  lafi'aire  devant  le  t'onseil  de  Braliant. 
(Cf.  registre  aux  vecèa  du  Liinbouvi'-,  n"  ij).  f.  1.")  v"  et  i>."5i. 


—  i]^i  — 

l);iys  (rOiitre-Mcnse,  cédée  aux  Pi'oviiu'es-Uiiics  en  iGGi, 
étaient  encore  en  possession  du  droit  (jui^  les  l<]tats  contes- 
taient à  leurs  collèg-ues  des  i)ays  aulrieliiens  ;  conmuMit 
expli(]uer  ce  t'ait  autrement  (pTcn  en  faisant  remonter 
l'origine  ;iu  delà  de  la  sépaiation  ?  I-lnl'in  on  Taisait  encore 
\aloir  (pie  dans  la  i)rovince  de  Namui-,  les  ])i'cvôts,  les 
l)aillis,  et  les  maieurs,  qui  étaient  des  ol'l'iciers  de  justice 
établis  par  S.  M.,  avaient  du  seul  cliei"  de  leur  em])loi 
entrée  et  séance  aux  Etats  de  la  dite  ]>rovince  avec  les 
nobles  et  y  donnaient  leur  voix  et  suffrage;  pourcpioi  n'en 
l)ourrait-il  être  ainsi  dans  le  Limbourg  ? 

Ce  mémoire  fut  lu  à  rassend)lée  des  Etats  le  ii>  novenibi'e; 
ceux-ci  y  répondirent  par  une  longue  lettre,  où,  rei)renant 
])()int  ])ar  ])()int,  ils  essayèrent  d'en  cond)atti'e  et  d'en 
réduire  l'argumentation  à  néant  (').  Ai)rès  avoir  étudié 
l'article  21,  le  rapporteur  des  ]^tats  étayait  sa  thèse  sur 
les  articles  trois  et  quati'c,  où  il  était  dit  (pie  les  hauts 
drossards  devaient  exécnter  les  ordres  à  eux  ti'ansmis 
pour  la  convocation  des  Etats  ;  il  ajoutait  (pi'on  n'a  jamais 
trouvé  aucun  vestige  de  l'intervention  des  drossards  dans 
h'S  recès  aux  assemblées  générales  des  I^'tats.  «  Les  Etats 
ne  numqueront  point  aussi,  disait-il  cncoi'c,  d'y  faii'c 
observer  (pie  les  raisonnements  compris  dans  U'  dit 
mémoir  touchant  les  hauts  di'ossards  des  pais  d'Outre- 
Meuse  hollandais  ne  sont  aucunement  concluants  en  leur 
faveur  puis(pie  les  luiuts  drossards  de  ces  pais  sont 
membres  des  Etats  généi-aux.  Ils  aui-ont  aussi  soin  d'y 
faire  remarquer  la  différence  qu'il  y  a  entre  eux  et  (jucl- 
(pies  officiers  du  comté  de  Naniur  dont  ils  l'ont  mention 
dans  le  dit  mémoir.  »  Les  Etats  terminaient  en  exprimant 
l'espoir  que  le  bon  ])laisir  de  S.  A.  E.  serait  de  renvoyer 
les  hauts  drossards  en  justice  l'églée  comme  cela  s'était 
l'ait  en  1742. 


(ij  Registre  aux  recès  du   Limboiu-i;-,  ii"  ~/2.  p.  ■h. 


Les  deux  mémoires  revenns  à  Bruxelles,  la  question  fut 
soumise  à  la  Jointe  des  administrations  et  affaires  de 
subsides  qui  l'examina  lonouement  et  déj^osa  un  rapport 
intéressant  le  23  décembre  17G6.  Après  de  longs  commen- 
taires juridiques  plutôt  qu'historiques  sur  le  rôle  que 
devaient  rejnplir  les  drossards,  la  commission  répondait 
an^  prélendiis  arguments  des  Etats  et  concluait  '')  :  «  qu'il 
y  aurait  lieu  d'émaner  de  l'autorité  du  gouvernement  un 
décret  par  lequel,  en  révoquant  comme  sub  et  opretiee 
celui  du  7  mars  1742  qui  a  renvoie  la  difficulté  au  Conseil 
de  Brabant  à  l'égard  du  liant  Drossard  de  Daelliem,  et  en 
mettant  à  néant  tont  ce  qui  s'en  est  ensuivi,  on  déclarerait 
que  les  hauts  Drossards  peuvent  et  doivent  en  cette 
qualité  intervenir  et  assister  à  toutes  les  délibérations  des 
Etats  de  leurs  respectifs  districts,  tant  aux  assemblées 
générales  des  4  païs  qu'aux  assemblées  internes  et  particu- 
lières de  chaque  païs  séparément,  et  afin  de  mettre  à  cet 
égard  les  choses  en  règle  pour  la  suite  et  de  prévenir  la 
confusion  qui  est  résultée  de  ce  que  ])lusieuis  nobles  qui 
ont  été  successivement  revêtus  de  l'emploi  de  haut  dros- 
sard de  quelques  uns  des  quatre  païs  ont  négligé  cette 
fonction  essentielle  de  leur  emploi....,  on  pourroit  en 
même  tems  statuer  qu'à  l'avenir,  tout  haut  drossai'd  qui 
sera  qualifié  pour  être  membre  des  Etats  de  l'un  ou  do 
l'autre  païs  ne  pourra  intervenir  et  assister  aux  séances 
qu'en  sa  qualité  de  haut  drossard  pour  y  faire  les  fonc- 
tions qui  y  comi^etent...  », 

Le  Conseil  privé  se  rallia  à  l'avis  émis  par  la  Jointe,  et 
le  II  mars  1767,  le  gouverneur  général  publiait  deux 
ordonnances  réglant  la  question  de  l'intervention  des 
hauts  drossards  ainsi  que  celle  du  droit  de  convocation 
revendiqué  par  le  drossard  de  Fauquemont  ('). 


(1)  Carton  n"  2120  (ancien  836)  Conseil  Privé,  Bruxelles. 
C^)  Le  conseiller  fiscal  avait  déposé  son  rapport  sur  cette  alTaire 
le  lii  novembre  1760  :  après  avoir  étudié  lart.  71  du  règlement  de 


—  353  — 

Pour  cette  dernière,  on  stipulait  (pie  c'était  le  haut 
(Irossard  qui  devait  convoquer  les  assemblées  ])articulières 
des  Etats  de  Fauqueniont  ayant  trait  à  des  objets  écono- 
miques et  nommément  à  celui  d'entendre  et  couler  les 
comptes  du  receveur,  et  il  devait  désigner  le  jour  et 
l'heure  auxquels  avaient  lieu  ces  réunions  ('>. 

Quant  à  la  première,  elle  reproduisait  purement  et  sim- 
])lement  l'avis  émis  par  la  Jointe  des  administrations  le 
i>3  décembre  précédent  i~\ 

Si  les  Etats  de  Eauquemont  se  soumirent  à  la  décision 
du  gouvernement,  il  n'en  fut  pas  de  même  de  ceux  du 
Limbourg-  :  ajîrès  avoir  discuté  longuement  au  sujet  de 
ce  décret,  qui  leur  parut  absolument  contraire  à  leurs 
])ri\ilèges  et  à  la  Joyeuse  Entrée,  ces  derniers  deman- 
dèrent à  pouvoii"  envoyer  une  députation  à  Bruxelles.  Le 
12  octobre,  ils  désignèrent  l'abbé  de  Rolduc,  le  baron  de 
Haultepenne,  les  sieurs  de  Reul,  Simar  et  Strens,  qui 
reçurent  leurs  instructions  quelques  jours  plus  tard  (^). 
Parmi  les  j)oints  importants  à  discuter  et  à  régler  de 
commun  accord  avec  le  gouvernement  (^) ,  il  y  avait  la 
grosse  question  du  drossard  et  du  mandement  du  ii  mars  : 
les  députés  étaient  particulièrement  chargés  de  l'aire  com- 


KiSo  (jui  (Icc-larail  i[uv  k's  cDiniitt's  des  Ktats  iluvaient  st'  rendre 
]iu)ili(|iu'iiient  à  riiilerveiition  des  hauts  (h'ossards.  il  ])ro])()sait  (lue 
le  yoiiveriieiuent  eeutral  fixât  lui-même  un  jour  délenniné.  oii  les 
comptes  devraient  se  rendre  cluKjue  année.  L'affaire  fut  aussi 
portée  devant  la  Jointe  des  administrations  et  subsides,  et  c'est 
d'après  son  a\is  également  (pie  fut  rédii^é  le  mandement  du  ii  mars 
ipii  mettait  fin  à  ees  eontestations. 

;i|  Recueil  des  lois  et  ardoiinniires  des  P:iys-Bus  uiilriehiens  , 
'!'  série,  t.  IX.  ]).  'U[). 

('}  Ibidem. 

(•*)  Cf.  reg.  au.\  recès  du  Linduiur^-.  ii"  74.  p.  ■'~!S.  à  Li('i;'e- 

Mi  ("étaient,  entre  autres,  la  (pieslion  des  di-oits  d'euirée  et  de 
soi-lic.  l'exemption  des  i)nMluits  <\\\  Linil)our-.  la  nouxcllc  nialiv 
rulc.  clc. 


—  354  — 

prendre  à  S.  A.  R.  que  l'on  avait  surpris  sub  et  obrepti- 
cenient  sa  religion  par  ee  décret  qui  a  eonsterné  les  Etats 
et  que  ceux-ci  «  sont  dans  la  douleur  la  plus  amère  de  voir 
par  ce  décret  qu'elle  semble  avoii-  perdu  la  confiance 
qu'elle  a  toujours  eue  dans  eux  ».  Tls  devaient  en  outre» 
remettre  au  prince  -  gouverneur  une  représentation  où 
étaient  repris  les  arguments  signalés  dans  leur  précédent 
avis  et  qui  se  terminait  par  la  même  demande  de  renvoyer 
l'affaire  devant  le  Conseil  de  Brabant  •'). 

En  même  tem])s  (pn»  ce  conflit  éclatait  enti-c  les  Etats 
du  Limbourg  et  le  gouvernement  de  Bruxelles,  sui-gis- 
saient  de  nouvelles  difficultés,  suscitées  ])ar  le  di'ossai'd 
de  Dalliem,  Franquinet,  qui  demanda,  dans  une  requête 
adressée  au  gouverneur  général,  (|ue  cclui-i-i  intervînt 
pour  déterminer  quelle  devait  être  la  })laci'  du  drossard 
dans  les  assemblées  :  lors  de  la  i)ro])osition  entre  le  c(»m- 
missaire  et  les  abbés,  et  pendant  les  délibérations  entre 
ces  derniers  ('-).  Cette  pièce  fut  soumise  à  l'avis  du  haut 
drossard  du  duclié  de  Limbourg,  le  comte  de  AVoestenraedt. 
Celui-ci  envoya  une  longue  réponse  où  il  dépeignait  l'état 
de  fermentation  des  esprits  dans  le  duché,  ses  inquiétudes 
au  sujet  ((  du  refroidissement  de  zèle  »  à  ci-aindre  de  la 
part  des  Etats  ;  il  étudiait  le  rôle  des  drossards  et  les  i)ré- 
teutions  de  Eranquinet,  et  concluait  qu'il  était  difficile 
de  leur  assigner  un  rang  dans  les  assemblées  générales 
des  Etats.  Enfin  il  terminait  son  avis  en  déclarant  que 
l'intérêt  exigeait  que  l'on  fît  cesser  l'objet  de  la  demande 
du  dit  Franquinet  en  tenant  l'exécution  du  décret  du  ii 
mars  en  suspens  ;  ce  serait  faire  plaisir  aux  Etats  les  plus 
dévoués  de  toutes  les  provinces  des  Pays-Bas  et  faciliter 
les  négociations  du  gouvernement  au  sujet  du  projet 
d'Union  des  Etais. 


(')   IvC^'.  aux  i-ccrs  (les  l'.hils  <!ii   Liiiihoufii,  ii"  74.  1>.   1)7-    pj».    n>'î  id"), 
(■•';   (Uinsi-il  Vrinr.  carton  11"  2i>()  (ancien  S'ilii,  à  Uruxollcs, 


Cet  avis  du  comte  de  Woestenraedt,  ainsi  que  la  repré- 
sentation des  Etats  contre  l'exécntion  de  l'édit  du  ii  mars, 
furent  remis  à  S.  A.  R.  qui  cliaro-ea  la  .Jointe  des  adminis- 
trations et  le  Conseil  privé  de  les  examiner  et  de  se  mettre 
d'accord  (').  La  Jointe  déclara  que  la  question  soulevée  par 
Fi-anquinet  n'était  pas  assez  importante  «  pour  balancer 
la  pi'ivalion  des  subsides  »  ;  si  les  Etats  avaient  quelque 
chose  à  opposer  à  l'intervention  des  hauts  drossards,  ils 
pouvaient  le  faire  par  la  voie  ordinaire,  et  «  il  y  aura, 
ajoute-t-elle,  peut  être  moien  d'en  tirer  parti  pour  les 
finances  de  Sa  Majesté  en  mettant  cette  révocation  (du 
règlement  du  1 1  mars)  à  prix  )).  Le  Conseil  privé  émit  une 
opinion  à  peu  près  analogue  et,  en  recommandant  de 
ménager  les  bonnes  dispositions  des  Etats  pour  d'autres 
projets  d'organisation  plus  importants,  il  proposa  de  tenir 
le  déci'ct  du  ii  mars  «  en  état  et  surcéance,  du  moins  pour 
un  certain  terme  ». 

C'est  à  la  suite  de  ces  consultations  que  fut  porté  le 
mandement  du  24  décembre  1767  ;  S.  A.  E..  tenait  jusqu'à 
autre  disposition  en  état  de  surséance  son  décret  du  ir 
mars  et  ordonnait  aux  Etats  du  Limbourg  de  jn-ouver 
plus  amplement  le  fait  qu'ils  avaient  avancé  dans  leurs 
représentations,  savoir  que  les  hauts  drossards  ne  seraient 
jamais  intervenus  aux  assemblées  générales  avant*  1782  (-). 

Telle  fut  la  fin  de  ce  conflit  qui  faillit  avoir  de  graves 
conséquences  sur  les  relations  entre  les  Etats  du  Lim- 
bourg et  le  gouvernement  de  Bruxelles. 


La  prudence,   la  tactique   habile   du   pouvoir    central, 
peut-être  aussi   les  tendances  spéciales  au  point  de  vue 


(1)  Carton  n"  Sun.  (iinc.  S:5Gi,  Conseil  Privé,  à  Bruxelles. 

'•-'  Hei;.  ,v(/.v  recrs  dit  Limhnurg;  n"  74,  P-  i49-  —  Nous  n'avons  jias 
Iroinc  (le  traces  des  nomcUt's  ciKiiictcs  (|iii.  scnililc  t  il.  (lcvaicn( 
se  l'aire  encore  ynnw  elalilir  eoni|ileleuienl  le  bon  (h'oit  des  lOials, 


—  356  — 

religieux  des  conseillers  de  Marie-Tliéièse,  amenèrent  la 
même  année  un  nouveau  succès  pour  les  Etats  du  duché 
de  Limbonrg-. 

Comme  nous  l'avons  vu,  l'Etat  ecclésiastique  était  com- 
posé des  abbés  de  Val-Dieu  et  de  Rolduc,  ainsi  que  d'un 
chanoine  délégué  par  le  chapitre  d'Aix-la-Chapelle.  Le 
clergé  régulier  était  donc  pour  ainsi  dire  seul  représenté, 
ce  qui  devait  parfois  être  la  cause  de  malentendus  avec  le 
clergé  séculier. 

C'est  ainsi  qu'au  mois  de  mai  i;6G,  quelques  curés  du 
duché  de  Limbourg  envoyèrent  au  Conseil  de  Brabant  une 
requête,  où  ils  demandaient  à  pouvoir  éliic  un  député  à 
l'état  ecclésiastique  ;  ils  faisaient  valoir  que  jadis  le  corps 
des  curés  avait  eu  son  représentant  au  sein  des  Etats, 
que  les  ;ibbayes  qui  y  envoyaient  des  délégués  n'avaient 
que  fort  peu  de  biens  dans  la  province,  et,  par  conséquent 
contribuaient  bien  moins  aux  aides  que  le  clergé  séculier  ; 
ce  fait  de  ne  pas  avoir  de  député  aux  Etats  mettait  paifois 
les  curés  dans  de  grands  embarras,  au  sujet  des  bulles  et 
mandements  qui  leur  étaient  adressés  par  leurs  supérieurs 
ecclésiastiques  (*). 

Cette  requête  fut  renvoyée  par  le  Conseil  de  Brabant 
aux  Etats  du  duché  qui  y  répondirent  par  un  mémoire  très 
curieux,  où  ils  réfutaient  tous  les  arguments  du  corps  des 
curés  et  donnaient  un  aperçu  de  l'histoire  des  Etats  du 


(V)  Registre  aux  recc.s  de.s  EUUs  du  Limbourg-,  ii"  712.  j».  1 1 1,  à  Liège. 

Voici  la  liste  des  curés  qui  signèrent  la  requête:  .1.  van  den 
Daele,  curé  dn  chef  l)an  de  "Walhorn  ;  .T.  Probsl,  curé  de  Montzen  ; 
.1.  Lcnimens,  curé  de  liontzen  ;  P.  Michelet.  curé  de  Hervé; 
.T.  Stordeux,  curé  de  Chanieux  :  .1.  StenilxM't.  curé  de  'riiiuiistcr: 
li.  Franck,  curé  de  (Jeninienicli  :  ().  Colette,  curé  <le  Clernionl  : 
P>.  Otteiet,  ciirè  de  Soirou  ;  .1.  Trocii.  cure  de  Recliain  :  C.  \'iclvove. 
curé  de  S])riniont  :  .T.  Prancken.  curé  d'Ksneux  ;  (i.  Iloussonloge. 
curé  de  Sougnez  ;  G.  Déliiez,  curé  de  Juléniont  ;  .T.  Delvaux.  curé  de 
Mortroux;  I'\  Rasta.  curé  de  Hoiuhourg  :  .1.  ("aulcu,  cuve  de  'l'cuwcii: 
.1.  Ronicr,  curé  de  Moi'csiiel    rcg.  u"  712.  p.  11")/. 


—  357  ~ 

Limbonr^-  '').  En  voici  \m  rrsnmô  :  «  Jamais,  disent  les 
Ktats,  les  curés  n'ont  élu  un  i-cpréscntan1  ;  on  n'eu  trouNc 
(le  trace  nulle  part  dans  les  archives.  Si  les  abbés  de 
Roldue  et  de  \'al-I)ieu  font  partie  des  l<'tals  du  Liinljouri;, 
c'est  parce  (ju'ils  paient  des  coutributioiis  considérables  : 
rabba3'e  de  Val- Dieu  a  deux  cur(>s  considérables,  à 
Warsage  et  à  Saint  Tiomy,  tandis  cpu»  celle  de  Roldue  est 
seigneur  t'oueier  de  (Joe,  lait  desservir  par  ses  religieux 
la  ])rév<jté  et  la  cui-e  de  Liinboui-g,  la  cuic  dcî  Haeleu,  la 
cure  de  Néan,  ce  village  devenu  si  important  pai-  suite  du 
(b'veloppement  de  l'industrie  drapière,  ainsi  <pie  la  cui-e 
de  Henri  Chapelle,  (^uant  au  cliai)iti'e  de  X.  I).  d'Aix-la- 
Chapelle,  son  rôle  aux  Ktats  du  duché  s"ex])li(|U('  par  le 
l'ait  ([u'il  possède  dans  le  I.,imboui'g  des  dîmes  eousidé- 
raldes,  des  biens  fonds  à  Remersdael,  dans  le  ban  de 
^lontzen  et  la  seigneurie  de  Lontzen  ». 

Fa\  réponse  au  grief  (pie  les  curés  l'ont,  de  ne  rien 
connaître  de  ce  qui  se  i)asse  aux  assemblées,  les  Ktats 
disent  qu'ils  les  informent  chaque  fois  qu'il  s'y  agite 
(juelque  point  qui  puisse  les  intéresser.  En  ce  (jui  concerne 
les  bulles  et  mandements  divers  relatifs  à  l'administration 
des  cures,  ce  n'est  pas  aux  Etats  qu'il  faut  s'adi-esser  })our 
réclamer  ou  avoir  des  éclaircissements,  mais  bien  au 
gouvernement  central  qui  est  seul  juge  dans  ces  questions. 

Enfin  les  Etats  faisaient  encore  observer  que  la  rc^piéte 
n'était  signée  que  par  dix-huit  curés,  alors  qu'il  y  en  avait 
vingt-neul"  dans  le  duché,  sans  compter  les  chapelles 
paroissiales  en  assez  grand  nombre.  De  plus  que  de  frais 
ces  nouveaux  députés  ne  vont-ils  pas  Cfccasionner  ?  Et  si 
on  leur  accorde  cette  faveur,  comment  pourra-t-on  la 
refuser  aux  curés  des  autr(^s  pays  d'Outi-e-Meuse  (pii  ne 
tarderont  pas,   eux  aussi,   à  la  solliciter'/   11  en   sera   de 


(')  Ueg.  aux  rercs  des  Liais  du  Limbour^-,  u"  --2.  p.  i  iCi.  aux  archives 
(le  l'J'Uat  à  I.ié"e. 


—  358  — 

inème  des  bénéficiera  et  de  la  pins  grande  partie  des 
seigneuries  hautaines  du  duclié,  qui  voudront  intervenir 
aux  assemblées  des  Etats,  sous  i)rétexte  d'y  défendre  leurs 
intérêts. 

Les  Etats  terminaient  en  demandant  que  les  curés 
fussent  «  éconduits  do  leur  demande,  comme  étant  une 
nouveauté  pernicieuse  ». 

^lalgré  ces  ex])li('ations,  ralfairo  resta  longtemps  en 
suspens.  Mais,  poussé  probablement  par  les  dernières 
raisons  contenues  dans  l'avis  des  Etats,  craignant  d'aug- 
menter les  corps  re])résentatifs  de  nos  provinces  et  par 
suite  les  dépenses,  tenant  aussi  à  se  conciliei'  la  faveur  de 
ces  députés  ecclésiastiques  et  nobles  pour  d'autres  projets 
plus  importants  à  son  point  de  vue,  le  gouvernement  de 
Bruxelles  décida,  le  17  juillet  1768,  api-cs  avoir  entendu 
l'avis  du  Conseil  de  Brabant,  de  ne  ])as  donner  suite  à  la 
demande  des  curés  ''). 

Toutes  ces  questions,  tons  ces  débats  où  les  Etats  du 
Limbourg  eurent  gain  de  cause,  repi-irent  plus  tard  sous 
Joseph  11  en  1786,  et  même  après  lui,  en  1791,  lorsque 
l'esprit  réformateur  du  pouvoir  ccnti-al  fut  devenu  plus 
adi-oit  et  eut  acquis  plus  de  force  par  la  persévérance  de 
ses  chefs  et  la  faveur  accordée  à  ces  idées  au  début  de  la 
Révolution  française  [•). 

D.    BROUWERS. 

Couservaleiu'-adjoint  des  archives  de  lEtal 
à  Liécre. 


(^)  Reg'.  aux  recâs  ries  Etats  du  Limhoiwif.  ii"  74.  p.  ii">"{. 

f-i  Cf.  à  ec  sujel,  ])]usieur.s  dossiers  conservés  .-nix  archives  i;eiie- 
ralcs  du  Koyaiuiie  à  P>nixelles.  dans  les  loiids  du  donscil  jii-inc.  i\(' 
la  Joiii/o  (les  udniinisfrntioiis,  ete, 


APPENDICE 

RÉPONSE    AUX    ARTICLES    PROPOSÉS    AUX    EtATS 
PAR   S.    E.   ("' 


Sur  le  i>i'eiuii'r  jxiiiit  juvtpnsc  \):\v  Son  Isxcelleiicc.  les  l\lii(.s 
(It'C'larciit  (|iril  y  :it  (li\('i's  l'cglciiiculs  t'inniics  on  ai)pr()ii\ es  de  jtiir 
Sa  Majes(('  ikuii"  la  diicclioii  cl  rccononiic  dos  Miats  do  cftlt'  \tvo- 
\iii('o  :  scavoir  lo  rcgleineiU  de  l'an  iliPo  -i  par  Icciiu'l  les  conluim's 
usitées  dans  la  iirovincc  d'aïuicniieté  ont  ('te  on  i)ai'tie  i-Diifirniécs 
L't  l'H  partie  t-on-igées. 

Et  ce  règlenieut  est  en  olisorvancc. 

Il  y  at  nn  règlement  général  dont  tous  nos  soii\crains  jnniii  tous 
les  articles  dans  lenr  inauguration  et  ([ui  sert  de  lois  fondamentales 
aux  4  Pays,  veu  (jue  ce  sont  les  conditions  par  lcs(|uelles  nos  ju-inces 
établissent  leur  autorité  souveraine  et  les  suhjects  leure  soumission 
et  obéissance  i^). 

Et  ce  règlement  n"at  pas  elé  observé  en  diverses  points  tant  <le  la 
jiarte  des  ministres  que  des  subiects. 

Nos  Ducciues  ont  toujours  juré  de  nous  être  bon  prince  et  (|u"ils 
ne  permettroyent  i)as  que  nous  soyons  traité  i)ar  violence,  mais  i)ar 
justice  et  par  sentence,  ce  que  feu  dom  Quiros  r'i  n"at  pas  fait,  mais 
au  contraire  il  at  commandé  ce  (ju'il  at  trouve  a  ])ro])os  et  Pat  fait 
mettre  en  exécution  de  hautte  lutte. 

Quelques  eori)s  de  justice  ne  l'ont  i)as  ol)servé  veu  ([ue  procès 
estant  esmeu  pardevant  la  cliambre  des  régaux  entre  le  i)rocurenr 
général  et  les  Etats  du  pays  au  subiect  du  '25e.  qu'iceluy  préten(b)il. 
au  nom  du  roy,  sur  toutes  les  érections  des  houilles  et  charbons  i-n  ; 


(i)  Extr.iit  (lo  hi  liasso  n"  i;o  des  Archives  itn  r/iic/a'  <le  Limbonra.-.  aux  an-hivos  de  1  Kiat 
à  I.it'ge. 

{■s  Placards  de  Urabiml.  t.  VI.  p.  -2--. 

Vi]  Cf.  PouUct,  La  Joyeuse  entrée  de  Brabant.  IJi-uxcUcs,  i.Sli:!. 

4)  .\(liniiiistrat('iir  ilii  I.imboiirg-  iiondanl  la  5j;inTrc  i\i-  la  s^l(•(•l•^^i()ll  iriNpasiic.  an 
nom  (le  fluiilcs  III. 

;,-.;  \-oy(^/.  X  ci;  sujet  la  liasse  ii"  iT,  des  ureli.  du  diieli.- .le  Miiilxinrj;-.  aux  an-li,  de 
l'Ktat  il  r,i(Ve, 


—  36()  — 

iceiix,  sans  avoir  i)Oi'té  ni  décret  ni  sentence,  ont  (lei)esclié  des 
exécutoriales  a  cliarge  des  maîtres  des  lionilleres  et  les  ont  fait 
])ayer  ])ar  violence,  ce  que  ledit  seigneur  dom  Quiros  avoit  résolu. 

Ces  joyeuses  entrées  ne  sont  pas  aussi  suivies,  en  tant  que 
rarticle...  del'lend  absolument  que  l'on  ne  doit  donner  ny  l'aire 
donner  dircctemenl  ny  indireclemejit,  poui"  obtenir  des  charges,  et 
nonobstant  il  ny  at  ny  grosses  ny  petittes  ([ui  ne  soient  vénales. 

Il  y  a  un  règlement  en  matière  de  Ilouillerics  qui  est  contesté  en 
tant,  connue  il  est  <lit  ci  dessus,  (jue  le  pi'ocureur  du  Roy  prêtent  le 
tij"  contre  l'usage  et  possession  immémoriale  de  cette  i)rovince,  sur 
(juoy  il  at  opposition  et  ])rocès  formé  et  instruict,  preste  a  être 
jugé,  et  dont  le  motif  de  droit,  dressé  de  la  parte  des  Etats,  est 
imprimé  et  rendu  ])ul)licque.  Le  moyen  d'apaiser  cette  difficulté  est 
de  faire  juger  ce  i)rocès,  mais  il  faut  que  cela  se  fasse  ])ar  d'autres 
juges  (]ue  ceux  de  la  chambre  suprême.  ])arce  qu'ayant  usé  de  la 
manière  ci  dessus  déduittes  contre  le  droit  commun,  les  privilèges 
et  les  constitutions  fondamentales  du  Pays,  ils  se  sont  rendus  inca- 
jiables  de  décider  cette  cause,  et  les  Etats  déclarent  de  les  récuser 
a  la  reserve  du  seigneur  conseiller  de  Lassaulx  qui.  avec  feu  le 
conseiller  Xicolay,  ont  résisté  à  cet  avorton  de  justice,  et  pour  leur 
rectitude  ont  été  sus])ensés  de  leurs  charges,  iusques  à  ce  que  le 
seigneur  dom  Quiros.  sentant  les  aproches  de  la  morte,  s'en  repen- 
tant, les  rétablit. 

Sur  le  ')''  art.  se  dit  que  le  nombre  des  com])arants  aux  assemblées 
est  beaucoup  i)lus  grand  (piil  n'est  ])rescrit  par  le  règlement.  Mais 
les  Communautés  sestant  i)laint  au  Tribunal  «pie  ces  gens,  ayant 
été  aux  assemblées,  ne  les  informoient  i)oint  de  ce  qui  s'y  étoit 
l)assé,  et  que  i)onr  ce  faire  ils  convocquoyent  des  assemblées  parti- 
culières (pli  faisoient  un  surcroit  de  fraix,  les  communautés  se  sont 
adressées  au  Tribunal  pour  pouvoir  députer  chacune  un  membre  do 
leur  régence  et  l'ont  obtenu. 

Sur  le  7e  se  dit  que  les  commissaires  ecclésiastiques  et  nobles  ont 
deux  cents  florins  de  gages  par  an;  quand  ils  vacqnent  dans  la 
])rovince,  de  mesme  que  les  autres  seigneurs,  ils  n'ont  que  leurs 
despens  et  quand  ils  vacqnent  hors  de  la  Province,  ils  tirent  cincpie 
escus  ])ar  jours  et  un  carosse,  s'il  est  nécessaire,  (^uant  au  Tiers 
Etat,  clKupu^  communauté  salarie  ses  députés,  comme  elle  treuve 
convenir. 

Le  H''  article  at  sa  réponse  ci-dessus. 

Au  If  et  loe  se  dit  (pie  les  Etats  ecclésiastique  et  noble  ont  un 
gros  (lilfércnl  avec  ]r  Tiers  eu  matière  de  privilège,  où  il  y  at 
procès  coimiicMcc  nu  Conseil  de  I')i'abant.  c\(ic(pié  au  Ti'il>iiual,  tout 


—  3Gi  —  . 

iiislruil  et  prost  a  jngCM",  lequel  demem-e  indécis,  parce  que  tous  les 
juf^es  (lu  duché  y  sont  intéressés,  et  (pie  jusques  a  itrésenl  IDu  en  al 
im  obtenir  des  iui])artiiiux .  quovque  l'on  ave  l'ait  ])lusieur('s 
instances  a  diverses  ministres  a  cette  lin. 

Sur  l'iie  il  y  at  eu  deux  matricules,  l'une  de  l'an  iCiS")  ci  l'aïKrc  (pii 
en  devait  l'aire  la  correction  formée  l'an  ijo.")  sur  l('S(jU('lles  il  y  at 
eu  beaucoui)  de  i)laintes,  signannient  entre  les  ecclésiastiques  et  les 
nobles,  et  pour  les  ai)paiser.  ^lonsieur  de  Sinzcndorll'  leur  at  donné 
])ouvoir  de  dénommer  des  commissaires  entre  eux  pour  en  l'aire  la 
reveue  et  correction,  a  condition  de  la  luy  ])resenter,  étant  laitte, 
pour  y  donner  son  approbation.  Les  seigneurs  a  ce  commis  sont  le 
R'"i  al)bé  de  Clostenrade.  le  comte  d'Mynatten  et  le  seigneur  de 
Soiron,  lesquels  en  ont  fait  la  correction  et  l'ont  mis  en  ela(  delre 
présentée  a  V.  E.  pour  être  agréée  et  authorisée  (ii. 

Mais  ils  y  ont  remarqué  un  grau  deffaut  (qu'ils  n'ont  pu  corriger 
et  sur  le(piel  l'autliorité  de  V.  E.  est  nécessaire  :  c'est  que  ceux  (pii 
ont  dressé  la  matricule  générale,  pour  connoitre  le  fort  et  le  faible 
du  Tiers  Etat,  ont  obligé  les  Communautés  de  leur  donner  un 
dénombrement  des  muids  et  autres  rentes  ])er])étuelles  qu'elles 
doyvent  al^x  ecclésiastiques  et  nobles,  ce  (qu'elles  ont  fait  aveuglé- 
ment sans  scavoir  (piel  usage  les  matriculaires  en  vouloyent  en 
faire.  Et  se  treuve  que  quantité  de  ces  muids  ne  sont  i)as  rentes 
seigneuriales  ny  subiettes  a  la  tauxe  des  eec]esiasti(]ues  et  nobles, 
mais  a  larouturiere,  dans  laquelle  elles  sont  actuellement  comprises, 
et  nonobstant  ils  en  ont  grossit  la  matricule  des  ecclésiastiques  et 
des  nobles  comme  si  elles  étoyent  subiettes  a  leur  tauxe.  En  (]uoy 
les  dits  deux  premiers  Etats  souffrent  une  double  lésion  en  tant  (pie 
d'un  coté  leurs  rentes  sont  diminuées  par  la  tauxe  routurieres  (jui 
consiste  en  ce  que  ces  muids  ne  se  ])ayent  régulièrement  qu'a  huit 
florins  au  lieu  qu'elles  se  deveroyent  payer  en  natture  :  et  de  l'autre 
coté  que  balançant  leur  matricule  contre  celle  du  tiers  état,  celle  cy 
est  allégée  et  celle  la  appesantie  tout  a  rebours  de  ce  (pii  deveroit 
être,  outre  que  les  eccles.  et  nobles  qui  s'en  trouvent  chargé  y  sont 
encore  notablement  lésés,  payant  deux  tauxe  sur  une  même  rente  ; 
et  c'est  de  quoy  le  redressement  ne  se  peut  faire  que  par  la  voye 
d'un  pouvoir  supérieur. 

Sur  les  art.   12,   i3,    14,   1-"),  les  Etats  se  plaignent  de  ce  (jue  les 
religionnaires    d'Eupen   et   de    Ilodimont    se   voyant    ajtpuyés    des 


(1)   Cf.  L).  liROUNVERS,  Docnmcnls  relalifK  à  la  nuilriculc  du   IJinbuurif  en   /-o.T.   ihiiis 
le  IJnllvtin  lie  rinstilHl  .•irc/u'o/oi;i(yiu'  li,'fi-coiii,  t.  XXXIU  (i9<4),  pp.  <'«.)-8>S. 


—    3(^2    — 

Conimandans  de  Lvmboury  ont  eu  laiidace  de  balir  des  teiiii)les 
dans  ces  deux  lieux  et  y  faire  exercice  publique  (<),  de  leur  jjrélendue 
religion,  sans  se  souvenir  que  l'auguste  maison  d'Austriclie  at  de 
tous  temps  été  rapjjuy  et  le  soutien  de  la  religion  catholique,  et  que 
])ar  conséquent  une  telle  nouveauté  ne  i)Ouvoit  que  déplaire  à  leur 
légitime  souverain.  L'intendant  I^ambers  s'y  at  o])]»osé  et  ])our  cela 
il  at  été  em])risonné  fort  longtemps  à  Lymbourg.  V.  K.  doit  scavoir 
le  temps  et  le  moyen  de  réprimer  cette  insolence. 

Les  mêmes  Etats  rejjresentent  a  v.  K.  (pie  le  Tribunal  ('-)  de  cette 
l)rovince  at  été  l'orme  i)ar  Monsieur  de  Sintzendorff  et  réduit  à 
cin(pie  i)ersonnes,  deux  nobles  et  trois  juristes.  Il  at  été  en  après 
augmenté  jus(pies  a  sept  et  se  treuve  que  deux  surnuméraires  ont 
])at('nte  pour  y  entrer.  Les  di(s  Etats  prient  de  considérer  que  c'est 
la  cai)acité,  la  rectitude,  et  non  la  multitude  îles  personnes  qui  i)er- 
i'ectionne  les  all'aires.  Et  (pie  d'ailleurs  c'est  la  multitude  et  non  la 
ca])acité  rpii  est  a  charge  au  ]nil)licque,  la  (piantité  des  juges  aug- 
mente les  si)ortules  :  et  tant  ])lus  chère  est  la  justice,  tant  plus  faut 
il  (jue  ceux  (piy  en  ojit  besoin  la  i)ayent  et  que  comme  il  y  a  peu  de 
gens  (pii  ne  soient  ol)ligés  d'entrer  temi)s  ou  tard  dans  cette  nondi- 
nalion,  la  charge  de  cette  cherté  retombe  sur  le  ])ublicque.  11  y  at 
subiet  de  plainte  contre  ce  Tribunal,  eu  ce  qu'il  détruit  touttes  les 
justices  ([ui  luy  sont  subalterne  i)Our  être  troj)  attaché  à  ce  passage 
de  l'évangile  (j[ui  dit  :  onuie  qiiod  tenit  ud  me,  non  egevani  foras.  Il  at 
ruyné  les  quatres  hautes  justices,  en  sorte  que  leurs  buraux  sont 
l)i'es(pie  déserts  et  (jue  les  gens  cai)ables  ne  font  i)lus  cas  d'y  entrer. 
Touttes  les  subalternes  s'en  sentent  fort,  veu  (lue,  pour  la  moindre 
difficulté,  les  gens  du  commun,  au  lieu  de  s'adresser  a  leurs  juges 
domiciliaires,  s'en  vont  droite  au  Ti-ibunal  jjour  se  tirer  d'affaire 
simul  et  semel.  et  ils  y  sont  bienvenus,  et  quoyque  M.  de  Sinzen- 
dorff  ait  eu  ordonné  (^ue  l'ordre  judiciaire  fut  observé,  comme 
d'ancienneté,  cela  sans  effet.  Non  contant  de  s'attirer  toutte  la  judi- 
cature  civile,  il  est  venu  sy  avant  que  de  s'ingérer  dans  la  criminelle 
des  seigneurs  hauts  justiciers  qui  selon  l'ordonnance  de  l'Empereur 
Charles  V  doit  être  sans  recharge  et  sans  ai)pel.  De  cecy  le  Comte 
Louys  d'Argenteau  en  i)eut  rendre  témoignage,  hors  des  prisons 
du(iucl  ils  ont  fait  sortir  un  criminel,  saisy  légitimement  par  décret 


(i)  Cf.  K.  IIuDKur,  Les  Elnta  ifciicranx  des  Provinces-Unies  et  les  l'rutcsUinls  du  duché 
de  IJmbourff.  IJriixelles,  1904. 

{•2)  Ki-igé  lo  K)  il(V(Miil)Pe  170:!,  pour  joiici-  ihuis  Ir  duchi'  le  rùlc  de  laucidi  Conseil  (U' 
r.r;il)aiu  {Recueil  des  (/rdonminces  des  ]';iys  Uns  unlriclnens,  3f  série,  t.  I.  \>.  4")i). 


—  3(i:5  — 

de  la  justice  de  Si)i'inu)iit,  ce  (iiii  doit  toucher  tous  les  seigneurs  (jui 
ont  liante  juridiction  :nis(iuels  il  eu  ]ieiit  arriver  toiil  aiitanl.  I/oilic 
mihi  cras  tibi. 

Il  importe  que  ^■.  E.  soit  iiil'oriuee  du  diri'ereiit  (jui  sest  esnu-u 
entre  ee  Tribunal  et  la  Chambre  sui)rènie.  sur  la  re])aralion  des 
chemins  ;  ceux  ey  et  ceux  la  s'en  voulant  attribuer  la  connaissance  : 
lun  ordonnoit  qu'ils  seroyent  reparés  a  trais  coiiinimis  de  cluupie 
village  et  l'auti-e  eommandoit  (pie  cela  se  fit  ]>ar  les  particuliers, 
selon  les  ])lacards.  Le  résultat  de  cette  conteste  at  été  ipie  n"a<Iai)- 
tant  ny  l'un  ny  l'autre,  on  ne  les  at  pas  réi)aré  du  tout.  Le  Ministre 
ayant  incliné  en  faveur  de  la  Chambre,  elle  a  i)révalu  et  maintenant 
les  chemins  se  doivent  reparer  par  ceux  (jtii  ont  les  biens  adiacciis. 
Et  c'est  la  cause  qu'ils  sont  toujours  en  très  mauvais  état  ;  baucoui) 
de  pauvres  gens  voisins  au  grans  chemins  n'ayant  i)as  le  moyen  de 
les  bien  reparer,  les  fraix  a  ce  nécessaire,  excédant  la  valeur  de 
tous  leurs  biens.  Et  comme  i)ar  ce  moyen  ils  ne  seront  jamais  bons, 
les  Etats  prient  V.  E.  de  vouloir  i)ermettre  aux  communautés  de 
choisir  lequel  de  ces  deux  moyens  (prelles  trouveront  le  mien  con- 
venir, savoir  de  les  laisser  à  charge  des  héritages  voisins  selon  les 
l)lacards,  ou  de  les  réparer  à  fraix  communs. 

Ils  ont  aussy  l'honneur  de  représenter  a  \'.  E.  (ju  il  y  at  ])roces 
esmeu  et  instruit  jus(iues  a  dui)lic(pie  enti-e  le  procureur  généi-al  et 
les  I"]tats  au  subjet  de  la  propriété  des  Communes,  i)endant  Iciiuel 
])hisieurs  l)onnes  gens  ont  été  i)itoyabIement  vexés  par  (pidijucs 
sul)stitués  ])rocureurs  royaux,  (^uy  ne  vouloyent  i)as  (pie  (pii  (juc  ce 
fut  touchât  au  fond  des  diltes  communes,  attacquant  ceux  (pii  en 
liroyent  de  l'argille.  du  marne,  des  pieres,  du  sable  ou  choses  sem- 
blables qui  leur  etoyent  nécessaires,  (ju()y(pi'ils  fussent  en  jjosses- 
sion  immemorielle  de  ce  faire,  et  quoy([ue  ces  harpies  ayent  été 
condamnés  dans  une  cause  de  cette  nature,  ils  n'ont  laissé  d'en 
vexer  diverses  autres  pour  les  ram-onner  jiisques  a  ce  (pie  M  de 
Sin/.endorff  le  leur  at  interdit,  remettant  la  décision  de  celte  (pies_ 
tion  a  une  conférence  (piy  ne  s'est  ])as  tenue  jus(iue  a  présent. 

Sur  le  i(JL'  se  dit  (xue  les  Etats  ont  des  grosses  et  importantes  diffi- 
cultés avec  les  Liégeois,  tant  i)Our  le  soutient  de  leurs  ])rivileges 
({ue  i)our  la  deffense  des  droits  et  régaux  de  S.  M.  I.  C.  sur  lcs(|ucls 
ils  empiètent  tout  où  il  leur  est  possible. 

Quant  au  premier,  les  Liégeois  ont  commis  i)lusieurs  infractions 
de  la  Bulle  d'or,  sans  (jue  jusijues  a  i)resent  on  a\e  pu  obtenir 
rei)aration. 

Ils  ont  enlevé  aux  marchands  de  Ilodimonl  ]>rcs  de  (;ralcni.  dans 


-  364  — 

la  comté  de  Torne  f^),  i>52  pièces  de  draps,  dans  un  lieu  ou  ils  n'ont 
ny  pouvoir  ni  jurisdietion.  ny  potau  ny  burau,  ou  chascun  at  tou. 
siours  ])assé  et  passe  encore  a  ])resent  en  toutte  liberté  et  sans 
l)ayer  aucun  impos.  et  voicy  la  4''  année  ([u'ils  les  détiennent  ])ar 
une  injustice  manifeste  sans  qu'ils  eu  ayent  pu  obtenir  indemnité. 

Ils  ont  ransonné  le  s'  Nivelle,  marchand  du  mesme  lieu,  de  dix 
mils  fl.  pour  des  draps  que  leurs  buralistes  luy  avoyent  enlevé  a 
Ressemer,  quoy  qu'il  les  eut  légitimement  acquitté.  Ils  ont  saisy  le 
l)aron  de  llahier.  membre  de  cet  état,  dans  leur  ville  de  Liège,  lont 
logé  dans  un  vilain  cachot,  comme  un  criminel,  et  luy  ont  détenu 
six  sepmaines  sans  qu'ils  ayent  ])u  donner  aucune  raison  légitime 
de  cette  violence. 

Ils  ont  fait  cent  autres  infractions  de  cette  Bulle  d'or,  contre  des 
])articuliers,  saisissant  leurs  biens.  emi)risonnant  leurs  personnes 
et  mesme  leurs  femmes  pendant  la  rupture  que  nous  avons  eu  avec 
eux,  i)(»ur  cliacque  desquelles  il  touche  a  S.  M.  comme  duc  de  Lym- 
l)()urg  cent  marcs  de  fin  or  pour  amende. 

(^uant  au  second,  ils  ont  usurpé  sur  les  domaines  de  S.  M.  la 
rivière  de  "Wesdre,  qui  appartient  a  un  ducque  de  Lymbourg  jusque 
dans  la  Meuse,  et  doit  être  libre  et  ouverte.  Ils  y  ont  fait  partout  des 
venues  ou  tenures  et  bâtit  des  moulins  et  aiitres  usinnes  qui  payent 
ascenses  a  leurs  chambres  de  comptes.  Ils  y  font  des  vennes  péche- 
resses ])ar  lesquelles  ils  emiteschent  les  i>oissons  et  signamnent  les 
saumons  de  monter  dans  la  ditte  rivierre,  dont  ils  font  une  grosse 
l)esche.  en  i)réjudice  de  cette  i)r<)vince  (jui  en  est  tout  a  fait  privée. 

Kn  hayne  des  subjets  du  Roy.  ils  ont  muré  une  des  avenues  de 
leur  ville  de  Vervier.  i)our  incommoder  ceux  de  Ilodimont  et  leur 
rendre  infructueux  ])lusieurs  beaux  bâtiments  consti'uits  en  cet 
endroit,  où  ils  ont  poussé  la  muraille  d'obstruction,  jusques  dans  la 
ditte  rivière  qui  ne  lui  appartient  pas.  Ils  refusent  de  fournir  le 
chauffage  du  haut  drossard  dans  les  forêts  de  Franchimont,  comme 
ils  y  sont  obligés  et  qu'ils  ont  fait  de  tous  temps,  a  raison  qu'ils  sont 
exemjjts  de  payer  le  tonlieu  dans  la  tei-re  de  Lymbourg.  Et  quoy- 
(fuils  jouissent  actuellement  de  cette  exemption,  j^assé  quelques 
années,  le  baron  de  Lamargelle  s'estant  présenté  pour  maintenir  ce 
droit,  ils  l'attaquèrent  a  main  armée,  le  saisirent  et  menèrent  i)i'i- 
sonnier  dans  la  ville  de  Vervier,  l'exposèrent  a  la  huée  de  la  canaille 
comme  un  iiialfaiteur,  sans  qu'il  en  aye  pu  tirer  satisfaction,  (xuoy- 


(i)  Dans  le  I.iiiil.dm-g-  li(.lhni(Uii 


qu'il  k'ur  nye  f;iit  insiiiucv  un   iiKindi-inenl  casHiUoii- ilii  ('oiisi-il  <\o 
lîrabaul. 

I/cxacU'  ooiiiioissaucn  ('(  les  prciixcs  di-  ces  clioscs  se  \()V('iil  dans 
le  luaiiil'este  liiiin-iiiic  de  la  i)ain  des  Mtats,  sur  le(|U(d  sou  Kxeidieuce 
est  ])i'iee  de  xouloir  jjorter  la  veue. 


LES  ARCHIVES  COMMUNALES 
DE  LIÈGE 


Xe  sorait-ce  pas  une  snporfétalion  <l(''i)laisaiito  ([uo  fairo 
ressortir,  auprès  d'amis  sincères  de  rar('lié()]()<;ie,  riini)()r- 
taiice  des  archives  en  général  ?  'l'ons  voient  en  elles  des 
sources  saines  et  intarissables  de  l'histoire.  Tous  savent 
que,  pour  le  passé,  témoins  attenlirs  et  fidèles,  elles 
révèlent  avec  exactitude,  jusque  dans  les  ])liis  menus 
détails,  les  mœurs  et  les  coutumes  de  nos  aïeiîx,  comme 
l'organisation  des  institutions  politiques  et  administra- 
tives auxquelles  ils  étaient  soumis.  Pour  le  présent,  elles 
constituent  les  titres  indiscutables  des  familles  ;  elles 
consacrent  les  droits  des  particuliers  et  gai-antissent  la 
propriété  individuelle,  tout  en  aidant  séricusenumt  au 
développement  de  l'esprit  national.  Aussi  a-t-on  pu  écrire 
de  nos  jours  que  la  conservation  des  archives  est  une 
nécessité  d'ordre  social. 

Nos  ancêtres  ne  pensaient  pas  différemment.  Depuis 
son  origine,  la  cathédrale  S'-Lambert,  comme  toutes  les 
autres  institutions  du  nième  genre,  à  Liège,  avait  accumulé 
des  archives  variées,  parmi  lesquelles  des  annales  et  des 
chroniques.  Toutes  faisaient  l'objet  d'une  surveillance  des 
plus  minutieuse  et  des  plus  rigoureuse.  MM.  Bormans  et 
Schoolmeesters  nous  ont  initiés  aux  précautions  que  le 
chapitre  cathédral,  pénétré  de  la  haute  valeur  du  dépôt 
de  titres  et  de  documents  anciens  dont  il  avait  la  gartle, 
prenait  en  vue  de  le  sauvegarde)'  contre  la  négligenee  ou 


—  308  - 

la  malveillance  i''.  La  Cité  également  attachait  le  plus 
sérieux  intérêt  à  ses  archives  ;  elle  n'apportait  pas  moins 
de  soins  scrniDuleux  que  la  cathédrale  à  leur  sûreté  et  à 
leur  bonne  conservation.  Avec  raison,  elle  s'en  montrait 
fière,  car  i)eu  de  villes  en  possédaient  de  plus  riches. 

On  le  conçoit  :  ses  archives  n'avaient  point  une  anti- 
quité aussi  vénérable  que  celles  du  chapitre  S'-Lambert, 
puisque  l'origine  administrative  de  la  commune  liégeoise 
remonte  seulement  au  xn''  siècle.  Ses  plus  anciens  magis- 
trats connus  n'apparaissent  qu'en  l'année  1197.  De  ce 
temps  datent  de  même  ses  j)i"emières  franchises  écrites, 
l'attestation  initiale  de  son  autonomie. 


II 


En  quel  lieu  l'urent  tout  d'abord  abrités  les  titres  et 
documents  de  la  Cité  ?  Ce  n'a  point  du  être  à  l'Hôtel  de 
Ville,  pour  le  motif  que  hx  commune  demeura  longtemps 
sans  posséder  un  local  de  l'espèce.  A  la  vérité,  nous 
l'avons  constaté  autre  part,  l'historien  Fisen  et  un  auteur 
plus  vieux  encore,  Placentius,  racontent  que,  lors  de  la 
prise  de  Liège,  en  1212,  jiar  les  troupes  du  duc  de 
Brabant,  celles-ci  pénétrèrent  violemment  dans  la  (unaisoii 
civique  qu'on  nommait  la  Halle  {~j  »  et  la  réduisirent  en 
cendres  avec  les  ornements  des  maîtres,  les  chartes  et  les 
privilèges  qu'elle  renfermait  (^).  Ces  écrivains  qui  appar- 
tiennent, le  premier  au  xvii"^  siècle,  le  second  au  xvi'', 
confondent  évidemment  la  maison  de  la  Cité,  soit  avec  la 
halle   des   Tanneurs,    soit  avec  celle   des  Mangons,   qui 


(')  Cartulaire  de  l'église  S^-Lambei-t  de  Liège,  t.  I,  introd..  p.  XNVII. 
(-)  (c  Doiniis  civica  quam  Hallam  vocabaiit  ». 

(•')    IJisioiiii    Ecclesiœ    Lcudieiisis.    —    (.'ulnlogiis    Anlisliliiin    Lco- 
diensinni. 


—  •"^>9  — 

existaient,  elles,  dès  la  première  moitié  du  xiii^  siècle. 
Jamais,  l'Hôtel  de  Mlle  n'a  été  désigné  sous  le  nom  de 
((  halle  ».  Les  récits  de  Fisen  et  de  Placentius  ne  sont,  au 
tond,  qu'une  altération,  une  interprétation  amplifiée  et 
lautive  de  celui  de  Gilles  d'Orval.  Ce  luoine,  du  moins, 
était  à  peu  près  contemporain  du  fait.  Son  dire,  en  l'occur- 
rence, mérite  créance.  Or,  il  se  borne  à  noter  que  le  duc 
de  Brabant  a  enfonça  les  port(^s  de  la  halle  et  eu  enq)orta 
tout  ce  qu'il  y  découvrit».  Point  de  mention,  on  le 
remarque,  d'une  maison  commune,  ni  de  chartes  ou  privi- 
lèges y  dérobés.  Semblable  silence,  sous  ce  rapport,  est 
observé  par  Renier,  autre  moine  ([ui  vivait,  à  ce  temps,  en 
l'abbaj^e  S*-Jacqnes,  à  Liège,  et  qui  consigne  pourtant  les 
vols,  les  violences  et  les  meurtres  commis  par  les  hordes 
brabançonnes  (').  Jean  d'Outremeuse  lui-même,  si  prolixe 
de  sa  nature,  se  garde  de  faire  allusion  à  un  envahisse- 
ment de  la  maison  commune. 

Le  motif  de  cette  abstention  est  que  'Liège  restait  privé 
alors  d'hôtel  communal.  Plus  tard  seulement,  au  même 
siècle,  les  chefs  municipaux  se  réuniront,  à  l'enseigne 
de  la  Violette,  dans  une  simple  habitation  bourgeoise 
qu'ils  prendront  partiellement  en  location.  C'est  ultérieu- 
rement encore,  lorsque  l'organisation  administrative  se 
sera  dévelopi)ée,  qu'on  connaîtra  ce  local  comme  «  maison 
délie  ville  ».  Celle-ci  est  rencontrée,  sous  ce  nom,  pour  la 
première  fois,  dans  la  Paix  des  Clercs  de  l'an  1287. 

Ce  n'est  point  dans  ce  bâtiment,  d'ailleurs,  que  se  con- 
servaient les  chartes,  paix,  privilèges,  diplômes,  bref 
tous  les  titres  originaux  de  la  Cité.  C'était  dans  l'église  de 
l'abbaj'e  S'-Jacques.  Le  chroniqueur  du  xiv''  siècle,  Jean 
d'Outremeuse,  qui  a  pu  les  compulser  et  les  utiliser  pour 
ses    volumineuses    compilations,    indique    l'existence    du 


l'j  Anniilcs  de  S'-Jucqtic.s.  (Mlilioii   de  M.  le  D'  .1.  Ale\:ui(li-t'.  poiir 
la  Société  dos  Bil)li()i)liik's  liéycois,  p.  «p. 


070 


(Irpôt  II  cotte  place  (''.  L'affectation  spécifiée  du  incinc 
monument  est  attestée,  en  outre,  par  la  Lettre  du  commun 
Profit,  de  l'année  1070. 

L'adoption   d'un  temple  pour   dépôt   d'archives   civiles 
peut  paraître  étrange  au  i)remier  abord.  Elle  s'explique 
très  facilement  en  réalité.  Comment  ne  pas  reconnaître  la 
raison  primordiale  de  ce  choix,  précisément  dans  l'absence 
d'hôtel  de  ville,  à  la  période  qui  suivit  immédiatement  la 
X^roclamalion   de  l'indépendance   communale  !   Si,   par  la 
suite,  les  documents  précieux  continuèrent  à  être  confiés 
au  sanctuaire   précité,    c'est   que,    dans   cet   asile   sacré, 
inviolable,  garanti  doublement  par  l'immunité  claustrale, 
ils    se    trouvaient   plus    en    sûreté    que   partout   ailleurs. 
A  Bruxelles  également,  comme  en  d'autres  villes  encoi'c, 
des  édifices  religieux  avaient  été  constitués  les  gardiens 
des  archives  de  la  commune.   Celles-ci,   au  chef-lieu  du 
duché   de  Brabant,    i-eposaient,   partie  dans   la  collégiale 
S*''-Gudule,  partie  dans  l'église  S'-Nicolas,  même  après  la 
construction,  au  xv^  siècle,  du  vaste  hôtel  de  ville  actuel. 
A  l^iége,  la  désignation  du  temple  de  l'abbaye  S'-.Tacques, 
pour  pareille  fin,  se  présentait  d'autant  plus  naturellement 
qu'on  le  considérait  comme  l'église  officielle  de  la  Cité. 
Là,  tous  les  ans,  les  deux  nouveaux  bourgmestres,  vêtus 
de   rouge,   étaient  conduits    triomphalement,   après    leur 
élection,  par  un   peuple  nombreux.  Là,  dans  une  chapelle 
spéciale,   réouverte,  il  y  a  peu  d'années,  par  les  soins  de 
M.  le  doyen  Schoolmeesters,  ils  allaient  jurer  solennelle- 
ment de  nuxintenir  intactes  les  libertés  et  les  franchises 
locales.  Là  encore,   suivant  le  règlement  dit  des  Dix-sept 
Métiers,  du  3o  avril  1417.  se  faisait  la  nomination  annuelle 
des  deux  conseillers  à  choisir  dans  chaque  métier.  En  la 
même  abbaye   enfin,    furent  élaborés    et  conclus    maints 
traités  d'un  intérêt  majeur  pour  la  ville  et  ])(ku-  le  ])ays 


Cj  Ly  Myreiir  des  Ilistors.  t.  V,  }).  lifio  ;  t.  \'I.  p.  fiyi. 


011 


onticr,  notaïaïuout  la  Paix  dite  de  S'-Jae(j[ues,  véritable 
codification  dos  lois  et  coutumes,  sons  rempire  de  laquelle 
ranti(|ue  ])rin('ii)auté  subsista  juscprà  sa  sn])])rcssi()u. 

Non  loin  de  l;i  Iribune  des  nuigistrats  comnumaux,  dans 
les  sacristies,  ou  pour  plus  de  précision,  dans  la  tréso- 
rerie ('),  reposaient  les  ai-cliives  communales.  Elles  étaient 
placées  dans  des  coffres  appartenant  à  la  Cité  ('-).  Il  serait 
inexact  de  dire  que  ces  coffres  servaient,  en  même  temps, 
de  caisse  communale.  Ils  renfermaient  le  trésor,  le  fonds 
de  réserve  de  la  ville.  On  y  conservait,  en  effet,  avec  les 
principaux  sceaux  locaux,  les  ouvrages  d'argenterie,  les 
sommes  éconcunisées  soit  pour  payer  de  grands  travaux 
ou  solder  des  dettes  importantes,  soit  pour  faire  lace  à  des 
nécessités  publiques  (^). 

Aussi  ces  meubles  avaient- ils  été  munis  de  trente-quatre 
serrures  avec  cadenas.  Les  clefs  se  trouvaient  gardées 
respectivement  par  les  deux  maîtres  de  Liège  et  par  un 
officier  de  chacun  des  trente-deux  bons  métiers.  L'ouver- 
ture ne  pouvait  en  être  faite  qu'en  vertu  d'une  décision 
formelle  du  Conseil  communal  et  après  des  formalités 
nombreuses.  A  la  vérité,  on  y  procédait  très  rarement. 

Parfois,  lorsqu'il  fallait  recourir  à  l'un  ou  l'autre  docu- 
ment, le  coffre  était  transporté  sur  les  épaules,  comme 
une  châsse  précieuse,  de  l'église  S'-Jacques  à  l'Hôtel  de 
Ville.  Il  en  fut  ainsi  l'an  1432,  lors  d'une  contestation 
entre  le  peuple  et  les  magistrats  communaux,  au  sujet  des 
indemnités  de  guerre  à  pa^  er  au  duc  de  Bourgogne  (').  En 


(1)  .Jean  de  STA\Kr,()i',  Chronique  p.  -^87. 

(-j  Recès  (lu  Conseil  de  la  Cité,  re^.  i()4<,)-i<)")3.  1'^  '\-C). 

(^>  On  voit.  i);ir  exenii)le.  en  irijCJ,  les  eliel's  de  la  X'ille  extraire  du 
coi'ire  de  S'-.Iac(iues  ]»our  ra])j)li(]uer  aux  nceessités  ])iil)liques,  le 
lunnéraire  i)]aeé  là  en  réserve  en  vue  de  racheter  aux  héritiers  du 
])rince  Erard  de  La  Marek,  la  rente  de  iijoo  florins  dont  eet  évé(iue 
jouissait  sur  la  eité  (lleeès  du  Conseil,  du  '■>  janvier  i")7()  . 

(^)  «  Et  eovient-ilh,  ])or  le  fui'cur  de  peuple,  et  i)()r  les  niales 
conselhiés  qui  estoient  entre  eaux  por  enl'oweir,  (juo  taiUoi.st  eus 


372  - 


d'autres  occasions,  les  chefs  de  la  Cité  se  rendaient  eux- 
niènies  en  corps  à  l'abbaye  S'-Jacques,  acconipagiiés  des 
gouverneurs  des  trente-deux  métiers.  C'est  ce  qui  arriva 
le  5  juin  1370,  quand  le  Conseil  crut  nécessaire  d'entre- 
prendre des  reclierclies  en  vue  de  défendre  les  franchises 
et  les  privilèges  de  la  Cité.  C'est  ce  qui  arriva  encoi-c 
le  16  mars  1577,  lorsqu'on  dut  extraire  du  dépôt  le 
grand  sceau  de  la  Cité,  pour  en  sceller  deux  actes  impor- 
tants. Comme,  en  ces  circonstances,  plusieurs  officiers  des 
métiers  étaient  absents  et  que  d'autres  avaient  perdu  la 
clef  leur  confiée,  il  fallut  une  décision  ex^^resse  du  Conseil 
pour  forcer  le  coffre  ('). 

Toutes  les  archives  communales  n'avaient  pas  été 
reléguées  au  monastère  S'-Jacques.  L'Hôtel  de  Ville  en 
renfermait  aussi  et  beaucoup,  depuis  des  temps  reculés. 
Ici,  le  dépôt,  plus  considérable  que  l'autre,  comprenait  ce 
que  Ton  pouvait  appeler  les  archives  administratives  : 
recès  ou  procès-verbaux  des  séances  du  Conseil,  comptes, 
quittances,  registres  de  tous  genres,  c'est  à  dire  les  docu- 
ments sujets  à  être  fréquemment  consultés  et  qu'on  dési- 
l'ait  avoir  constamment  sous  les  3'eux. 

Ces  documents  variés  étaient  remisés  à  leur  tour,  sui- 
vant la  coutume  de  l'époque,  dans  des  coffres  très  spacieux 
et  fermés  à  l'aide  de  doubles  serrures  i'). 


alasl  (lUL'ii'c  le  ooul'lre  là  les  IraucUieses  dcl  Citeit  sont  elle  tressorie 
de  Sains  Jaqueme,  et  lut  a])})or(eit  sus  la  Violet.  VA  l'ut  laiitosl 
desereis  et  corrumpus.  »  (.1.  ni-:  Sta\  ei.ot.  Chronique,  j).  i>.S(). — ^'.  aussi 
Adiuen  d'Oudexboscii,  Chronique,  traduetion  de  M.  le  docteur  .1. 
Alexandre,  !>.  l'î.) 

(*j  Koeès  du  Conseil  <le  la  Cile.  rey.  i5l).S-i57o.  1"  27.")  v";  i-eg.  i-ly.")- 
1577,  1"  21;)  V". 

(-)  Dans  les  eomi)tes  des  dé])enses  de  la  Cilé  de  l'an  i")o;),  on 
découvre  eetle  annotation  : 

«  Pour  avoir  l'ait  un  .serin  u'otlre)  à  deux  dobles  serres  mis  aile 
^'i()leUe  i)i)ur  ens  niellre  tous  registres,  (•onii)tes  et  (piidances. 
4  ilor.  1 1  aidans.  » 


-  3:3 


S'il  est  une  période  de  notre  histoire  (pii  a  été  l'iinestc 
au  pays,  c'est  bien  le  xv*^  siècle.  Il  a  été  désastreux  é<^iilc- 
nient  pour  les  areliives  de  la  Cité,  ajoutons  i)our  celles  de 
la  plupart  des  bonnes  villes.  La  perturbation  générale  des 
esprits  et  des  mœurs,  l'administration  capricieuse  du 
jeune  élu  Jean  de  l>avicre,  aussi  légei- que  cruel,  mais  plus 
encore  les  excitations  dénuigogicpies  dans  les  classes 
jjopulaires,  amenèrent  le  23  septembre  i^oH,  la  terrible 
bataille  d'Otliée  où  les  cadavres  de  ti-eize  à  (piinzc;  mille 
défenseurs  de  la  cité  jonchèrent  le  sol.  Un  mois  plus  tard, 
le  24  octobre,  les  pi-inces  triom})liants,  savoir  le  duc  de 
I>oui'g()gne,  le  comte  de  Ilainaut  et  auti'cs  alliés,  lancèrent 
contre  les  vaincus  une  sentence  dont  les  quatre  premiers 
articles  ont  trait  spécialement  aux  documents  écrits  des 
Liégeois.  Ils  exigeaient  la  i-emise  de  toutes  les  lettres 
octroyant  des  privilèges,  des  franchises,  des  libertés,  les 
coutumes  du  pays,  les  paix,  les  actes  d'alliance,  etc  , 
appartenant  à  la  Cité  et  aux  autres  villes  de  la  principauté. 
Tous  ces  titres,  avec  les  chartes  et  règlements  des  corps 
de  métiers,  devaient  être  livrés  le  12  novembre  à  Mous, 
à  l'abbaye  des  Ecoliers,  entre  les  mains  de  «  messii-e 
Guill.  Bonnier,  et  ])iaistre  Thierry  Gherbode  »,  agents  du 
duc  de  Bourgogne  et  ce  messires  Broignart,  de  Ilenin  et 
Baudin  de  Fromont,  »  délégués  par  le  comte  (Juillaume 
de  Ilainaut. 

Terrorisés  par  la  menace  de  snppi'imcr  à  jamais  les 
«  privilèges,  lois,  franchises  et  libertés  »,  dont  les  actes 
d'octroi  authentique  feraient  défaut,  terrorisés  non  moins 
par  les  exécutions  barl)ares  dont  ils  venaient  d'être  les 
témoins  contristés,  les  Liégeois  survivants  ne  songèrent 
même  pas  à  tenter  de  soustraire  à  la  vengeance  des  princes 
leurs  plus  chères  archives.  Après  avoir  amené  les  coffres 
qui  les  renfermaient  de  S'-Jaccpies  à   l'IIofel  de  Ville,  ils 


-   3- 


'4 


(loiiiîèrent  mission  aux  plus  notables  et  aux  plus  expéri- 
mentés d'entre  eux  de  se  transporter  à  Mons,  munis  des 
importants  documents.  Avaient  été  choisis  Watliieu  et 
Guillaume  Datliiii,  le  bourgmestre  Watliieu  de  Fléron, 
llenkin  de  Bierset,  fils  de  AVarnier,  lligauld  le  Rôti,  et 
Henri  Daneal,  bourgeois  de  Liège. 

Ces  iiersonnages  arrivèrent  à  Mons  au  jour  fixé,  avec 
les  archives  contenues  dans  deux  vastes  paniers,  les- 
(juels  étaient  fermés  et  scellés.  Après  avoir  effectué  le 
dépôt  en  présence  des  commissaires  des  Princes,  les 
envoyés  liégeois  prêtèrent  serment,  au  nom  de  la  Cité, 
qu'elle  ne  possédait  plus  d'actes  de  ce  genre  et  qu'elle 
n'en  avait  ni  celé  ni  détruit.  Par  la  voix  de  Guillaume 
Dathin,  ils  ajoutèrent  avoir  réuni  dans  les  dits  paniers 
tous  les  privilèges,  chartes,  coutumes  et  règlements  des 
métiers  qu'il  avait  été  possible  de  recueillir.  Si,  conti- 
nuèrent-ils, les  actes  de  certains  métiers  font  défaut, 
cette  absence  provient  de  ce  que  les  gouverneurs  ont  péri 
à  la  bataille  d'Othée,  sans  qu'on  connaisse  les  lieux  de 
dépôt  des  archives  dont  la  garde  leur  avait   été  confiée  (^). 

A  cette  remise  solennelle,  assistaient  les  nombreux 
bourgeois  de  Liège  conduits  précédemment  à  Mons  en 
(|u alité  d'otages  ('-). 


(')  lic'cticil  (les  ()/-dnnnunccs  de  la  Princi/miité  de  Liég'c.  s.  i'^, 
p.  \'J.'i,  note. 

1-)  Nous  (lounons  ici  la  liste  de  ces  otages  : 

(Jilles  de  Bernard,  M'arnier  et  .Tean  de  Bierset,  Robert  de 
Si-Xicolas,  Hubert  de  Pas.  l'iron  du  Champion.  Jean  du  Persan. 
J'irou  le  Berwier,  A\'atbieu  Pangnou.  .Tac(jueuiin  de  l'Ange,  Jean  de 
Keniexlie.  Gilles  de  lli^vechon,^^'arn.  de  Mont  joie,  Henri  de  Waroux, 
.lean  Ilaweal.  Renard  de  Linibourg,  (iuillaunie  délie  Clef,  .Joseph 
<le  Celier.  Close  de  la  Fleur  de  Lys,  Henri  Montlroid.  Mathieu 
lîrabeehon.  (Jerard  Pierpont,  Denis  Sureal.  ^\  .  du  ('liai)eau  d'or, 
Stassiu  <!('  Loneiu  ,  .leau  (iolet  ,  Robert  Jîeyniout  .  Lambert  de 
\'erv()ngne.  Masson    lîevniont.   Henri   le   (ierson,  .lacci.  SealolTreal, 


-    à::,    - 

Pou  aprrs  rufcoinplisseineiit  de  leui's  s;in<;laiit.s  exploits, 
.leiui  de  Bourgogne  et  Guilluiinie  de  llaiiuiut  s'étaient 
rendus  à  Paris.  C'est  <le  là  (jue,  le  i3  décembre,  ils 
investirent,  pai'  lettre  spéciale,  maîtres  Tliierry  Gherbode, 
.lac(]ues  de  lu  Tannerie,  Jean  de  la  Keylliulle,  .laccpies 
Deltour,  Etienne  ^^'iard  et  .Jean  de  Hinclie,  de  lu  cliai'ge 
d'examiner  à  Mons,  dans  nn  local  ù  clioisii-  par  enx,  les 
archives  amenées  des  divers  centres  de  la  principauté 
de  Liège,  d'en  dresser  un  sérieux  inventaire,  et  même 
de  faire  copier  les  documents  dont  ils  reconnaili'aient 
l'utilité. 

Le  répertoire,  revêtu  des  sceaux  d(^s  ai'cliivistcs,  devait 
être  envoyé  aux  princes  ((ui  se  réservaient,  déclai-aieut-ils, 
(1  '  «  en  ordonner  ainsi  qu'il  nous  semblera  à  l'aii-e  de 
raison  {')  ».  De  fait,  les  Princes,  par  leur  sentence  du 
24  octobre,  avaient  décidé  (juc,  après  l'inspection  des 
lettres  de  privilèges  et  de  libertés,  maintes  d'entre  elles 
pourraient,  s'ils  le  jugeaient  conveiniblc,  être  rendues  aux 
intéressés. 

Ils  furent  satisfaits  de  rcmpi'essement  montré  par  la 
Cité  et  par  les  bonnes  villes  à  exècutei-  leurs  ordres. 
Aussi,  cédant  à  leurs  requêtes  pressantes,  le  due  de 
Bourgogne  et  le  comte  de  Jlaiuaut  finirent-ils,  le  11:  août 
1409,  par  restituer  à  la  Cité  et  aux  autres  villes,  un  nombre 


Martin  IIaiiiicsiii.Laml)ert  de  Lyon.  Iliiliin  Tcxtor.  \\  ill.de  Passaj^e. 
.It'an  (le  Bertenkers  de  Lexliy.  .huMiucniin  I-anibuelu'.  OKar  <le 
^\■eJ;lK'/.  Bauduin  du  Moulin.  .Jean  de  la  P.overie,  lèvre,  .lean  de 
l'exlie.  niereier.  (Jerard  de  IMerei,  Thonjii-i!  de  laCroi.x  d  or.  .lean 
de  lîoille.  liallier.  (Jerard  rAi)otliicaire.  ("ollar<l  de  la  Boverie, 
Renonl  d'Alleur,  denieuranl  à  .leiueiipe.  (Jerard  de  Flenialle.  parlier. 
Sandvon  le  jeune.  (Jerard  de  \'aux,  vieux  scohitr.  .lean  le  Berwier. 
tanneur,  Renier  de  Lieriwe,  Tliierry  Pannee,  lîauduin  Oncai,  Louis 
de  Hervé,  mercier,  Henri  A\'ere\elial.  boulanger. 

')  Reciwil  des  Ordonnances  de  lu  Prinri/unilc  de  Liéi-c,  s.  i'".  p.  ji-i'. 
noie. 


-  376  - 

considérable  de  chartes  dont  nn  acte  princier  fournit  la 
liste  détaillée.  Chacune  d'elles  y  est  spécifiée  par  le  nom 
du  personnage  ou  du  corps  duquel  elle  émane,  par  la  date 
et  par  l'analyse  sommaire  du  contenu  ('^ 

Los  titres  i)récicux  récupérés  de  la  sorte  furent  replacés, 
ainsi  que  le  grand  sceau  de  la  Cité,  dans  le  coffre  à  ce 
destiné,  lequel  coffre  on  conduisit  de  nouveau  à  l'église 
S>- Jacques,  le  19  décembre  1416,  avec  le  cérémonial 
accoutumé  l"). 

Ce  n'était  là  qu'une  restitution  partielle.  Le  reste,  pour- 
tant, n'avait  nullement  été  livré  aux  flammes,  avec  les 
bannières  des  métiers,  l'an  1408,  quoiqu'un  écrivain 
contemporain  des  faits  ait  osé  l'affirmer  (^j.  Tous  les 
papiers  et  parchemins  existaient  encore  l'année  suivante 
et  demeuraient  en  possession  des  agents  du  duc  de  Bour- 
gogne et  du  comte  de  Hainaut.  Ces  hauts  personnages 
affirment  catégoriquement,  dans  leur  sentence  du  12  août 
1409,  qu'ils  ont  conservé,  par  devers  eux,  les  documents 
iu)n  rendus  u  pour  en  faire  et  ordonnei'  ainsi  que  bon  leur 


'  \'()ii'  c'C'Ue  liste  dans  If  Recueil  des  Ordoniuuircs  de  lu  Prinri- 
jjitiilé  de  Liesse,  s.   i''',  j).  4'5'>. 

(■')  Ce  l'ait  est  e(jiisigiié.  en  note,  dans  le  l'awilliart  A.  1'  4"  v", 
aux  Archives  de  l'Etal  :  «("lii  ai)i-ès  s'ensvent  les  lettres  des  l'ran- 
cliiezes,  liberteis,  ])rivilej;es,  ])aix  faites,  avcueqiies  jilusseurs 
aiiltres  lettres,  lescjueilles  ont  esteit  rendus  par  les  dues  de  Bour- 
{;ongne  et  île  llennau  et  lurent  lesdites  lettres  mieses  en  une  eserien 
avuec  le  grau  seal  délie  Citeit  et  luit  li  serin  uiineit  à  S'  Jaqueuiuie 
l'an  141').  le  i<f  jour  de  décembre».  —  Wnv  aussi  Pawilliarts  ]>, 
)■"  171  V";  (1.  I'"  5(),  aux  Archives  de  l'Ktat  ii  Liège;  —  manuscrit,")!. 
1'"  -2,  de  la  collection  Capitaine,  à  la  bibliothèque  de  l' Université  de 
Liège. 

(3)  «  Paido  ])()sl  Dominus  Leodieiisis  ad  cinilulein  jjost  reces.siim 
J'rulvis  el  .sororis  stii  i-ei^res.siia,  Jnssit  sibi  deferri  oiiines  et  sùiî'iilas 
lUteras,  rhurliis,  iii.slianieiilu,  rei^istra  el  munimenlu  eonfeclu  aiiper 
lil'erliilihiis.  jirii'ilei<iiN  el  fruneisiis  civilttlis  el  iiiiiiisleriarniii  (jiim 
oiiinia  cuui  re.xilli.s  ininislerialiiini  ig'iie  roiiereinala  siml  el  aiundlnln. 
(Sii/fridiis  Pelri.  ap.  CiiAl'KAlxil.l.i:,  t.  III.  p.  i  lo.) 


a"*^ 


semblera)).  Il  en  fui  dv  inêine  des  arcliives  des  nirlici-s, 
bien  (|ne  plusieurs  actes  de  eeux-ei  se  rcIrouNcut  dans  b's 
eluirtes  remises  en  vertu  de  la  même  sentence  ('  . 

Les  arcliivcs  soustraites  n'avaient  certainement  ])as 
été  restituées  dans  leur  ensend^le,  l()rs(|U(',  en  i4')7,  un 
autre  duc  de  I5<)urgo<;ne,  Cliarles  le  'l'c-mci-aire,  s'em])ara 
de  nouveau  par  violence  d(ï  la  ville  de  Lié<;c  après  le 
néfaste  combat  de  Brustliem.  Ces  douloureux  événements 
préludaient  à  une  seconde  période  désastreuse  ])ouv  les 
Liégeois,  pour  la  Cité  et  i)our  ses  archives. 

Plusieurs  de  nos  historiens  ont  rai)])orté  (pie  Charles 
le  Téméraire  ne  s'éloi<)-na  de  notre  ville  (pi'après  en  avoir 
enlevé  les  documents  les  plus  importants.  D'après 
Gaehard,  l'ancien  archiviste  général  du  l'oyaume,  le  Duc 
aurait  seulement  ordonné  qu'on  lui  remît  les  lettres  des 
traités  d'alliance  que  Liège  avait  contractés  contre  lui  ("-). 
En  réalité,  par  la  sentence  du  28  novembre  i4^>7>  contre 
le  pays  de  Liège,  Charles  de  Bourgogne  stipula  formelle- 
ment, dans  l'article  2,  que  les  Liégeois  dcvi'aicul  livrer, 
en  totalité,  leurs  chartes  et  privilèges. 

«  Seront  rendus  )),  porte  l'acte  priiuùer,  «  par  lesdis  de 
la  cité,  tous  les  i^revileiges,  tiltres,  Chartres,  registres  et 
aultres  ensengnemens  qu'il/,  en  ont,  les(|uel/.  ])r('vil('iges, 
tiltres,  Chartres  et  registi-es  seront  déclarés  ac<piis  et 
confis  qui  es  )). 

Bien  plus,  dans  l'article  9,  le  vain(]ueiir  exigeait  la 
remise  de  toutes  les  pièces  relatives  aux  mèti(u-s,  tandis 
que,  par  l'article  25,  il  ordonnait,  en  outre,  la  l'cmise 
des  lettres  d'alliance  échangées  par  les  Liégeois  contre 
son  autorité  (^). 


(^)  Recueil  des  Ordonnances  de  lu  Principnnlé  de  Liège,  s.  if,  \^.  !\'i\). 
note,  et  p.  44.3. 

'')  Bidlelin  de  la  Commission  royale  d'IIisloire.  s.  i''.t.  XIII,  i).i>ii. 

(")  Recueil  des  Ordonnances  de  lu  Principanlé  de  Liége.a.  i".  ])i).Gij 
et  suiv. 


—  3:8  — 

Il  n'y  a  guère  de  doute  que  ees  ordres  tyniniiiques  n'aient 
été  ])leinenient  exéeutés.  Deux  jours  auparavant,  en  el'let, 
le  26  novembre,  le  texte  de  la  sentenee  ayant  été  lu  au 
Palais  devant  le  peuple  léuni  expressément,  celui-ei  avait 
promis  à  haute  voix  et  par  serment  qu'il  s'y  soumettrait, 
eomme  l'atteste  un  acte  autlienti(]ue  dont  l'original  est 
eonservé  aux  archives  générales  du  royaume  à  Bru- 
xelles (').  D'autre  part,  un  chroniqueur  sérieux  de  l'époque, 
Adrien  d'Oudenbosch ,  nous  apprend  qu'avant  d'être 
emportés  de  Liège,  les  privilèges,  chartes  et  autres  archives 
de  la  Cité  furent  remis  entre  les  mains  du  seigneur 
d'Humbercourt,  lieutenant  de  Charles  le  Téméraire,  ins- 
tallé au  quartier  de  l'Ile  ('). 

Pour  la  seconde  fois  donc,  à  un  demi-siècle  environ 
d'intervalle,  les  anciens  titres  de  la  Cité  et  des  métiers 
durent  prendre  le  chemin  de  l'exil  sans  espoir  de  retour. 

L'année  suivante,  j^our  comble  d'infortune,  la  ville 
entière  était  livrée,  de  longs  jours  durant,  aux  flammes 
vengeresses  du  cruel  duc  de  Bourgogne.  En  môme  temps 
que  les  constructions  de  la  cité,  ces  flammes  détruisirent 
de  nombreuses  archives  privées  et  publiques,  une  grande 
l)artie  de  celles  des  Echevins  entre  autres,  qui,  primitive- 
ment, avaient  été  confondues  avec  les  documents  de  la 
comnume  i^). 

Une  charte  peu  utilisée  de  l'époque  et  aj'ant  trait  à 
l'Hôtel  de  Ville,  atteste  que,  dans  la  conflagration  géné- 


f  II  est  rein-odiiil  en  note  dans  le  Recueil  des  Ordonnniices  de  lu 
Priitcipnulé  de  Liège,  s.  1" .  p.  (JiiS. 

('-'j    Clivonique   d'ADiUKN    dOidemjoscii  .    traduction     Alexandre, 

1>-  ^f'i)- 

(')  «  A  Toecasion  des  yueri'es  (nii  ont  réi;né  en  eeste  eité  et  pais, 
advons  jjerdu  graind  nonil)re  de  registre/.,  i)ai)iers  aux  ])aix  laites 
et  autres  explois  ».  (Acte  des  éclievins  de  IJéfi:e,  du  uS  se]>tenil)re 
i4!^'>.  cité  dans  la  Paix  de  S'-,Iac(|ues.  -  \'()ir  aussi  :  Coutumes  du 
Pays  de  Liège.  1     III,  |i.  120.; 


raie,  la  «  Maison  de  la  Cite  iioinée  la  Vyolel  a  esté  tolale- 
iiuuit  ruwiiiec  et  briislee  (')  ».  ]*]n  adiiiellant  inriiic  (|iic 
les  murs  extérieurs  soient  restés  debout,  il  n'eu  est  i)as 
moins  eertain  que  tout  a  été  anéanti  à  l'intéricui'.  iMilrc 
antres  ehoses  auront  été  consumées  les  ar('lii\-es  adminis- 
tratives locales  que  l'on  conservait  à  riiôfcl  comiminal 
pour  les  besoins  du  service  ordinaire.  C'est  i)our  ce  mol  il' 
qu'on  manque  de  renseignements  détaillés  sur  ces  archives. 

Le  5  janvier  i477.  survint  la  mort  violente  de  Charles 
le  Téméraire.  Ce  prince  eut  poui"  successeur  sa  iille 
unique,  Marie  de  Bourgogne.  Celle-ci,  se  montrant  favo- 
rable aux  sollicitations  empressées  des  Liégeois  et  surtout 
de  son  parent  l'évoque  Louis  de  Bourbon,  renonça,  i):ii' 
lettre  du  19  mars  suivant,  aux  droits  et  privilèges  que  son 
père  avait  arrachés  au  pays  de  I^iége,  comme  tiihnts  de 
guerre.  Elle  ordonna  également  la  restitution  des  chartes, 
documents  et  papiers  extorqués  jadis  à  nos  ancêtres  ('•). 

Ce  n'est  donc  pas,  comme  le  pensait  Gachard,  parce 
que  l'église  S'-Jacques  avait  été  soustraite  aux  flammes 
par  ordre  du  duc  de  Bourgogne  lui-même,  que  les  titres 
principaux  et  originaux  de  la  Cité  ont  échappé  à  la  confla- 
gration générale  de  l'an  1468.  Ils  ne  s'y  trouvaient  i)as 
alors.  Mais,  aussitôt  après  leur  restitution  par  Marie  de 
Bourgogne  en  1477  t^),  ils   y   furent   réintroduits.  Nous  en 


(1)  Charte  du  métier  des  tanneurs  du  4  mars  i4So,  dans  le  Bon 
Métier  des  Tanneurs,  par  St.  Bormans.  \}.  322.  —  (ioiîEUT,  Les  Hues 
de  Liège,  mot  «  Violette  ». 

(•)  De  Kam,  Documents  relatifs  aux  trouldes  du  jiays  de  IJége 
( i^Hd-iooôJ,  p.  G23,  note. 

(3)  «Insuper  et  domino  episcopo  Leodieiisi  procurante  lam  i»er 
se  (piam  suos  legatos  ad  hoc  idoneos,  eivitatis  et  totius  i)atriii'  oppi- 
dorum  i»rivilegia  per  ducissam  Mariaiu.  <hicis  Hnrgundiie  iiliani. 
exstiterunt  restituta  ».  (Chronique  de  .Ikan  de  Loo/.  dans  les  Docu- 
ments relatifs  aux  troubles  du  j>ays  de  Liège  (ipô-iûori),  iniblics  jiar 
de  Ram,  j).  74. j 


38o 


avons  la  preuve  dans  un  aete  de  l'abbé  de  S'-Jaeqnes  de 
Tan  ï4*^4'  désignant  (c  la  petite  chapelle  où  sont  » , 
])orte-t-il,  ((  renfei'niées  les  ai'chives  de  la  cité  (')  ». 

(i^uati'e  ans  plus  tai'd ,  à  rinstigatiou  de  Jacques  de 
Croy,  ses  partisans  ayant  pénéti'é  dans  l'église  S"-Jacques, 
i'orcèi'ent  les  portes  qui  livraient  accès  aux  coffi-es  conte- 
nant les  ai'cliives  de  Liège  et  brisèrent  les  sceanx  qui  y 
étaient  apposés  (').  Ne  peut-on  se  demander  si,  dans  cette 
scène  de  violences,  nombre  d'archives  n'ont  pas  été  anéan- 
ties par  ses  coupables  autenrs  ? 

Tl  n'en  est  pas  moins  patent  que  les  bonnes  intentions 
de  Marie  de  Bourgogne  nous  ont  valu  la  récupération  de 
la  plupai't  des  pièces  enlevées  par  son  père.  Il  est  certain 
également  que  la  lestitntion  n'a  point  été  complète, qu'une 
quantité  notable  de  nos  documents  dérobés,  soit  par 
Chailes  le  Téméraire,  soit  par  son  prédécesseur,  Jean 
sans  Peur,  ne  sont  nullement  rentrés  en  notre  ville. 

Pénétrés  de  l'intérêt  puissant  qui  s'attachait  aux  origi- 
naux de  leurs  chartes,  pi'iviléges,etc.,nos  ancêtres  mirent 
tout  en  cxMivre  pour  rcpiendre  possession  de  ces  précieux 
documents.  Dès  qu'une  paix  stable  eut  été  rendue  au  pays, 
au  commencement  du  xvi®  siècle,  par  l'avènement  du  sage 
et  ferme  Erard  de  La  Marck,  ils  se  hâtèrent  de  profiter 
des  sympathies  que  l'empereur  d'Allemagne  Maximilien  I*^"" 
témoignait  à  notre  principauté,  pour  tenter  encore  d'obte- 
nir la  remise  des  titres  tant  regrettés. 

Leurs  démarches  ne  restèrent  pas  vaines.  N'a-t-on  pas 


(1)  l'n  vldinins  d'une  lettre  de  Marie  de  Bourj;ogiie.  donné  en  14^4» 
])ar  l'abbé  de  S'-.Iacqiies,  se  termine  comme  suit  :  «Aeta  fuerunt 
liée  in  ecclesia  n"'  Mon"'  in  quadam  parvula  eapella  in  qua  arc-hive 
Civitatis  Leodiensis  claudentur.  »  (Cathédrale  :  Décrets  et  Ordon- 
nances, veg.  III,  fo  3G3  V»,  aux  Archives  de  l'Etal,  à  Liéj;e.) 

i-^  Clivonique  de  Jeax  de  L'ooz,  i)p.  <j8-(jy. 


—  ;isi  — 

conservé  mention  d'une  IcUic  en  date  du  12  iiox  enibrei5ii, 
par  laquelle  (jiruclin,  de  Mons.  annonce  à  Philippe  Han- 
neton, audiencier  de  rEnipereur.  l'envoi  de  copies  authen- 
tiques de  beaucou})  de  titres  relatifs  à  Liège,  qui  repo- 
saient à  jMons?  La  transmission  de  ces  coi)ies  s'est 
effectuée,  comme  il  appert  d'une  note  dii)lomatique  du 
xv!!!*"  siècle  V)  ;  mais  on  ne  connaît  ni  l'objet  des  pièces, 
ni  ce  (pie  ces  copies  sont  devenues,  ni  surtout  s'il  s'agis- 
sait d'actes  sortis  des  dépôts  liégeois. 

De  son  côté,  l'historien  liouillc  relate  qu'en  octobre  i5G4, 
«  le  comte  Maignan  remit  à  l'Evoque  et  aux  maîtres  de  la 
Cité,  quantité  de  papiers  et  de  Chartres  contenant  les 
privilèges  et  libertés  de  la  cité,  par  les  mains  du  jadis 
bourguemaitre  Gilles  de  Stier  i-'j  ».  Plusieurs  écrivains 
liégeois  ont  été  induits  en  erreur  sur  la  nature  de  la 
remise.  Il  ne  s'agissait  aucunement,  en  l'occurrence,  de 
la  récupération  de  titres  emportés  de  notre  ville  au 
xV  siècle  par  les  ducs  de  Pourgogne.  Tout  se  borna, 
en  suite  de  démarches  faites  près  de  lui,  à  la  restitution, 
par  l'héritier  du  prince-évèque  Georges  d'Autriche,  lequel 
venait  de  trépasser,  d'une  série  d'actes  concernant  l'his- 
toire de  la  cité  et  du  pays,  et  qui  avaient  été  confiés,  au 
temps  de  son  règne,  à  ce  chef  de  la  principauté  [^).  Mélart, 
historien  assez  rapproché  du  fait,  ne  laisse  planer  aucun 
doute  à  cet  égard  {*). 


(M   Bulletin  île  rinstitiil  urchéologiqiie  liégeois,  l.  Vil,  p.  "x)". 

(")  Histoire  de  lu  ville  et  du  j)ays  de  Liège,  t.  II.  ]>]).  4^4-4^"). 

(^)  Dans  lin  regislre  aux  recès  de  métier,  on  trouve  eetle  anno- 
tation à  la  date  de  décembre  ir)G.'5  :  «Députation  à  Bruxelles  au 
comte  de  Megliem  pour  avoir  restitution  de  lettres  et  lettrages, 
faisant  mention  des  i)rivilèyes  et  libertés  des  bourgeois,  ensemble 
avoir  le  double  des  actes  advenus  autentic(iues.  alin  savoir  le  contenu 
des  l'ecès.  » 

(**j  Histoire  de  Huy,  p.  'A-~.  i>''  alinéa. 


-  382   - 

t*oui-tanl,  en  dépit  du  long-  laps  do  temps  qui  s'était 
écoulé  depuis  renlèvement  des  arcliivcs  liégeoises,  nos 
pères  n'en  perdaient  pas  le  sonvenii-,  ni  l'espoir  de  les 
retrouver,  malgré  les  rebuffades  dont  leurs  tentatives 
furent  parfois  l'objet.  L'an  i65i,  les  ministres  du  prince 
liégeois  s'étant  eux-mêmes  adressés  à  l'arcliiduc  Léopold 
pour  avoir  accès  aux  chartes  de  l'Etat;  on  le  leur  refusa  (^). 
Les  Liégeois  attendirent  patiemment  toutes  les  occasions 
propices  pour  revendiquer  leurs  vieux  documents.  L'une 
de  ces  occasions  parut  se  présenter  à  la  fin  du  xvii®  siècle. 

L'an  1697,  était  signé  à  Ryswyck,  le  traité  qui  mettait 
fin  à  la  guerre  de  la  ligue  d'Augsbourg  et  qui,  par  son 
article  16,  obligeait  les  Français  à  restituer  les  documents 
dont  ils  s'étaient  emparés  à  Gaud.  M.  des  Prez,  agent 
liégeois  près  la  Cour  de  Bruxelles,  jugea  la  circonstance 
favorable.  Il  croyait,  en  effet,  que  Charles  le  Téméraire 
avait  déposé  des  archives  liégeoises  à  Gaud  et  que,  de 
Gand,  les  Français  les  avaient  transférées  à  la  citadelle 
de  Metz.  M.  des  Prez  en  instruisit  le  prince  Joseph  - 
Clément  de  Bavière  qui  écrivit  à  son  frère  à  Bruxelles. 

Le  chapitre  de  S'-Lambert  était  aussi  persuadé  de 
l'existence  d'archives  liégeoises  à  Metz.  Il  prit  même  à  ce 
sujet,  le  12  février  1697,  un  recès  ainsi  conçu  : 

«  Messeigneurs,  ayant  délibéré  s'il  ne  serait  pas  à  propos 
d'insérer  un  artic-le  dans  rinstruction  à  donner  par  Son  Altesse 
Séréniss.  à  ses  plénii)otentiaires  pour  le  traité  de  la  paix  générale 
pour  obtenir  la  restitution  des  archives  et  registres  anciennement 
enlevés  de  cette  ville,  détenus  présentement  à  Metz,  sont  d'avis 
(pi'on  pourra  pendant  ledit  traité  escrire  à  ce  sujet  aux  plénipo- 
tentiaires. » 

En  raison  des  événements  politiques  extérieurs  qui 
exigeaient  la  plus  extrême  prudence  pour  la  sécurité  de  la 


(M  GaciiaRD,  Nutice  sur  le  déjwl  des  Arcliines  du  i-oyaume,  iS.'h, 
]).  (JG. 


principauté,  le  Prince  liégeois  n'osa  pas  li-op  insister, 
comme  il  loxposa  Ini-mèmc  dans  iiii(>  Icllre  à  son  rei)ré- 
sentant  de  Bruxelles  : 

«  Pour  ce  qui  est  de  nos  archives,  nous  ne  (rouvons  jjas  à  projjos 
(le  beaucoup  i)resser  les  Espaj^nols  là  dessus  avant  (jue  les  l''rançais 
ayent  satisfait  à  l'art.  i(j  du  traité  de  llyswyck.  crainte  (ju'estant 
advertys  de  nostre  prétensious,  ilz  ne  nous  fassent  (piehiuc  chicane 
là  <lessus,  disans  (pi'ils  ne  sont  ])as  oblige/  de  restituer  aux 
Espagnols  ce  (jui  nous  ai)i)arlient  ny  à  nous  non  plus,  au  nu)ins  en 
exécution  du  traitté  de  paix,  puisqu  il/,  ne  nous  ont  rien  promis  ])ar 
ce  traité  ». 

Les  pourparlers  cessèrent  donc  et  de  longtemps  il  ne  fut 
l)lus  question  en  haut  lieu  de  récupéi-er  nos  archives  soit 
à  Gand,  soit  à  Metz. 

Pour  ce  qui  concerne  cette  seconde  ville,  les  dernières 
investigations  datent  d'une  trentaine  d'nnnées .  Le  i6 
juillet  1875,  le  Conseil  communal  de  Liège,  sur  la  pi-opo- 
sition  de  M.  l'échevin  Magis,  avait  chargé  M.  Schoon- 
broodt,  alors  archiviste  de  l'J^^tat,  de  se  rendre  à  Mel/, 
et  d'y  fouiller  aux  fins  susdites,  les  archives  de  la  ville, 
du  département,  de  l'évêchè,  etc. 

La  mission  de  M.  Schoonbroodt  resta  imi)roductive. 
Cet  insuccès  n'a  rien  qui  doive  étonner.  Il  n'est  aucune- 
ment éta))li,  en  effet,  que  des  archives  de  notre  cité 
aient  été  transportées  à  Metz.  Cette  croyance  est  née 
du  simple  avis  de  ce  des  Prez,  agent  diplomatique  du 
Prince  à  Bruxelles.  Lui-même  doutait  de  la  l'éalité  du 
fait.  Il  émettait  une  simple  supposition.  Le  mot  est 
employé  par  lui,  à  propos  de  nos  archives,  «archives», 
écrit-il,  ((qu'on  suppose  avoir  été  transportées  à  Gand  i)ar 
le  duc  de  Bourgogne  ...,  et  de  là  par  les  Français  à  la 
citadelle  de  Metz  ('1  ».  Or,  c'est  ce  même  agent  et  cet 
agent  seul  qui  a  provoqué  les  dénmrches  du  i)riiice  Joseph- 


(')  Lettre  du  2,3  juin   liUjH.  dans  le  P.ullclin  de  l'Insli/ul  nrchéolo- 
giqne  liégeois,  t.  \\l.  p.  ûoS. 


—  384  — 

Clément  de  Jkivièrc,  connue  le  rccès  du  cliapili'e  caUiédral. 
Nul  avant  des  Prez  n'avait  fait  allusion  à  un  dépôt  (juel- 
cou(xue  d'arcliives  liégeoises  à  Metz. 

On  entama  de  nouvelles  négociations  i)onr  la  récupé- 
ration d'archives  liégeoises  en  1772,  lors  du  litige  qui 
surgit  entre  la  France  et  la  principauté  de  Liège,  relati- 
vement à  la  terre  de  S'-IIubert  et  au  cliemin  de  Falmi- 
gnoule.  Engagées  par  le  chevalier  de  Ileusj' ,  l'ésident 
du  Prince  de  Liège  à  Paris  1'),  elles  aboutirent  Tannée 
suivante  à  la  remise  à  l'évoque  Velbruck,  par  le  roi 
Louis  XV ,  de  63  titres  dont  de  Reiffenberg  a  publié 
la  liste  avec  l'inventaire  des  pièces  que  le  Roi  tint  à 
conserver  (-). 

Nombre  de  nos  historiens  se  sont  plus  à  voir  là  une 
réelle  i-estitution.  Ils  versent  dans  une  erreur  patente. 
Tel  est  également  l'avis  de  l'ancien  archiviste  général 
Gachard  :  «  Si  »,  fait -il  judicieusement  observer,  «  si 
les  titres  délivrés  au  pi-ince  Velbi-uck,  par  ordre  de 
Louis  XV,  concernent,  en  effet,  le  pays  de  Liège,  rien 
n'indique  qu'ils  eussent  été  enlevés  des  ai'chives  du  pays. 
Il  y  avait  dans  les  trésoreries  de  Pi-uxelles,  de  Vilvorde, 
de  Rupelmonde,  de  Lille,  quantité  de  documents  qui  se 
rapportaient  à  la  principauté  de  Liège  aussi  bien  qu'aux 
autres  Etats  avec  lesquels  les  souverains  des  Pays-Bas 
entretenaient  des  relations  ;  or,  ce  sont,  selon  moi,  des 
documents  de  cette  espèce  que  la  Cour  de  Versailles 
remit,  le  9  juin  1773,  au  chevalier  d'Heusy,  chargé 
d'affaires  du  Prince-Evêque  ;  le  duc  d'Aiguillon,  voulant 
complaire  à  l'Evoque,  avec  qui  il  négociait  un  traité  de 


(^)  L'Kvèqiic  avait  alloue'  iine  suininc  de  S,ooo  livres  pour  la 
reeherclie  et  la  copie  des  ])ièees  d'arcliives  dont  il  s'aj^it.  (Archives 
de  l'Etat  noble  de  Liège,  reg.  187  et  188  K.  ). 

Un  bon  portrait  du  chevalier  de  lleusy  rejiose  dans  la  collection 
de  M.  liraliY-Prost.  i)résidcnt  de  llnslllul  archcologi(iue  liégeois. 

(~)  BuUclin  (le  In  Cominission  rayiih'  (l'Jlisloirc,  s.  i"'.  t.  XIII,  ]).  ()."{. 


—  385  — 

liiuites,  les  avait  l'ail,  extraire  du  dépôt  dos  ari'aircs  étran- 
gères et  des  archives  de  Lille  ('\  » 

Nous  ajouterons  que  nombre  des  pièces  transmises  [)ar 
le  monai-quc  français,  soit  en  original,  soit  en  copie,  à 
raison  de  lo  sols  le  rôle,  sont  postérieures  aux  dates 
d'enlèvements  des  archives  liégeoises  par  les  ducs  de 
Bourgogne.  Au  surplus,  quelques-uns  seulement  des 
documents  remis,  se  rapportent  d'une  façon  si^éciale  à  la 
cité  de  Liège  ;  l'immense  majorité  a  trait  à  l'administra- 
tion générale  du  pays  ou  du  diocèse  et  aux  relations  inter- 
nationales. Aussi  l'ensemble  a-t-il  été  classé  dans  le 
chartrier  de  la  cathédrale  S'-Lambert  et  non  dans  les 
archives  de  la  Cité. 

A  ce  temps,  d'ailleurs,  très  peu  de  gens  versés  aux 
affaires  se  faisaient  illusion  sur  la  valeur  réelle  de  cette 
remise.  Sous  la  Képublique  française  encore,  un  membre 
de  la  municipalité  de  Liège,  se  fondant  sur  la  tradition- 
nelle croj-ance  à  un  dépôt  d'archives  liégeoises  à  Lille, 
formula,  voici  une  centaine  d'années  environ,  une  note 
que  Lesoinne  se  chargea  de  remettre  au  citoyen  Camus, 
archiviste  général  à  Paris,  afin  d'obtenir  du  ministre 
de  l'intérieur  des  recherches  nouvelles.  Celles-ci  ont-elles 
eu  lieu  ?  La  réponse  vraisemblablement  doit  être  négative  ; 
car  un  silence  absolu  a  régné  sur  leurs  résultats  (-'. 

En  résumé  donc,  en  dehors  des  titres  renvoyés  à 
l'époque  môme  par  les  chefs  de  la  maison  de  Bourgogne, 
en  dehors  peut-être  aussi  de  quelques  copies  authentiques, 
rien  n'est  revenu  des  archives  communales  gardées  par 
les  princes  bourguignons.  Ne  perdons  pas  l'espoir  de  les 
voir  sortir  un  jour  de  (pudcpu'  fonds  abandonné  de  l'un  ou 
l'autre  dépôt. 


(1)  BuUelin  de  lu  Comiidssion  roynle  d'Histoire,  s.  i''',  t.  XIII.  p.  121:2. 
{')  Uapi)ort   (le    la    Ville   de    Liège,    concernant   ses   arcliixe-^.    <iii 
.4  octobre  182G. 


—  386  — 

IV. 

En  attendant,  voyons  ra])i(lemont  ce  (ju'il  advint  d<>s 
pièces  renvoyées  par  les  chefs  bonrguignons  dès  le  xV' 
siècle  et  des  archives  administratives  de  la  cité,  lesquelles 
ne  pouvaient  être  antérieures  à  la  fin  de  ce  siècle,  les 
précédentes  ayant  été  consumées  dans  l'incendie  de  l'IIotel 
de  Ville,  l'an  1468,  nous  l'avons  dit. 

Les  chartes  et  titres  originaux  continuèrent  à  être 
conservés  dans  la  trésorerie  de  l'église  S'- Jacques  avec  le 
plus  grand  soin.  11  se  produisit,  pourtant,  un  certain  reh\- 
chement  en  la  premièi'c  moitié  du  xvn''  siècle.  Dans  les 
différends  qui  surgirent  à  maintes  reprises,  à  cette  période 
de  notre  histoire,  entre  les  Chiroux  et  les  Grignoux,  les 
chefs  de  ces  partis  s'efforçaient  de  démontrer  à  l'aide 
d'attestations  empruntées  aux  siècles  écoulés,  les  uns  les 
droits  du  Prince,  les  autres  ceux  de  la  Cité.  On  laissa, 
semble-t-il,  les  écrivains  puiser  trop  facilement  aux  sources 
historiques  de  la  Ville.  Une  foule  de  documents  et  papiers 
de  tous  genres  disparurent  de  cette  manière,  peut-être 
aussi  par  le  fait  de  déprédateurs  qui  ne  manquèrent  pas 
durant  ces  troubles  civils.  Afin  de  retrouver  les  pièces 
ainsi  distraites,  le  Conseil  de  la  Cité,  par  un  recès  en  date 
du  25  octobre  i635,  ordonna  à  tous  ceux  qui  détenaient  des 
registres,  des  «  lettrages  de  la  Cité  »,  de  les  renvoyer  au 
grand  greffe  à  l'Hôtel  de  Ville  ('). 

Tout  ce  qu'on  restitua  fut  réintroduit  dans  les  coffres 
qui  avaient  été  amenés  de  l'abbaye  S'-Jacques  à  la  salle 
basse  de  la  Violette.  En  i653,  le  Conseil  de  la  Cité,  consi- 
dérant, disait-il,  qu' «  il  inq)orte  grandement  que  les 
lettrages  et  pappiers  de  la  Cité  qui  se  trouvent  aux  coffres 
de  la  Maison  de  Ville  soyent  en  lieu  d'asseurance  » ,  se 
résolut  à  faire  dresser  l'inventaire  des  actes  y  contenus, 

(1)  Reecs  du  Conseil  de  la  Cité,  re^'.  Ui.'^-ili.'Ui,  fo  ij);)  v". 


-  387  - 

((  aTin  de  remettre  le  tout  dans  les  eolïres  de  8'-Jae(xues'')  n. 

Ce  travail  et  ce  transfert  devenaient  d'autant  plus 
nécessaires  qu'un  coffre  était  brisé  «  par  devant,  de  sorte 
que  Ton  y  pouvait  facilement  prendre  avec  la  main  les 
lettres  et  papiers  y  étant  ». 

Les  bourgmestres  de  Plenevaux  et  de  Curtius,  les  avo- 
cats Oupeye,  Bresmael ,  lîossius  et  Lambert  Libotte 
avec  les  commissaires  Baar  et  Ijouilleune  se  cbargcrent 
d'établir  ce  répertoire  le  22  juillet  i653.  Ils  y  relevèrent 
cent  quarante-quatre  documents  parmi  lesquels  il  ne  s'en 
rencontrait  plus  qu'environ  vingt- six  provenant  de  la 
remise  faite  par  le  duc  Jean  de  Bourgogne  en  1409  (-'). 

Le  répertoire  ne  se  trouvait,  en  réalité,  nullement 
complet.  Effectivement,  les  délégués  eux-mêmes  décla- 
rèrent qu'en  procédant  le  lendenuiin  à  la  réintégration  des 
chartes  dans  les  coffres  de  S'-Jacques,  ils  y  découvrirent 
«  divers  lettraiges  y  laissés  ».  On  a  d'autres  preuves 
péremptoires  que  ce  dépôt  avait  une  im])orfauce  numérique 
beaucoup  plus  considérable .  L"ne  trentaine  d'années 
auparavant,  un  jurisconsulte  liégeois  de  renom,  Laurent 
Bartollet,  n'avait-il  pas  analysé,  dans  son  Consiliniii  Jiiris, 
cinq  cent  quarante-sept  actes  et  chartes  des  archives  de  la 
Cité?  Or,  Bartollet,  naturellement,  n'avait  point  signalé 
toutes  les  pièces  tle  ces  archives.  Il  n'avait  invoqué  que  les 
textes  pouvant  servir  la  cause  qu'il  défendait.  L'historien 
Fisen,  à  son  tour,  cite  très  fi'équcmment  les  archives 
communales. 


{})  Ilecès  (lu  Conseil  de  la  Ciiu.  ùu  i"  jiiilli't  i()53,  re{r.  années 
i(i4!)-iG53.  1"  3-C>. 

(-')  Ce  répertoire,  ([ui  se  trouve  au  registre  des  Recés  du  Conseil, 
années  iG4()-iG5;5,  fo  38<)  v",  a  été  reproduit  par  (Jaeliard,  dans  le 
Bulletin  de  la  Commission  royale  d'Histoire,  s.  ::.  t.  l\ .  ]>.  iSj.  et 
rangé  en  ordre  clironologiiiue.  par  M.  Si.  lîornians.  On  le  ti-ouvera 
eu  appendice  à  la  ])réseiUe  nolicc,  transcril  <i'aiirL's  la  pièce 
originale. 


—  o88   - 

A  ce  propos,  il  serait  très  curieux  de  mettre  la  inain  sur 
le  nouvel  inventaire  qui  fat  ordonné  par  le  Conseil  de  la 
Cité,  le  8  août  1676,  d'autant  qu'une  série  de  documents, 
arrivés  ou  rentrés  depuis  peu  en  possession  de  l'adminis- 
tration communale,  y  figuraient  (*).  Entrepris  à  la  fin  de 
septembre,  cet  inventaire  se  trouva  terminé  le  19  du  mois 
d'octobre.  Les  comptes  de  la  Cité  n'avaient  pas  été  com- 
pris dans  le  répertoire.  Ordre  fut  donné  par  le  Conseil, 
deux  jours  plus  tard,  de  les  inventorier  également  ('-). 

Ces  comptes  se  trouvaient,  nous  l'avons  dit,  à  l'Hôtel 
de  Ville.  Là  également,  les  Commissaires  de  la  Cité 
disposaient  d'une  armoire  spéciale  où  ils  rangeaient  d'an- 
ciens pawilharts,  des  registres  et  des  documents  divers. 
C'était  un  fonds  spécial  '*). 

Le  récolement  des  anciens  titres  s'était  effectué  à 
l'abbaye  S^-Jacques  en  présence  des  bourgmestres  régents 
et  anciens,  des  quatre  conseillers  de  la  Cité  députés  parle 
Conseil  —  parmi  lesquels  on  comptait  l'éclievin  Foullon  — 
des  avocats  Jaminet,  Plenevaux  et  Uten,  aussi  membres 
du  corps  communal,  du  grand  greffier  et  du  syndic  (''. 

A  cette  date,  les  officiers  des  trente -deux  métiei's 
n'assistaient  i)lus  à  la  visite  des  arcliives  à  S*- Jacques, 
mais  ces  corporations  professionnelles  et  politiques  y 
étaient  représentées,  d'une  façon  générale,  x^ar  un  ou  deux 
députés.  Le  Conseil  ne  manquait  pas  d'y  déléguer  par 
mesure  de  x^rudence,  les  bourgmestres  et  les  principaux 
de  ses  membres  avec  plusieurs  commissaires  de  la  Cité, 
le  grand  greffier,  le  syndic,  etc.  i^). 


(')  Reçus  (lu  Conseil  de  la  Cite  :  rey.  iG7lJ-i()-;S.  1'.  i().  77  et  iG3. 

{-)  Ibid.,  i"  77  vo. 

(3j  Ibid..  f  ■  204. 

(4)  Ibid..  i.  M\  et  (i:^  V". 

(•'>)  llecès  du  ("oiLsei!  du  1  f  levi-icr  ifiSo. 


-  38ç)  - 
V 

Le  iiioiuciit  :ii)i)r(>('liail  où  ces  ai'cliivcs  de  la  ("ih-  allaiciil 
abuiuloiinor  dél'initixciucMit  Ictii-  asile  plusieurs  fois  sécu- 
laire, (iuaiul  le  prince  Maximilien  -  Henri  «le  lîaNière, 
dont  les  Liégeois  avaient  fort  lon<4tenii)s  méconnu  l'auto- 
rité, rentra  en  vainijucur  dans  sa  capitale.  Tan  i()S^,  l'un 
de  ses  i)remiers  soncis  fut  d'intinier  l'oi-ilre  de  t ransfér<'i' 
au  local  du  Conseil  privé  au  Palais,  les  registres  aux 
reeès  du  Conseil  de  la  Cité  et  les  autres  archiAcs  rejxjsant 
à  l'Hôtel  de  Ville,  ainsi  que  toutes  les  chartes  et  tous  les 
actes  quelconques  existant  dans  les  coffres  communaux,  à 
l'abbaye  S'- Jacques. 

Dès  le  28  août,  ces  derniers  étaient  remis  entre  les 
mains  des  agents  du  Prince.  La  Ville  se  soumit  également 
à  l'ordonnance,  le  i^''  se])tembi'e.  (piant  à  l'envoi  de  la 
partie  restante  de  ses  archives. 

L'ordre  de  remise  s'étendait  aux  archives  des  métiers. 
Ceux-ci  les  transmirent  successivement  au  chef  d'I-^tat, 
par  l'intermédiaire  de  leurs  greffiers.  L'inx  entaii'c  en  fut 
dressé  an  fur  et  à  mesure  de  l(Mir  arrivée  ('). 

Bizarrerie  des  choses  d'ici  bas  !  Cette  confiscation  auto- 
ritaire des  archives  communales  fut  précisément  ce  qui 
les  sauva  de  la  destruction,  tout  au  moins  en  ]>artie.  Se])t 
ans  plus  tai'd,  en  juin  1691,  pendant  le  tei'riblc  bombar- 
dement que,  du  liant  de  la  Chartreuse,  le  marc'clial 
français  marquis  de  lîoufflers  infligea  surtout  au  ccnii-e 
de  noti-e  ville,  la  Violette  périt  dans  les  flammes  allunK'cs 
])ar  les  boulets  incendiaii-es.  Les  anciens  registres  aux 
recès  du  Conseil,  les  conq)tes,  les  attestations  de  bour- 
geoisie, etc.,  eussent  évidemment  été  anéantis  dans  ce 
sinistre  avec  les  documents  courants  de  l'administration 
s'ils  étaient  restés  à  la  maison  comnuinale. 


(1,1   M.   St.  Bormans  en  a  donne   la   liste   (lelaillce  en  apix-ndit-c, 
dans  son  i'aj)i)ort  sur  les  ai'chives  liégeoises,  de  iSGi>. 


—  ogo   - 

C'est  contrainte  et  forcée,  néanmoins,  que  la  Ville  s'était 
dessaisie  de  ses  archives,  et  avec  l'espoir  de  rentrer  tôt 
ou  tard  en  possession  de  ces  titres.  Déjà  sous  le  règne  de 
Josepli-Clénient  de  Bavière  (1694-1723),  le  magistrat  de  la 
Cité  put  en  récui)érer  nn  certain  nombre.  Le  26  avril  I75r, 
le  Conseil  adressait  une  requête  send)lable  à  un  antre 
prince  de  la  maison  de  Bavière,  Jean-Théodore.  Ce  prince 
se  montra  de  môme  favorahle  à  la  demande  et  rétrocéda 
un  gi-and  nombre  de  registres  et  de  documents  de  genres 
variés  ;  mais  la  restitution  était  très  partielle.  La  Cité, 
en  1765,  le  fit  observer  respectueu&oment  an  chef  de  la 
principauté,  à  Charles  d'Oultremont,  qui  lui  rendit  une 
série  de  registres  et  papiers  i-econnus  avoir  appartenu 
à  la  Ville  d. 

La  Cité,  du  reste,  n'hésitait  pas  à  faire  de  sérienx  sacri- 
fices pécnniaires  en  vue  du  retonr  de  ces  archives.  En  la 
senle  année  1765,  elle  paya  nue  somme  de  1082  florins  «à  la 
chancellerie  du  Conseil  privé  pour  rechercher  les  papiers 
et  registres  que  S.  A.  a  rendus  à  la  demande  du  Magis- 
trat '")  »,  bien  que  cette  remise  fût  pen  importante  comme 
quantité. 

11  faut  rendre  cet  autre  hommage  aux  anciens  adminis- 
trateurs communaux  :  ils  ont  toujours  pris  à  cœur  non 
senlement  de  conserver  les  archives  avec  un  soin  jaloux, 
mais  encore  d'y  faciliter  les  recherches  i^)  ,  de  les  faire 
connaître  à  l'occasion,  par  des  publications  spéciales,  en 


(ij  Rcc'ès  (lu  Conseil  des  i"!  mai.  <)  et  20  septembre  I7(i5. 

(■-)  Comptes  (le  la  Cité,  exercice  i-^iî^-i'ij^. 

(^)  Le  2()  août  i-So  et  en  t-52  encoi-e,  le  Conseil  de  la  Cite  ordonna 
la  confection  de  la  table  des  rej;istres  administratifs;  mais  le  ionc- 
tionnaire  cliarj^é  de  ce  travail  s'est  borné  à  une  table  annuelle,  bien 
insul'lisante,  sans  métliode. 

Kn  i;.Si.  le  même  Conseil  accorda  au  sieur  Itosa  une  indenniilé  de 
lioo  llorins  i)Our  avoir  copié  deux  \ieu\  registres  aux  baptêmes  de 
Xotre-Diuue  aux  Fonts. 


-  •^9T   - 

nicmc  temps  qu'ils  encotira^caieni  les  ('tuilcs  liisloriqiKîS 
locales.  La  Cité  lit  éditer,  à  ses  Trais,  dès  raiméc  17:^;), 
(Ml  deux  volumes  iii-l"'*,  d'une  l'aron  telle  ((uelle,  il  est  \  rai, 
les  Chartes  et  Priviléoes  des  bons  Mc'ticrs.  l->lle  jjaya  — 
nous  citons  les  comptes  de  la  Cité  —  <(  pour  ceux  (|iii 
copient  les  chartes  et  privilèges  des  métii'rs,  .'^o  florins  ; 
—  à  II.  Jenicot,  pour  rechercher  et  colUitionner  les  chartes 
des  métiers,  80  florins;  —  à  la  V"  Procureui',  pour  l'ini- 
pi-ession  des  dites  chartes,  i,4e()  florins.  » 

Cinq  ans  après,  elle  accordait  à  Delillc,  un  subside  de 
3oo  florins  x)Our  son  Apologie  en  fuoeiir  de  /a  Xnlioii 
liégeoise  ;  —  à  l'avocat  Lurond,  nne  centaine  de  florins 
a  pour  avoir  fourni  la  vérital)le  copie  authenti(|ue  de 
Vllistoire  de  Liège,  par  Foulon,  ])our  être  placée  à  la 
Bibliothèque»;  —  à  Ev.  Kints,  2o5  floi'ins  pour  impression 
du  catalogue  de  cette  bibliothèque  de  la  ville,  l'une  des 
l)remières  bibliothècpu's  communales  créées  en  Kurope. 

L'an  173G,  la  Cité  encore  octroyait  une  somme  de  8,693 
florins  au  paiement  de  26  exemplaires  des  Déliées  du 
Pays  de  Liège  et  d'ouvrages  divers  destinés  à  la  même 
bibliothèque.  Pour  fournir  d'autres  livres  à  sa  bil)lio- 
thèque  publique,  la  Ville  dépensa,  en  174-1  'h^h)-  'lorius  ; 
en  1745,  7,901  florins. 

Dans  le  premier  quart  du  x\iii''  siècle,  la  iniblicalion  du 
Reeueil  héraldique  des  Bourgmestres,  par  Abry,  coûta 
à  la  Cité  plus  de  2,000  florins  ;  la  (lontinuntion  de  ce 
Recueil  lui  occasionna  une  dépense  volontaire  non  moins 
considérable  (*). 

On  comprend  combien,  dans  ces  conditions,  il  lui  était 
pénible  de  devoir  constater  que  la  principale  partie  de  ses 
archives  restait  aux  mains  du  chef  de  l'Etat.  Aussi, 
jusqu'à  la  fin  de  l'ancien  régime,  la  Commune  ne  cessa. 


(1)  Mémorial  de  la  Ville  de  Liéi^-e.   i-^o-iS.'io,  Anncxt'  I.  iiolirc  \r.\v 
M.  St.  BORMAXS. 


—  392  — 

BouK  ce  rapport,  de  l'aire  appel  à  la  l)()iine  volonté  du 
I*rinee.  Elle  fut  Hoiivcnt  obligée  d'envoyer  des  députés  au 
gi'eri'e  du  Conseil  privé  pour  consulter  certains  docu- 
ments, notamment  les  recès  du  Conseil  de  la  Cité  des 
années  i566  à  1G47  qui  y  étaient  demeurés  (*). 

En  l'année  1702,  il  avait  été  rapporté  à  l'administration 
communale  que  des  registres  appartenant  à  la  Ville  étaient 
restés  au  monastère  S'-.Tacques,  nonobstant  les  ordres 
princiers  de  Tan  1684.  Le  Conseil  de  la  Cité  s'en  occupa 
le  i()  juin  et  envoya  une  députation  près  du  chef  de 
l'abbaye.  Ce  dernier  se  déclara  prêt  à  effectuer  des  re- 
clierclies  '-1.  S'il  remplit  sa  promesse,  ces  recherclies 
demeurèrent  infructueuses. 

Bien  que  n'ayant,  en  somme,  recouvré  qu'une  partie  de 
ses  arcliives,  le  Conseil  communal  n'avait  pas  hésité,  en 
cette  année  1732,  à  faire  dresser  un  nouvel  inventaire  de 
ses  archives,  en  y  comprenant  cette  fois  tous  les  docu- 
ments réunis  à  l'Hôtel  de  Ville.  Commencé  le  29  février,  il 
fut  achevé  la  même  année  et  enregistré  par  ordre  du 
Conseil.  Ce  relevé  est  extrêmement  important;  il  énumère 
divers  recueils  précieux  remontant  à  des  temps  très 
éloignés  et  de  nombreux  autres  documents  aujourd'hui 
disparus.  Dans  l'espoir  d'aider  à  les  faire  reconnaître  le 
cas  échéant,  nous  publions  cet  inventaire  en  appendice  i^). 

Depuis  longtemps,  le  Conseil  de  la  Cité  tendait  ses 
efforts  non  seulement  à  obtenir  un  inventaire  détaillé  de 
ses  archives,  mais  encoi-e  à  les  concentrer  le  plus  jiossible 


(^j  N'oir  rccL's  du  Conseil  i\u  io  juillet  1777  Kei;.  i777-i;7!^-  1" '54). 
(hi  120  mars  177H  dhid..  1"  i.'lu  .  du  12  sei)t.  17S:)  i'o  4l>  v"  .  du  3  nov. 
I7<)i>,  etc. 

(■-)  Reeès  du  Conseil,  rej;.  i-'yA-i-'hi,  i'"  47  v". 

(•■'i  \'oir  raiipeiidice  ]î.  —  Nous  avons  transcrit  ce  re])ert()ii'e,  (ini 
a  i'ij;uré  au  ra])i)()rt  lait  en  iSCui  jiar  M.  St.  IJornians.  du  rej^istre  aux 
j'iicès  du  Conseil  de  la  Cité. 


—  :»;]  — 

à  rilolcl  de  Ville.  J)êj:ï  le  4  l'éx  rier  HKir,  il  avait  exi^c'  (|iie 
((  les  l'cgistres,  chartes,  volumes,  papiers  et  autres  cIkiscs 
coneernaiit  la  maison  des  Pniivrcs  en  Ile»  —  on  dirait 
anjourdliiù  n  du  bureau  de  hicnraisanee  »  —  fussent  remis 
au  <;i'and  <;i'elïe,  au  déjx'jt  des  archives  connuMiiales  i'), 
avec  d'autres  pièces  concernant  Thospice  de  Cornillon.  Kn 
17^2,  (piand  on  procéda  à  un  nouveau  récolement,  l'édilité 
réelanni  du  cearier  ou  receveur  des  domaines  de  la  \  iUe, 
(pi'il  envoyât  également  sous  inventaire,  tous  ses  papiei's 
et  registres  au  dépôt  central  (-). 

Par  mesure  de  sûreté,  défense  existait  u  de  relaxer  aucun 
papier,  recès,  ni  copie  d'iceux  concei-nant  les  affaires  de 
la  cité  en  général,  sans  un  oi'dre  exprès  du  Conseil  *'*'  ». 

Jusqu'au  xviii®  siècle,  la  \'ille  n'axait  ])oiiit  d'ai'chix  iste 
attitré.  Le  14  niai  lyBG,  le  C(>nseil,  voulant  1  égulariser  la 
situation,  «  pourvoir  »,  comme  il  le  décdara,  «  à  la  sécurité 
des  archives  de  la  ville  et  éviter  les  suit(^s  dangereuses 
(|ui  pourraient  résulter  )>,  désigna  un  de  ses  pi'incipaiix 
fonctionnaires,  le  sous-greffier  Cnlo/  <(  pour  garde  des 
dites  archives  )>.  Bien  mieux,  il  lui  ménagea  à  l'IIôtel  de 
Ville  même,  un  apx)artement  proche  (hi  dépôt,  afin  (jue 
l'archiviste  pût  mieux  y  veiller  '•*).  L'Administration  com- 
munale ne  voulait  appeler  à  cet  emploi  que  des  agents 
ayant  fait  preuve  d'honnêteté,  d'aptitude  et  de  dévouement 
à  la  chose  i)ublique.  A  Culoz  succéda,  en  1772,  le  sous- 
greffier  Lamelle,  qui,  a  depuis  vingt  ans  »,  avait  ((  donné 
des  marques  non  équivoques  de  son  attachement  ])our  le 
service  de  la  cité  »  {").  Vingt  ans  plus  tard,  cependant, 
nonobstant  la  lonsue  earrière  de  ce  Liuuelle,  le  Conseil, 


(')  Recès  du  Conseil,  1'°  S'A. 

(2)  Ibid.,  f.  189  V»,  i5-. 

(3)  Recès  du  aS  septembre  1782,  f»  i;Tï  v". 
(^)  Recès  du  Conseil,  reg.  i75.Vi75().  f"  172 
(^'j  Id..  sciuice  du  18  mai  1772,  1'"  57. 


-  :î94  ~ 

])ar  décision  du  3  ii()veinl:)re  17<)2,  lui  ordonna  (f  de  rcnieltrc 
les  elei's  des  ai-ehives  dans  les  mains  du  s'  l)()uri;niesli-e 
de  Mélotte  »  et  fit  ce  fermer  par  une  barre  la  porte  qui 
communique  de  son  quartier  au  greffe  »  (au  dé])ôt  des 
archives),  afin  qu'il  n'y  })ùt  plus  avoir  accès  (^).  C'est 
Rouveroy,  dès  lors,  qui  devint  l'archiviste  de  la  Ville. 

D'autres  changements  s'étaient  produits  entretemps  et 
avaient  aidé  à  provoquer  la  substitution  d'un  archiviste  à 
l'autre.  La  dévolution  avait,  en  effet,  éclaté  le  i8  août  17S9. 
Les  nouveaux  chefs  de  la  commune  s'étaient  hâté  de  solli- 
citer et  avaient  obtenu  les  registres  et  dossiers  divers  lui 
ai)partenant  et  retenus  au  dépôt  du  Conseil  privé.  Ces 
archives  avaient  repris  leur  place  à  l'Hôtel  de  Ville. 
Mais,  lorsque  les  armées  autrichiennes  vinrent  rétablir 
le  Prince  Hoensbroeck  sur  son  trône  en  janvier  1791,  il 
fallut  remettre  ces  archives  à  la  chancellerie  du  Prince  ',-;. 


(')  lleoès  (lu  Conseil,  rej*'.  du  11  mai  171)12  au  24  sej)!.  i7<)'5,  1'^  !)0. 
('-')  Le  dossier   de  la  Ville,   intitulé  :   <(  Archives   eoiiuuuiiales  >., 
contient  en  orij^inal.  le  certificat  ci-après  : 

«  .Te  déclare  et  certil'ie  (jue  MM.  les  Bourgmestres  et  Magistrats 
Régents  de  la  Cité  ont  renvoyé  au  Conseil  privé  do  S.  A.  les 
anciens  registres.  i)a])iers  et  liasses  qui  y  étaient  reposants  de])uis 
i(iS4  et  (pli  en  avaient  été  enlevés  an  mois  d'août  178;),  lors  de  la 
dernière  fatale  révolte,  i)ar  les  Magistrats  intrus  et  rebelles. 
»  Fait  au  Conseil  ])i-ivé  de  S.  A  .  le  3]  janvier  I7<j;2. 

i)K  CIIKSTRET. 
Conseiller  jiriné  et  secrétaire  de  S.  A.  etc.  » 

D'aiUre  i)arl,   nu   recès   du   Conseil   du  7  septeml)re  17!)!   >  f"  i"); 
donne  ce  détail  : 

«  Le  Conseil  recpiiert  les  s'*  bourgmestres  de  demander  à  M.  de 
Lenuncn.  secrétaire  de  la  haute  Commission  imi)ériale.  de  vouloir 
se  rendre  au  greffe  de  la  Cité  pour  oster  les  j)ai)iers  de  la  Révolution 
(lui  y  sont  sous  les  scellés  de  la  dite  Commission  et  i)erniettre  (]u'on 
les  remetti^  dans  un  coffre  qui  est  i)rei)aré  ])our  les  enfermer  afin 
(pie  le  greffe  en  soit  déban-assé.  » 

(Qu'étaient  ces  i)a])iers  et  que  sont-ils  devenus  ? 


-  395  — 

Les  événements  prirent  une  tourmn-e  conti-airc  en  no- 
vembre 1792.  Pénétrant  en  maîtresses  dans  notre  \  ille, 
les  troupes  répnblieaines  de  France  y  réinstallèrent  à  la 
tête  des  affaires  les  adversaires  du  Prince,  les  <(  ])atrio(es  » 
et  la  Cité  put  disposer  derechef  de  ses  ai'chives. 

\  1 

Un  l'evirement  nouveau  se  produisit  cin(|  mois  plus 
taid,  en  mars  lyOS.  Les  baïonnettes  autricliiennes,  con- 
duites par  la  victoire,  chassèrent  les  soldats  de  la  liépu- 
blique  et  les  administrateui  s  (pi'ils  avaient  laissés  à  l'Hôtel 
de  Ville.  Dans  leur  i'uite,  ces  administrateurs  en)por- 
tèreut  avec  eux,  à  Yalenciennes,  d'abord,  puis  à  Lille, 
les  archives  de  leur  éphémère  gestion,  sinon  (rauli'cs  : 
(c  Une  charrette,  achetée  avec  ses  chevaux  à  un  des  admi- 
nistrateurs (Chèvremont))),  raconte  Borguet  iV,  «  avait 
transporté  jusque-là  les  procès -verbaux  et  papiers  de 
l'administration  et  de  la  municipalité  de  Liège;  elle  sei'vit 
au  même  usage  pour  le  voyage  de  Lille  à  Paris. 

))  Dès  leur  arrivée  dans  la  capitale  (10  avril),  les  réfugiés 
se  présentèrent  au  Conseil  général  de  la  Commune,  et 
Soleure,  l'un  des  officiers  municipaux  de  Liège,  demanda, 
au  nom  de  ses  compatriotes,  un  local  propre  à  recevoir 
leurs  archives  «  et  qui  servît  en  même  tenq)s  de  lieu  de 
séance  aux  représentants  du  peujjle  liégeois  »...  Il  fut 
décidé  que  la  salle  de  la  Maison  commune,  dite  de  l'JOgalitè, 
serait  accordée  aux  Liégeois  pour  y  placer  leurs  ai'chives; 
que  le  10  avi'il  porterait  désormais  dans  le  cnlendrier  des 
hommes  libres,  le  nom  de  jour  de  r hospitalité  ;  que  le 
dimanche  suivant,  serait  célébrée  la  fête  de  la  translation 
des  archives  de  la  ville  de  Liège  dans  la  maison  commune 
de  Paris;  enfin,  que  «le  procès-verbal  de  cette  intéressante 

i}i  Histoire  de  la  liénohilion  liégeoise.  1.  II.  ]).  iiiJ'J- 


—  39(5  - 

»  séance  serait  imprimé  et  envoyé  aux  armées  de  la  répn- 
»  blique.  » 

Cette  fête  eut  efl'ectivement  lieu  le  14  avril,  en  présence 
de  toutes  les  autorités  constituées  et  des  corps  judiciaires 
de  Paris,  acconiijagiiés  d'une  foule  nombreuse,  tandis  que 
les  l'éfngiés  liégeois  attendaient  le  coi'tège  pi  es  la  Porte 
S'-]\Iartin,  à  l'aubeige  du  Chaudron'',  a  Tels  que  les 
anciens  Tioyens,  obligés  de  fuir  leur  patrie»,  narre 
])()mpeusement  le  Moniteur  universel,  «  ils  étaient  munis 
de  leui's  archives  plus  respectables  que  les  effigies  des  faux 
dieux...  Ari'ivés  sur  la  place  de  la  maison  commune,  tous 
les  membres  du  cortège  sont  entrés  en  foule  dans  la  salle 
du  Conseil  général...  Les  archives  des  Liégeois  ont  été 
déposées  sur  le  bureau  de  la  Commune.  » 

Après  quoi,  le  piésident  de  la  députation  envoyée  par  la 
Convention  nationale  prononça  un  discours  d'un  lyrisme 
outré,  comme  les  orateurs  de  l'époque  savaient  en  faire. 
Ces  congratulations  et  cet  enthousiasme  firent  bientôt 
place  à  de  la  mauvaise  humeur  et  au  mauvais  vouloir  de 
la  Commune  de  Paris.  «Elle  avait  d'abord»,  écrit  Borgnet, 
«  décrété  l'apposition  des  scellés  et  le  transport  des  ar- 
chives à  l'Hôtel  de  Ville,  ce  qui  auiait  pu  n'être  qu'un  acte 
conservatoire;  mais  elle  avait  ensuite  consenti  à  la  levée 
des  scellés  et  probablement  mis  les  archives  à  la  dispo- 
sition d'usurpateurs'')».  Dans  son  indignation,  Hyacinthe 
Fabry  alla  jusqu'à  proposer  de  dénoncer  a  cet  acte  de 
violence  »  à  la  Convention  et  de  lui  demander  justice 
contre  la  Commune. 


{})  Voir,  à  ce  propos,  une  i)la(xuette  inlitulée  «  Ordre  et  marche  de 
In  fêle  de  V Hospitalité  qui  aura  lieu  le  diniauelie  14.  ]»ar  ordre  de  la 
Munic'ii)alité,  à  l'occasiou  du  trausijort  des  archives  de  la  iiuniici- 
])a]i(é  de  Liéf^c  à  la  maison  conunuiie  de  Paris»,  collection  Ca])i(ain('. 
n"  S^-Wi,  à  l'I'niversité  de  Liéye. 

(■-')  Histoire  de  lit  Rénoliition  liégeoise,  t.  II.  p.  '^'^^). 


La  pliiparl  des  clicfs  patriotes  redoutaient  vraiment  (jik; 
ces  archives  liisseiit  livrées  à  la  piil)lieité  '  .  Elles  restèrent 
néanmoins  dans  la  capitale  de  la  France,  jusqu'en  1795. 
Sur  l'invitation  de  l'administration  centrale  du  départe- 
ment de  rOurtlie,  un  citoyen  Denis,  cmi)loyé  à  Pai-is,  dans 
l'administration  des  Bâtiments  nationaux,  se  chargea  de 
ramener  ces  documents  à  Liège,  le  2  avril  (").  Plusieurs 
des  administi-ateurs  avaient  hâte  de  les  examiner  ; 
d'autres  éprouvaient  un  sentiment  tout  contiaire  '■'>.  La 
caisse  qui  les  contenait  fut  ouverte  \(i 'l  florcnl  {2i>  avril)!'*). 


VII 


Si  ces  «  archives  »,  de  très  fraîche  date,  faisaient  leur 
rentrée  à  Liège,  des  collections,  d'une  importance  exti'ème, 
avaient  quitté  le  sol  natal  ou  avaient  disparu  d'une  façon 
quelconque.  Déjà  le  i5  avril  179.3,  peu  de  joui-s  après 
la  restauration  de  son  autorité  i)rincipale,  le  prince- 
évêque  de  Méan  avait  lancé  un  mandement  qui  ordonnait 


(*)  Par  un  arrêté  du  3  l'ruclidor  au  M,  les  ciloyons  .l.-P.  (Jilkiiicl. 
II.  Catoir  et  F.-L.  Detliier  furent  (iei)utes  «  à  elTel  (ressayer  une 
manière  de  faire  le  répertoire  des  arebives  de  la  eonnnune  de  l,ié<;'e 
et  de  l'administration  provisoire  du  ei devant  pays  de  Liéj;e  ».  CeH 
archives  rejjosaient  alors  sous  scellé  «  au  (]uartier  du  citoyen 
Cliarlier,  archiviste  de  l'assemblée  »,  I.e  ra]>i)ort  fui  dressé  le 
10  fructidor.  La  minute  existe  aux  Archives  ])rovinciaIes. 

(';  Arcliives  de  1  Administration  centrale,  reg.  S',  n"  'i~.  f"  .'{jj. 

(3)  Voir,  à  ce  sujet,  une  lettre  du  cilo\en  Soleure.  officier  nunii- 
cipal,  au  citoyen  Walbrec(i.  i.Vrcbives  de  rAdiuinislralion  centrale, 
reg.  35,  f"  <j4  ) 

Le  27  fructidor  un  II  \\'\  août  i-\)\),  le  citoyen  Liben  remit  sur  le 
bureau  de  la  municii)alité  les  deux  sceaux  (pi'il  avait  emjjortes  de 
Liège,  comme  archiviste,  lors  de  la  retraile  des  armées  réjjubli- 
calues,  en  mars  1790. 

(•*)  Ces  archives,  ])lacées  dans  des  cartons,  reposent  acluclleuicnt 
à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège. 


—  39$  — 

à  tout  détenteur  de  «  papiers  publies,  arehives,  registres, 
livres,  liasses  )>,  etc.,  d'en  elTectuer  la  remise  «  aux  chan- 
celleries et  aux  secrétaireries  »  sous  peine  d'être  poursui- 
vis et  traités  comme  voleurs  et  receleurs.  On  avait  doue 
constaté  des  enlèvements  d'archives  sous  l'administration 
installée  par  la  République  française. 

Quelles  étaient  les  archives  ainsi  dérobées?  Ont-elles  été 
restituées  ?  Nul  ne  le  sait.  En  tout  cas,  la  sommation 
princière  n'étendit  pas  ses  effets  sur  la  Cité  proprement 
dite,  car,  quand,  en  juillet  1794,  les  troupes  républicaines 
allaient  réapparaître  triomphantes  à  Liège,  la  Ville  n'avait 
point  été  dépouillée  de  ses  archives.  Mais  elle  n'était 
naturellement  pas  rentrée  en  possession  de  ses  registres 
les  plus  anciens,  des  cliartes  et  titres  originaux  qui  demeu- 
raient relégués  au  Palais  dans  le  dépôt  du  Conseil  privé. 

A  ce  moment-là  même,  le  Prince  et  les  divers  corps 
constitués,  redoutant  de  voir  tomber  aux  mains  d'ennemis 
haineux,  des  archives  de  grand  prix,  tant  pour  le  chef  de 
la  principauté  que  pour  l'administration  en  général, 
tentèrent  de  les  mettre  en  lieu  sûr.  Pendant  que  les 
archives  du  grand  greffe  des  échevins  de  Liège,  transpor- 
tées à  Maestricht,  cliez  le  citoyen  Delens,  y  étaient  gardées 
moyennant  un  loyer  de  deux  couronnes  par  mois;  pendant 
que  les  archives  de  la  Cliambre  des  Comptes  et  des  Etats 
furent  dirigées  vers  Magdebourg,  celles  du  chai^itre 
cathédral  avec  celles  du  Conseil  privé,  parmi  lesquelles, 
a-t-on  prétendu  à  tort  ou  à  raison,  se  trouvaient  comprises 
les  antiques  chartes  de  la  Cité,  avaient  été  confiées  aux 
soins  de  J.-G.  Petitjean,  mayeur  de  Seraing.  Ce  ma^^eur, 
constitué,  en  outre,  gardien  du  trésor  de  la  cathédrale 
S*-Lambert,  conduisit  le  tout  à  Hambourg. 

Les  administrations  républicaines  qui  s'établirent  chez 
nous,  ne  tardèrent  pas  à  être  initiées  à  cet  exode  des 
archives.  Elles  adoptèrent  diverses  mesures  en  vue  de  les 


—  '>9î)  — 

découvrir.  Leurs  moyens  étant  restés  vains,  le  commissaire 
du  Directoire  exécutif  près  l'administration  centrale  du 
département  de  l'Ourtlie,  revint  à  la  charge  en  séance  du 
II  frimaire  an  VI  (t>i  décembre  1797)  de  cette  adminis- 
tration. Tl  lança  un  re(|uisitoire  «  tendant  à  ce  (ju'iin  des 
bureaux  de  l'administration  soit  chargé  de  i)résenter  le 
projet  d'une  lettre  pour  instruire  le  gouvernement  », 
disait-il,  «  de  l'enlèvement  (pii  s'est  eltectué  avant  le 
9  thermidor  de  l'an  II,  des  archives,  registres,  documents 
et  effets  appartenant  au  Peuple  ci-devant  liégeois  et  trans- 
portés Outre-Rhin,  et  d'inviter  la  députation  de  ce  dépar- 
tement à  suivre  cet  objet  dont  elle  sentira  l'importance, 
afin  que  le  gouvernement  prenne,  pour  leur  reproduction, 
les  mesures  qu'il  jugera  convenir.  » 

Le  lendemain,  le  projet  de  lettre  fut  lu  et  approuvé  par 
l'assemblée.  L'auteur  du  rapport  fait  en  18G2  sur  les 
archives  communales  regrettait  que  le  texte  de  cette  lettre 
ne  fiït  pas  parvenu  jusqu'à  nous  :  «  Xul  doute  )>,  disait-il, 
«  que  la  lettre  écrite  à  cette  occasion  ne  contînt  des  détails 
utiles  pour  connaître  le  sort  des  caisses  envoyées  en 
Allemagne  ». 

Il  nous  a  été  donné  de  découvrii-  la  lettre  désirée  et 
dont  copie  fut  réellement  adressée  aux  députés  du  dépar- 
tement, en  les  priant  d'user,  à  ce  propos,  de  leur  crédit 
auprès  du  Directoire  exécutif.  A  la  lecture  de  cette 
requête,  nous  avons  éprouvé  une  véritable  déception.  Elle 
ne  contient  que  de  banales  généralités  sur  la  disi)arition 
des  objets  précieux  et  des  archives  qu'elle  annonce  avoir 
été  emportés  en  Allemagne.  La  pièce  concluait  en  ces 
termes  : 

«  Plusieiu's  fois  nous  iivoiis  essayé  de  retrouver  des  objets  <le 
cette  nature  qui  auraient  pu  être  restés  dans  ces  i)ays;  niaisaujour- 
d'iiui,  nous  croyons  que  l'unique  moyen  efficace  de  les  récui)éi'er 
tous,  c'est  que  la  république,  qui  dicte  la  paix  à  ses  ennemis  abattus 
et  qui  va  en  consolider  l'ouvrage  à  Rastadt,  exige  de  l'Allemagne  la 


—  ^oo  

i'estitulion   des   objets   enlevés   aux    départements   réunis    par  les 
anciens  agents  de  ces  pays. 

»  Vous  voudrez  bien  i)rendre  ces  obsei-vations  en  sérieuse  consi- 
dération. Citoyens  Directeurs,  et  donner  les  ordres  en  conséquence, 
nxix  négociateurs  chargés,  sous  votre  inii)ulsion.  de  donner  la  paix 
à  l'Europe  (i).  » 

Le  gouvernement  républicain  ne  négligea  pas  complète- 
ment la  question  lui  déférée,  d'autant  qu'il  espérait  mettre 
de  la  sorte  la  main  sur  une  quantité  de  pièces  d'orfèvrerie 
de  haute  valeur  et  en  tirer  grand  profit. 

11  réussit  à  découvrir  le  dépôt  de  Hambourg.  Le  ministre 
de  la  République  près  le  cercle  de  Easse-Saxe,  M.  Rein- 
liard,  s'en  empara  de  foi'ce,  puis  le  fit  transporter  cliez 
M.  Scliramm,  négociant  de  la  même  ville  pour  en  faire 
l'objet  d'une  vente  publique.  Divers  reliquaires  et  cliâsses 
de  la  cathédrale  S"-Lambeit  échappèrent  à  cette  mise  aux 
enchères  et  finirent  par  être  restitués  à  notre  ville. 

Quant  aux  archives,  on  n'avait  pu  les  faire  servir  à 
battre  monnaie.  Ce  qui  en  fut  retrouvé  a  été  rendu  en 
1804  et  en  1807,  par  l'intermédiaire  du  préfet  de  l'Ourthe. 
Les  archivées  du  Conseil  privé  en  faisaient  partie,  mais 
on  n'y  vit  aucun  des  diplômes  et  autres  titres  originatix 
qui,  conservés  primitivement  dans  l'église  S'-Jacques, 
avaient  été  —  nous  l'avons  dit  —  rangés  depuis  l'année 
1684,  dans  les  collections  du  Conseil  privé. 

On  vdsa  cependant  à  les  recouvrer.  Sous  le  régime 
hollandais,  l'archiviste  Gachard,  à  la  suite  d'une  tournée 
en  notre  ville,  proposa  de  faire  des  recherches  à  Bonn  et 
à  Hambourg.  Petitjean,  qui  avait  reçu  la  mission,  en 
1794,  de  conduire  en  Allemagne  et  dix  ans  plus  tard  de 
ramener  à  Liège  les  archives  du  Conseil  privé,  s'était 
établi  à  Hambourg,  où  il  exerçait  la  profession  d'archi- 


(')  Archives  de  l'Administration  centrale.  3'^  bureau,  l'e  section, 
reg.  2iy,  CorreHi)ondnnce  du  11  iloréal  an  V  au  4  germinal  an  VJ. 


—  4"^  — 

tcctc,  IviX'nigstrasse,  n"  238.  Les  cliercheiii's  ne  man- 
quèrent joas  de  l'interroger  quant  au  sort  des  archives 
liégeoises.  Sur  l'invitation  du  gouverncniont  hollandais,  le 
baron  de  Goldstein,  ministre  résident  des  Pays-Bas, 
revint  à  la  charge  et  demanda  officiellement  à  Petitjean, 
en  1829,  si  «  deux  coffres  contenant  des  archives  du 
ci-devant  chapitre  de  S'-.Jacques  »  ne  seraient  pas  restés 
entre  ses  mains. 

C'était  mal  poser  la  question  ;  il  s'agissait  d'avoir  des 
nouvelles  non  des  archives  de  la  collégiale  S*-Jacques, 
mais  de  celles  qui  étaient  conservées  anciennement  dans 
l'église  de  ce  nom.  Il  est  vrai  qu'on  avait  oublié  générale- 
ment alors  que,  depuis  l'an  1G84,  ces  archives  avaient 
disparu  de  là  pour  entrer  au  palais  épiscopal.  Ignorant  ce 
dernier  fait,  voire  le  contenu  détaillé  des  archives  dont  il 
avait  eu  la  garde,  Petitjean,  dans  une  lettre  restée  iné- 
dite, du  5  novembre  1829,  s'empressa  naturellement  de 
déclarer  qu'il  n'avait  jamais  eu  ces  deux  coffres  en  sa  pos- 
session ;  qu'on  lui  avait  bien  confié  deux  coffres  d'archives, 
mais  que  celles-ci  provenaient  des  Guillemins  de  Liège.  Il 
signala  ensuite  d'autres  archives  qui  lui  restaient  à  Ham- 
bourg et  qu'il  croyait  émaner  de  la  catliédrale  S'-Lambert 
et  de  la  collégiale  S'^-Martin,  de  Lièg